14 février 2019

Jean Boyer (1922-2019)

Pour les fidèles d'Historim, Jean Boyer ne vous est pas inconnu. Plusieurs articles lui ont été consacrés… Il nous a quittés à la fin du mois de janvier 2019. 

Jean Boyer. © A. Bétry

En pleine Deuxième guerre mondiale, une unité constituée de Français prisonniers de guerre évadés de Silésie, et de civils évadés du S.T.O (Service du travail obligatoire),  se crée spontanément en Slovaquie aux côtés des partisans qui luttent contre l’ennemi nazi. Il s'agit de la Compagnie de Lannurien, du nom de son chef. Elle obtient du général de Gaulle en visite à Moscou pour saluer l’escadrille Normandie-Niemen, une citation à l’ordre de l’armée, le 9 décembre 1944. Par petits groupes, et sous les ordres du capitaine de Lannurien, les Français devenus de bons et partisans combattants, se fondent dans la nature, incertains du lendemain. Parmi eux, Jean Boyer. L’hiver est terrible.

Certains maquisards, faits prisonniers par les Allemands, sont fusillés. D’autres, comme Jean Boyer, réussissent à s’évader grâce à la complicité d’autochtones, la veille de leur exécution. Jean Boyer est le dernier de la Compagnie de Lannurien ; il a raconté l’histoire peu connue de cette unité qui, à la fin de la guerre en 1945, dut être officiellement enregistrée avant de pouvoir être dissoute. Alain de Boissieu, camarade de promotion à Saint-Cyr du capitaine de Lannurien, aida à cette reconnaissance.

L'enterrement à l'église Saint-Étienne, Issy, 30 janvier 2019. © A. Bétry
Jean-Baptiste Boyer était président de l'Amicale des Partisans français en Slovaquie, inspecteur général honoraire des Postes et Télécommunications, officier de la Légion d’honneur, officier dans l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39-45, Croix du Combattant Volontaire 39-45, médaille des Évadés, Croix des Combattants Volontaires de la Résistance, médaille de l’Insurrection slovaque.

Nous aurons prochainement l’occasion d’évoquer la grande amitié franco-slovaque. La présence de l’ambassadeur de Slovaquie (ci-dessous) le 30 janvier 2019 aux obsèques de Jean Boyer en est la plus grande marque de reconnaissance. Alain Bétry

Monsieur Igor Slobodnik, ambassadeur de Slovaquie, entouré de Français
d’origine slovaque habitants des Hauts-de-Seine. © A. Bétry

Merci au président de l’Ufac, Jacques Tchirbachian, d’avoir réussi à rassembler six drapeaux de diverses associations.

11 février 2019

La Commune de Paris… à Issy - 1871.

CONFÉRENCE

"Issy pendant la Commune de Paris - 
mars-mai 1871"

le mardi 19 février, à 18h30

à la Résidence du Parc
20 rue de l'Abbé Derry, à Issy.
Entrée libre

Retrouvez Pascale Maestracci et Florian Goutagneux


Ils vont vous faire découvrir les grands événements qui se sont déroulé, à Paris mais aussi à Issy, entre septembre 1870 et mai 1871, l’ « Année Terrible » comme l’appellera Victor Hugo. Avec le rôle joué notamment par le Fort d’Issy qui couvre la partie la plus faible de l’enceinte de Paris et est donc la clé pour entrer dans la capitale.
Vous allez tout savoir sur l’occupation de la ville et les attaques de fantassins - parmi lesquels figuraient Louise Michel - sur les combats qui se déroulèrent dans le hameau des Moulineaux et sur les flancs du coteau, qui permettaient d’accéder facilement au Fort.
A la fin de la lutte, en mai 1871, bombardements et combats avaient bien sévèrement endommagé la ville, dont certains édifices (l’ancien château des Conti, l’église Saint-Étienne) étaient même aux trois-quarts détruits.


Les canons des "Fédérés" tenant le Fort d'Issy de mars à mai 1871. © XDR
Le Fort en ruines après les bombardements des Versaillais. © XDR

7 février 2019

Val-de-Grâce : visite Historim - épisode 3

A la sortie du Musée… un peu déprimant diront certains, la découverte de l’église Notre-Dame du Val-de-Grâce, tout en splendeur, est un enchantement.

L'allée centrale, le baldaquin, l'autel et le pavement. © A. Bétry
Elle repose sur un socle surélevé et sa façade « à la romaine » est majestueuse, en pierre blanche francilienne. Les statues de Saint Benoît et de sa sœur Sainte Scholastique encadrent un portique décoré de colonnes corinthiennes soutenant un fronton triangulaire avec une inscription latine à la gloire de Jésus et de la Vierge. Au-dessus un autre fronton triangulaire est flanqué de deux volutes comme l’église du Gesù à Rome. Le tout est surmonté du troisième plus haut dôme de Paris à 40,28 mètres, œuvre de Le Duc.

Le plan de l’église est composé du carré de la croisée couvert par un dôme, augmenté d’une nef flanquée de bas-côtés. Quatre tableaux de Philippe de Champaigne sont exposés de part et d’autre de l’entrée ; deux furent offerts par Karl Lagerfeld au Ministère des Armées. Le décor de sculptures des frères Michel et François Anguier commence à partir de 3 mètres du sol pour ne pas détourner l’attention des religieuses.

Pavement de marbre, fleurs de lys et les chiffres A et L.
© A. Bétry
La voûte en berceau est entièrement sculptée comme les parois latérales avec les Vertus théologales et cardinales au-dessus des arcades. Le pavement (ci-dessus) est une mosaïque de marbre dessinant des formes géométriques mais aussi, dans le chœur, des fleurs de lys et les chiffres A et L entrelacés pour le roi et la reine.
Un baldaquin aux colonnes torses inspiré de celui du Bernin à Saint-Pierre de Rome protège l’autel (copie) consacré à la Nativité et sculpté par Anguier. L’original est dans l’église Saint-Roch.

La coupole culmine à plus de 40 mètres. © A. Bétry
Les peintures de Mignard sur la coupole. © A. Bétry
La coupole (ci-dessus) peinte par Mignard en 1663 est consacrée à La Gloire des Bienheureux. La reine Anne d’Autriche est représentée en bas à gauche au côté de Saint-Louis, tous deux avec le manteau royal bleu. L’inscription latine sur le tambour indique sa qualité de Régente qui a dompté les ennemis.

Autour du chœur, cinq chapelles rayonnantes avec à gauche, la chapelle Sainte-Anne où furent déposés les cœurs de membres de la famille royale jusqu’en 1789. Certains cœurs furent détruits par les Révolutionnaires et d’autres achetés par le peintre Drolling pour en faire de la « mummie », un glacis pour ses tableaux (au Louvre ou à Saint-Sulpice). Dans cette chapelle il y a l’orgue provenant de l’église Sainte-Geneviève (actuel Panthéon).
La chapelle du Saint-Sacrement, dans l’axe, était réservée aux religieuses qui communiaient grâce à un autel à double face en respectant la clôture.
Sur la droite, la chapelle de Sainte Scholastique présente le portrait d’une future abbesse et celui de la Régente qui tient un mouchoir à la main en signe de pouvoir. La chapelle a été restaurée grâce au mécénat du roi Hassan II en reconnaissance des liens qui unissaient les Services de santé marocains et français.
La dernière chapelle Saint-Louis fut le chœur des religieuses avant d’être transformée en salle de chirurgie au XIXe siècle. Elle est séparée du chœur actuel par une grille qui a perdu à la Révolution les ornements royaux : fleurs de lys et chiffres.

Ainsi se termine cette visite qui laissera des souvenirs inoubliables. Un grand merci à Denis et au docteur Olivier Farret. P. Maestracci

Le Val-de-Grâce. © A. Bétry
Pour en savoir plus :

- Val-de-Grâce, 1 place Alphonse Laveran, Paris 5ème
01 40 51 51 92, www.valdegrace.org
Concert gratuit à 17h30 dans l’église chaque premier dimanche du mois

-AAMSSA (Association des amis du musée du Service de santé des Armées), 01 40 51 47 71,même adresse et site : www.aamssa.fr

- Ouvrages  :
Médecin général Pierre Lefebvre, Notre-Dame du Val-de-Grâce, éd. Louis Pariente, 1991
Médecin général Maurice Bazot (dir.), Le Val-de-Grâce, Enseignement et Culture, Glyphe Éditions, 2004.

3 février 2019

Val-de-Grâce : visite Historim - épisode 2

Après avoir découvert l'histoire du Val-de-Grâce, continuons notre visite du Musée du Val-de-Grâce qui, rappelons-le, fut  créé en 1916 pour y conserver ses archives. Il a été rénové à partir de 1982 selon la volonté du président Mitterrand qui inaugura les salles d’exposition temporaires en 1993. Quant à l’exposition permanente, elle ouvrit ses portes en 1998.

Musée du Service de Santé des Armées
Le musée s’articule autour du cloître à deux étages (ci-dessous) dont le rez-de-chaussée n’a que des fenêtres et pas d’arcades. La bibliothèque du Service de santé des Armées occupe toute une aile. Une autre abrite la salle capitulaire qui servit d’abord de chapelle avant l’érection de l’église. Elle est ornée des portraits de Louis XIII et Anne d’Autriche par Philippe de Champaigne.
D’une des salles, on peut apercevoir des vestiges du XVIe siècle : la Basse-cour,  ou cour Broussais avec la façade du réservoir à droite et les contreforts des murs du Petit-Bourbon à gauche.

Montage : le cloître avec la statue de Larrey. © A. Bétry
Dans les salles, sont exposés en grand nombre des textes officiels, des instruments, des tableaux et des sculptures, des maquettes etc. tous liés à la médecine militaire et d’un grand intérêt documentaire. Un choix arbitraire est fait dans ce compte rendu en prenant quelques exemples seulement. L’idéal est de venir visiter ce musée en prenant son temps !

Quelques textes : Sous Louis XIV, la première ordonnance de 1689, organisant le Service de santé de la Marine et un édit de 1708 organisant le Service de santé des Armées.
Des livres de médecine et de chirurgie, écrits le plus souvent en français depuis l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts de François 1er.
L’affiche de l’an VIII (1800), qui crée l’« Hôpital militaire d’instruction de Paris au Val-de-Grâce »

Des tableaux : Un navire-hôpital avec un quartier-infirmier dans la soute ; la bataille de Maastricht avec l’évocation d’un poste de secours et la mort de D’Artagnan. D'autres encore… (ci-dessous).

Soins aux blessés. Tableau exposé au Musée. © A. Bétry

Des sculptures : Buste d’Ambroise Paré (1509-1590). Premier grand chirurgien, il inventa la ligature des vaisseaux pour remplacer la brutale cautérisation par le feu des blessures des membres. Il servit quatre rois mais sans pouvoir sauver Henri II blessé à mort lors d'un tournois en 1559.
Larrey ( 1766-1842 ) par David d’Angers. Autre très grand chirurgien, il soutient une « Thèse de chirurgie sur la carie des os dédiée à MM. les Capitouls », magistrats de Toulouse. Béarnais d’origine, il s’engage dès 1792 dans les armées révolutionnaires et opère sur le champ de bataille, contrairement aux ordres. Il arrive à pratiquer jusqu’à 100 amputations par jour grâce à une méthode expéditive (moins de 2minutes)de son invention. Il créa les « ambulances volantes ». En février 1807, Napoléon 1er lui remet son épée après la bataille d’Eylau. Il est le chirurgien en chef de la Grande Armée. Son nom est gravé sur l’Arc de Triomphe, comme ceux de Percy et Desgenettes. Celui-ci, épidémiologiste accompagna Bonaparte dans sa campagne d’Égypte et analysa les bubons des pestiférés. Son nom est donné à un hôpital militaire lyonnais.
Le prix Larrey est décerné par l’OTAN à un Service de santé allié pour ses travaux scientifiques concernant la médecine d’urgence.

Objets de la collection Debat (1882-1952 ) provenant d’une ancienne donation, dans les anciennes cuisines de l’abbaye. Les vitrines exposent des pots de pharmacie, des mortiers, des bourdalous qui sont des petits vases de nuit utilisés lors de longs sermons (de Bourdaloue) à l’église. Une statuette d’ivoire japonaise est surnommée « La femme médecine ». Sur celle-ci, la patiente japonaise montrait avec une aiguille le siège de sa souffrance sans avoir à se déshabiller.


Exposition sur la guerre de 1914-1918
A l'intérieur du musée, une exposition est consacrée à la Première Guerre mondiale, aussi meurtrière pour les combattants que pour les non-combattants au nombre de 168 000 : 16 000 personnels de santé (soignants), 10 000 brancardiers et 1 600 médecins.

Les salles exposent une multitude d’objets, de photographies, des sculptures en plâtre ou en cire polychrome réalisées par Jean Larrivé. Elles reconstituent des tranchées, des postes de secours etc. Dès août 1914, c’est « un désastre sanitaire ». Les soins et les transferts des blessés sont loin d’être prioritaires ; de plus, ils sont gérés par l’Intendance et non par le Service de santé. L’évacuation des blessés ne commence vraiment à s’organiser qu’à l’automne 1914. Barrès fit alors un discours à l’Assemblée nationale avec l’affirmation suivante « Les blessés sont faits pour être soignés ! ».


Toutes premières ambulances. © XDR
L'occasion pour notre guide de faire une présentation technique des soins de santé - un complément des articles parus sur notre site en novembre dernier. La réorganisation de la chaîne d’évacuation des blessés est repensée dès l’automne 1914. Le docteur Olivier Farret insiste sur l’importance de la chaîne de secours, suite à la prise de conscience des désastres sanitaires par Henri Dunant lors de la bataille de Solférino en 1859. La notion de "triage" est fondamentale. Cette conception française s’appuie sur l’acte diagnostic qui permet d’évaluer les chances de survie du blessé en fonction de sa gravité, des délais d’évacuation et des possibilités opératoires, Le médecin doit choisir parmi les blessés ceux que l’on peut sauver. Le chirurgien et écrivain G. Duhamel s’est exprimé sur ce sujet sensible. Depuis cette époque, le triage avec les priorités de prise en charge est la pierre angulaire de tout soutien médical. Il a été nécessaire lors des attentats récents comme celui du Bataclan à Paris en novembre 2015.
Progressivement les secours s’organisent lors de la guerre avec la création d’un Service de Santé militaire envoyant les meilleurs chirurgiens à l’avant près du front.

L’évacuation des blessés se fait d’abord vers une « ambulance » qui est une infirmerie-hôpital située à 10-15 kilomètres du front puis vers les hôpitaux. Il y eut 5,5 millions d’évacuations sanitaires pendant la Grande Guerre. Les moyens de transport ont évolué depuis les voitures hippomobiles remplacées ensuite par les Ford T (ci-dessus). Les trains d’évacuation quelconques ont laissé rapidement la place à des trains sanitaires spécialisés en nombre suffisant. Il y eut des transports par bateau pour l’Armée d’Orient et des tentatives d’évacuations aériennes.

Plusieurs vitrines exposent des masques à gaz (ci-dessous). Le 22 avril 1915, les Allemands envoient du chlore près d’Ypres sur les troupes belges et françaises pour enfoncer le front. Seuls les soldats canadiens se sont protégés avec des tampons imprégnés d’urine et « ferment la brèche » ouverte par les Allemands. Le gaz ypérite utilisé à partir de 1917 est mortel en raison des lésions pulmonaires et dermatologiques qu’il provoque.

Vitrine présentant des masques à gaz. © XDR
Instruments de chirurgie. © A. Bétry
Progrès de la médecine avant et pendant la guerre
Des vaccinations sont faites par des médecins militaires. À l’Institut Pasteur de Saïgon, Calmette dont le buste est exposé, vaccine les populations contre la variole ; H. Vincent vaccine contre la typhoïde avec un nouveau vaccin (9000 cas par mois). À la fin du XIXe siècle, Yersin découvre le bacille de la peste. Alphonse Laveran (dont le nom est donné à la place devant le Val-de-Grâce) découvre le parasite du paludisme. Il reçut le premier prix Nobel de médecine et de physiologie en 1907. Cela a suscité pour quelques Historimiens un commentaire judicieux sur les globules rouges par une spécialiste qui se reconnaîtra (Historim, ce sont aussi des précisions échangées entre ses membres !).

Alphonse Laveran (1845-1922). © XDR
La place de la radiologie est révélée lors de la Grande Guerre pour repérer les types de fractures et la localisation des projectiles. L’asepsie progresse grâce à la solution de Dakin. Les plaies abdominales mortelles à 100% en 1914 ne le sont plus qu’à 45% en 1917. Pour lutter contre le choc hémorragique, des essais de transfusion de bras à bras sont effectués. L’adjonction de citrate de sodium, anticoagulant, permet la conservation du sang.

La rééducation des blessés se fait dans de nombreux lieux y compris au Grand-Palais à Paris, illustrée par un tableau. À Issy-les-Moulineaux, Les Petits-Ménages (Corentin Celton) et Saint-Nicolas furent réquisitionnés comme hôpitaux militaires. Voir les articles de notre Historimien Denis :
http://www.historim.fr/2018/11/issy-les-moulineaux-le-sort-des-blesses.html
http://www.historim.fr/2018/11/grande-guerre-medecins-infirmieres-et.html

La chirurgie maxillo-faciale eut à soigner « 500 000 gueules cassées ». Là encore, il y eut heureusement des progrès majeurs car ces blessés étaient antérieurement laissés sur le champ de bataille. Dès le début du conflit 1914-18, ils furent évacués et bénéficièrent de soins spécialisés. Les traumatismes psychiques liés à la violence de la guerre ont été soignés de façon empirique. Gustave Roussy traitait les malades avec des chocs électriques !

Cour intérieure. © A. Bétry

Le docteur Olivier Farret en guise de conclusion d’une visite dense et intéressante du Musée a évoqué l’actuelle évolution du Service de Santé des Armées. Les champs de bataille sont de plus en plus lointains pour une armée désormais composée de professionnels. Ceux-ci reçoivent une formation de sauvetage au combat. « Chaque soldat peut enclencher les premiers soins de lutte contre l’hémorragie pendant les 10 premières minutes dites de platine mettant en jeu le pronostic vital » par exemple en posant un garrot. Le médecin-réanimateur intervient dans la "golden hour", première heure décisive. Une « échographie peut être faite dans le désert comme au Mali ». Le système Morphée permet d’embarquer à bord d’un avion sanitaire 12 blessés graves, en continuant les soins de réanimation jusqu’à leur prise en charge dans les hôpitaux militaires de métropole.

Lors de la visite de l’exposition « 1914-1918, le soutien militaire des contingents d’Outre-mer » il est présenté un document exceptionnel surnommé la « pierre de Rosette du Val-de-Grâce ». C’est un texte sur la prévention du paludisme pour l’Armée d’Orient et la population de Salonique et de la vallée du Vardar. Il est écrit en grec, hébreu et arabe avec la traduction du texte grec en français. C’est une référence prestigieuse à la Pierre de Rosette conservée au Royaume-Uni, stèle de basalte gravée en hiéroglyphes, en caractères démotiques et grecs. Leur transcription fut l’œuvre de Champollion.

Place maintenant à la découverte de la magnifique église du Val-de-Grâce. A suivre le 7 février, 18 h.
 P. Maestracci


30 janvier 2019

Val-de-Grâce : visite Historim - épisode 1

Cette visite du 17 janvier 2019, qui a passionné le groupe, est une judicieuse initiative de Denis, le trésorier d’Historim. Elle clôt la rubrique du mois de novembre que nous avons, depuis cinq ans, consacrée à la Grande Guerre.

Dr Farret. © A. Bétry
Le docteur Olivier Farret, médecin général inspecteur (ci-contre), fut notre érudit et passionné guide-conférencier, également président de l’Association des amis du musée du Service de santé des Armées (AAMSSA ).

Le Val de Grâce, dans le 5e arrondissement, ce sont un ancien hôpital militaire, une église, un musée, une bibliothèque et une école qui forme médecins militaires et urgentistes.
Notre visite commence par le Musée. Une maquette (ci-dessous), à l'entrée, présente les bâtiments originels de l’abbaye royale, « un écrin extraordinaire »… une bonne raison d'en apprendre plus sur l'histoire de ce lieu emblématique, avant de continuer notre parcours.

Le Val-de-Grâce. © A. Bétry

Des origines à la Révolution française
À cet endroit se trouvait au XIIIe siècle un fief appartenant à la famille des Valois puis, au XIVe, au connétable de Bourbon. Au XVIe siècle, la propriété est appelée le Petit-Bourbon ; il en reste des vestiges dans la cour Broussais (ou Basse-cour), que l'on visitera un peu plus tard. Au début du siècle suivant, elle est occupée par Bérulle et les Oratoriens.
En 1621, la reine Anne d’Autriche en fait l’acquisition. Elle vient de rencontrer l’abbesse bénédictine du Val-de-Grâce-de-la-Crèche à Bièvres (Essonne) et l’installe avec ses religieuses au Petit-Bourbon. L’abbaye se situe dans ce faubourg Saint-Jacques, là où « l’air est le plus pur de Paris » selon Bossuet, non loin d’autres couvents tels Port-Royal ou les Visitandines. La propriété prend alors son nom définitif de Val-de-Grâce.

Maquette représentant les bâtiments originels de l'abbaye du Val-de-Grâce.
 A. Bétry

Anne d’Autriche y dispose d’un petit logement composé d’un salon et d’une chambre et situé près du cloître. Elle s’y réfugie car elle n’est guère heureuse avec son époux le roi Louis XIII, le couple n’ayant pas (encore) d’héritier. Tout change pour elle avec la naissance inespérée en 1638 de Louis Dieudonné, futur Roi-Soleil, puis les décès de Richelieu et de Louis XIII en 1643. D’après notre guide médecin, il serait mort d’une entérite inflammatoire (tuberculose intestinale ou maladie de Crohn), à en juger par le Journal d’Héroard, son médecin. Anne d’Autriche, devenue Régente, décide de faire bâtir une église dédiée à la Nativité en remerciement de la naissance de son fils, devenu roi à 5 ans. Celui-ci en pose la première pierre en 1645 tandis que son frère Monsieur pose celle de l’abbaye royale.

François Mansart (1598-1666).
© XDR

L’architecte choisi est François Mansart (ci-contre) qui conçoit le plan d’ensemble : vaste cour d’entrée avec un obélisque au centre comme une place romaine, une église au centre avec, à gauche, un palais royal (jamais construit ) et, à droite, l’abbaye. Trois autres architectes lui succèdent : Lemercier, Le Muet et Le Duc qui élèvent le maître-autel avec son baldaquin et achèvent le dôme de l’église. Le Bernin, évincé du projet, évoque « une petite calotte sur une grosse tête ».

L’église est terminée en 1665, dix ans après l’abbaye. L’abbaye n’accueille que 120 à 150 religieuses, soit la moitié de l’effectif envisagé. En 1666, Anne d’Autriche réside au Val-de-Grâce lorsqu’elle se meurt d’un douloureux cancer du sein. Elle est transportée au palais du Louvre pour y mourir, étiquette oblige. Son cœur est déposé dans l’église et son corps à Saint-Denis.


Depuis la Révolution française
L’abbaye qui n’a plus que 23 religieuses, est confisquée en tant que bien du clergé dès 1790 et mise à la disposition du Service de santé des Armées en 1793. Trois ans après, la propriété devient un hôpital militaire d’instruction. L’École d’application du Service de santé des Armées, créée par Napoléon III, est toujours dans ces murs avec l’appellation de l’École du Val-de-Grâce.

Statue de Larrey. © A.Bétry
L’église est désacralisée de 1793 à 1827. Elle sert de magasin de fourrage puis de pharmacie centrale de l’hôpital. Le chœur devient un amphithéâtre d’anatomie et la chapelle du Saint-Sacrement de morgue et salle de dissection. Si les révolutionnaires ont fait disparaître les symboles de la royauté, le pavement en marbre est resté caché sous une couche de chaux et de paille, ce qui l’a heureusement conservé.


Sur le parvis, une statue (ci-contre) rend hommage au baron Dominique-Jean Larrey (1766-1842) chirurgien en chef de la Grande Armée, précurseur en matière de secours aux blessés sur les champs de bataille.
Le socle est décoré des batailles napoléoniennes (le passage de la Bérézina ci-dessous). Sur un mur latéral, une plaque est apposée à la mémoire des médecins militaires morts en 1914/1918.


Passage de la Bérézina, socle de la statue de Larrey. © A. Bétry
La visite du Musée se poursuit. A suivre le 3 février, 18 h…
P. Maestracci.

25 janvier 2019

Saint-Bruno d'Issy… une église originale

Dans les hauts d’Issy (quartier des Épinettes), 14 rue de l’Égalité, se dresse depuis 1936 une petite église de quartier. Elle fut construite par les Chantiers du Cardinal, un organisme créé en 1931, par le cardinal Jean Verdier, alors archevêque de Paris. Son but : « développer, rénover et embellir le patrimoine religieux des diocèses d’Ile-de-France ». L'église dessert tout le quartier du Plateau. Des travaux ont été réalisés pour l’agrandir et la rénover à l’occasion de ses 80 ans d’existence, un anniversaire fêté le 12 juin 2016 dans la liesse.

Entrée de l'église Saint-Bruno, dans le quartier des Épinettes. © XDR


Pourquoi saint Bruno ?
Saint Bruno. © XDR
La petite église est dédiée à saint Bruno (vers 1030-1101), fondateur de l’ordre des Chartreux, une communauté installée un temps à Issy-les-Moulineaux : une médiathèque, une école primaire, une promenade portent leur nom. En 1084, avec six compagnons, Bruno (ci-contre) part dans le massif de la Chartreuse (dans les Préalpes), y construit un monastère et y fonde une communauté. Il sera béatifié par le pape Léon X en 1514.


Son architecture
L’église possède une toiture tout à fait originale : un toit en pavillon et des petits toits à deux pans, tout à fait visibles à l’intérieur aussi, comme on peut s'en rendre compte (ci-dessous). 

L'intérieur de Saint-Bruno, vers l'autel. © XDR

La croix en verre.
© XDR


La croix (ci-contre) qui surmonte l’église est l’œuvre d’un artiste spécialisé dans le verre. Sa transparence permet, en fonction des heures du jour, de jouer sur les ombres. 

Une plaque du chemin de croix
en cuivre. © XDR

Quant au chemin de croix (ci-contre), évoquant quatorze moments de la Passion du Christ, il est constitué de plaques de cuivre froissées et pliées



Les fenêtres, agrémentées de jolies verrières, évoquent un style gothique épuré. Ces verrières datent de 2008 (merci au généreux donateur !). Elles sont l’œuvre du maître-verrier italien Carlo Rocella, installé aujourd'hui dans le sud de la France. Le thème en est la Trinité : 3 verrières triangulaires ; 3 étant, dans la Bible, le symbole de la perfection. 


Verrière  "le Père" - dans les teintes bleues. © XDR

Verrière "le Fils" - dans les teintes rose-mauve. © XDR

Verrière "le Saint-Esprit" - dans les teintes oranges. © XDR

Sur chaque verrière (ci-dessus), la couleur évoque tour à tour le Père (turquoise, émeraude, outremer) ; le Fils (amarante, incarnat, mauve, rose) ; et l’Esprit saint (orange, vert-jaune). Autre symbole, l’orientation des vitraux : le Père est au Sud, au zénith, source de toute lumière ; le Fils est à l’Est, au soleil levant, symbole du Christ ressuscité ; l’Esprit Saint, à l’Ouest, symbolise la diffusion dans le monde.

Pour l’artiste Carlo Rocella : « un vitrail est destiné à accompagner sans être regardé, à être ressenti… il est réussi s’il accompagne, s’il porte à la prière les personnes qui viennent dans l’église ». Alors, entrez et laissez vous bercer par la sérénité de ce lieu. PCB

20 janvier 2019

Accidents d'avions à Issy

Issy-les-Moulineaux, berceau de l'aviation, certes… mais non sans casse, en particulier pendant les mois d'hiver. La preuve !

28 décembre 1910
Alexandre Laffont, le chef pilote des "Antoinette" et son collègue Mariano de Pola, sur un monoplan "Antoinette", décollent du champ de manœuvre d'Issy pour une course Paris-Bruxelles, aller et retour. Le temps est mauvais… L'avion, pris dans une bourrasque, s'écrase. Cet accident est le premier au monde à avoir été filmé.

Laffont et Pola quelques instant avant leur accident mortel.
© XDR

14 janvier 1912
Élie Hanouille. © XDR
Paul Rugère, coureur cycliste de renom, passant une épreuve pour l'obtention de son brevet de pilote, à bord d'un biplan, heurte le monoplan de Élie Hanouille en train d'atterrir. Le choc est brutal… mais pas de mort, une chance ! Rugère s'en sort avec quelques ecchymoses, Hanouille, lui, finit à l'hôpital. Deux ans plus tard, au cours d'une exhibition aérienne en Espagne, il aura moins de chance et trouvera la mort.

Paul Rugère. © XDR





18 janvier 1909
Ni blessé, ni mort… juste de la casse à déplorer ; trois avions sont mis hors jeu. Le monoplan de Émile Obre qui capote.

Obre sur son monoplan. © XDR

Quant à  Louis Blériot, qui réussira la première traversée de la Manche quelques mois plus tard le 25 juillet, il en endommage deux : son monoplan n°XI touché aux roues, et son monoplan n°IX au niveau du châssis.

Blériot XI. © XDR
Blériot IX. carte postale.











Mais il n'y a pas eu que des accidents… à Issy-les-Moulineaux. Retrouvez tous nos articles (près d'une quarantaine) sur le site, dans notre rubrique "Aviation".  PCB 



Pour les fans d'histoire de l'aviation, rendez-vous sur Air Journal :
https://www.air-journal.fr/category/fiche-historique

16 janvier 2019

Les logements ouvriers à Issy-les-Moulineaux - 1850-1914

Retour sur un passé pas si lointain, mais que l'on a tendance à oublier aujourd'hui, tant notre commune est devenue un haut lieu de l'architecture contemporaine.

L’industrialisation du territoire de la ville à partir de la seconde moitié du XIXe siècle a entraîné la construction de logements à proximité des usines, constructions à bas prix mais de rendement pour les investisseurs.
De grandes entreprises telles que la manufacture Gévelot, la blanchisserie de Grenelle, les peintures Lefranc, la brasserie des Moulineaux, la manufacture des tabacs, la biscuiterie Guillout puis, au tournant du siècle, l’usine Renault à Boulogne mais aussi les usines d’aviation Voisin, Caudron et Hanriot à Issy, sans compter leurs sous-traitants, ont vu ainsi leurs ouvriers s’établir tant bien que mal à proximité de leurs ateliers.

Rue du Docteur Lombard, logements des ouvriers de l'usine Gévelot.
Un grand nombre de ces constructions présentaient un profil assez similaire : un bâtiment peu élevé, sur 2 niveaux, avec soit une rangée de balcons soit une coursive extérieure permettant l’accès aux appartements.

Bâtiments aujourd'hui détruits rue du Docteur Lombard.
© M. Julien
Peu de ces logements destinés aux ouvriers subsistent aujourd’hui, ceux situés dans la plaine d’Issy ayant été détruits dans le grand mouvement de restructuration et de modernisation mené par la municipalité à partir des années 1980. Ceux de l’île Saint-Germain disparaissent peu à peu également ou sont requalifiés. Un tel bâtiment de logements (ci-contre) a longtemps résisté au temps, rue du Docteur Lombard, près de l’ancienne usine Gévelot, avant de disparaître en 2018.

Bâtiment toujours habité, rue Gabriel Péri. © J Primault

Un dernier exemple (ci-dessus)… et ce bâtiment existe encore, cette fois dans les hauts d’Issy, rue Gabriel Péri,  dont l’histoire n’est pas connue. J. Primault

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