7 décembre 2022

Histoire des rues d'Issy - la rue Rabelais

La rue Rabelais (ci-dessous), localisée dans le quartier les Épinettes, ne mesure que 500 mètres de long. Elle est parallèle au flanc occidental du Fort d’Issy. Prolongeant la rue de la Défense vers les hauteurs, elle relie la rue de l’Égalité et la place du Groupe Manouchian, en longeant le flanc occidental du Fort d’Issy. Toute cette zone se trouvait dans l’ancien lieu-dit de La Plante Marande. 

La rue Rabelais, côté des numéros pairs. 

Mais pourquoi une rue Rabelais à Issy ? De fait, elle se situe sur le chemin de Meudon. Or, il se trouve que François Rabelais (1494-1553) reçut à la fin de sa vie la cure de Meudon où il ne vint probablement jamais. Il renonça d’ailleurs à ce bénéfice ecclésiastique peu avant sa mort. 


François Rabelais. © XDR
François Rabelais (ci-contre) eut une vie étonnante : il fut moine franciscain puis bénédictin, prêtre séculier et docteur en médecine. C’est surtout un écrivain humaniste dont les deux ouvrages les plus célèbres sont Pantagruel (prudemment attribué en 1532 à l’auteur Alcofrybas Nasier, anagramme de son nom) et La vie inestimable de Gargantua, père de Pantagruel.

 

La rue Rabelais n’a, du côté des numéros pairs, que des pavillons de styles variés. En revanche, sur le trottoir d’en face, se succèdent des bâtiments militaires puis des équipements collectifs après le passage piétonnier Paul Assens. S'y trouvent notamment le Boulodrome, au n° 9, et le stade et gymnase Alain Mimoun, au n° 1, en pleins travaux (ci-dessous). Il s'agit de mettre en valeur les remparts du fort d'Issy tout en modernisant les bâtiments : toitures végétalisées, évoquant les bastions de terre des anciennes fortifications, et chauffage par géothermie.


Les travaux du stade Alain Mimoun.
Au fond, les immeubles arrondis de l'écoquartier du Fort.

Et, pour terminer cette découverte de rue, quelques mots extraits du prologue de Gargantua, bien agréables à lire à l'approche de Noël : 

« Mieux est de rire que de larmes écraser

Pour ce que rire est le propre de l’homme,

Vivez joyeux ! »


Texte et photographies P. Maestracci


4 décembre 2022

De la baguette de pain… à la trompe de chasse

 © XDR

En ce 30 novembre 2022, la baguette de pain vient d'être classée au Patrimoine immatériel de l'Unesco, aux côtés d'autres savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel, dont font partie les arts du spectacle, les rituels et événements festifs ou les pratiques sociales. Ainsi aux côtés de la baguette, on trouve l'art de la perle de verre (2020), le carnaval de Granville (2016) ou l'alpinisme (2019). 

Le Rallye Trompes de Bonnelles à Issy, 
en septembre 2021. © A. Bétry


Mais on trouve aussi l'art musical des sonneurs de trompe, classé en 2020. et dont Issy-les-Moulineaux peut être fier. Souvenez-vous des Journées du patrimoine de 2021 ! Les sonneurs du Rallye Trompes de Bonnelles (ci-contre), venus de Rambouillet, nous ont donné un magnifique concert, jouant notamment un morceau signé du prince Louis François de Conti, petit-fils du Grand Conti.


Partition de Conti.




Féru de chasse à courre, il composa plusieurs morceaux dont les partitions sont conservées dans les archives du Musée français de la carte à jouer (ci-contre). D'ailleurs, des concours de trompes étaient organisés un peu partout en France, notamment à Issy-les-Moulineaux jusque au début du XXe siècle (ci-dessous).

Le Cercle de Dampierre à Issy-les-Moulineaux. © XDR

Alors, Bravo à la vingtaine de boulangeries-pâtisseries traditionnelles de notre commune qui nous ravissent avec ces "250 grammes de magie et de perfection", comme l'a si bien dit notre président Emmanuel Macron ! Bon appétit ! PCB

29 novembre 2022

Le NIDA expose les photos de la Naissance du Cœur de Ville

Les photos de Michel
au 1er étage du NIDA. © PCB
Après l'Espace Icare, c'est au tour du NIDA, le tout nouveau pôle culturel du Cœur de ville, d'exposer les photos de la Naissance du Cœur de ville, dont celles de notre Historimien Michel Julien. On peut les admirer au 1er étage, dans un petit salon très cosy (ci-contre)… et cela jusqu'au 6 décembre


Le NIDA, contraction de "Nid d'idées d'avenir", vient d'ouvrir au n° 11, promenade Cœur de Ville. 
Au rez-de-chaussée, on trouve un grand restaurant, et un petit espace de coworking. C'est d'ailleurs par là que l'on a accès aux étages supérieurs.
L'un des oiseaux de Mantra. © PCB
Au 1er étage, où sont exposées les photos de Michel et des autres photographes participant à l'exposition, on trouve plusieurs espaces événementiels : de grandes salles, ouvrant sur une terrasse.
Au 2e étage, plusieurs petites salles de réunion et des ateliers créatifs sont disponibles.

Alors, profitez de l'exposition des photos de notre Historimien Michel pour découvrir ce lieu tout à fait convivial. Et, surtout, prenez l'escalier. Vous découvrirez ainsi les magnifiques oiseaux de Youri Canseil, dit Mantra, un artiste naturaliste passionné. Ils décorent la cage d'escalier (ci-contre), l'un des cinq "murs d'Audubon" réalisés en France, destinés à la protection des oiseaux. PCB

Le site internet pour tout savoir du NIDA : https://lenida.fr/expo/

L'entrée du NIDA, avec son restaurant au rez-de-chaussée. Promenade du Cœur de ville. © PCB

24 novembre 2022

Les Vikings à Issy - 24 novembre 885

Issy, en bordure de Seine, est depuis des siècles un passage incontournable vers Paris, la capitale. Les Anglais pendant la guerre de Cent ans en 1360, les Versaillais pendant la Commune en 1871, les troupes napoléoniennes en 1815… et les Vikings le 24 novembre 885, y passèrent.

Tout le monde connaît ces hommes venus du Nord, d'où leur nom de Normands, ces Vikings détruisant et pillant tout sur leur passage. Remontant la Seine, ils sont à bord de cent vingt bateaux en 845, d'autant en 856-57 et en 861, et plus de sept cents en 885. Ces bateaux (ci-dessous), que l'on appelle à tort drakkar, sont des knerri, des bateaux à fond plat maniés par des rameurs. Le drakkar désignait uniquement le dragon installé à la proue des navires, mais il est devenu le nom usuel de ces navires.

Les bateaux normands et, à la proue, le dragon ou drakkar. © XDR

En ce 28 mars 845, Ragnar Lothbrock et ses fils Ivar le Désossé, Björn Côte-de-Fer et Sigurd Œil-de-Serpent, à bord de 120 bateaux, à la tête de 6 000 hommes, arrivent aux portes de Paris. 

Chapiteau de l'église Saint-Étienne
d'Issy. © PCB
Et, comme à leur habitude, ils pillent et détruisent, d'abord Saint-Cloud, puis Issy et son église Saint-Étienne construite sous les Mérovingiens. On conserve dans la crypte, non ouverte au public, deux chapiteaux de cette époque (ci-contre) que nos Historimiens ont eu la chance d'admirer lors d'une visite privée en 2016.



Le moine Aimoin de Saint-Germain-des-Prés raconte : "Sortis de leurs vaisseaux, ils se répandaient au loin dans les campagnes, massacraient une grande multitude des deux sexes, brûlaient les villages, les monastères, les églises, et exerçaient contre le peuple de Dieu tous les excès d'une fureur sans bornes ».
 

Siège de Paris en 885. © XDR

Quarante ans plus tard, nouvelle attaque : le 24 novembre 885. Issy voit arriver 700 bateaux menés par le Viking Siegfried. Le moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés raconte : "Les Vikings arrivèrent à Paris avec 700 voiliers, sans compter ceux de plus petite taille qu'on appelle communément des barques. À un endroit, la Seine était bordée de navires sur plus de deux lieues, de sorte qu'on pouvait se demander avec étonnement dans quelle caverne le fleuve avait été englouti, car on n'y voyait rien, les navires couvrant ce fleuve comme s'il était couvert de chênes, d'ormes et d'aulnes" (ci-dessus).

Débute ensuite le siège de Paris qui va durer une longue année, pendant lequel les Vikings pillent les alentours, font prisonniers femmes et enfants, incendient. Finalement, l'empereur carolingien Charles le Gros accepte, en novembre 886, de verser la somme de 700 livres d'argent aux Vikings qui se retirent. 
La paix revient dans la région. PCB


21 novembre 2022

René Quinton et Denis Thuriot… deux défenseurs de l'avion !

Le 6 septembre 1908, grande animation sur le champ de manœuvre d'Issy. René Quinton, un passionné d'aviation, et Louis Barthou, ministre des Travaux publics, des Postes et Télégraphes du premier gouvernement Clemenceau, assistent au record de l'avionneur Léon Delagrange. A bord de son biplan Voisin-Delagrange n°3 (ci-dessous), il réussit à faire 15 fois et demi le tour du champ de manœuvre, soit une distance de 24,40 km, à une altitude de 6 mètres, en 29 minute et 53 secondes ! Décidément, une année 1908 pleine de succès après avoir enchaîné les records.

Delagrange sur le champ-de-manœuvre d'Issy, le 6 septembre 1908,
devant René Quinton et Louis Barthou. © carte postale.

Mais qui est donc René Quinton (ci-dessous), cet homme qui défend l'avion comme moyen de transport, " deux fois moins cher que les trains rapides " ?
Tout comme, aujourd'hui, Denis Thuriot (ci-dessous), le maire de Nevers, défend l'avion beaucoup plus rapide pour faire venir dans sa commune des soignants en urgence depuis le CHU de Dijon. : " deux heures quarante-cinq minutes en voiture, deux heures en train et, seulement, trente-cinq minutes, en avion ! ". 

Denis Thuriot. © XDR
René Quinton. © XDR

















René Quinton, le visionnaire 
Naturaliste, physiologiste, biologiste, René Quinton (1866-1925) ne cesse d'observer les oiseaux dans le ciel et se prend à imaginer les hommes volant de plus en plus haut, de plus en plus loin, dans des avions de plus en plus sophistiqués. Il crée, le 3 septembre 1908, la Ligue Nationale Aérienne, pour sensibiliser le peuple à ce nouveau mode de transport. 
Il imagine déjà des machines volant à 200 et 300 km/h, reliant Paris à Marseille en deux heures et demie, à Alger en cinq heures et même à Pékin en trente heures ! Aujourd'hui, en 2022, on relie Marseille en une heure et vingt minutes,  Alger en deux heures et quinze minutes, Pékin en neuf heures et quarante cinq minutes ! PCB


18 novembre 2022

Quatre générations de militaires à Issy-les-Moulineaux

Gilles Dutertre (ci-dessous parachutiste en 1971), un retraité bien actif, nous raconte ici l'histoire de sa famille isséenne. Un beau témoignage, jugez-en par vous même ! Bonne lecture.

Gilles Dutertre en 1971. © XDR

Comme beaucoup de retraités, je me suis penché sur l'histoire et donc la généalogie de ma famille. Celle-ci, provenant de plusieurs régions de France et de Belgique, s'est retrouvée, entre 1900 et 1980, liée à l'histoire d'Issy-les-Moulineaux. Pendant cette période, relativement courte, ma famille a donné quatre générations de militaires dont il est question ici. 


Léonard Vigne 
Au début étaient Léonard Vigne, 26 ans, et Rose dite Maria Lafond, 22 ans, qui s'étaient mariés en octobre 1899 à Soudaine-Lavinadière en Corrèze. Mais, en avril 1900, ils habitaient déjà Issy-les-Moulineaux. Le 16 juillet 1900 à 8 h du matin, au 67, rue Jean-Jacques Rousseau, est née ma grand-mère maternelle, Marguerite Vigne.  
 
En 1914, Léonard Vigne, né le 20 février 1874, avait donc 40 ans. Il avait fait trois ans de service militaire au 13Régiment d'Infanterie de Tulle de 1895 à 1898. Rappelé par le décret de mobilisation générale, il est incorporé le 2 août 1914 au 48e Régiment Territorial d'Infanterie à Châlons-sur-Marne, qui part dès le 5 août pour assurer la défense de la place forte de Verdun. D'emblée la guerre fait rage, les forts sont bombardés, à partir du 7 septembre les territoriaux sont sans communication avec le reste de la France ! Avec la victoire de la Marne, l'étau se desserre le 13 septembre et certains entrevoient déjà la fin de la guerre.
Affecté au 332e Régiment d'Infanterie le 15 juin 1916, Léonard Vigne va, avec son régiment, tenir la tranchée du Choléra et de la Miette, au nord de Berry-au-Bac. Ce sont des lieux qui (je cite) « font partie de ces endroits où les soldats ont souffert de la pluie, du froid et de la peur, la peur de mourir ». Il alterne repos, instruction et montée au front où il participe a priori à la bataille du Chemin des Dames (avril 1917) et à la seconde bataille de Verdun (août 1917).
 
Au final, Léonard Vigne aura fait campagne contre l'Allemagne pendant quatre ans et demi, mais terminera la Première Guerre mondiale comme 2e classe et sans aucune décoration.  


Henri Dupont 
Après la guerre, le 15 mars 1919, sa fille Marguerite Vigne épouse à Issy-les-Moulineaux Henri Dupont, né à Marpent (Nord) le 22 mars 1892 (ci-dessous).
 
Mariage d'Henri Dupont
avec Marguerite Vigne. © XDR 
Henri Dupont s'était engagé pour trois ans le 21 mars 1913, mais est rapidement réformé pour tuberculose pulmonaire. En 1914, la donne ayant changé, il est reconnu bon pour le service armé et rejoint le 25e Régiment d’Artillerie de Campagne le 23 août 1914. Son régiment participe à la première bataille de la Marne (5-12 septembre 1914). Le 9 octobre 1914, Henri Dupont est affecté au 1er Régiment d'Infanterie Coloniale. Selon son livret matricule, il va être au front du 14 décembre 1914 au 14 juillet 1915, principalement dans l'Argonne. 
Le 15 juillet 1915, à 10 heures du matin, il est blessé au bras gauche par un éclat d'obus. Lors de l'évacuation vers le sud, le médecin major l'informe qu'il allait devoir l'amputer. Argumentant qu'il était soutien de famille (ce qui n'était pas tout à fait vrai), il n'en fut heureusement rien. Mais il resta à l'hôpital jusqu'au 15 février 1916, date à laquelle il rejoignit le dépôt du 1er Colonial à Cherbourg, puis effectua un stage de mitrailleur au camp de Coëtquidan. 
 
Lui aussi, Henri Dupont, termine la guerre comme 2e classe et sans aucune décoration. 

Louis Dutertre
Le 23 décembre 1922 à 22 h naît à Issy-les-Moulineaux, 26, avenue de Verdun (devenue depuis 26, allée Hoche), Ginette Dupont, ma mère, fille unique d'Henri Dupont et de son épouse Marguerite. 
Le 23 décembre 1947, le jour de ses 25 ans, Ginette Dupont épouse à Issy-les-Moulineaux Louis Dutertre (ci-dessous), né à Brain-sur-Allonnes (Maine-et-Loire) le 21 octobre 1917. 

Louis Dutertre en 1938. © XDR
Louis Dutertre naît de père inconnu, le 21 octobre 1917 à Brain-sur-Allonnes (Maine-et-Loire). Il est retiré à sa mère en 1923 et est placé comme domestique agricole dès l'âge de 13 ans. Il est incorporé pour effectuer son service militaire le 4 novembre 1938 au 31e Régiment de Dragons, à Lunéville. Suite à l'invasion de la Pologne, la France déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939. Le 11 octobre 1939, le 31e Dragons est à l'est de Sedan. Le 10 mai 1940 au matin, sept divisions allemandes de Panzers franchissent la frontière luxembourgeoise en direction de la Meuse. En face, mon père est à cheval !  Rapidement dépassés, les cavaliers du 31e Dragons chargent pour forcer le passage - « horde de cavaliers, qui mousqueton à la main, qui sabre au clair » essayent de se frayer un chemin à travers les colonnes allemandes. Le 17 mai 1940, mon père, Louis Dutertre, est fait prisonnier à Leugnies, près de Beaumont en Belgique. Il est interné au Stalag VI H à Arnoldsweiler, près de Düren. Multi-évadé, il est envoyé en camp disciplinaire à Rawa Ruska, aujourd'hui en Ukraine, où furent internés 24 à 25 000 Français. Son dernier camp est le Stalag VI G, près de Bonn. Il est libéré par les Alliés le 14 avril 1945 et rapatrié le 24 avril. 
Lui aussi, Louis Dutertre termine « sa » guerre comme 2e classe et sans aucune décoration.
 
Gilles Dutertre
Je nais le 16 février 1949 à Paris XIIe.  Mais, alors que j'ai 5 mois, mes parents viennent habiter au 35, rue Hoche, puis au 26, allée Hoche, sur le même palier que mes grands-parents. Je vais au jardin d'enfants de l'école Sainte-Clotilde, puis je fréquente l'école Anatole-France (ci-dessous), avant de poursuivre des études au Lycée Michelet à Vanves. 

Gilles Dutertre à l'école Anatole-France d'Issy

C'est quasiment par hasard que je prépare le concours de Saint-Cyr au Prytanée militaire de La Flèche, quittant Issy-les-Moulineaux en septembre 1967. Après trois générations de militaires malgré-eux, je serai le seul à choisir délibérément le métier des armes. S'ensuivra une carrière qui, en dépit de quelques opérations extérieures (Liban, Cambodge, Kosovo), n'aura rien de commun avec le danger auquel ont eu à faire face mes aïeux. 
 
A la toute fin des années 1970, mes parents se sont installés en Touraine pour passer leur retraite, refermant ainsi la page isséenne. 
 
NB : Le 6 novembre 2016, ma mère, Ginette Dutertre, qui aura 100 ans le 23 décembre 2022, a publié sur Historim « Mon quartier avant guerre - souvenirs de Ginette » : 
http://www.historim.fr/2016/11/mon-quartier-avant-guerre-souvenirs-de.html
  
                                                       Gilles DUTERTRE Lieutenant-colonel (er)         

14 novembre 2022

Sophie Marceau, l'archère d'Issy-les-Moulineaux

Dans son dernier film, Une femme de notre temps de Jean-Paul Civeyrac sorti en octobre 2022, Sophie Marceau, commissaire de police à Paris, manie l'arc comme une vraie pro (ci-dessous). Et, pourtant, elle n'avait jamais tiré … mais un entraînement intensif à l'Arc Club d'Issy - que certains Historimiens connaissent puisque nous y avions été invités en 2018 - lui a été des plus bénéfiques !


Sophie Marceau dans Une femme de notre temps.

Dans une interview exclusive donnée à la Fédération Française de Tir à l'Arc, Sophie Marceau explique que dans le film elle n'est jamais doublée. Et qu'elle a découvert un sport paradoxal comme elle l'exprime :
"Le paradoxe au tir à l'arc, c'est qu'on est à la fois dans le contrôle et dans le lâcher. Et c'est ce qui est merveilleux. C'est-à-dire que si on arrive vraiment à ces deux états là, on peut fermer ses yeux et on atteindra sa cible." 
Ce que font peut-être les célèbres écuyers japonais qui pratiquent le Yabusame, hérité des samouraïs. 

Merci à l'archère Alexandra qui, une fois encore, n'a pas oublié Historim. PCB

Et pour retrouver toute l'histoire du tir à l'arc à Issy : 

10 novembre 2022

11 novembre 1918 - Lettre de Francis Le Galle à ses proches

 
Cette lettre de deux pages a été confiée à Historim par l’Isséenne Françoise Barouch-Porzier, en hommage à son arrière-grand-père breton, Francis Le Galle, un soldat qui a combattu pendant la Première Guerre mondiale. Un grand merci pour cet 
émouvant témoignage.

 Autoportrait. Francis porte la tenue bleu horizon et le casque.
Il se dessine en train de fumer… un cigare américain !

Il écrit le jour de l’armistice d’abord à « Ma chère Louloute [sa fille]… la guerre est finie pour de bon cette fois-ci et Tonton Charles [son beau-frère] plus heureux que moi cette fois-ci se trouve au milieu de sa petite famille pour célébrer la fin. Quant à moi, je suis malheureusement loin, très loin de vous tous. Alors je fume un gros cigare américain à Tonton Joseph [autre beau-frère] puisque c’est tout ce que je peux m’offrir en ce pays perdu où je suis car pour le moment il n’y a pas de pinard [du vin, argot militaire]… Ce soir il y a un feu d’artifice et bal à l’occasion de l’armistice,. seulement comme il y a du brouillard on ne voit pas grand chose. A Brest vous devez tous trinquer à la victoire finale sur l’ennemi. Je t’envoie un dessin approximatif de ce que ça doit être… Les sales Boches [Allemands, terme péjoratif] ont bien pris la purge. Moi je suis à Marle [ville de l’Aisne entre Laon et Vervins]…  » 

Il écrit ensuite au verso de la lettre à ses beaux-parents : « Notre pays va redevenir français…Quel dommage que cela coûte si cher en hommes et en argent… Les derniers jours ont été durs et assez risqués. Maintenant les Boches sont occupés à enlever les mines qu’ils avaient posées… Chacune de leur mine contient environ 800 kg de cheddite [chlorate de potassium]… Je pense qu’on ne tardera pas à nous libérer et que nous pourrons bientôt être tous réunis. Si je pouvais être là pour Noël ce serait un succès. » Et il dessine, toujours sur le verso de la lettre, la famille telle qu'il la rêve (ci-dessous). Quatre adultes et cinq enfants du même côté de la table pour les mettre en valeur. Cette disposition fait penser à certains peintres comme Leonard de Vinci pour la Cène. Deux adultes trinquent, au champagne probablement, et les autres lèvent les bras en signe de victoire

La famille réunie sans lui, telle que Francis Le Galle en rêve.


Francis Le Galle écrit à sa fille Louise, dite Louloute et à ses beaux-parents. Sa belle-mère est bretonne et son beau-père alsacien. Celui-ci avait fui sa région d’origine lors de l’offensive allemande de l’été 1870. Le traité de Francfort du 10 mai 1871 impose l’annexion de l’Alsace-Moselle. Cela explique la première phrase (« Notre pays va redevenir français ») de la lettre à ses beaux-parents. Ceux-ci, installés en Bretagne loin des zones de combat, s’occupent de leurs petits-enfants Louise (Louloute) et Pierrot (Peyo).  

Le 11 novembre, date de cette lettre, un armistice franco-allemand est signé dans un wagon à Rethondes, dans la forêt de Compiègne (Oise).  L’Alsace et la Moselle redeviennent françaises. Mais, le 22 juin 1940, Hitler imposera dans le même wagon de Rethondes un armistice aux Français pour effacer l’humiliation de 1918. Le sort de l’Alsace-Lorraine bascule une fois de plus, mais ce ne fut pas la dernière. 
Françoise Barouch-Porzier et P. Maestracci.