29 mai 2014

Ile Saint-Germain : les jardins familiaux

Une petite porte en fer, au bout de la rue qui traverse l'île Saint-Germain, à partir du pont Billancourt… Nous avons rendez-vous ce samedi 24 mai après-midi quelque peu pluvieux avec le président de l'association des jardins de la Pointe de l'île : M. Batalla. Il nous attend, impatient de nous montrer son antre.
Le porte s'ouvre et, là, c'est une enchantement - une succession de petits lopins de terres fleuris, de grands arbres fruitiers - des cerisiers, des néphliers - des potagers où poussent quelques salades… Les oiseaux chantent ; sur la Seine, les canoéistes s'entraînent. Nous sommes loin, très loin de la ville.
Avant de partir nous promener,  M. Batalla nous raconte l'histoire de ces jardins ouvriers.

Vue d'ensemble des jardins. Ph. P. Maestracci


En 1922-23, les patrons des usines Renault, situées juste en face, sur l'île Seguin, créent pour leurs ouvriers des jardins potagers associatifs sur le modèle de ceux du Moyen Age, installés dans les fortifications, et de ceux de saint Vincent de Paul. Une idée reprise par l’abbé Auguste Lemire, député prêtre, qui, en 1896, fonde la « Ligue du Coin de Terre et du Foyer ». Et, bien sûr, par la SNCF avec ses jardinots (pour jardins et cheminots), situés le long des voies ferrées.

M. Batalla montrant une vue aérienne du bout de
l'île. Ph. P. Maestracci
Ceux de l’île Saint-Germain se situe à l’extrême pointe, sur une portion d’île artificielle créée par les gravats et les déchets des usines des bords de Seine. Une photo aérienne que nous montre M. Batalla montre ce petit paradis caché (à droite). Le but de ces jardins est à l'époque quadruple :  la nourriture produite constitue un supplément de salaires ; la plupart des ouvriers venant de la campagne, c’est pour eux un retour à leurs origines ; c’est aussi un bon moyen de lutter contre l’alcoolisme – si ils cultivent leurs lopins de terre, ils ne sont pas au café ; enfin, c’est un bon moyen de contrer le syndicalisme.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les jardins familiaux tombent en désuétude. Retour au jardin dans les années 1970, avec les mouvements écologistes et l'attrait de la nature. En 1991, l’association des Jardins de la Pointe de l’Ile est créée. La terre appartient à l’Etat. On compte 15 parcelles de 200 mètres carrés. Il s’agit de baux de 3 ans renouvelables. Le choix des nouveaux jardiniers est fait par cooptation.


Ph. P. Maestracci


Tout cela M. Batalla nous le raconte avec enthousiasme. Le temps n’était pas au grand beau, mais entre les gouttes nous avons pu découvrir les petits cabanons décorés, les carrés de légumes et les fleurs et… ces arbres à bouteilles colorées (à gauche) destinées à faire peur aux oiseaux et sauver ainsi les cerises. Délicieuses !


Un grand merci à M. Batalla, qui ouvre régulièrement les portes de ces jardins aux scolaires et aussi aux habitants lors des Journées du Patrimoine. PCB

26 mai 2014

23 mai 1910 : accident de train aux Moulineaux


Le Petit Journal du 24 mai 1910 relate un accident de train qui s'est produit sur notre commune à la gare de Moulineaux-Billancourt, la veille au soir. Avec tous les détails.

Photo de l'accident. © Le Petit Journal

"Un grave accident de chemin de fer s'est produit hier soir, à sept heures et demie, sur le chemin de fer de l'Ouest-État, près de la gare de Moulineaux-Billancourt. Un train de voyageurs venant des Invalides et se dirigeant sur Suresnes-Longchamp a déraillé. La locomotive et le fourgon de tête ont culbuté. Le mécanicien et le chauffeur ont été tués. Le conducteur du train a été blessé, mais peu grièvement. Quant aux voyageurs, ils en ont été quittes pour la peur, sauf deux d'entre eux, qui ont reçu des contusions diverses.

"Voici les renseignements que nous avons pu recueillir sur place, l'enquête officielle, à peine ouverte, n'ayant encore rien appris quant aux causes techniques de cet accident. Le train 282, qui est, pour la presque totalité, un train d'employés ou d'ouvriers de l'administration habitant en banlieue, quitte la gare des Invalides vers sept heures. Direct entre la station du Champ-de-Mars et celle de Bellevue, ce train brûle la station de Moulineaux-Billancourt, devant laquelle il passe à 7 heures 14.

La gare des Moulineaux, au début du XXe siècle. Coll. Notre famille.com
"Le train marchait par conséquent à bonne vitesse, environ 60 kilomètres à l'heure, lorsqu'en arrivant à la hauteur des signaux 20 et 20 bis, à 400 mètres de la station de Moulineaux-Billancourt et, devant la gare des marchandises, le train dérailla. L'attelage s'étant rompu entre la locomotive et le fourgon d'une part, et les wagons d'autre part, la machine et le fourgon, emportés par la vitesse acquise, continuèrent leur route pendant une soixantaine de mètres, au bout desquels ils culbutèrent. La locomotive, en effet, rencontra un cœur c'est-à-dire un embranchement, qui forma aux roues restées sur le-rail un obstacle qui lui fit faire un véritable panache.

"La locomotive rebondit sur une voie de garage voisine de celle qu'elle suivait, où elle vint s'abattre. D'après l'état dans lequel elle a été retrouvée (photo du haut), la locomotive a dû faire un demi-tour sur elle-même, se dresser sur son avant et venir tomber sur l'autre coté. Le fourgon, qui s'était détaché à son tour et était resté sur la voie normale, s'est couché sur le côté gauche. Le personnel de la gare qui se trouvait sur le quai entendit, s'il ne le vit pas, l'accident. Un bruit formidable retentit au moment de la chute et donna l'alarme à tout le monde. La vapeur s'étant renversée, on vit de furieux jets de vapeur s'élancer en l'air en même temps que des gerbes de flammes fusaient du foyer répandu à terre.

"Les employés de la gare, bientôt aidés des soldats de la 22e section des commis-ouvriers et d'un détachement du génie appartenant au secteur électrique des Moulineaux, organisèrent les secours. On se précipita vers la locomotive. Le choc avait projeté le mécanicien de sa machine à terre. Le front était balafré d'une large blessure que le malheureux s'était faite en tombant contre on ne sait quel obstacle. Il agonisait et le corps encore secoué de spasmes ne bougea bientôt plus. Quant au chauffeur, resté sur la machine, enfermé par le garde-fou du cendrier, il était mort quand on arriva, échaudé par la vapeur. En outre, le malheureux avait le côté droit du cou sectionnné par une horrible et profonde entaille et il fallut, en le dégageant, prendre des précautions pour protéger la tête.

La Gare des Moulineaux et la correspondance avec les tramways. 
"Le mécanicien Morlot appartenait au dépôt des Batignolles. Le chauffeur Georges Lemonnier, âgé de 28 ans, demeurant 173, avenue de Clichy, laisse une veuve et un enfant. Il y a eu, nous l'avons dit, plusieurs blessés. Ce sont : M. Charrier, chef de train, blessures à la figure. MM. Brasset, voyageur, demeurant 161, Grande-Rue, à Sèvres, et Gihiel, demeurant rue Royale, à Saint-Cloud, atteints légèrement. Ils ont pu regagner leur domicile. Les cadavres du chauffeur et du mécanicien ont été déposés momentanément à la gare de Moulineaux-Billancourt. Ils seront transportés aujourd'hui à leur domicile.

"Vers onze heures et demie du soir seulement, Mme Lemonnier, femme du chauffeur, est venue reconnaître le corps de son mari, sur lequel la malheureuse veuve s'est jetée en pleurant. Dans la soirée se sont transportés sur les lieux MM. Rousseau, directeur des chemins de fer au ministère des Travaux publics ; Cloutet, directeur de l'exploitation aux chemins de fer de l'État ; Boudet, ingénieur en chef de la traction, qui ont, avec M. Souliard, commissaire de police de Vanves, ouvert une enquête sut les causes de l'accident. Ces causes n'ont, jusqu'à présent, pas pu être établies."

23 mai 2014

La Pastorale d'Issy en vidéos - clip n°2




Et voici  le n°2.  René Barrière à la caméra. Par ordre d'apparition : encore la présidente (désolée !) et le responsable des chanteurs, Satoshi Kubo.

https://www.youtube.com/watch?v=VsqbiU__z4c&feature=youtu.be




19 mai 2014

Geneviève Lebrell : hommage à la dernière déportée isséenne


Les obsèques de Geneviève Lebrell. le 15 mai 2014
© A. Bétry

"Hulotte", (avril 2008). © A. Bétry
Geneviève s’est éteinte en ce mois de mai 2014. En l’église Saint-Etienne, le 15 mai, seuls les dix premiers rangs étaient occupés, les orgues et l’Ave-Maria de Charles Gounod lui ont rendu hommage. Son cercueil était recouvert du drapeau tricolore.

En 1943, elle a 23 ans quand elle entre en résistance. Sous le pseudo « Hulotte », et en tant qu’agent P 1, Geneviève accomplit de nombreuses missions et participe à des émissions et des liaisons radio au Réseau Alliance. C’est dans le cadre de cette activité, que son émetteur est localisé par les Allemands ; en juillet 1944, elle est arrêtée par la Gestapo. Incarcérée à Fresnes, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. La chance fait que le 8 mai 1945, elle est libérée par les Alliés.
Alliance fut l’un des réseaux les plus actifs de renseignement de la Résistance dépendant de l’Intelligence Service britannique (IS 1) sur le territoire français. Pour faciliter les communications, la plupart des pseudonymes étaient des noms d’animaux. Marie-Madeleine Fourcade, une Résistante célèbre, « Hérisson » était chef de réseau. Alliance compte 438 morts et 1 000 arrestations, dans ses rangs. Le plus important réseau fut le réseau de La Confrérie Notre-Dame, créé en 1940 par Rémy, haute personnalité de la France libre, mouvement du général de Gaulle.


Guy Ducoloné et Geneviève déposent
une gerbe au monument aux morts
d’Issy-les-Moulineaux, 27 avril 2008,
journée de la Déportation. © A. Bétry

Geneviève fut élevée dans l'ordre de la Légion d'honneur au grade de chevalier en 1996. A. B.


16 mai 2014

Histoire des associations d'Issy-les-Moulineaux

Quelle bonne idée a eue notre Historimien Paul de nous concocter une petite histoire des associations.

A la fin du XIXe siècle, Issy-les Moulineaux compte déjà de nombreuses associations ou amicales, alors que la loi qui, actuellement, régit celles-ci (loi de 1901) n'existait pas encore : c'est la preuve que le droit « suit » souvent les pratiques ! Il n'est pas possible d'en faire une liste exhaustive, mais un document, rédigé en 1992 par un Isséen (aujourd'hui décédé, Mr Beis), en cite plusieurs.

Loi 1901

Il s'agit de la loi Waldeck-Rousseau (portrait à gauche) du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association (publiée au Journal officiel du 2 juillet). La loi Le Chapelier et l'article 291 du code pénal, qui régissent jusqu'alors les associations sont abrogés. Dès son arrivée au gouvernement en 1899, Pierre Waldeck-Rousseau a décidé d'agir pour légiférer sur la liberté des associations.

Associations fin XIXe.
A Issy-les-Moulineaux, il y a déjà une fanfare dont le chef, depuis 1880, recevait une subvention de 600 francs. Dans le domaine de la musique, la chorale « La Lyre » était subventionnée par la Ville. A la même époque existait une société dite de « la Crèche ».
En 1889, il est mentionné une société de secours mutuel de Javel, dite de Saint Jean ; dans un autre domaine on note une société de Topographie, de Gymnastique, de Tir et d'Escrime qui reçut, en 1893, une subvention de 200 francs.
En 1893, le syndicat des ouvriers cartouchiers demanda à disposer, dans la nouvelle mairie, lorsqu'elle sera aménagée, d'une salle de réunion. Et, en 1895, le Conseil municipal étendit cette possibilité à tous les syndicats ouvriers.
C'est au cours de cette même année qu'est fondée la société d'Épargne « L'Espérance ». Peu après apparaissent la société des « Trompettes d'Issy » puis, en 1898, une société colombophile dite Sainte Colombe.

Budget 1900
Dans le projet de budget de 1900, au cours de sa réunion du 20 décembre 1899, le Conseil municipal dirigé par le maire Henri Oscar Meyer (1894-1903) fixe les subventions suivantes :
- Deux sociétés de secours mutuel : 1500 frs ;
- Société de la Crèche : 3900 frs ;
- Société des Femmes de France : 25 frs ;
- Société des Engagés Volontaires : 100 frs ;
- Bibliothèque populaire libre : 700 frs ;
- Société de Gymnastique : 600 frs ;
- Bourse du travail : 200 frs ;
- Société de secours des employés de mairie : 25 frs ;
- Société La Colombe : 100 frs ;
- Société de Secours des Égoutiers : 25 frs ;
- Société de Retraite des sapeurs pompiers : 500 frs ;
Comme on le voit, le Conseil était, déjà !, très sollicité par les demandes des associations !

Et les congrégations aussi…
Mais la vie associative isséenne ne se limite pas à ces seules associations qui sont soutenues par la Municipalité.
En effet, les Archives (départementales et paroissiales) font état, en 1900, de 10 congrégations religieuses y compris le Séminaire) dont certaines seront dissoutes en 1905, suite à l'application de la loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État. Parmi ces congrégations, on note les Frères des Écoles chrétiennes (à Saint-Nicolas).

La confrérie Saint-Vincent
© Alain Bétry
La confrérie Saint-Vincent. © A. Bétry
Mais ce que montrent bien les Archives est l'importance de la confrérie de Saint-Vincent qui regroupe les vignerons. Son règlement intérieur est établi le 6 août 1826 et le registre se termine par le compte-rendu de la dernière réunion le 22 janvier 1906 après la loi de séparation des Églises et de l'Etat. Il restait en caisse 35,80 francs à déposer en lieu sûr comme l'exigeait la législation.
Les vignerons qui composaient cette confrérie doivent régler une cotisation annuelle de 6 frs. Ils s'engagent à mener une vie chrétienne et à assister aux offices. Par ses dons, la confrérie contribue à l'équilibre des finances du Conseil de Fabrique qui gère les intérêts de la paroisse.
Tous les 22 janvier, une grande fête célébrait la Saint-Vincent, saint martyr des vignerons. De nos jours cette fête existe toujours dans des régions productrices de vins (comme par exemple la « Saint Vincent tournant », dans le beaujolais).

Issy-les-Moulineaux a donc une tradition et la Ville, à l'époque, a laissé et encouragé les initiatives de ceux qui, à travers des associations dont la loi qui les « encadrait »n'était pas encore votée, se mettaient au service des autres. Paul Drezet



13 mai 2014

La Pastorale d'Issy : le point sur le projet et le clip n°1

Comme vous pouvez le suivre sur facebook - pour ceux qui y sont inscrits - la résurrection du premier opéra français prend forme.

Benjamin Attahir (à gauche) ; Satoshi Kubo (à droite)
© Alain Bétry
Le casting des musiciens et des chanteurs se termine.

Font partie de l'orchestre : la harpiste Chloé Ducray ; le serpentiste Patrick Wibart ; Florian Gazagne, joueur de flûte à bec de renommée mondiale ; aux percussions, François-Xavier Planqueel ; au théorbe et au luth, Romain Falk.
Satoshi Kubo est le directeur de chant. Trois bergers, trois bergères et un satyre vont chanter. Parmi eux, des voix magnifiques telles : Laure Dugué, alto ; Kazuko Matsumoto, soprano ; Jeanne Crousaud, une autre soprano ; Sophie Leleu, mezzo-soprano ; Zhiquan Lu,  ténor  ; le baryton Clément Dionet.

Le jeune compositeur, et chef d'orchestre Benjamin Attahir planche sur sa création, alors que Satoshi Kubo répète.

En coulisse, les choses avancent aussi.
Le Musée français de la carte à jouer, avec son directeur Denis Butaye, présentera pendant les Journées du Patrimoine un extrait de l'opéra.
La Compagnie du Masque, association théâtrale que beaucoup d'Isséens connaissent, va fournir quelques costumes.
René Barrière, réalisateur de vidéos, s'investit à sa façon. Il a décidé de produire toute une série de clips retraçant l'histoire et la réalisation de ce projet depuis ses tout débuts. Une aventure que vous pourrez suivre régulièrement et sur le site, et sur facebook. La première vidéo ?

La voilà…https://www.youtube.com/watch?v=aBuwCSrZ6yI&feature=youtu.be

Un grand merci à tous pour cette aventure qui ne fait que commencer. PCB



11 mai 2014

Asssemblée générale de l'association Historim

N'oubliez paS………

L'Assemblée générale de notre association 

se tient 

lundi 12 mai, à 18h30 

au Restaurant du Stade Jean Bouin.


8 mai 2014

L’école et l’église Sainte-Clotilde

En octobre 1904, un jeune vicaire d’Issy-les-Moulineaux, l’abbé Victor Ouvré, crée au 21 rue de la Fontaine (actuelle rue Prudent-Jassedé), sur un terrain appartenant au séminaire Saint-Sulpice, l’école paroissiale pour jeunes filles de condition modeste.


Tympan de l'église Saint-Clotilde © D. Hussenot
   
En février 1917, M. l’abbé Gastambide, alors nommé curé d’Issy, constatant l’insuffisance des locaux de l’école paroissiale, décide de la transférer dans des bâtiments plus spacieux. Or, il existait, entre la rue Etienne Dolet et la rue de l’abbé Grégoire, un hôtel particulier construit en même temps que le château des princes de Conti, à la fin du XVIIe siècle et début du XVIIIe siècle, qui servait, selon certains historiens, de résidence à l’intendant du château. Il fut également occupé par une institution de jeunes filles tenue par des Sœurs du Saint-Sacrement.



Intérieur années 1930. Coll. privée
En 1918, l’abbé Gastambide loue le bâtiment à sa propriétaire du moment, Mme de Bois d’Hyver, marquise Doria, qui y avait passer son enfance, et y installe l’école paroissiale qui prend, alors, le nom d’ "externat Sainte-Clotilde". M. l’abbé Audollent, directeur de l’enseignement libre, bénit la nouvelle école le 24 mars 1918.


L'extérieur de l'église, années 1930.  Coll. privée
Le 21 octobre 1931, l’immeuble est acheté par la Société immobilière des terrains d’Issy, pour y maintenir l’activité scolaire.
En 1932, à la place de la chapelle bâtie par les Sœurs du Saint-Sacrement, les architectes Jacques Delaire et Jacques Sage construisent une nouvelle chapelle : Notre-Dame protectrice des enfants, bénie le 5 novembre 1933, dépendant de la paroisse Saint-Etienne. De style néo-roman, elle présente une salle rectangulaire de 20 mètres sur 14, couverte d’un toit à deux pentes, supporté à l’intérieur par des arcs retombant sur des colonnes cylindriques. Le clocher en façade est haut de 18 mètres. L’extérieur est crépi en rose (d’où son nom de chapelle rose). Les vitraux sont de Brière, les fresques de Pierre Dubois. 

On remarque, en particulier, au-dessus de la porte d’entrée un joli tympan en mosaïques de couleurs, représentant Notre-Dame protectrice des enfants. Une grande salle de réunion occupe le sous-sol.


L'école avant la reconstruction. Coll. privée

Ainsi, l’école va vivre dans ce cadre pendant presque un siècle. En 2008, l’importante dégradation des bâtiments justifie une réhabilitation difficile et coûteuse. Aussi, malgré l’aspect historique de l’édifice, il est décidé une totale reconstruction. Après deux années de travaux, l’école retrouve des locaux neufs pour la rentrée de septembre 2013, tandis que la chapelle connaissait également rénovation et transformation. Denis Hussenot

5 mai 2014

Gros plan sur la Halle Eiffel

Un sujet a fait polémique pendant la campagne des élections municipales d'Issy en avril 2014 : la Halle Eiffel, du père de la célèbre tour du Champs de Mars. Rumeurs, échanges d'invectives, puis silence radio… Retour sur l'histoire de ce bâtiment.

© Alain Bétry
A l'arrière, on distingue la tour TF1 de Boulogne. © A. Bétry
Ces discussions  ont eu au moins le bénéfice d'apprendre à un certain nombre d'Isséens que  notre cité abrite une œuvre attribuée au célèbre architecte Gustave Eiffel.
Situé quai du président Roosevelt, au 103, il s'agit d'un édifice industriel privé construit entre 1884 et 1895 : dans un premier temps centrale électrique, usine de transformation des métaux (fonderie de cuivre, laminoir). L'année 1895 laisse comme trace l'installation de la Compagnie électrique du secteur de la rive gauche. Un atelier aujourd'hui disparu et un bâtiment tout en longueur constituent les infrastructures de l'époque. En 1921, la Société métallurgie franco-belge en fait l'acquisition et y reste jusqu'en 1981. La société Yves Rocher occupe aujourd'hui les lieux.

© Alain Bétry
© A. Bétry
Comme le montre ces photographies, cette halle n'est pas mise en valeur, située en contre-bas de la ligne de tramway. De toutes façons, elle ne sera pas démolie et son classement en tant que Monument historique a été demandé. Peut-on envisager son déplacement dans un autre projet d'urbanisme lié, par exemple, à l'aménagement du futur centre-ville en place d'une partie d'Orange (ancien CNET) ? Sera-t-elle intégrée au projet du nouveau quartier du pont d'Issy ? 
Et pourquoi pas la transformer… Associée à un puits de lumière et de végétation dans le style de la Grande Bibliothèque de Paris, avec des commerces et des passerelles, et la Halle aménagée en jardin d'hiver comme Bagatelle ou le Muséum d'histoire naturelle… Pourquoi pas ? Soyons fous ! A.B.

© Alain Bétry
© A. Bétry

2 mai 2014

D'une mairie à l'autre… place de l'Hôtel de Ville à Issy-les-Moulineaux

En 1893, le nom de la commune s’allonge pour devenir Issy-les-Moulineaux afin de marquer l’extension vers l’ouest et le quartier très industrialisé alors des Moulineaux. Le document officiel est signé par le président de la République Sadi Carnot ; celui-ci est assassiné l’année suivante. La commune, faisant partie du canton de Vanves et du district de Sceaux, se trouve dans le département de la Seine.
La mairie de la place Voltaire est à la fois trop exiguë et excentrée par rapport à un territoire municipal nettement redéfini. Il faut la remplacer par un bâtiment plus grand et plus à l’ouest. C’est alors qu’une occasion se présente. La ville de Paris qui a acheté une portion de terrain près des fortifications et de la Seine doit payer à la commune 500 000 francs. En outre, un impôt extraordinaire de 225 000 francs étalé sur 15 ans est approuvé par le conseil municipal ; de plus, le Conseil Général ( de la Seine ) vote une subvention de 110 000 francs. Cet argent sert à financer l’achat d’un terrain, la construction de l’Hôtel de Ville et d’une crèche ainsi que l’aménagement de leurs abords.

Louis Bonnier. Ph.XDR
Le terrain délimité par l’avenue de la République, la rue Kléber et la rue Renan est acheté 185 000 francs aux époux Langlet ; il s’agit de l’ancienne propriété du Couvent des Oiseaux. L’architecte choisi pour le nouvel édifice est Louis Bonnier (1856-1946), qui a beaucoup travaillé pour l'Exposition universelle de 1900. Il réhabilite une partie de l’ancien couvent et dessine un bâtiment rectangulaire dont l’entrée principale donne sur un square. Il s’inspire librement des anciens hôtels particuliers d’Ancien Régime entre cour et jardin. Du côté de la rue Renan, la cour rectangulaire est flanquée de deux ailes en retour ; c’est devenue l’entrée actuelle. 

L’inauguration officielle de  mairie a lieu le 13 octobre 1895 en présence du ministre des Travaux Publics, M. Dupuy-Dutemps. Citons un extrait du discours du maire Henri Mayer (1894-1903) : « Faisant trêve pour un jour au labeur quotidien, à ces préoccupations, à ces divergences de vue, à ces discussions, à ces controverses qui sont l’essence et la conséquence d’une vie communale intense… ». 

L'hôtel de ville (à gauche). Carte postale début XXe. Coll. privée


Carte postale n°1.
La vue est prise en direction de Paris vers le nord-est.
À gauche, une place caractéristique avec ses bancs publics et un réverbère longe l’aile occidentale de l’Hôtel de Ville. Cette partie du bâtiment abritait alors des bureaux administratifs, le secrétariat et le bureau du maire mais aussi la Recette. Depuis la rénovation en 1994, le superbe salon Elysée d’après le modèle du palais présidentiel occupe l’angle donnant sur la place au rez-de-chaussée.
Au centre, la rue Renan (devenue rue du Général Leclerc après-guerre) est parcourue par des voitures à chevaux et même un triporteur circulant sur une double rangée de rails des tramways.
A droite, une boutique l’épicerie À la Grâce de Dieu qui date de 1898 au n°87. L’enseigne est alléchante « Confiserie fine. Spécialité Boîtes pour baptême ». Un immeuble plus haut l’a remplacée dans les années Trente. Juste à côté, on distingue l’enseigne d’une charcuterie ; c’est toujours d’actualité. Un peu plus loin à l’angle de l’avenue qui ne s’appelle pas de Jean Jaurès, un café qui est de nos jours remplacé par une banque. Barrant la vue au fond, une aile du Grand Séminaire


Le square de l'Hôtel de Ville. Carte postale 1910. Coll. privée.


Carte postale n°2.
La vue, côté square, montre la façade principale décorée d’un fronton triangulaire sculpté par l’Isséen Camille Lefèvre. Le thème est allégorique : la ville est entourée par les deux sources de richesse de l’époque, Industrie et Maraîchage. L’entrée dans l’Hôtel de Ville se fait par deux escaliers encadrant un massif (remplacé dorénavant par une fontaine). Le square protégé par des grilles contient des arbustes et des arbres déjà grands car ils ont une quinzaine d’années au minimum. Parmi les personnages qui prennent la pose au premier plan, plusieurs gardes reconnaissables à leur tunique aux boutons dorés (?).
À l’arrière-plan, les bâtiments existent toujours. L’immeuble Belle Époque présente une façade somptueusement sculptée avec notamment la fable du Renard et les raisins. Juste à côté et moins élevé, le flanc d’une maison de la Villa Kléber.

Le coût final pour la construction de l’hôtel de ville, une crèche et ses abords fut de 495 000 francs. La crèche pouvait accueillir les enfants âgés de 15 jours à 3 mois dont les mères travaillaient. À noter que la seule autre crèche se situait aux Moulineaux. P. Maestracci