17 novembre 2017

Guy de Rochambeau - conférence au Musée français de la carte à jouer


C'est avec un grand honneur qu'Historim reçoit dans le cadre de sa saison 4 de la Grande Guerre, l'Isséen Guy de Rochambeau (ci-contre), descendant d'un des héros de la Révolution américaine. 

Entrée libre. Venez nombreux !



mardi 21 novembre, à 18 h.

Musée français de la carte à jouer
16 rue Auguste Gervais, Issy-les-Moulineaux


Thème de la conférence 

De l'aide aux Insurgents décidée par Louis XVI aux deux Guerres mondiales : un lien particulier entre France et États- Unis depuis le XVIIIe siècle.

Les ancêtres de Guy de Rochambeau, Jean-Baptiste Donatien et son fils Donatien Marie Joseph, participèrent aux côtés du marquis de La Fayette (dont on a déjà beaucoup parlé), à la Révolution américaine, appelée aussi guerre d'Indépendance, soutenant les Insurgents dans leur combat contre les Anglais. 

La bataille de Yorktown.

L’artiste français Louis Couder a représenté le comte de Rochambeau, au centre de ce tableau (ci-dessus) intitulé La bataille de Yorktown devant George Washington et La Fayette plus en retrait. Petite anecdote : c'est en observant l'une des toutes premières cartes d'état-major de New York, que  le comte de Rochambeau a convaincu George Washington qu'il était impossible de prendre la vile et qu'il valait mieux attaquer Yorktown. Ce qui fut fait avec succès le 19 octobre 1781 !

Une aide inestimable venue de France, grâce au roi Louis XVI, que les Américains n'oublieront pas ni en 1917 ni en 1941 ! PCB [À suivre].


13 novembre 2017

La Fayette nous voilà ! - 4 juillet 1917

"La Fayette, we are here !" - "La Fayette nous voilà !"


Cette petite phrase, reprise lors du débarquement des troupes américaines en Normandie, le 6 juin 1944, a fait couler beaucoup d'encre. A-t-elle été, à l'origine, prononcée par Charles E. Stanton, membre de l'état-major américain ? Par le général Pershing lui-même ? A-t-elle été écrite par un journaliste du Petit Parisien ? Ce qui est certain, en revanche, c'est le contexte : le cimetière Picpus, le 4 juillet 1917 (ci-dessous).

Le général Pershing, devant la tombe. ©XDR
Le premier contingent américain débarque à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917. Avec, à sa tête, le général Pershing. Le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, une commémoration de l'amitié franco-américaine est organisée… au cimetière Picpus, sur la tombe du marquis de La Fayette (ci-dessous). Il y a foule ce jour-là au cimetière pour écouter le discours de Charles E. Stanton (ci-dessous).


Charles E. Stanton. © XDR
Voilà ce qu'il déclare :
« Je regrette de ne pas pouvoir m’adresser à la gentille population française dans la belle langue de son loyal pays.
Le fait ne peut pas être oublié que votre nation était notre amie quand l’Amérique s’est battue pour son existence, quand une poignée d’hommes courageux et patriotes ont été déterminés à défendre les droits de leur Créateur leur avait donné — que la France en la personne de La Fayette est venue à notre aide en paroles et en actes. Ce serait de l’ingratitude de ne pas se souvenir de cela et l’Amérique ne fera pas défaut à ses obligations…
Par conséquent, c’est avec une grande fierté que nous embrassons les couleurs en hommage de respect envers ce citoyen de votre grande République, et ici et maintenant dans l’ombre de l’illustre mort nous l’assurons de notre cœur et notre honneur pour donner à cette guerre une issue favorable.
La Fayette nous voilà ! »

Il faudra attendre mai 1918 pour que les première troupes américaines participent au combat., notamment au cours de la deuxième bataille de la Marne.
Le 10 août 1918, est créée officiellement la 1re Armée américaine dont le quartier général se situe à Chaumont en Haute-Marne. PCB [À suivre]

Le discours à Picpus, 4 juillet 1917. © XDR
Tombe du marquis de La Fayette,
au cimetière de Picpus. c XDR

9 novembre 2017

Honneur à deux combattants isséens de la Deuxième Guerre mondiale

1917, 1941… 2017. En cette année, deux Isséens, anciens combattants de la Deuxième Guerre Mondiale sont décorés par la Chancellerie de la Légion d’honneur.


Robert Choffé. © A. Bétry


L’un, Robert Choffé (ci-contre) dans l’Ordre de la Légion d’honneur, la plus haute distinction nationale française.

Fondée par Napoléon Bonaparte en 1802, la Légion d’honneur est la plus élevée des distinctions nationales françaises. Ordre universel, elle récompense chaque année près de 3 000 citoyens, militaires et civils issus de l’ensemble des domaines d’activités du pays.

Robert Dubot. © A. Bétry






Le second, Robert Dubot (ci-contre), sera décoré le 11 novembre 2017, jour de l'armistice de 1918, dans l’Ordre national du Mérite, le second ordre national français.

Second ordre national après la Légion d’honneur, l’ordre comprend aujourd’hui 187 000 membres récompensés pour leurs « mérites distingués, manifestés pendant au moins dix ans » *, soit dans une fonction publique, civile ou militaire, soit dans l’exercice d’une activité privée.

Cinquante ans après sa création, le 3 décembre 1963 par le général de Gaulle, on compte plus de 306 000 personnes distinguées dans l’ordre national du Mérite *. A. B

* Source : Chancellerie de la Légion d'Honneur, 2016

7 novembre 2017

L'Escadrille La Fayette - des Américains sur des avions isséens


Bannière de l'Escadrille La Fayette. © XDR

Cette unité de volontaires américains est créée officiellement le 18 mai 1916, alors que les États-Unis sont toujours neutres ! Portant, à l'origine, le nom d'Escadrille Américaine  elle reçoit en 1917 le nom de La Fayette, en hommage au héros français de la guerre d'indépendance américaine, Gilbert du Motier de La Fayette, qui joua un grand rôle dans la victoire de Yorktown le 19 octobre 1791, comme vous pourrez l'apprendre dans notre conférence du 21 novembre.

L'Escadrille, commandée par le capitaine Georges Thénault, est alors basée sur le terrain de Luxeuil-les-Bains. Elle compte 42 aviateurs dont 4 Français. Puis, devant le nombre important des volontaires, l'Escadrille devient le Corps d'Aviation La Fayette et regroupe plus de 200 aviateurs.

Réplique d'un Nieuport 23, arborant les couleurs de l'Escadrille La Fayette.
©Tom Smith.
Leur mission principale : la défense aérienne et la protection des bombardiers. Ces jeunes pilotes volent d'abord sur les redoutables Nieuport, sortis des usines d'Issy-les-Moulineaux (ci-dessus).
http://www.historim.fr/2015/11/les-etablissements-nieuport-issy.html
Ils participent entre autres à la bataille de Verdun.

Atelier d'assemblage des Nieuport. Issy-les-Moulineaux. © XDR
Avec l'entrée en guerre des États-Unis, une partie des pilotes rejoignent l'Air Corps, les autres restant à l'Escadrille La Fayette, qui sera supprimée le 18 février 1918.

E. J. Bullard. © XDR
Parmi les 269 pilotes qui s'y sont succédé, une mention spéciale  pour Eugene Jacques Bullard (1895-1961), surnommé "l'Hirondelle noire de la mort", le seul aviateur Noir de l'Escadrille (ci-contre) qui ne pourra pas, malgré son désir, rejoindre l'Air Corps… en raison de la couleur de sa peau ! Il est à Paris, en tant que boxeur, lorsque la guerre éclate. Il entre à la Légion étrangère, puis obtient son brevet de pilote en mai 1917 - le premier pilote noir de l'Histoire. Sa vie, la paix revenue, est des plus romanesque. Et puis, on le retrouve pendant la Deuxième Guerre mondiale : tour à tour, espion, mitrailleur puis militant de la France libre aux États-Unis. Un parcours incroyable !

Car, une nouvelle fois, les États-Unis viennent au secours de l'Europe lorsque les Allemands attaquent… Nous sommes en décembre 1941 !
PCB [À suivre].

3 novembre 2017

6 avril 1917 - le président Wilson déclare la guerre à l'Allemagne

Ils s'y sont enfin décidés … Pourtant les États-Unis défendaient la neutralité depuis septembre 1914. Malgré les 128 Américains tués lors du torpillage de Lusitania par les Allemands en 1915. Malgré la campagne électorale du président Wilson en novembre 1916 menée sur le slogan «He kept us out of war» (il nous a préservé de la guerre). Mais trop, c'est trop… les Britanniques révèlent l'existence d'une alliance entre les Allemands et les Mexicains contre les États-Unis, à travers la correspondance du ministre des Affaires étrangères Arthur Zimmerman.


Alors, le 6 avril 1917, le Congrès vote la guerre à 373 voix contre 50. Le président Wilson confirme cette déclaration de guerre (ci-dessus). Pour l'heure, les Américains n'ont à leur disposition que 200 000 soldats de métier. Il va falloir attendre quelques mois pour que les premières troupes débarquent  en France, saluées, comme il se doit par la presse.


Les Sammies débarquent. © XDR




Dans le journal l'Illustration, fondée en mai 1842, on peut lire : « Avec leurs uniformes de drap olive, leurs feutres à larges bords, leurs ceintures à pochettes multiples, cette allure de jeunes cow-boys de l’Ouest américain, ils apportaient une note de pittoresque inédit dans nos décors de guerre » (ci-dessus).

Le Petit Journal (ci-dessous) et le Petit Parisien (ci-contre) saluent l'initiative du Président américain, à la "une".


Très vite, ces soldats venus d'un autre continent sont surnommés les Sammies, en référence à l'Oncle Sam. Il va falloir les acheminer en Europe, les entraîner au combat. Et ce n'est qu'à l'été 1918 qu'ils seront effectivement présents sur les champs de bataille. A la fin de la guerre ils seront près de 2 millions en Europe.

Pourtant, des Américains, des volontaires ceux-là, participent déjà aux combats. Ce sont les aviateurs de la célèbre Escadrille La Fayette.
PCB [À suivre].



31 octobre 2017

1917 - les Américains entrent dans la Grande Guerre

Le 6 avril 1917, le président des États-Unis Thomas Woodrow Wilson déclare la guerre à l'Allemagne. Ainsi débute la saison 4 qu'Historim consacre au mois de novembre à la Grande Guerre.

Rappelez-vous :
- 2014 : les étrangers dans la Guerre
- 2015 : la guerre aérienne
- 2016 : les sportifs dans la Grande Guerre




Au programme de ce mois de novembre 2017

sur le site :

- les Américains dans la guerre

- les premiers blindés sur les champs de bataille

- l'Escadrille La Fayette

- la France découvre le jazz

- les reportages d'époque à Issy-les-Moulineaux

conférence du 21 novembre :

" De l'aide aux Insurgents décidée par Louis XVI aux deux Guerres mondiales : 
un lien particulier entre France et États- Unis depuis le XVIIIe siècle",
par Guy de Rochambeau



26 octobre 2017

1917 - la Révolution russe - Exposition et archives

Pour le centenaire de la Révolution russe, la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine), présente à l'Hôtel national des Invalides, à Paris une exposition consacrée aux révolutions russes (du 18 octobre au 18 février 2018). En effet, il s'agit bien de plusieurs révolutions et non de la seule qui a marqué les esprits : la Révolution d'octobre !


Alors que les armées s'enlisent dans les combats de la Grande Guerre, à Saint-Péterbsourg, en Russie, les habitants se soulèvent contre la politique du tsar dès février 1917, rejoints par une partie de l'armée. Léline est en exil en Suisse, Trotsky aux États-Unis… mais devant les scènes de rues, les violences, les grèves, le tsar Nicolas II est obligé d'abdiquer le 2 mars. Un Gouvernement provisoire dirigé par Kerenski s'installe au pouvoir : d'un côté la Douma (des députés modérés), de l'autre le Soviet des députés ouvriers. Mais rien ne se passe comme prévu. Le pays est ingérable. Lénine et Trostky rejoignent la Russie, le premier en mai, le second en juillet.
En octobre, (24-25-26), les bolcheviks de Lénine prennent le pouvoir au nom des Soviets. Ils entendent ouvrir une nouvelle ère où le peuple déciderait de sa destinée. Et les 5 et 6  janvier 1918, ils y réussissent. L'Assemblée constituante, dernier organe démocratique, est violemment dispersé. Les Bolcheviks ont tous les pouvoirs entre leurs mains. Le 3 mars 1918, la paix est signée avec l'Allemagne. La guerre civile se déchaîne. La famille impériale en sera l'une des victimes : le tsar, son épouse et leurs enfants seront assassinés par les bolcheviks en juillet.

Que se passe-t-il donc sur le front ? Qu'advient-il des Russes engagés aux côtés des Alliés contre l'Allemagne ? Quel dilemme pour les soldats de l'ex-tsar ? Les soldats russes sont organisés en deux brigades : la "rouge", bolchevique, est envoyée dans un camp militaire de la Creuse, à La Courtine ; la "blanche", loyaliste, est dirigée à Felletin, toujours dans la Creuse. Les Français assistent alors à une sorte de guerre civile sur leur territoire, qui se termine le 12 septembre par le bombardement de La Courtine.
Les "Rouges" sont envoyés en Algérie pour travailler dans les fermes. Certains repartiront en Russie dans les années 1920. Quant aux "Blancs", tsaristes, près de 400 officiers et sous-officiers tsaristes rejoignent les troupes françaises ; 11 000 soldats sont intégrés dans la logistique. Ils resteront en France la paix venue et s'intégreront en France. L'exil des Russes blancs continuera encore plusieurs années.

Les Russes à Issy-les-Moulineaux
La rue Chérioux, en plein Centre Ville, non loin de la Mairie, abrite juste après la guerre une communauté russe, comme en témoigne Odile Gentil-Guéry : http://www.historim.fr/search?q=quartier+russe


Les "immeubles russes" de la rue Chérioux. © A. Bétry
Parmi les exilés, un artiste Léon Zack qui crée dans les années 1950 les verrières monumentales de l'église Notre-Dame des Pauvres : http://www.historim.fr/search?q=l%C3%A9on+zack

1917… c'est aussi l'entrée en guerre des États-Unis, un événement qu'Historim relatera tout au long du mois de novembre, comme tous les ans depuis quatre ans dans sa rubrique Grande Guerre. PCB.

22 octobre 2017

Éiane Tonnel-Marchand - souvenirs (suite et fin)

Éliane continue de nous relater ses souvenirs. Nous sommes restés 
devant l'église Saint-Étienne.

Sur le côté gauche de l’église, la rue Minard et ses trottoirs : elle relie les Hauts d’Issy à la place Voltaire. Sur la gauche de la rue Minard, une double porte surmontée de la statue de Saint-Thomas de Villeneuve. C’est l’entrée de la Maison de Repos (ci-dessous) où des dames fatiguées reprenaient courage et vigueur. Elles étaient entre de bonnes mains, celles des Mères et des Sœurs, religieuses de la congrégation de Saint-Thomas de Villeneuve et des petites « bleues »,couleur portée par le personnel (laïc celui-là) employé aux cuisines et au ménage.

La Maison de Repos aujourd'hui, vue des jardins. © A. Bétry
Un grand jardin en terrasses est à la disposition des convalescentes qui peuvent également, si elles le désirent, aller se recueillir à la chapelle qui date, dit-on de l’époque Louis XIV. Sa profusion de dorures, de marbres luisants, son parfum d’encens, de cire, ses cierges à la lueur tremblante. Toute cette atmosphère nous transporte en effet dans un autre siècle !
En face sur le côté droit après la petite maison du bedeau, commence un long mur gris qui s’arrête brusquement pour laisser place à un bâtiment tout gris lui aussi percé de quelques fenêtres [Il s'agit de la Solitude - Pascale]. J’ai toujours pensé que ce bâtiment ressemblait à une prison. Y séjournaient quelquefois des prêtres de passage. Après cette coupure, le mur gris reprend la descente et cette fois, c’est une porte en fer qui l’arrête dans sa course. Pour nous, enfants des Écoles Libres ou des Patronages, cette porte s’ouvre deux fois par an : le dimanche matin avant la Fête-Dieu et l’après-midi du dimanche suivant. La procession de la Fête-Dieu dans les jardins du Grand Séminaire (ci-dessous) peut commencer. 

Le Grand Séminaire et ses jardins. © A. Bétry
D’abord les petites filles, le front ceint d’une couronne blanche, portent fièrement dans une corbeille attachée par un ruban soyeux autour de leur cou des pétales de roses et de pivoines qu’elles jetteront tout à l’heure devant les reposoirs. Suivent les petits garçons , un lys ou un cierge à la main, les communiants et communiantes de l’année dans leurs habits frais repassés et enfin les séminaristes, soutane noire et surplis blanc, telle une colonne de dominos précédant le prêtre portant l’Eucharistie, recueilli, sous un dais d’argent. Les paroissiens chantent de tout leur cœur, les petits filles n’ont plus de fleurs dans leur corbeille, les lys des petits garçons se fanent déjà. Qu’importe, elle était belle notre procession ! 
À la sortie de ce grand jardin, nous suivons de nouveau un mur puis un commerce de coutellerie et parapluies ainsi que quelques immeubles avant d’arriver en bas de cette rue Minard où se trouve la chapelle du Grand Séminaire sur l’autre trottoir. Celui-ci a été construit à l’emplacement d’un château qu’avait acquis Marguerite de Valois (la reine Margot) en 1606 où elle séjourna jusqu’à la fin de sa vie. C’est dire le style et les richesses que comporte ce monument où le public n’a accès que dans les « grandes occasions ! » 


Place de La fontaine.
© Robert Jacques
Après la rue Vaudétard, quelques maisons, un hôtel, la rue Minard se termine sur la place de la Fontaine, fontaine qui coule encore de nos jours (ci-contre).

Avenue Jean Jaurès. Pour descendre vers la Mairie, on passait devant la boutique des Sandra et, bien entendu, on y entrait ! Car dans cette petite épicerie s’étalait une multitude de bonbons de toutes les couleurs : boules changeantes, lacets de réglisse, roudoudous, berlingots, caramels, guimauves, petites boîtes de coco ou de réglisse Car, vendus à la pièce, 2 sous, 5 sous, à ne savoir que choisir avant de traverser l’avenue pour aller au Patronage le jeudi après-midi. L’avenue était bordée de très vieilles maisons, certaines gardaient des murs intérieurs très épais qui dataient, disait-on de l’époque Louis XIII. À côté du Patronage s’ouvrait la Pension Chap, école dirigée par des sœurs sécularisées, vêtues de longues robes grises, un ruban noir autour du cou, des cheveux gris comme leur robe et coiffés en chignon. La pension s’étirait le long de la rue Prudent Jassedé où l’on accédait par un escalier de pierre. 

La fontaine de la rue Prudent Jassedé a été remplacée
en 1991. Le lavoir a disparu…© A. Bétry
À gauche, des petites maisons blotties les unes contre les autres ; à droite, les hauts murs de la pension percés de quelques rares fenêtres et soudain, au milieu de la rue, surgie de nulle part, une fontaine  (ci-contre)! Bienheureuse eau offerte aux habitants de cette rue dont les logements vétustes n’avaient pas les commodités actuelles… Pour preuve, un peu plus bas dans la rue à droite, une autre fontaine alimentait un « lavoir public », ancêtre de nos bien utiles machines à laver ! 

L’avenue Jean Jaurès semblait ignorer cette vieille rue ; elle continuait à descendre doucement, s’attardait un moment devant « la Maison Lasserre » (ci-dessous), son jardin, ses vieillards assis sur quelques bancs. Moi-même, je passais vite devant cet Hospice puis devant Micatub, une petite usine qui fabriquait des tubes en verre, pour regarder les affiches et les photos en noir et blanc, comme les films de cette époque, que nous proposait le cinéma l’Alhambra. Je découvrais les visages des acteurs de ce temps-là : Yvonne Printemps, Pierre Fresnay, Tino Rossi, Charlot, Fernandel...La liste serait trop longue... c'était merveilleux.

Il s'agit de la Résidence Lasserre, transformée aujourd'hui en appartements.
Coll. particulière.
Presque arrivés à la Mairie, une boucherie séparait l’imprimerie Bertrand de la librairie Bertrand où l’on trouvait les cahiers, les ardoises, les porte-plume, les gommes, les crayons, bref, tout le matériel du bon écolier mais également le jeudi Le Journal de Mickey, Lisette, La Semaine de Suzette etc., la presse des jeunes d’avant la guerre (ci-dessous).


 XDR
© XDR
Je termine cette longue énumération par le trottoir face à la station de métro « Mairie d’Issy » tout nouvellement ouverte aux Isséens. Après la librairie Bertrand, une charcuterie « faisait le coin » suivie de la grande épicerie À la Grâce de Dieu tenue par les époux Robert. Une senteur de café grillé venant du fond de la boutique emplissait tout le magasin et allait même chatouiller le nez des passants tant cette odeur était tenace et agréable à la fois. Une crémerie nous offre son beurre en mottes, ses fromages etc. et, enfin Le Café des Colonnes, futur rendez-vous de la jeunesse d’Issy. C’est ainsi que se termine mon pèlerinage à travers les rues de mon quartier et de ma jeunesse.

Encore quelques anecdotes.

Au temps des voitures hippomobiles, il n’était pas rare de voir les propriétaires des maisons entourées de jardins aller ramasser le crottin des chevaux qui s’étaient « soulagés » sans vergogne. C’était surtout après le passage de l’escadron à cheval des Gardes républicains que la « récolte » était abondante. Dans la rue Pierre Brossolette, qui s’appelait alors rue de l’Égalité, passaient tous les convois funèbres de la commune. Corbillard noir tiré par des chevaux noirs dirigés par un cocher tout de noir vêtu suivi par une famille endeuillée, voile de crêpe et brassard noir, le triste cortège marchait lentement, au pas des chevaux. Après son passage, un petit Monsieur, en cotte bleue, sortait vite, vite, nanti d’une pelle et d’un seau pour ramasser avec une jubilation certaine les petites boules jaunes laissées par les chevaux noirs ! Le contraste entre ces deux scènes était tel que l’on ne pouvait que sourire et penser que « rien ne se perd » même dans les plus tristes circonstances.

Autre anecdote. Mes beaux-parents louaient un terrain situé à l’angle des rues Jules Guesde et d’Alembert. Un jour de jardinage, ma future belle-mère et son fils (mon futur mari alors petit garçon) trouvèrent enfouis dans la terre des boutons qui provenaient des uniformes que portaient les soldats pendant la guerre de 1870. Y a-t-il eu une bataille sur ces lieux ? Aux historiens d’y répondre. Quant à moi, je ne sais pas ce que sont devenus ces boutons !


Un grand merci à Éliane pour ses souvenirs inoubliables. Pascale Maestracci.