6 mai 2021

Napoléon est mort ! Vive l'empereur !

Napoléon est mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821. Il n'est jamais venu dans notre commune au cours de sa vie. Mais…

Napoléon Mortier
© XDR
Un enfant, portant le prénom impérial, est né à Issy le 19 thermidor, an XII (7 août 1804). Il s’agit de Napoléon Mortier (ci-contre), fils du duc de Trévise. Celui-ci, Edouard Mortier (1768-1835), engagé dans l’armée dès 1791, est nommé maréchal de France en 1804, l’année de naissance de son fils. L’acte d’état-civil mentionne comme témoins l’empereur Napoléon et l’impératrice Joséphine. Mortier est alors propriétaire de l’ancien domaine de Nicolas Beaujon (actuel Hôtel de Ville). 
En 1814, il défend Paris contre les armées étrangères puis se rapproche de Louis-Philippe 1er. Il meurt lors de l’attentat de Fieschi contre le roi en 1835. (Voir l'article paru sur le site : http://www.historim.fr/2015/07/28-juillet-1835-mort-dun-notable-isseen.html)

L.-A. Berthier © XDR

Un autre maréchal d’Empire est propriétaire d’un domaine dans le quartier de la Ferme : il s'agit de Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), prince de Wagram (ci-contre). 

Rallié à Louis XVIII, il se réfugie en Bavière pendant les Cent-Jours où il meurt. Son fils Napoléon-Louis devient sénateur sous le Second Empire. Les combats lors des Cent-Jours se déroulent près du quartier de la Ferme et les Prussiens occupent ensuite le village d’Issy. (Voir l'article paru sur le site : http://www.historim.fr/2015/06/3-juillet-1815-la-fin-des-cent-jours.html). 


J.-F. de Menou © XDR


Un troisième militaire (ci-contre), Jacques-François de Menou (1750-1810), commande l’armée d’Egypte après le retour en France du général Bonaparte. Gouverneur général de Venise, il meurt dans la cité des Doges en 1810. Mais sa famille achète le domaine isséen qui avait appartenu aux de La Haye. La propriété correspond au terrain entre le boulevard Gambetta et  les rues Vaudétard et Victor Hugo. Elle est vendue en 1827 à l’abbé Béranger qui crée l’orphelinat de Saint-Nicolas (actuel établissement scolaire La Salle-Saint-Nicolas). 



Napoléon 1er, exilé à Sainte-Hélène - cette île lointaine dans l'Atlantique Sud - est déjà bien malade lorsqu’il rédige son testament le 15 avril 1821. Deux paragraphes du chapitre I sont particulièrement significatifs. Le deuxième paragraphe n’a qu’une phrase devenue célèbre : «  Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple que j’ai tant aimé » Le quatrième s’adresse à l’Aiglon : « Je recommande à mon fils de ne jamais oublier qu’il est né prince français… Il ne doit jamais combattre ni nuire en aucune manière à la France. Il doit adopter ma devise, Tout pour le peuple français.. » Dans la suite du testament, il lègue à son fils « des objets tels argenterie, lit de camp, armes, selles, éperons etc. »


Napoléon sur son lit de mort. © XDR

Monsieur de Norvins dans son Histoire de Napoléon (Paris, Furne et Cie, 1840)  décrit la mort de l’empereur. «  À cinq heures et demie du soir, Napoléon n’interrompit le silence léthargique où il était plongé, que pour laisser échapper ces deux mots : "Tête d’armée". Telle fut la suprême parole du vainqueur de l’Europe. Le buste de son fils, qu’il avait fait placer depuis un mois en face son lit, avait eu son dernier regard ».
Il faut attendre le 15 décembre 1840 pour voir arriver le cercueil de l’Empereur aux Invalides, déposé d’abord dans une chapelle, puis, plusieurs années après, dans le tombeau sous le Dôme. 

 P. Maestracci


Le Musée de l'Armée, en coopération avec la Fondation Napoléon, organise une exposition intitulée "Napoléon n'est plus", ouverte jusqu'au 19 septembre 2021. En attendant de pouvoir y admirer les œuvres en présentiel, en voici une visite virtuelle de plus de 20 minutes : 

https://www.youtube.com/watch?v=WN8JK0BIwyE&t=12s

 

4 mai 2021

La bataille d'Issy - 4 mai 1871

Journalistes et photographes de presse sont au cœur des combats. En voici deux exemples.

   Alphonse Liébert (1827-1913)

Officier de marine, ce natif de Tournai en Belgique se tourne très vite vers la photographie qui le passionne. Il est l’un des rares à rester à Paris en 1871. Véritable reporter de guerre, il prend des clichés des monuments détruits, des barricades élevées par les communards, à Paris et en banlieue : Vanves, Drancy, Neuilly et… Issy.

A. Liébert. © XDR


C’est ainsi que plusieurs clichés montrent notre ville d’Issy-les-Moulineaux, gravement touchée par les combats, notamment des photos du Fort en ruines comme celles vues précédemment. « Depuis fin avril, une à une les salves d'obus démontaient les pièces du fort d'Issy. On voit sauter en l'air les paniers garnis de terre, puis quelques pans de murs s'effondrent avec bruit ».

Il publie en 1872 un double-album, réunissant 100 photos de la période dont certaine sont publiées ici.



Le Gaulois

Ce quotidien est fondé en 1868. Monarchiste, puis bonapartiste, il soutiendra l’ancien empereur Napoléon III dès le mois d’août 1871. Ces journalistes sont indépendants dans la façon de s’exprimer, comme vous pouvez en juger dans le numéro du 4 mai 1871


« La possession du fort d’Issy va considérablement diminuer les forces des insurgés. Ils vont être réduits à se réfugier derrière les remparts où nos obus sauront bien les atteindre et leur rendre la position intenable.
« Le fort d’Issy, entre les mains d’un assiégeant, devient terrible pour Paris. Il tient en échec le fort de Vanves et le fort de Montrouge, sur lesquels il peut diriger des feux plongeants. En même temps, il bat les bastions qui lui font face. Enfin, il domine la ligne sud…
« C’est à coup d’artillerie que nous dompterons la résistance des insurgés… Les insurgés ne prévoient peut-être pas tout le mal que le fort, devenu nôtre, va leur causer. Ils se disent : le fort est ruiné ; de ses six casernes, il ne reste que la carcasse d’une seule ; nous bombarderons la position à notre tour et ils n’y pourront pas tenir.

Les ouvrages du Fort anéantis. © A. Liébert
« C’est une grosse erreur qu’ils commettent ; ils oublient que les Prussiens, dès qu’ils sont entrés en possession des forts, en ont retourné immédiatement les ouvrages contre Paris et qu’ils avaient établi des travaux d’attaque très puissants.
« Le côté du fort qui regarde Paris n’ayant eu que peu à souffrir du bombardement, nous profiterons immédiatement de ces ouvrages.
« Durant toute la nuit, le génie a travaillé, et ce matin nous étions à moins de 100 mètres de la gorge de la forteresse… Sur la porte du fort d’Issy, il nous a semblé voir flotter encore la hideuse loque rouge que ces misérables appellent leur drapeau. 
« P.S. A l’heure où nous écrivons, l’investissement du fort d’Issy peut être considéré comme complet. »

La chute du Fort d'Issy se précise et, avec lui, l'arrivée des Versaillais dans les Moulineaux et à Issy. PCB
 Prochain rendez-vous le 8 mai, 8 h, toujours accompagné de témoins. 

1 mai 2021

La bataille d'Issy, 1er mai 1871

Plusieurs témoins vont raconter cette semaine cruciale de début mai 1871, date à laquelle fédérés et communards quittent le Fort. Laissons-leur la plume.

Victorine Brocher (1839-1921)

Parisienne, communarde puis anarchiste, ambulancière, très proche de Louise Michel, elle publie, en 1909, ses Souvenirs de la Commune dont sont extraites ces quelques lignes.
V. Brocher. © XDR

 Nuit du 29 au 30 avril.
La garnison fédérée évacue le fort d’Issy… Victorine Brocher (ci-contre), se réfugie au petit séminaire [la Solitude de Saint Sulpice (ci-dessous)tout proche : 
« Les pères nous avaient prêté la vaisselle nécessaire pour notre dîner, ils nous avaient même préparé des lits pour nous reposer si nous le désirions. A moi, ils m’offrirent pour dormir une petite chambre au rez-de-chaussée, très propre que j’ai acceptée avec plaisir […] 
Malheureusement, nous n’avons pas pu profiter de leur offre. Lorsque nous étions en train de manger, nous reçumes une décharge bien nourrie, toutes les vitres se brisèrent avec un fracas terrible. Nous étions bombardés presque à bout portant. Le séminaire tremblait sur sa base, c’était effrayant.

Le séminaire Saint Sulpice et la Solitude. © XDR

« Le 4 mai, nous quittâmes Issy pour retourner à Paris. Lorsque nous défilâmes, notre drapeau en tête, percé par plusieurs balles et entouré d’un crêpe noir en signe de deuil, notre tristesse enthousiasma la foule, dans les rues, sur les boulevards […] on nous jeta des fleurs et des branches de feuillages ».



Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901)

Lissagaray. © XDR
Fédéré et journaliste, créateur du journal l’Action, puis du Tribun du peuple, auteur de l’Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier Lissagaray (ci-contre) raconte :

« 1er mai : au Fort

L’orgueilleuse redoute n’était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par le obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondait à l’averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs.

« Le 3 mai, les Versaillais renouvelèrent leur sommation ; ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d’état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l’ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon-XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu’ils surent retenir, revient l’honneur de cette défense extraordinaire ».

Georges Rist (1842-1889) 

Georges Rist, évoqué par Lissagaray précédemment, est un ingénieur civil. Chef de bataillon du Génie durant la Commune de Paris, il défend jusqu'au bout - 8 mai 1871 - le fort d'Issy, aux côtés du commandant Julien, chef du 141e bataillon de la garde nationale. Voici quelques extraits de leur Journal : 

4 mai : « … Les fourgons n’arrivent plus ; les vivres sont rares et les obus de 7, nos meilleures pièces, vont manquer. Les renforts promis tous les jours ne se montrent pas… Nos ambulances sont combles ; la prison et le corridor qui y conduit sont bourrés de cadavres ; il y en a plus de trois cents…  »


Le Fort en ruines. © Alphonse Liébert

5 mai : « Le feu de l'ennemi ne cesse pas une minute… Il y a maintenant, dans les cachots, des cadavres jusqu'à deux mètres de hauteur… »
6 mai : «… La batterie de Fleury nous envoie régulièrement ses six coups toutes les cinq minutes. On vient d’apporter à l’ambulance une cantinière qui a reçu une balle dans le côté gauche de l’aine. Depuis quatre jours, il y a trois femmes qui vont au plus fort du feu relever les blessés. Celle-ci se meurt et nous recommande ses deux petits enfants. Plus de vivres. Nous ne mangeons que du cheval. Le soir le rempart est intenable… »
7 mai : « … Nous recevons jusqu’à dix obus par minute. Les remparts sont totalement à découvert. Toutes les pièces, sauf deux ou trois, sont démontées… Il y a trente cadavres de plus… »

Le curé Joseph Perdrau 

Et notre curé de l'église Saint-Étienne ? Il a rejoint sa cure fin février, raconté ce qui se passait en avril et voilà la suite de son témoignage.

 « Le chaud de la bataille commença le 1er mai et dura jusqu’au milieu de la nuit du 8 au 9. Le lundi 1er mai, mon presbytère fut envahi par des gens de forte mauvaise mine. Ils me constituèrent prisonnier et me défendirent de sortir sous peine de mort. Les Communeux s’établirent dans mon rez-de-chaussée ; la salle à manger leur servait de corps de garde. Je m’étais réfugié dans la cuisine où je couchais avec Boëte mon sacristain, qui ne m’a pas quitté d’un instant. J’allais et je venais, sans être suivi, dans mon presbytère dans le jardin. Vers midi, j’escaladais le mur mitoyen de la Solitude, et je descendais au grand séminaire de Philosophie où je prenais mes repas. 

Eudes. © XDR
 « Le général Eudes (ci-contre) s’y était installé dans l’appartement du supérieur général ; la salle de communauté faisait écurie. Les directeurs seuls étaient restés. Rien de plus curieux que ce mélange de prêtres à qui on ne disait rien, qui vaquaient tranquillement à leurs exercices de piété, au milieu de tout ce brouhaha de gens armés, de cantinières, et de chevaux disséminés dans les parterres ; il faisait un temps splendide.

On se battait la nuit sur toutes les hauteurs ; la fusillade se rapprochait chaque soir. Je n’étais nullement inquiété dans mon presbytère. Les hommes de garde changeaient chaque jour. C’étaient pour la plupart de braves ouvriers fort étonnés et très ennuyés d’être si loin de leur ménage. Je leur servais de secrétaire (…)


 « Le bombardement, soir et matin, devint si violent, qu’à partir de mercredi [3 mai], je dus abandonner le séminaire et rester chez moi… Cependant les Versaillais étaient entrés dans le parc d’Issy ; ils y ouvrirent des tranchées qui aboutirent bientôt sur la place du château. Il fut pris à la volée (ci-dessous). Le lendemain matin [4 mai], j’étais sur la terrasse de mon jardin, me chauffant au soleil avec quelques Communeux.  

Le chateau en ruines. © XDR

 « Le 4 mai, je pus encore dire la messe ; j’avais mis une pierre sacrée sur une toute petite  table dans ma chambre du premier ; deux bougies sur des chaises, mon missel à la main. Pendant le dernier évangile, un obus tomba sur le presbytère. La messe achevée, Boëte et moi, montâmes dans le grenier ; l’obus n’avait pas éclaté. Boëte alla le chercher et le porta avec révérence dans un seau d’eau. Nous-même résolûmes d’aller habiter la cave, et nous y portâmes des matelas et le nécessaire. Cette cave ouverte sur le jardin faisait casemate sur la cour d’entrée.

 
Issy bombardé devant l'église
« Pendant trois jours, le bombardement fut terrible ; à 9 heures et à 16 heures, nous étions sous une pluie de fer. Presbytère, église, chapelle de la Solitude (ci-contre), tout s’écroulait sous nos yeux. Entre les heures du bombardement, des fusillades reprenaient sans cesse : plusieurs balles vinrent mourir à mes pieds ; il y en eut une qui entra si droit dans un des carreaux de la fenêtre du presbytère qu’elle fit son trou sans casser la vitre.Le gros de l’action se passait autour du fortDu clocher, nous voyions des nuages de poussière s’élever en tourbillon vers le ciel. Les Communeux couraient  en tous sens et tombaient morts sur les routes. Pauvres gens ! je leur envoyais l’absolution et je priais.  

Intérieur de l'église. ©XDR

«  Le samedi [6 mai] Ce fut le tour de l’église (ci-dessous), il n’en resta plus que le gros œuvre.   Quand j’y entrai le dimanche [7 mai] de grand matin, je trouvai l’orgue couché au milieu de la nef ; les toits de la voûte effondrés ; les poutres gisant par terre, mêlées aux chaises et à la chaire : tout était saccagé, le jardin était ravagé : des trous à enterrer des chevaux ; les meubles du presbytère passés par les fenêtres et pulvérisés ; mon linge éparpillé : mes longs bas de laine pendants aux branches des tilleuls, comme des grappes noires. Qu’il me suffise de dire qu’après le siège que nous avons subi, l’artillerie ramassa de quoi charger trois camions d’éclats d’obus et de mitraille ramassés dans ma cour, mon presbytère, l’église et le jardin.
 « Le 7 mai, dimanche, fut tranquille. »


La presse se mobilise comme on vient de le voir avec Lissagaray. Mais il n'est pas tout seul. Vous allez voir.  PCB
Prochain rendez-vous, le 4 mai, 8 h. 

 

25 avril 2021

La bataille d'Issy, 25 avril 1871

Nous voici en cette fin avril dans le camp des Versaillais, aux côtés du polytechnicien Eugène Hennebert (1826-1896), officier supérieur de l'armée de Versailles. Il raconte :

 
Versaillais dans les rues. © XDR

« Dès l’ouverture du feu, le 25 avril, nos batteries [regroupées à Châtillon] endommagèrent notablement le fort d’Issy et le réduisirent momentanément au silence (ci-dessous)… Le lendemain, 26, nos bouches à feu maintinrent très heureusement leur supériorité, et le fort se vit littéralement écrasé sous nos projectiles. Malgré tout, nos adversaires faisaient rage. Montrouge et Vanves soutenaient vigoureusement Issy… 

Le Fort d'Issy touché. © Alphonse Liébert
« Dans la nuit du 26 au 27, nos tranchées du côté de la Seine étant assez avancées pour ne plus permettre à l’ennemi de retours offensifs, on résolut de brusquer une attaque sur les Moulineaux… Des barricades, des maisons furent lestement enlevées et la majeure partie du village tomba vite en notre pouvoir. Le succès de cette brillante opération était pour nous d’une haute importance… du village des Moulineaux, nous pouvions facilement cheminer jusqu’au parc d’Issy, qui s’incline en contre-bas du fort, et échappe ainsi à ses vues.

« Les 27, 28 et 29 avril… nos projectiles pleuvaient sur le parc d’Issy qui devenait inhabitable. Les approches paraissant suffisamment avancées sur le parc, on résolut de tenter une action de vigueur dans la nuit du 29 au 30 avril… 

© XDR
« Une dépêche du général de Cissey (ci-contre), commandant le 2e corps, rend exactement compte de ce nouveau succès de nos armes. "Le 30 avril, 6 heures du matin. Opération bien réussie. Le cimetière, les tranchées, les carrières et le parc d’Issy ont été enlevés avec beaucoup d’élan… De notre côté, peu de morts, une vingtaine de blessés”

« Les insurgés, en très grand nombre, se sont précipitamment retirés, laissant de nombreux morts et des blessés ainsi qu’une centaine de prisonniers, huit pièces d’artillerie, beaucoup de munitions et huit chevaux.

« Nos batteries cessèrent alors de tirer… La nuit qui survint interrompit les négociations entamées, mais elle fut singulièrement mise à profit par les communeux qui l’employèrent à renforcer leurs défenses, à relever par des troupes fraîches la garnison du fort, à opérer des rechanges de matériel, à réoccuper solidement le château d’Issy. Malgré cette violation des lois de la guerre, leur drapeau parlementaire fut de nouveau hissé le lendemain, 1er mai, vers 10 h du matin… »

L'entrée du château d'Issy. Carte postale.

Le mois de mai débute avec des scènes de combat inimaginables. Le fort, le couvent des Oiseaux, le cimetière, l'église Saint-Étienne, le Séminaire… toutes les rues des villages d'Issy et des Moulineaux sont sous la mitraille. Les témoignages sont nombreux, d'un camp et de l'autre. A suivre. PCB.

Prochain rendez-vous 1er mai, 8 h.

22 avril 2021

Stéphane Bern au Fort d'Issy


Silence… on tourne !  © PCB

Stéphane Bern… tout le monde connaît l'homme de radio qui anime tous les après-midis sur Europe 1 l'émission "Historiquement vôtre" ; l'homme de télévision avec ses "Secrets d'histoire" sur France 3 ; l'homme qui vient au secours du Patrimoine.

Et bien, malgré cet emploi du temps très chargé, il a répondu à l'appel de la Ville et enregistré, le 23 mars dernier, quelques scènes au Fort d'Issy pour les 150 ans de la Commune et de la Bataille d'Issy (ci-contre). 

Quelques minutes aujourd'hui disponibles sur Issy TV. Régalez-vous.
https://www.youtube.com/watch?v=T_nb5Gtl0ag

Les images et les gravures qui illustrent la vidéo sont formidables. Bravo aux documentalistes et aux monteurs. 
A noter qu'une grande partie du texte, certes remanié et complété par des éléments sur la guerre franco-prussienne, a été concocté par les rédacteurs d'Historim ! PCB

19 avril 2021

Un obus prussien dans le parc de l'île Saint-Germain à Issy

Le mardi 23 mars 2021, en fin de matinée, des jardiniers travaillant dans le parc de l'île Saint-Germain, dans la parcelle des graminées, à la limite des jardins imprévus… ont fait une découverte des plus imprévue !!!! Un obus de la guerre de 1870 (ci-dessous) ! Le parc a été évacué quelque temps pour permettre aux techniciens de la brigade de déminage de Paris de neutraliser l'engin avant de l'emporter.

L'obus prussien retrouvé dans l'île
Saint-Germain. © XDR

Il s'agirait d'un obus prussien, Issy ayant été largement bombardé pendant la guerre de 1870-71, en raison notamment de son Fort qui verrouillait l'entrée de Paris. Les Prussiens occupaient alors les hauteurs de Châtillon, de Clamart et de Meudon (en bas) et bombardaient sans relâche Issy, Vanves et Montrouge. Certains de ces obus, qui pouvaient mesurer jusqu'à 20 cm de long, n'explosèrent pas, comme celui retrouvé au milieu du parc.

« Selon les archives départementales - a-t-on pu lire dans Le Parisien - l'obus découvert ce mardi pourrait avoir été tiré le 29 septembre 1870. Ce jour-là, des troupes françaises étaient venues sur l'île de Billancourt pour déboiser et fournir du bois à Paris assiégée. “Des canonnières protégeaient les troupes, mais elles avaient été prises pour cibles par les batteries prussiennes établies à Meudon.” »

Batteries prussiennes établies à Châtillon et Clamart.  © XDR

Un grand merci à Brahim, responsable Sécurité du Parc de l'île Saint-Germain, pour son aide. PCB

16 avril 2021

Les cerfs-volants d'Issy

Escapade au Fort d'Issy : le Merle moqueur, œuvre du sculpteur Christian Renonciat,
 le Temps des cerises et ses cerfs-volants… © Alain Bétry

Pourquoi ne pas profiter de ces vacances pour découvrir l'exposition Les Cerfs-volants du monde au Temps des Cerises90-98 promenade du Verger, Fort d’Issy, ouverte  jusqu'au 30 mai, sous certaines réserves (01 41 23 84 00).
D'ailleurs un certain nombre d'Historimiens ont pu s'y rendre, le 15 avril 2021, et admirer plus de 100 objets et documents rares venus des collections de Pierre-Stéphane Proust et Ludovic Petit. Un voyage dans le temps et dans tous les pays de la planète, de Bali à l'Indonésie, du Japon à la Chine. 


Cerfs-volants du Temps des Cerises. © PCB

 Merci à Frédéric et au Temps des cerises pour nous avoir fait découvrir cet "objet volant identifié", chanté par le poète belge Maurice Carême.

      "Emporte-moi, mon cerf-volant !
       Emporte-moi haut dans le vent !
        Je veux tourbillonner dans l'air…
    Et m'envoler jusqu'à la mer…"
                                                    
Grâce à Dominique Cotard, président de l'association du Cerf-Volant soissonnais, nous allons en savoir beaucoup plus sur les cerfs-volants d'Issy. Bonne lecture ! PCB

Proche de Paris, derrière les fortifications, la ville de Paris détenait un terrain qui servait de champ de manœuvres à l'armée. Les soldats du Fort d'Issy viennent s'y entraîner. Le 6 octobre 1911, l'armée le cède pour y installer un terrain d'aviation, également utilisé par les aéronautes, aérostiers, mais aussi par les cerf-volantistes.


Joseph  Lecornu
Lucien Pierre Frantzen, alors propriétaire de la librairie aéronautique au 32, rue Madame à Paris 5e, profite de l'aubaine pour utiliser un coin du terrain comme lieu d'entraînement pour sa société « l’Union des Cerf-Volantistes Français" (UCVF) dont le siège social se trouve 25 quai des Grands Augustins à Paris, toujours  dans le  5e arrondissement. 


Médaille d'or.
Auparavant, ses membres s'entraînaient  à Vincennes, là où Joseph Lecornu (à gauche) remporta en 1900 la médaille d’Or aux Jeux Olympiques de Paris (ci-contre)… hélas, cette discipline a été déclassée comme sport de démonstration.

A Issy-les-Moulineaux, le terrain est immense comme on peut le voir sur le plan ci-dessous. L’UCVF va s'approprier un espace à proximité des hangars Astra. La sortie est au bout de la rue Camille Desmoulins. 



Là s'y trouve le café Pinguet (ci-dessous), où les adhérents de la société viennent se désaltérer et discuter de leurs exploits. Le matériel est lourd et encombrant, M. Pinguet propose un local dans le fond de sa cour, contre rémunération, ce qui est accepté lors d'une réunion au siège social. Cette remise va vite être baptisée "Hangar Maillot" rendant ainsi hommage à Paul Maillot, premier Français à avoir voulu faire de l'ascension humaine, avec un cerf-volant de 72 mètres carrés de toile. 

Le café Pinguet, rue Camille Desmoulins, à Issy.

Le terrain d’Issy se prête à l'ascension humaine ainsi qu'à la photographie aérienne. De nombreux entraînements seront suivis par les Isséens.


Pour la photographie aérienne, le principe est facile, le cerf-volant est lancé ; sur le câble de retenue du cerf-volant, se trouve un arrêtoir à la hauteur désirée. L’appareil photo est alors placé sur le câble et tiré par une navette. Arrivée à l'arrêtoir par l'intermédiaire d'un second câble, le cerf-volantistes déclenche son appareil photo, puis descend le système pour changer la plaque photographique en verre et recommencer son exercice.


A bord de la nacelle volante.
Pour l'ascension humaine le principe est le suivant. Il est procédé au lancement d'un premier appareil, une fois que ce dernier a assez de stabilité un groupe de plusieurs cerfs-volants sont lancés, puis lorsque le train est stable la nacelle avec un homme à l'intérieur est expédiée. Les ascensions peuvent atteindre 150m d'altitude et; comme la demande est forte parmi les adhérents mais également dans le public, le temps de monter est court.


Bien sûr les Isséens en quittant le terrain, pour se remettre de leurs émotions devaient se rendre au café Pinguet, espérant ainsi rencontrer les aventuriers aériens.

Toujours est-il que le sieur Pinguet va prendre son adhésion à l'U.C.V.F.


Les cinéastes amateurs vont immortaliser ce rassemblement de cerf-volantistes. Un court extrait de ce film est visible, si l'on est inscrit, sur le site de https://gparchives.com.


Août 1914… marque la fin de l’aventure des Cerf-Volantistes à Issy-les-Moulineaux. Durant cette Grande Guerre, le cerf-volant sera utilisé par 13 compagnies d’aérostiers et ce jusqu'en 1916. Le terrain d'Issy sera également utilisé épisodiquement par d'autres sociétés de cerfs-volantistes. Dominique Cotard.


Vue aérienne du terrain d'Issy. On distingue le hangar Astra.

Un grand merci à Dominique. Vous pouvez retrouver l'association du Cerf-Volant soissonnais sur le site : http://cerfvolantsoissons.free.fr/

A retrouver aussi sur notre site : http://www.historim.fr/2020/09/cerfs-volistes-dissy-les-moulineaux.html


Et surtout, allez voir l'exposition du Temps des cerises : "les Cerfs-volants du monde" (ci-dessous).


Des cerfs-volants accrochés au plafond du Temps des Cerises. © PCB


13 avril 2021

Auguste Escoffier pendant la guerre de 1870-71

Auguste Escoffier. © XDR


Pourquoi ne pas profiter de ces quelques jours de vacances pour découvrir, ou redécouvrir, Auguste Escoffier (1846-1935), l'un des maîtres de la cuisine française… mais aussi l'un des soldats de la guerre de 1870. 
Thuriès Gastronomie Magazine d'octobre 2016 évoquait ses Souvenirs, à travers une interview imaginaire faite par Martine Occhipinti, la directrice de la rédaction de ce journal destiné aux professionnels de la gastronomie. Nous nous en sommes inspirés.


Enrôlé dans l'Armée du Rhin, en juillet 1870, Auguste Escoffier doit rendre les armes le 28 octobre, lors de la prise de Metz par les Prussiens. Il se retrouve prisonnier à Mayence, avec ses amis soldats : "Nous y avons souffert de la faim et du froid. Beaucoup tombèrent malades", écrit-il.

Il réussit cependant à sortir du camp et devient chef de cuisine à l'État-Major du maréchal de Mac-Mahon, prisonnier avec ses hommes à Wiesbaden. Au menu : des œufs, du poisson ou de la viande, accompagnés de navets qu'il essaie de cuisiner chaque fois de façon différente. Pendant ces jours sombres, il apprend l'art d'accommoder les restes - il ne faut surtout pas gaspiller - et à soigner la présentation des plats.
Guillaume II. © XDR

Le 24 décembre 1870, il obtient une permission pour se rendre à Mayence retrouver ses compagnons de guerre, toujours prisonniers. Voici ce qu'il raconte : "J’obtins la permission de me rendre jusqu'à leur camp muni d'une provision de bonnes victuailles et quelques bouteilles de vin. Durant le trajet, je songeais à la joie que mon arrivée inattendue allait causer à mes amis. Ce fut du délire. Jamais je n'oublierai l'enthousiasme avec lequel ils m'accueillirent. Le couvert fut vite mis ; ni table ni chaise bien entendu. On disposa les mets sur un lit de camp autour duquel chacun s'assit sur ses talons. Une chandelle plantée à la tête du lit éclairait cette petite scène… Ce fut une nuit de Noël si douce et si mélancolique à la fois".
Et quel plus bel hommage que celui de l'empereur d'Allemagne Guillaume II (ci-dessus), le vainqueur de la guerre de 1870, qui lui déclarera : "Moi, je suis Empereur d'Allemagne mais, vous, vous êtes Empereur des Chefs !".

La paix signée le 14 mars 1871, Escoffier rentre à Paris et se retrouve au milieu d'une capitale révoltée, ce qui ne convient pas du tout à ses idées personnelles. Il gagne alors, tant bien que mal, Versailles, évitant certainement Issy en plein combats. "J'entre aux cuisines du maréchal Mac-Mahon [son État-major ci-dessous] où j'attends la fin des opérations contre la Commune".

L'État-Major du maréchal de Mac-Mahon. © XDR

Enfin, il retourne à Paris dans le restaurant qu'il avait quitté en 1870, le Petit Moulin Rouge, avenue d'Antin (actuelle avenue Franklin Roosevelt). Sa carrière deviendra très vite internationale, il ouvrira plusieurs restaurants, publiera de nombreux livres, dont le Guide culinaire (1903)…

Ses plats deviendront célèbres comme la salade Eugénie, dédiée à l'impératrice, le suprême de poulet George Sand, ou la pêche Melba en hommage à la grande cantatrice australienne Nellie Melba… dont voici la recette. Une douceur que l'on peut déguster au Musée Escoffier de l'art culinaire, installé dans sa maison natale, à Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes. 

Sur une glace à la vanille, l'on dépose des pêches blanches
pochées dans un sirop vanillé ; 
puis on nappe le tout d'une purée de framboises fraîches. 

Bon appétit ! PCB.