26 janvier 2017

La crue de la Seine à Issy-les-Moulineaux - janvier 1910 - le bilan

Voici le dernier épisode extrait de la publication, "L'inondation d'Issy-les-Moulineaux" de J. Hubert. Souvenez-vous, du 27 au 30 janvier, le niveau de l'eau n'a fait que croître. Il faut parer au plus pressé.


3. Courage et dévouement

« A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe ; en effet, cette terrible catastrophe détermina un sublime élan de solidarité. Des rancunes s'oublièrent, des mains ennemies se tendirent spontanément, des cœurs endurcis dans la haine s'amollirent: il y eut union étroite dans un effort magnifique pour lutter contre le fléau et ses désastreuses conséquences. La mairie avait été, dès le 23 janvier, encombrée de sinistrés demandant des secours ; dans les jours qui suivirent, ce fut, on peut le dire, une véritable inondation ; mais l'assistance ne se montra pas inférieure aux besoins.

Rue Rouget de l'Isle.

« Le 27, les distributions de vivres commencèrent. On créa sept refuges, où toutes les familles atteintes par le désastre furent logées et hébergées. Tous ceux qui avaient des locaux vides les mirent à la disposition de la municipalité; des particuliers qui avaient une chambre inoccupée invitèrent de pauvres gens sans logis à en prendre possession. Il s'accomplit là des actes de bonté, de charité, de solidarité, le mot importe peu, qui réjouissent le cœur. On vit dans l'un de ces refuges une mère de famille allaitant un enfant donner le sein alternativement au sien et à celui d'une de ses compagnes d'infortune dont le lait s'était tari sous l'impression de l'épouvante. Comme la mère en détresse la comblait de remerciements : “Laissez donc, répondit-elle, quand il y en a pour un, il y en a pour deux.“ Et, inlassablement, pendant quinze jours, cette admirable femme allaita les deux bambins avec la même sollicitude.

Plaine Coutures, dans le quartier Citeaux.
« Montrouge envoya une délégation pour recueillir des enfants de sinistrés. Après bien des hésitations à se séparer de leurs chers petits, quelques chefs de familles nombreuses se décidèrent, en pleurant, à confier leurs aînés à ces personnes charitables, mais inconnues. Combien alors étaient touchantes, dans leur simplicité, les recommandations faites à ces pauvres enfants! “Tu seras bien sage, dis, tu nous écriras. Ne pleure pas, nous irons te voir et nous reviendrons chez nous ; mais sois bien raisonnable et bien poli.“ Que ces séparations étaient tristes et émouvantes! Malakoff vint aussi chercher des familles entières.

« Toutes les communes de la circonscription participèrent au soulagement des infortunés d'Issy en envoyant des fonds, du linge, des vêlements, qui furent distribués aussitôt. Chacun s'employa sans compter, et, chose utile à dire, quoiqu'elle soit bien naturelle, sans distinction d'opinion à soulager des misères qui renaissaient sans cesse.

Les sapeurs-pompiers d'Issy-les-Moulineaux, sous le commandement
du capitaine Vincent (au centre en haut).

« Comme toujours dans les grandes catastrophes, des dévouements sublimes côtoyèrent des faits inqualifiables de brigandage. Des individus abjects profitèrent, du désordre causé par cet effroyable désastre pour dévaliser de pauvres logements abandonnés à la hâte ; mais, grâce à la vigilance du maréchal des logis et de ses hommes, de M. Souillard, commissaire de police, de son secrétaire et de es agents, ces actes de cambriolage furent promptement arrêtés. L'un de ces gredins paya même, dit-on, de la vie une tentative de ce genre.

Les cantonniers d'Issy.

« La municipalité confia à vingt-deux commissaires, pris parmi les conseillers non sinistrés et parmi les notables de la commune, le soin de faire l'estimation des dégâts causés par l'inondation, et il résulte du travail auquel ils se sont livrés que les pertes matérielles peuvent être évaluées à la somme de 8 millions. Ce chiffre paraît énorme, mais il n'a rien d'exagéré pour celui qui a vu en détail dans quel état l'eau, qui a séjourné pendant quinze jours dans les rez-de-chaussée et dans quelques premiers étages, a laissé les meubles qui s'y trouvaient. Ils étaient lamentables, ces pauvres mobiliers : les lits, les armoires, les buffets décollés, éparpillés à travers les pièces; les parquets soulevés, ondulés; les tables gondolées ; les chaises en morceaux; la literie, les tentures, les sièges garnis, recouverts d'une boue immonde et puante, un piano fut retrouvé les pieds en l'air. Dans les usines, des machines-outils, d'un poids cependant respectable, étaient arrachées de leurs socles. Ces effets de l'eau en furie sont inimaginables.

4.  Épilogue

« Nous n'avons pas la prétention d'avoir fait le tableau complet de l'effroyable cataclysme au milieu duquel a failli disparaître la ville d'Issy-les Moulineaux, mais d'avoir apporté la contribution de nos souvenirs à l'historien qui la racontera plus tard dans tous ses détails. Au lecteur qui se plaindrait du désordre de notre récit, nous répondrons que les grandes catastrophes ébranlent l'âme humaine et que, témoin oculaire des scènes qu'il raconte, le rédacteur de ces lignes en a reçu une impression dont il n'est pas remis encore et dont il ne se remettra jamais.

« Nous aurions voulu pouvoir signaler ici toutes les bonnes volontés, donner les noms de ceux qui, avec un sublime courage, ont coopéré aux sauvetages : malheureusement, le nombre en est trop grand, et le cadre dont nous disposons ne suffirait, pas. Il nous faut, bon gré mal gré, recourir à un modeste exposé et dire bien haut qu'à tous les degrés de l'échelle sociale chacun a fait son devoir avec la plus louable ardeur ! Le malheur qui a frappé notre chère commune a pris, dans la France entière, l'étendue d'un désastre. Puis, du dehors, par dessus les frontières, sont venus et s'affirment encore les témoignages de sympathies qui attestent, au milieu de ces sombres épreuves, la solidarité humaine de toutes les nations. ». Fin.






21 janvier 2017

La crue de la Seine à Issy-les-Moulineaux - 21-30 janvier 1910

La Seine s’est rappelée à notre bon souvenir en juin 2016, prenant ses aises sur notre territoire, s’introduisant dans les caves et garages des résidents de l’île Saint-Germain et du boulevard de la bataille de Stalingrad. L'occasion de se rappeler la grande crue de la Seine de janvier 1910, dont Historim a déjà parlé : http://www.historim.fr/2013/01/janvier-1910-linondation-du-siecle.html


Couverture de la publication.
Ce sont quelques extraits d’un texte extraordinaire paru en 1910 dans une publication de J. Hubert intitulée « L’inondation d’Issy-les-Moulineaux » que vous allez découvrir, grâce à notre fidèle Historimien Jacques. Nous suivons pas à pas la progression de la catastrophe, l’enchaînement des événements, les décisions des élus, les gestes de solidarité, dans un style où soufflent un lyrisme et une grandiloquence si typiques de cette époque. L’auteur, J. Hubert, se présente comme « photographe et éditeur à Issy » mais rien n’indique qu’il soit aussi l’auteur du texte. Toutes les reproductions sont tirées de la publication.

I. Veille de catastrophe

« La vie de la nature, comme celle des sociétés humaines, traverse de longues périodes de calme interrompues soudain par de courtes mais formidables crises qui semblent vouloir faire rentrer toutes choses dans le chaos primitif et remettre au creuset les éléments confondus. Qu'il s'agisse de révolutions cosmologiques ou de révolutions politiques, c'est invariablement le même phénomène avec son cortège d'épouvante et d'horreur : destruction des existences individuelles, anéantissement sans pitié des œuvres les plus délicates du génie humain. Tout est sacrifié à ce minotaure impitoyable qu'on nomme l'Avenir, et insoucieux des pauvres molécules humaines que le fléau a entraînées et broyées, le char monstrueux reprend sa course vers l'Idéal où tend le Progrès, que des obstacles peuvent retarder, mais que rien ne saurait abolir. Tel est à peu près le terrible spectacle auquel le commencement d'année nous a fait assister.

Vue générale de la commune sous les eaux.
« Malgré la rapidité foudroyante de ses effets, la catastrophe fut annoncée par des symptômes précurseurs qui auraient dû mettre sur leurs gardes les services techniques compétents. L'année 1909 avait été pluvieuse; à grand'peine put-on rentrer les récoltes, que le printemps promettait cependant abondantes; mais les maturités successives furent retardées par la fréquence des pluies; les vendanges, notamment, furent désastreuses, et, dans nombre de vignobles, on jugea même inutile de faire la cueillette du raisin. Dès octobre, la terre s'imprégnait, se saturait d'eau: fossés, ruisseaux, rivières s'emplissaient peu à peu.

« En décembre, la Seine coulait à pleins bords ; le 21 janvier, elle devint inquiétante, ses eaux bourbeuses et jaunâtres charriaient ce qu'elles trouvaient sur leur passage, et les riverains, que commençait à envahir l'inquiétude, contemplaient d'un œil étonné l'incessant défilé des objets les plus hétéroclites.

« Le dimanche 23, la municipalité d'Issy fit annoncer à son de clairon que les habitants des maisons menacées par l'inondation étaient invités à déménager leurs meubles et à les mettre en lieu sûr. En effet, quelques heures plus tard, des égouts crevaient, des infiltrations se produisaient dans les caves et dans les terrains en contre-bas.
Quelques gelées qui eurent lieu à cette date donnèrent une lueur d'espoir; mais la pluie reparut, pluie diluvienne d'une durée de quarante-huit heures, que suivit, par surcroît, une abondante chute de neige; le débit des eaux en fut considérablement augmenté.

Boulevard  Point du Jour, rue Gallliéni.
« Avec un système de renseignements bien organisé, beaucoup de désastres auraient pu être évités ; malheureusement, le service hydrographique ne se montra pas à la hauteur des circonstances, et la municipalité d'Issy-les Moulineaux, qu'il aurait fallu prévenir par le téléphone ou par le télégraphe, ne fut avertie que par le courrier ordinaire, c'est-à-dire par la poste, qu'une crue nouvelle était imminente. Quand l'avis parvint à destination, il était devenu, hélas! parfaitement inutile ; le fléau avait couru plus vite que nos pauvres facteurs, le niveau du fleuve s'était élevé dans des proportions énormes, et l'eau envahissait de toutes parts. »


2. L’eau est là !

« Non encore informé, mais déjà inquiet, le Conseil municipal, réuni en commission, se séparait à 11 heures du soir, et une partie des conseillers, le maire en tête, décidaient de se porter sur un des points menacés, rue Diderot, pour se rendre un compte exact du danger. Ils entrèrent au numéro 18 comme les habitants du rez-de-chaussée montaient leurs meubles aux étages supérieurs. La situation devenait critique, car des murs s'étaient déjà écroulés dans les terrains en contre-bas, entre les rues Diderot et Danton.

« Laissée sans renseignements par l'autorité supérieure, la municipalité en concluait, avec juste raison, que son devoir était de réagir contre la panique et disait sur son passage qu'elle n'avait reçu aucun avis permettant de prévoir une hausse nouvelle. Néanmoins, le service de sauvetage fonctionnait partout : les pompiers d'Issy et ceux de Vanves, leurs capitaines en tête, les gendarmes, le commissaire de police et ses agents, le service des cantonniers, les balayeurs, les égoutiers, chaussés de hautes bottes, des fantassins, des pontonniers avec leurs grands bateaux plats dont l'arrivée sur des chariots, en pleine nuit, donnait à la ville un aspect de siège, tout le monde était à son poste, attentif, le cœur étreint par l'angoisse d'un danger vaguement prévu, car les alarmistes, les surenchérisseurs ne manquaient pas, et malheureusement, cette fois, ils eurent raison.

De gauche à droite : M. Clément, premier adjoint. M. Mayer, le maire.
M. Vilain, deuxième adjoint.

« En effet, vers 2 heures du matin, la Seine franchissant ses bords, un flot furieux que rien ne peut retenir s'élance dans la plaine. Ce ne sont plus des infiltrations, c'est un torrent déchaîné, c'est le déluge, car la pluie tombe toujours. Au milieu de l'affolement général, l'eau se rue contre les murs de clôture et les prend d'assaut. Quand l'un d'eux a cédé à la poussée énorme des ondes furieuses, celles-ci se précipitent comme une catapulte sur le mur suivant qui disparaît à son tour emporté en un instant par la masse liquide.

Rues Jean-Jacques Rousseau, aujourd'hui rue Guynemer.

« Les marais Cottereau, Masseron, Roumy, Porte, Guyard, sont recouverts; les cloches, les châssis brisés par milliers. Les petites maisons ouvrières des rues Hoche, Danton, du quartier des Coutures, sont submergées; leurs habitants doivent s'habiller à la hâte et se sauver en abandonnant tout. Une pauvre mère de famille n'eut même que le temps de prendre son enfant et de s'enfuir presque nue, ayant de l'eau jusqu'à mi-corps. A 3 heures du matin, il y avait, dans ces bas quartiers, 3 mètres d'eau ; la rue Jean-Jacques-Rousseau n'était plus qu'un canal de 1m80 à 2 mètres de profondeur. L'île de Billancourt avait disparu ; de l'avenue de Versailles, à Billancourt, aux Moulineaux, on ne voyait plus qu'une immense nappe d'eau pointillée çà et là par des alignements d'arbres dénudés, de lanternes à gaz, restées allumées, quelques toits et des poteaux de tramways.


Pavillons de l'usine Gévelot.
« Le 27, dans la journée, l'usine à gaz, envahie, avisait le public qu'elle ne pouvait plus assurer l'éclairage, et, amère ironie! la population était également informée qu'elle allait manquer d'eau potable. Partout, la vie industrielle est suspendue, les grandes usines d'Issy-les Moulineaux ferment leurs portes, l'usine Gévelot, la Société des Munitions d'artillerie, Deutsch, Lassailly et Bichebois, la Vanille, Larnaude, la blanchisserie Édeline, le secteur, la biscuiterie Guillout, Lefranc, Le Ripolin, licencient leur personnel, et l'on voit ces pauvres gens déambuler tristement par les rues ou sur la ligne du chemin de fer électrique, également arrêté, et contempler l'effrayant désastre. Leurs yeux désolés parcourent au loin l'immense plaine liquide, cherchant à retrouver la pauvre maisonnette qui abritait la famille.

« Parfois, ils la découvrent ou plutôt la devinent à un indice quelconque, quand l'eau ne l'a pas emportée; quelquefois, une petite tonnelle en treillage, salle à manger d'été, protégée par sa légèreté même, est tout ce que le torrent a laissé subsister ; mais, souvent aussi, la recherche est vaine, le flot a tout balayé: alors les yeux se rem-plissent de larmes, car, pour ces pauvres gens, c'est la ruine.

L'usine Gévelot.

« Du 27 au 30 janvier, la Seine ne fait que croître, et les désastres s'accumulent sans interruption. Une tristesse lourde pèse sur toutes choses. Le jour, des théories de chômeurs forcés errent par les rues que n'anime plus le mouvement des voitures et des tramways, mais la nuit est plus lugubre encore. Partout règne le silence des villes mortes; de temps en temps, une lueur falote, un petit feu follet s'avance d'un mouvement sinueux et irrégulier comme le vol d'un oiseau nocturne : enfin, on s'aperçoit que cette lumière se balance au bout d'un bras, c'est un attardé qui rentre chez lui. Tout à coup, on entend dans le lointain un roulement sourd et continu, le bruit s'approche, il s'y mêle un piétinement de chevaux. Enfin, nous distinguons, c'est un interminable train de pontonniers se rendant aux endroits menacés.

« Voici maintenant, une escouade d'infanterie allant prêter main-forte à un déménagement de sinistrés qui ont attendu jusqu'à la dernière minute pour quitter leur demeure. Le vieil habitant d'Issy sent l'effroi se glisser dans son cœur, il se demande si le temps est remonté vers sa source et si l'humanité va revivre la période inoubliable de 1870-1871. Quoi qu'il en soit, un fait certain, c'est qu'évalué en chiffres, le dommage matériel causé par l'inondation à la ville d'Issy-les-Moulineaux égalera les pertes que lui ont infligées le siège de Paris et la Commune. » A suivre le 26 janvier, 18 heures.

Les quais d'Issy-les-Moulineaux.

19 janvier 2017

Les Hauts d'Issy - balade nostalgie 1962-1982


Notre Historimien Michel a fait une petite vidéo sur les Hauts d'Issy, principalement le quartier des Épinettes. Un "nez en l'air" avant l'heure puisque nous voilà plongés dans les années 1960, avec des photos fixes et animées en noir et blanc, puis les années 1970 tout en couleurs. N'hésitez pas à faire pareil pour enrichir les archives de notre commune. Allez vite sur https://youtu.be/b26fkxtInUA



18 janvier 2017

Le général Glavany est décédé

Dernière minute…

Le général Glavany dont nous avons publié un portrait  http://www.historim.fr/search?q=Glavany  est décédé.
Ses obsèques auront lieu à l'église Saint-Benoît, 35 rue Séverine, Issy-les-Moulineaux, le jeudi 19 janvier, à 15h15. Venez lui rendre un dernier hommage. PCB

Coll. particulière

15 janvier 2017

Valeria Lumbroso - professionnelle isséenne des médias

Valeria Lumbroso © Sébastien Ménager

Valeria Lumbroso productrice et réalisatrice talentueuse de documentaires a manifesté un goût précoce pour l’art et le théâtre. Dans son enfance, elle a vécu dans différents pays et a beaucoup voyagé. Cela lui a donné une curiosité pour autrui pleine d’humanisme. Elle réside avec ses proches dans la commune depuis le début des années 2000.


Professionnelle des médias
Elle réalise ses premiers documentaires au début des années 1990 : Le Siècle Stanislavski, Nationalismes, Les dérives du rock et On Broadway ont été diffusés sur Arte, Samuel Beckett sur France 3. En 1996, elle rejoint Bernard Choquet pour développer la société de production Guilgamesh * : « Nous nous sommes inspirés de la plus ancienne épopée car on voulait raconter des histoires originales ». Ils prennent des bureaux au centre-ville d’Issy-les-Moulineaux, à côté de France 5, peu de temps avant l’arrivée d’Arte dans la commune.

Après la série Cassiopée sur l’astronomie autour d’Hubert Reeves pour France 2, ils écrivent et produisent La Saga des Nobels pour France 5 pour montrer « la créativité, la recherche et le dévouement chez les artistes et les scientifiques ». Avec cette collection, ils reçoivent le prix du Sénat dans la catégorie « Histoire des sciences » en 1997.
Leurs productions incluent le documentaire Chronique d’un ange gardien sur le SPHP (Service de Protection des Hautes Personnalités) diffusé dans la soirée Thema d’Arte : Les gardes du corps en 1998.
Un siècle de découvertes est l’adaptation française d’une série documentaire américaine « qu’il fallait compléter par les découvertes de chercheurs européens comme Marie Curie qui eut deux prix Nobel ». Cet ensemble reçut le prix du film historique d’Orsay en 2001.
La saga des communications secrètes fait aussi partie de leurs quatre-vingts productions documentaires pour les chaînes France 2, France 3, France 5 et Arte ; ces deux dernières ayant un siège isséen.

En 2001, est tournée une première série pour Les Maternelles : La planète des enfants sur leurs relations amicales. Elle est suivie en 2004 par une collection pour Arte : L’Enfance pas à pas sur les étapes du développement. « Ce travail d’équipe a réuni plusieurs auteurs, réalisateurs et conseillers scientifiques. S’intéresser au jeune enfant permet de mieux savoir ce qu’est l’être humain. La question de l’imitation est importante car c’est une façon de communiquer avant le langage. La chercheuse Jacqueline Nadel a montré que les enfants de moins de 2 ans jouent “sans conflit“ pendant 45 minutes si chacun a la possibilité d’imiter l’autre et d’être imité à son tour, avec des jouets en double exemplaire. »
Ces séries ont été vendues à l’international et sont, par exemple, extrêmement appréciées au Québec ! Certains tournages eurent lieu dans des crèches, des écoles, des colonies et des centres de loisirs isséens.

L’entreprise est vendue en 2004 et Valeria Lumbroso poursuit alors son parcours audiovisuel en travaillant pour différentes sociétés de production. Elle est pendant quelque temps responsable des documentaires « Sciences et connaissances » au sein de la chaîne M 6. Ensuite, elle revient à la réalisation avec deux autres séries documentaires pour l’émission Les Maternelles : Les premiers liens en 2008 et Amitiés entre enfants l’année suivante.

Autre réalisation passionnante en 2012, le film Planète Autisme dans lequel Jacqueline Nadel montre l’importance de l’imitation synchrone pour les enfants autistes. « Ils apprennent ainsi les pré-requis de la parole et de la communication. Ils ont plaisir à l’interaction. Peu de films traitent du développement de ces enfants. ». Le documentaire a été diffusé sur France 5, tout comme Les premiers pas vers l’autre qu’elle a tourné pendant toute une année scolaire dans une école de la commune « pour capter ce moment où les enfants commencent à prendre en compte le point de vue de l’autre ».

En 2013, Bernard Choquet fonde une nouvelle société à Issy-les-Moulineaux : Créalis Médias à l’origine de la première plate-forme de diffusion de colloques en ligne www.colloque-tv.com. En parallèle, Valeria poursuit deux réalisations avec le web documentaire : Le Monde de l’Autisme 2014 pour TV5 Monde, et le documentaire Entre toi et moi l’empathie [fascinant !] pour France 5 en 2015. 
Ensemble, ils veulent « créer un mouvement autour de l’enfant » en diffusant des colloques sur le handicap, la psychologie de l’enfant, la psychiatrie… L’ANECAMSP (centres d’accueil d’enfants handicapés de moins de 6 ans), l’ANCRA (Association des Centres Ressource Autisme), l’ARIP (association de pédopsychiatres) ou encore le COPES (association de psychanalystes) leur confient la mise en ligne de colloques « aux intervenants prestigieux ». On peut consulter en accès libre le web documentaire Le Monde de l’Autisme. « De la science en lien avec des méthodes innovantes et des expériences interactives pour se mettre dans la peau d’une personne autiste. »

Isséenne
Parlant de sa commune où elle vit avec sa famille et où elle travaille, Valeria en dit : « ville agréable à vivre, un centre-ville de province collé à Paris. Je fais tout à pied. ». Elle constate la superposition de plusieurs univers : « Quand nous sommes arrivés, il y avait beaucoup de personnes âgées, une bonne mixité sociale. Depuis, de nombreuses familles se sont installées. On y croise des enfants, des ados, des jeunes un peu partout. C’est aussi une ville de médias avec France 5 et Arte ».

L'été dans le parc de l'île Saint-Germain. © A. Bétry

Elle apprécie le parc de l’Île Saint-Germain (ci-dessus) ainsi que la toute récente piscine AquaZena dans l’éco- quartier du Fort, quand elle arrive à avoir un peu de loisir ! 

Que Valeria Lumbroso soit chaleureusement remerciée pour avoir consacré une partie de son temps pourtant compté à nous recevoir, Monique et moi pour recueillir son témoignage ! Elle a été d’une aide efficace pour faire respecter la chronologie des productions de grande qualité dont elle nous a parlé avec une passion contagieuse.

* Pour mémoire, Gilgamesh - qui a inspiré le nom de la société de Valeria Lumbroso et de Bernard Choquet  - est le roi légendaire d’Ourouk (Wahra de nos jours en Iraq sur l’Euphrate, au sud de Bagdad). Les poèmes épiques narrant ses aventures furent écrits au XVIIIe av. J.-C. Parmi ses exploits : la lutte contre la déesse Ishtar (Astarté pour les Grecs) et la quête de la plante de jouvence volée par un serpent, ce qui le rend à nouveau mortel. 

10 janvier 2017

Orange quitte Issy-les-Moulineaux en 2016

Orange, CNET, PTT… Cet important centre de recherches dans le domaine 
des télécommunications français a quitté la commune après plusieurs décennies de présence au centre de la ville. Les travaux de démolition doivent débuter ce mois-ci. Le permis de démolir indique une superficie de plus 
de 3 hectares (30 189 m2) et 42 373 m2 de bâtiments. 
Retour sur cette extraordinaire aventure technologique.

Bâtiments, rue du Général Leclerc. On distingue à gauche la salle de conférences sur plan carré dont la façade est ornée de lamelles filtrant la lumière (s’inspirant du Corbusier pour la Cité radieuse à Marseille). Elle se situe  à l’emplacement de l’ancienne Quincaillerie de la Mairie (années 1930). Les topiaires du jardin de 2001 sont dans des bacs posés sur rails pour les faire coulisser le long des allées. Au fond, les bureaux datent des années 1950. © A. Bétry

Entrée av. Gal Leclerc. © P. Maestracci

L'emplacement
Pendant longtemps, des champs étaient exploités à cet endroit, le long de la Grande-Route devenue route nationale n° 189 au XIXe siècle. Cette partie de la rue Renan est renommée rue du Général Leclerc après 1945 lorsque les PTT (Postes, Télégraphe et Téléphone ) y installèrent leurs chercheurs.
Au XVIIIe siècle, de belles propriétés s'élèvent sur les champs appartenant au sous-fief du Bois-Vert que le financier Beaujon achète en 1760 et revend en 1784. Au XIXe siècle, le parc est loti et coupé en diagonale par l’avenue de la République. Cela explique la forme du terrain d’Orange : un rectangle à pans coupés entre les rues du Général Leclerc (longueur de 120 m.), Horace Vernet (longueur 200 m.), avenue de la République (150 m.) et rue Victor Hugo (300 m.). Guillout, une usine de biscuiterie s’installe sur le terrain et une partie de la rue Hoche est intégrée à l’ensemble. En 1946,  un laboratoire de recherche des PTT s’y installe. De nouveaux bâtiments en forme de U sont construits dans les années 1950 puis dans les années 1960. Le dernier aménagement est celui du jardin et d’une salle de conférences sur la rue du Général Leclerc en 2001.

L'entreprise
Les PTT installent un centre de télégraphie en 1946 puis le CNET (Centre National d’Études des Télécommunications) qui devient ensuite la propriété de France Télécom. Celle-ci est renommée Orange lors de la scission des activités des PTT. Ce centre de recherche est connu maintenant sous le nom d’Orange Labs. Les locaux de CNET-Lannion (Côtes d’Armor) ont été construits au cours des années 1960 pour compléter le CNET-Issy.
Des découvertes fondamentales y ont été menées faisant de ce centre un des pôles mondiaux des télécommunications.

Les recherches

La reconstruction. À la Libération, le réseau est en grande partie à reconstruire. D’abord en utilisant les techniques et modèles connus (Rotary, Strogger) basés sur des contacteurs électriques pour partie produits sous licence. Ensuite, l’évolution s’est faite grâce à des relais électro-mécaniques puis électriques dont les prototypes furent élaborés ou testés au CNET. C’est l’époque par exemple du Pentacompta. Au début des années 1960, la pénurie est telle face à la demande que des « professions prioritaires » comme celle des médecins, pouvaient attendre plusieurs mois avant d’obtenir une ligne !. Une partie du réseau sur le territoire et à l’international nécessitait l’intervention d’opératrices pour obtenir son correspondant. Le sketch de Fernand Raynaud, « le 22 à Asnières », est particulièrement éclairant sur le sujet.

Le plan téléphone. Si le sketch fait rire une partie du pays, il n’en est pas de même pour le gouvernement de la toute jeune Ve République du général de Gaulle. L’État décide d’un Plan téléphone pour résorber le retard et répondre à l’explosion des demandes. Cette mission est confiée aux PTT qui ont reçu des moyens financiers importants. Une association technique entre le CNET et des industriels est mise en place pour favoriser la recherche, financer des prototypes (au CNET ou chez les industriels), les faire valider par le CNET et, pour certains, les essayer dans le réseau. Toute une série de prototypes testés par le CNET sont apparus avec des noms évocateurs : Socrate, Platon, Ramsès, Aristote… Parallèlement, les progrès de l’électronique et de l’informatique  favorisent l’évolution de l’architecture des centraux téléphoniques.

Entrée avenue de la République. Elle donne accès au parking installé
sur l’ancienne portion du parc des Oiseaux.  Les bâtiments
datent des années 1960. © A. Bétry

La Modulation à Impulsions Codées (MIC). Cette invention, mise au point dans le cadre du Plan téléphone, repose sur quatre principes. Mesurer la fréquence vocale d’une conversation téléphonique à intervalles réguliers pour échantillonner, coder la fréquence mesurée, transporter l’information sous forme numérique et reproduire à l’autre extrémité la fréquence à partir de la mesure. Cette technique permet de faire passer 32 conversations simultanées sur une liaison (MIC 32 voies) tandis que l’oreille humaine ne perçoit pas la manipulation. Cette invention a ensuite été normalisée par les instances internationales des Télécommunications basées à Genève puis s’est répandue dans le monde entier : MIC 24 voies en Amérique du Nord, MIC 32 ailleurs. Le CNET est alors devenu un leader de réputation mondiale de la téléphonie numérique.
Les progrès de l’électronique et de l’informatique ont permis de concevoir et de tester des architectures redondantes et sécurisées. Le cahier des charges à respecter imposait une panne totale du central seulement tous les 17 ans ! Le déploiement fut impressionnant ; chaque industriel ouvrait pratiquement chaque année une nouvelle usine de fabrication de matériel. Des milliers de bâtis téléphoniques (Armoires normalisées « Socotel ») étaient réceptionnés, validés par les PTT et installés.
Dans la seconde moitié des années 1970, l’ensemble du réseau est numérisé et la France dispose des équipements les plus modernes au monde. On peut estimer que de 1100 à 1200 centraux ont été ainsi connectés en France.
De nombreuses autres expériences sont menées par le CNET durant cette période comme les postes de visiophonie individuels reliant Issy et Lannion, ancêtres de la visioconférence ou les essais d’utilisation de la fibre optique.
Les PTT avec le CNET vont aider les industriels à vendre leur technologie à l’étranger. Il en résulte plus tard des accords de licence importants : l’Inde au milieu des années 80 ou la région de Pékin.


Minitel : un clavier, un écran, des caractères noirs sur fond blanc !
Aucune image. © P. Maestraccci
Le Minitel. Au début des années 1980, les annuaires papier édités chaque année ne permettent plus de répondre aux changements fréquents ni à l’accroissement des clients. France Telecom estime qu’il faudrait plusieurs dizaines de milliers de postes d’opérateurs pour le renseignement téléphonique. Le projet du Minitel lancé en 1982 consiste à adjoindre aux centraux numériques des « concentrateurs » spécifiques et de connecter sur le téléphone de l’usager un petit terminal qui affiche uniquement des caractères. Les vitesses sont différenciées : 60 caractères par seconde vers le serveur, correspondant à la frappe sur le clavier du terminal et 1100 caractères par seconde pour l’affichage. À noter que cette asymétrie se retrouve plus tard dans l’ADSL (Asymetric Data Subscriber Line, ligne utilisateur asymétrique pour le transfert de données). Pour les serveurs, des disques informatiques innovants sont conçus pour améliorer les temps de réponse (disques dits associatifs). Ces petits terminaux ont été distribués gratuitement aux usagers. Le fait que l’accès aux renseignements téléphoniques soit gratuit assure le succès de l’opération. Les usines qui fabriquaient les bâtis téléphoniques ont été reconverties en partie pour sortir les concentrateurs numériques. Elles ont fermé en grande partie les unes après les autres après la fin de l’opération.
La grande surprise des spécialistes du domaine a été l’éclosion, on peut même parler d’explosion, des « offres » autour du Minitel. Le mode de rémunérations de ces services était original. France Télécom percevait une redevance qui était ensuite partagée avec le propriétaire de l’application « accédée » suivant un contrat différent d’un service à l’autre. Ce mode de rémunération fait encore rêver les opérateurs confrontés à la gratuité d’Internet pour rentabiliser d’énormes investissements.
Il était possible de visualiser une foule de renseignements ( horaires SNCF ou d’avion ) mais également de commander des articles en ligne (VPC). Certains de ces services ont passé l’an 2000 et le Minitel a été arrêté en 2014.
Il y eut quelques tentatives pour exporter le Minitel mais ceci est resté une belle avancée technique franco-française. Il fallut attendre l’arrivée de services équivalents sur Internet mais dans la seconde moitié des années 1990. Certaines entreprises avaient même mis en place des connexions Minitel vers leurs application internes. Il était possible par exemple d’accéder à sa boîte à lettres dans la messagerie de l’entreprise. Les messageries étaient à l’époque en format « caractères ». Un Minitel permettant d’afficher 80 colonnes soit 80 caractères /ligne (au lieu de 40 pour le terminal initial) avait été développé pour faciliter ces utilisations.

Les bureaux vus de la rue de la Biscuiterie, nom donné en souvenir de
l’entreprise Guillout installée autrefois sur le terrain. © P. Maestracci

Vers le haut débit.
Les années passent. Les premières expérimentations de réseaux à base de fibres optiques sont menées tout d’abord dans un quartier de Vélizy puis sur la ville de Biarritz. Ceci débouche sur les services de VOD (Vidéo à la demande). Plus tard, France Telecom réalise le « Plan câble » qui propose aux utilisateurs une connexion coaxiale pour les services de télévision à la demande. Les équipements sont repris plus tard par Numericable et servent encore.
Les liens entre centraux sont renforcés par la mise en place d’artères en fibre optique. France Telecom  rentabilise les travaux de génie civil en installant dans une tranchée ouverte des fibres en grand nombre. Ceci servira plus tard pour Internet et le GSM.

Les réseaux voix/données. Les transferts de données se faisaient par modems dont la vitesse était de 9,6 Kb ou 19,2Kb avec des liaisons de qualité. France Telecom déploie le RNIS (Réseau Numérique à Intégration de Service) qui offre une liaison pour les données à 64 Kb et deux liaisons téléphoniques à 16 Kb. Ce service est utilisé par les PME mais également par les grandes entreprises pour les configurations en « mode dégradé ». D’autres services spécialisés sont proposés ; par exemple, les liaisons dédiées avec raccordement de bout en bout entre les deux extrémités. Plus tard, dans les années 1990, des boucles très haut débit à base de fibres optiques permettent l’interconnexion de centres informatiques. Des connexions utilisant le protocole ATM (Asynchronus Transmission Mode) inventé au CNET sont également proposés essentiellement aux entreprises.

Internet-Réseau IP (Internet Protocol)
La grande aventure de la fin du XXe siècle est l’introduction, l’extension et la généralisation d’Internet, tant sur le plan des réseaux que surtout celui des services offerts. Le protocole IP s’impose dans les domaines de l’informatique et du téléphone. Ceci est rendu possible par l’accroissement des débits des réseaux.
Bi-bop a Lula et ITINERIS. On sait peu que le GSM eut un « ancêtre » appelé Bi-Bop a Lula. Le projet Marathon en 1982 aboutit au Bi-Bop a Lula déployé dans plusieurs arrondissements parisiens de 1993 à 1998. Il permettait d’appeler et de se faire appeler mais lorsque la conversation était établie, il fallait rester à portée de la borne sous peine d’interruption.. La possibilité de passer d’une borne à l’autre sans interrompre la conversation ou la transmission de données est à la base du GSM. France Telecom a commercialisé ITINERIS.
L’État a vendu des fréquences pour le déploiement à 3 puis 4 opérateurs. Ceux-ci ont installé des milliers d’antennes pour couvrir une bonne partie du territoire. Plusieurs générations se sont succédé : G2, G3, G4 avec des couvertures différentes selon les opérateurs. La G5 est en cours de définition dans les laboratoires.

L’ère du smartphone. Il est devenu possible de tout faire avec son smartphone. Un problème important reste la fiabilité et la véracité de tout ce qu’Internet véhicule sans oublier les problèmes de sécurité. 

La bataille des applications et des contenus. Les opérateurs doivent faire face à des investissements énormes pour améliorer leur réseau, installer les nouvelles générations 4G et bientôt 5G, et répondre à l’accroissements des demandes en volume. Nous sommes entrés dans uns véritable révolution numérique. Les laboratoires, dont Orange Labs, sont au cœur de cette bataille. 


Vue générale des bâtiments prise rue du Général Leclerc. © A. Bétry
En conclusion. Les télécommunications sont en évolution permanente et les laboratoires RD (Recherche et Développement ) ont une place fondamentale dans ce domaine. Ce qui précède n’évoque qu’une partie de tous les inventions et développements réalisés au CNET dans les deux centres isséen et breton. Après soixante-dix ans passés dans la commune, le CNET-Orange Labs vient de rejoindre un complexe ultra-moderne ouvert par Orange à Châtillon. 

Permis de démolir. © A. Bétry




Permis de démolir… mais pas d'oublier ! Il serait souhaitable que ces extraordinaires inventions qui ont faitd’Issy-les Moulineaux un pôle mondial des télécommunications des XXe et XXIe siècles restent dans les mémoires. Historim y travaille.
J-M. et P. Maestracci

Retrouvez le témoignage de Jean Boyer qui y a travaillé :