25 septembre 2026

Chapelle Notre-Dame de Lorette à Issy

 Le séminaire d’Issy abrite une allée, une chapelle et un bâtiment placés tous trois sous le vocable de Notre-Dame de Lorette. Ils rappellent le pèlerinage qu’effectua le fondateur du séminaire à cette basilique italienne. Mais que sait-on de ce sanctuaire – par ailleurs situé à 25 km de notre partenaire Macerata - et de ses liens avec Issy ?


Né en 1608, quatrième enfant d’une famille de noblesse de robe, Jean-Jacques Olier était appelé à devenir abbé mondain. Il se forme à la Faculté de théologie de la Sorbonne puis, ambitieux voire carriériste, part apprendre l’hébreu à Rome. Mais il y est frappé d’une maladie des yeux qui l’empêche de lire, voire le conduit à la cécité ! Il entend parler du pèlerinage à la basilique de Lorette sur les bords de l’Adriatique. Puisqu’il est déjà à Rome, il décide de s’y rendre pour implorer la Vierge Marie, semble-t-il plus par curiosité que conviction.

Il en entend parler car – on l’oublie parfois un peu, le pèlerinage de Lorette est alors le plus grand de la chrétienté occidentale, loin devant St-Jacques de Compostelle. Quatre millions de pèlerins s’y pressent par an. 150 messes quotidiennes y sont célébrées. Les années jubilaires, jusqu’à 500 000 fidèles campent autour de la basilique.

Ce succès phénoménal tient à ce qu’elle abrite une relique exceptionnelle, rien moins que la maison de la Vierge à Nazareth (la Santa Casa), vaisselle comprise. Menacée par les Sarrasins après la débâcle des croisades, elle y a été transportée via les airs par des anges en 1294, après une escale en Croatie et une autre dans un bois de lauriers voisin. Dès lors, les fidèles accourant toujours plus pour y faire leurs dévotions, le pèlerinage a été organisé, une église a été construite autour de l’humble demeure, et le saint lieu a été directement rattaché à la papauté. L’occupation de la Palestine par les Turcs et la piraterie barbaresque en Méditerranée n’ont fait qu’accroître son intérêt comme intermédiaire avec les Lieux saints.
Au XXIe siècle, cette « foi du charbonnier » peut prêter à sourire. C’est oublier qu’à l’époque et plus encore au Moyen Âge, le fidèle n’établit pas de frontière entre le réel et le symbolique. Le vol miraculeux représente l’élévation spirituelle de la Vierge, la Casa mobile l’Église universelle, le passage de l’Orient à l’Occident la diffusion de la foi, et les lauriers la victoire du Christ.
Pour ce qui concerne Jean-Jacques Olier, les résultats vont au delà des espérances. Non seulement il recouvre la vue mais est gratifié d’une nouvelle vision, spirituelle. A l’époque, l’une des grandes questions en suspens est la formation des prêtres, dont le concile de Trente a dénoncé quelques décennies plus tôt les terribles carences. Revenu en France, l’abbé y consacrera sa vie, conduisant à la création du séminaire d’Issy.
Mais la Vierge de Lorette a aussi un autre lien moins connu avec notre commune. Le transport acrobatique de son logis a en effet rapidement incité à la voir comme une marraine naturelle des voyageurs de l’air. Dès 1912, la Société italienne des Aviateurs et Aéronautes se place sous sa protection. Le Vatican s’en saisit. Et en 1920, le pape Benoit XV la proclame solennellement Aeronautarum Patrona, sainte patronne des aviateurs et passagers aériens. Nul doute qu’elle veillait donc avec bienveillance sur le berceau de l’aviation qu’était alors Issy. Elle a gardé ce titre jusqu’à ce jour, quoiqu’en partage avec quelques autres saints personnages (Saint Eloi, Saint Joseph de Copertino …).

Pensons donc à l’invoquer la prochaine fois que nous prendrons l’avion ! 

P. Baland

                              

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