15 juin 2026

L'invention du Docteur Zamenhoff

La rue du Dr Zamenhoff, probablement la seule d’Issy dont le nom commence par la lettre Z, est située en hauteur d’Issy, entre le Fort et la ville de Clamart. Longue de 300 mètres, elle relie la place du Groupe Manouchian à la rue du Chemin vert. Le voisinage de ces deux noms à consonnance étrangère n’est du reste peut-être pas un hasard.

L'école Louise Michel se trouve rue du Docteur Zamenhoff.

Le Dr Zamenhof, seule orthographe que citent les sources pour ce qui concerne le nombre de F, n’est pas le médecin le plus connu en France. Comme l’auteur de Frankenstein - qui se souvient de son nom ? - sa notoriété est largement éclipsée par celle de sa création. Car de celle-ci, tout le monde a en revanche entendu parler.





Louis-Lazare Zamenhof naît en 1859 à Białystok, à l’époque dans l’empire russe, initialement lituanienne et aujourd’hui polonaise. Ce détail n’est pas anodin. Située aux confins de ces trois pays ainsi que de la Prusse orientale et dans une région à forte présence juive, la ville est à l’époque un petit monde. On y trouve des communautés russe, polonaise, biélorusse, lituanienne et allemande. Chacune est enfermée dans son idiôme. Elle ne communique avec la voisine que par nécessité, avec difficulté et non sans frictions. Même mélange religieux : catholiques, orthodoxes et luthériens cohabitent avec deux tiers de juifs. Zamenhof, né Eliezer Levi Samenhof, se définit lui-même juif russe. A table, son père lui parle en russe et sa mère en yiddish.

A l’âge de 14 ans, il émigre avec sa famille à Varsovie, elle aussi dans l’empire des Tsars (l’Etat polonais ne sera restauré qu’après la 1ère guerre mondiale). Quelques années plus tard, il engage des études de médecine, d’abord à Moscou, puis à Varsovie, et enfin à Vienne pour une spécialité d’ophtalmologie. Confronté à l’antisémitisme, il occidentalisera ses prénoms en Ludwig Lazarus, puis Louis-Lazarre.
Fils de juifs ashkénazes, Elizer n’est lui-même pas pratiquant. On commence à parler du sionisme mais il ne s’y intéresse qu’un temps. Très tôt, sa passion est ailleurs : les langues, et plus particulièrement le spectacle qu’il a sous les yeux, la tragique barrière qu’elles dressent entre les habitants de sa ville natale. Et donc, il en est convaincu, les malentendus et drames auxquels leur diversité conduit. Il est en revanche doué pour les apprendre. Bilingue dès le berceau, il parle bientôt aussi allemand et français – quatre langues non seulement difficiles mais fort différentes. Il en ajoutera une demi-douzaine d’autres au cours de sa vie. Leurs processus intimes n’ont pas de secret pour lui. A 18 ans, en parallèle à ses études de médecine, il trouve sa voie : il veut créer et promouvoir une langue commune qui, s’ajoutant aux idiômes nationaux, serve de lien à l’humanité. Ce sera l’espéranto, la grande œuvre de sa vie.


On connaît la suite. Admirable construction théorique qui plonge ses racines dans le savoir linguistique encyclopédique de son créateur, l’espéranto ne parviendra jamais à s’imposer comme parler universel. Son apprentissage est pourtant facile. Son auteur en traduit lui-même la méthode dans une dizaine de langues. Il ne ménage pas ses efforts pour la promouvoir par tous les moyens : conférences, livres, revues, congrès périodiques ... Pour la faire connaître, il se transplante dans plusieurs pays dont l’Allemagne et la France. En 1922, la Société des Nations n’est pas loin de l’adopter comme langue de travail. Mais la représentation française s’y oppose, considérant que la victoire de 1918 devrait suffire à rétablir le français comme langue diplomatique internationale. Comme au temps de Voltaire. L’espéranto ne sera dès lors plus qu’une curiosité.
Et pourtant, le concept de langue internationale n’a rien d’absurde. Pour ne considérer que le monde méditerranéen dont nous sommes issus, l’akkadien, le grec, l’araméen, le latin et l’arabe en ont tour à tour (et parfois simultanément) été des exemples vivants. Plus à l’est, le sanscrit a servi de ciment culturel à une très vaste région : d’Islamabad à Singapour et Jakarta, toutes les grandes villes y portent encore des noms qui en sont issus. La notion d’idiôme artificiel a aussi des précédents historiques. Sanskrit, araméen et latin étaient en réalité, dans leur forme internationale qui nous est parvenue, des langues normalisées. Même l’allemand moderne est pour une grande part la fusion par Luther de plusieurs courants dialectaux à des fins de traduction de la Bible. Mais il est aussi vrai que conférer une portée trop large à une langue peut aussi la condamner à se fragmenter un jour en dialectes, et donc revenir au point de départ, ce dont Zamenhof s’est sans doute du reste lui-même rendu compte vers la fin de sa vie.
Le docteur humaniste est enfin le contemporain, compatriote, coreligionnaire, et pour tout dire alter ego, d’un autre autodidacte qui, inspiré par le même environnement politico-linguistique, crée simultanément lui aussi une langue qui, en revanche, réussira : Ben Yehuda, l’inventeur de l’hébreu moderne.
La commune d’Issy s’honore à rappeler la mémoire d’un authentique pacifiste doublé d’un génie de la linguistique.
P. Baland

 

 

                                                                                                                                 


11 juin 2026

Chemins d'Issy

Le mot chemin vient du celte cam (un pas) devenu en latin camminus. Un chemin est un lieu de passage pour hommes et animaux à la campagne. Pourtant il en existe une dizaine dans la ville car c’est un héritage de son passé agricole. La plupart sont réservés aux piétons mais dans certains cas, des véhicules peuvent y circuler. 

Chemin de la Bertelotte avec sur la gauche les bâtiments du collège Henri Matisse.





Certains évoquent évidemment la campagne comme le chemin des Vignes près des serres municipales et de vignes toujours exploitées. La vendange à l’automne  est faite par de jeunes Isséens. Le chemin du Moulin à l’entrée du Fort est sur l’emplacement d’un moulin médiéval appartenant à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le chemin du Bois-Vert en centre-ville a le nom d’un sous-fief ; il est en pente et relie la rue Minard à celle du Général Leclerc. Le chemin de la Bertelotte est le nom d’un lieu-dit.

Plaque du chemin du Colonel Arnaud Beltrame près du Belvédère au Fort.



Deux noms indiquent un accès aux transports : le chemin d’Accès à la Gare d’Issy du RER et le chemin Latéral longe les lignes du Tram et du RER dans le quartier Val-de-Seine.

Enfin le chemin du Colonel Arnaud Beltrame (1973-2018), juste à l’extérieur du Fort rend hommage à cet héroïque gendarme qui donna sa vie pour sauver des otages.


P. Maestracci 


Plaque du chemin du Moulin entre la rue du Fort et l’allée Lucie Aubrac



 

4 juin 2026

Deux papes à Issy ?

La réponse est à la fois oui et non. Une certaine ambiguïté est à l’origine de ce titre un peu volontairement provocateur.

OUI.
Un fait est certain, le pape Jean-Paul II est bien venu à Issy le 1er juin 1980 lors de son séjour en France durant trois jours. Ce premier dimanche de juin, après avoir assisté à la grand-messe au Bourget, il arrive à bord d’un hélicoptère Puma blanc et bleu du GLAM, baptisé Arc de Triomphe. L’appareil.se pose, à 16 h 10, dans le jardin du Séminaire. Le souverain pontife se rend ensuite à la chapelle où il préside une réunion de la Conférence épiscopale française en présence de 130 évêques. Après deux heures de huis clos, une collation lui est offerte avec l’ensemble de l’épiscopat.
Pendant ce temps, une foule nombreuse s’est massée dans la rue du Général-Leclerc. Sous la surveillance d’un service d’ordre attentif, elle patiente depuis de longues heures dans l’attente de la sortie du Saint-Père qui doit emprunter cette rue pour se rendre au Parc des Princes où il doit rencontrer la Jeunesse de France





Lorsqu’il apparaît enfin, dans la SM présidentielle, c’est sous des acclamations enthousiastes et ininterrompues qui l’accompagnent jusqu’à la disparition du cortège.
Ainsi s’achève cette journée mémorable que vous pouvez retrouver en visionnant le reportage du journal d’Antenne 2 (https://tinyurl.com/4u5swh8k).



NON.

Car un autre est bien venu à Issy… mais sans encore l’être.

En 1950, Monseigneur Angelo Giuseppe Roncalli,– futur Jean XXIII, élu le 28 octobre 1958, pour succéder à Pie XII.– passe un après-midi au Séminaire.

A cette époque, il est nonce apostolique en France, fonction qu’il occupe de fin 1944 à fin 1952. Il vient visiter l’établissement à l’occasion d’une journée portes ouvertes destinée au recrutement des séminaristes.

Cette journée coïncide avec une grande manifestation d’Action catholique organisée par les ouvriers de la paroisse de Vanves, comme en

 témoigne une affiche conservée.

Sur le cliché pris au moment de son départ, on y distingue sa silhouette caractéristique, un document sous le bras, s’apprêtant à monter dans sa voiture de fonction, une Ford Mercury ornée du fanion de la cité vaticane. Derrière lui, dans l’ombre du porche, apparaît le supérieur général de Saint-Sulpice, Pierre Boisard.

A trente ans d’intervalle, deux hommes appelés à marquer l’histoire de l’Église ont franchi les portes du Séminaire d’Issy. L’un était déjà pape. L’autre le deviendrait quelques années plus tard.

Michel JULIEN

Photos : collection M. Julien

31 mai 2026

La campagne à Issy




Après une Assemblée générale Historim moyennement cahotique, une journée verte au jardin botanique de notre ville est vraiment tombée à point.










Une journée porte ouverte, organisée par la municipalité s’est avérée compensatrice d’une dure semaine caniculaire.




Des animations organisées par le Clavim, le conseil de quartier Rodin et le Grand Paris Seine-Ouest, tout y était avec la bonne humeur et avec avec l’aimable accueille des jardiniers prodiguant leurs conseils et le personnel qui assurait les navettes entre la mairie et parc botanique. Un ensemble folklorique a rendu la fête encore plus sympathique : magnifiques costumes et joyeux instrumentistes et danseuses. Les animaux de la ferme ont également profité de cette journée dominicale pour respirer l’air D’Issy-les-Moulineaux. Félicitations à Madame Nathalie Pitrou, déléguée à la démocratie locale.

A.Bétry

28 mai 2026

Weiden, ville jumelle d'Issy

 Weiden, petit voyage dans le temps

L’actualité internationale hélas belliqueuse a du moins le mérite de nous rappeler en creux notre chance de vivre en paix avec notre ex-ennemi héréditaire, l’Allemagne. Et cela depuis plus de quatre-vingt ans, ce qui n’était pas arrivé depuis les guerres napoléoniennes si ce n’est avant. Nous le devons à une admirable conjugaison d’initiatives petites et grandes dont font partie les jumelages de villes. Issy s’est ainsi associée très tôt à Weiden en Bavière. Alors ne boudons pas notre bonheur d’évoquer notre cité sœur et son passé.

Comme le rappelle un article antérieur d’Historim, la première mention connue de Weiden date de 1241 et le bourg semble avoir été créé quelques 250 ans plus tôt. Si c’est le cas, c’est relativement récent. En ordre de grandeur, Issy est deux fois plus ancien et Marseilles trois fois. Cette différence tient sans doute en partie à sa position, tout à l’est de la Bavière, loin du limes, la partie de Germanie colonisée par Rome, et plus encore de la Grande Grèce (Marseilles, Nice …). Or ces deux peuples grec et romain ont introduit l’urbanisme en Europe.
En allemand, Weiden signifie « pâturages » ou « saules », deux mots distincts. L’un ou l’autre explique probablement le nom de la ville, mais les historiens ignorent lequel. La cité aussi : ses armoiries représentent un saule … sur une verte colline.
S’il s’agit de « pâturages », le mot descend d’un terme germanique qui signifiait plus généralement « lieu de subsistance, de pêche, de chasse ». Il est apparenté au francique *waidan de même sens qui a donné, après transcription usuelle du ‘w’ en ‘gu’ (comme dans War / guerre) le français ‘gain’. La racine indo-européenne d’origine, *weie-, confirme cette idée de poursuite et de désir un peu trop exacerbé. Elle a aussi donné les mots latins vis et vir, d’où ‘violence’ et ‘viril’. Nous voilà revenus à l’idée de conflit …
S’il s’agit de « saules », l’étymologie est plus pacifique. Le mot descend d’un autre verbe indo-européen *u̯ei- qui signifiait « se tordre ». Le saule, Weide, est littéralement « l’arbre qui se tord ». Le latin vita, « vigne », partage mêmes origine et sens. Il a donné le français ‘viticulture’, mais aussi ‘vis’ et ‘vrille’ (d’abord ‘védille’ puis ‘vérille’), littéralement « qui se tord comme une vigne ». Dans tous les cas, une fois dépassé les apparences, nos ancêtres respectifs parlaient donc des langues apparentées.

                                                   

 L’église Saint-Michel de Weiden : catholique romaine à l’extérieur,

                                                                    protestante luthérienne à l’intérieur




Mais le nom complet est « Weiden in der Oberpfalz ». Ober, de même souche qu’hyper et super, signifie comme eux « sur, haut ». Pfalz descend du latin palatium, « palais royal ». En français, il est très logiquement traduit par « Palatinat ». La ville s’appelle donc littéralement « Pâturages ou Saules en Haut-Palatinat ». Le Haut-Palatinat est le département de Bavière (le Regierungsbezirk) où se situe Weiden.

Initialement, ce terme désignait moins une région géographique qu’une juridiction administrative, justement placée sous l’autorité d’un « palais royal » (concrètement d’un comte palatin, c.à d. « du palais »). Il existe du reste un autre Palatinat en Allemagne, celui de Rhénanie d’où était natif le chancelier Kohl.

Troisième grande ville du Haut-Palatinat, Weiden a une histoire intimement liée à celui-ci. Plongeant ses racines dans des temps fort reculés, il acquiert sa forme actuelle au début du XIVe siècle. Rappelons qu’à l’époque l’Allemagne est une union de principautés largement souveraines, grossièrement comparable à notre Communauté Economique Européenne des années 1960, avec à sa tête un empereur (élu) dont le pouvoir dépendait surtout de sa personnalité. 

Le Palatinat semble avoir été une sorte de délégation administrative locale. Aussi loin qu’on remonte dans le temps et ce jusqu’au XIXe siècle, celui où se trouve Weiden était placé sous l’apanage des Wittelsbach. Cette très grande famille allemande a donné plusieurs empereurs et aussi, par mariages, de nombreuses têtes couronnées d’Europe. Les souverains de Grèce qui ont régné jusqu’en 1974 étaient ainsi des Wittelsbach. Mais il ne semble pas y avoir eu d’union matrimoniale significative avec la couronne de France.

Weiden doit une grande partie de sa prospérité initiale à s’être trouvée au carrefour de deux routes commerciales importantes, celle de l’ambre et la Via Carolina. La première, fréquentée dès la préhistoire et tracée dans un axe schématique nord-sud, allait de rivages de la Baltique à ceux de la Méditerranée. Rappelons que l’on trouve de l’ambre jusque dans les tombes égyptiennes. La seconde, littéralement la « route de Charles », a été ouverte au XIVe siècle par l’empereur Charles IV dans le sens est-ouest pour relier les deux principales villes du Saint-Empire à l’époque, Prague et Nuremberg.

Chez nous, la Bavière a souvent la réputation d’être un Etat très catholique. A tort : il s’y trouve plus d’un protestant pour trois catholiques, nettement plus qu’en France, et cela depuis très longtemps. Variable selon les régions, cette proportion semble être celle de Weiden, là aussi depuis des siècles. On y voit donc, comme du reste dans beaucoup de villes bavaroises, de mêmes églises baroques au bulbe caractéristique affectées, pour part, au culte catholique, et pour l’autre, protestant. Seul l’intérieur, moins chargé dans le second cas, permet de les distinguer.

Dans le Saint-Empire, les guerres de religion furent effroyables, bien pires qu’en France. Elles tuèrent plus du tiers de la population. Aujourd’hui, à Weiden et ailleurs, les communautés coexistent harmonieusement, à l’égal de la France et de l’Allemagne. Si cela pouvait servir d’exemple à d’autres régions du monde.

Herr Dokt. Peter Tanzend - Pierre Baland

21 mai 2026

Entretien d’Issy :

L’imagination, un droit de l’enfant

Pour le dernier Entretien d’Issy de la saison consacré au thème Imaginez, Élisabeth Brami, psychologue clinicienne et auteure jeunesse, vient évoquer le pouvoir de l’imaginaire chez les enfants. Depuis des décennies, elle explore avec finesse ce qui nourrit l’enfance : les émotions, les mots, les colères… et surtout l’imagination

Point d’Appui : En quoi ce pouvoir d’inventer, de rêver, de transformer le réel est-il essentiel au développement de l’enfant ? 
Elisabeth Brami : Nourri au lait de la parole et des liens affectifs, l’enfant possède un espace psychique qui l’aide à supporter la réalité et ses frustrations, lui donne la liberté d’inventer sa vie, trouver sa place, sublimer le malheur. 

 
Pd’A : À l’heure où les enfants sont très sollicités par les écrans, les rythmes scolaires et les activités structurées, quels sont selon vous les principaux freins à l’imagination aujourd’hui, et comment les adultes — parents, enseignants, collectivités — peuvent-ils mieux la protéger et la nourrir ? 
E.B : Les parents, piégés eux-mêmes, sont les premiers facilitateurs de dépendance précoce des enfants. Les imageries tueuses d’imaginaire, buveuses d’attention, sont fournies de bonne foi comme valorisantes au lieu de livres etc. Occuper son enfant au restaurant à une tablette 1er âge, pousser son landau en parlant à des oreillettes, le soumettre au flux violent d’images sans médiation verbale, sans décryptage entre réalité et fiction, c’est l’exposer à la fascination, l’insécurité, la sidération ou l’angoisse, faire de lui un regardeur passif dépendant, un consommateur compulsif. Quant aux rythmes scolaires et activités, ils sont toujours fixés par la société pour ses besoins économiques et non ceux des enfants interdits de temps de flânerie, rêverie voire d’ennui constructif. Seule la fonction onirique de la nuit échappe au c’est pour ton bien. 

Pd’A : Qu’est-ce qui vous frappe le plus aujourd’hui dans le rapport des enfants à la lecture et à la création ? Comment ces échanges nourrissent-ils votre propre travail d’autrice ? 
E.B : Comme auteure, je constate qu’il faut peu pour susciter l’imagination créatrice des enfants, le goût de lire et d’écrire : juste de joyeux partages littéraires et artistiques sans évaluation scolaire avec des adultes passionnés. Lassée des déplorations médiatiques, je vais à contre-courant et j’écris à présent de vrais romans à lire avec les oreilles pour les 3-6 ans. Les enfants n’ont pas toujours besoin qu’on leur fasse un dessin.  
Jeudi 28 mai à 20 h, salle multimédia de l’Hôtel de Ville.

17 mai 2026

Issy-les-Moulineaux, il y a 155 ans

"La Commune"

   Mai 1871


Les 1er et 2 mai, les Versaillais, conduits par le général Lamariouse prennent enfin la totalité du château et de son parc. Du moins ce qu’il en reste : la demeure des cousins des rois de France a subi tant de bombardements, et plusieurs incendies, qu’elle n’est plus que ruines. L’église Saint-Etienne n’est pas en meilleur état. L’on dit même que le clocher sert de cibles aux artilleurs ! 
Par Clamart, le général Berthier fait pilonner les maisons entourant le fort d’Issy. En deux jours, on compte plus de 400 morts.


Le site internet Historim a publié le récit de la chute du fort d’Issy, par Prosper-Olivier Lissagaray, journaliste et soldat communard : « l'orgueilleuse redoute n'était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par les obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondaient à l'averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs. Le 3, les Versaillais renouvelèrent leur sommation, ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d'état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l'ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon - XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu'ils surent retenir, revient l'honneur de cette défense extraordinaire ».

Le 6 mai 1871, à 19 h 30, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif fait publier la déclaration suivante : « Ceux qui suivent les opérations que notre armée exécute avec un dévouement admirable, pour sauver l’ordre social, si gravement menacé par l’insurrection parisienne, ont compris qu’il s’agissait d’annuler le fort d’Issy en éteignant ses feux et en coupant ses communications, tant avec le fort de Vanves qu’avec l’enceinte. Ces opérations touchent à leur terme, malgré l’obstacle qu’elles rencontrent dans les batteries du fort de Vanves. En ce moment, nos troupes travaillent à la tranchée qui va séparer le fort d’Issy de celui de Vanves. La ligne du chemin de fer que traverse un passage voûté est la ligne qu’on dispute depuis trois jours. Cette nuit, 240 marins et deux compagnies du 17e bataillon de chasseurs à pied, conduits par deux compagnies du 17e, et la ligne du chemin de fer ainsi que le passage voûté sont restés en notre pouvoir. Cependant, la garnison de Vanves, cherchant en ce moment à prendre nos soldats à revers, était prête à sortir de ses positions, lorsque le colonel Vilmette s’est jeté sur elle à la tête du 2e régiment provisoire, a enlevé les tranchées des insurgés, a pris le redan où ils se logeaient, en a tué et pris un grand nombre et a terminé ce brillant engagement par un coup de main décisif. On a tourné aussitôt le redan contre l’ennemi et on y a pris une quantité d’armes, de munitions, de sacs, de vivres abandonnés par la garnison de Vanves, et le drapeau du 119e bataillon insurgé. Comme on le voit, pas un jour n’est perdu. Chaque heure nous rapproche du moment où l’attaque principale terminera les anxiétés de Paris et de la France entière. Nous avons eu divers officiers distingués mis hors de combat dans ses opérations. Le colonel Laperche, le lieutenant Pavot et le 
jeune de Broglie ont été gravement, mais non dangereusement, blessés. On espère qu’ils seront bientôt remis ».

Le lendemain, Eudes fait venir encore des renforts de Paris. Une nouvelle fois, c’est un massacre. Rue de l’Eglise, les maisons sont systématiquement détruites. Dans la Grande-Rue, la prise de la barricade donne lieu à des corps à corps à la baïonnette. Au Séminaire puis au Couvent des Oiseaux, les combats sont obstinés : A la fin pourtant, une des portes d’entrée cède sous les efforts des soldats que la résistance acharnée des Parisiens oblige chaque chambre l’une après l’autre, à briser les portes, à faire voler en éclats les cloisons. 
C’est dans le dortoir que la plus terrible mêlée a lieu. Après la prise définitive du couvent, ce dortoir présentait l’aspect le plus terrifiant. Les morts et les mourants gisaient pêle-mêle et tout le parquet était inondé de sang » (extrait de l’Avenir national en date du 20 mai 1871).

Le 13 mai, c’est au tour du lycée Michelet et de ses hommes de se rendre. Les Communards ont perdu… En un mois, environ 60.000 obus sont tombés sur le fort et la commune d’Issy. Le général de Rivières estime avoir perdu 300 hommes dans cette bataille, quant les Communards déplorent la mort de près d’un millier d’entre eux (hommes et femmes).

Le 21 mai les troupes versaillaises entrent dans Paris. C’est un carnage… Pendant près d’une semaine, du 22 au 28 mai 1871, les 130.000 hommes des troupes versaillaises s’acharnent à combattre et à éliminer tous les Communards – environ 20.000 hommes – qui se placent devant eux. Des barricades sont érigées un peu partout dans les rues de la capitale : elles sont renversées. Les exécutions sommaires d’hommes et de femmes se multiplient. Menés par des chefs inexpérimentés, comme Bergeret et Cluseret, les Communards, sentant leurs dernières heures venues, incendient l’Hôtel de Ville, la Cour des Comptes et le château des Tuileries. Ils fusillent eux-aussi des otages. Ainsi, le 26 mai, répondant aux massacres de Communards au Panthéon, les Fédérés fusillent les otages de la rue Haxo : 36 soldats, 4 civils et 10 prêtres.
Le lendemain, alors que les Communards ne tiennent plus que quelques rues autour du canal de l’Ourcq, l’on se bat à l’arme blanche dans le cimetière du Père-Lachaise. 147 révolutionnaires sont fusillés devant un mur d’enceinte du cimetière, qui prendra le nom de « Mur des Fédérés ». 
Au global, cette Semaine sanglante fait plus de 20.000 victimes parmi les Communards – dont la grande majorité des commandants militaires – contre moins de 1.000 pour les Versaillais. 
Près de 38.000 parisiens sont emprisonnés et certains leaders politiques sont envoyés en Nouvelle-Calédonie, comme Louise Michel ou Henri Rochefort.

Frédéric Rignault, 
président du Souvenir français d'Issy-les-Moulineaux

Deux nouveaux termes viennent d'arriver dans l'espace médiatique : insurrection, populisme. A.Bétry