5 avril 2020

La reine Margot… aux fourneaux

Ce sont les vacances…mais, malheureusement, vous ne pourrez pas partir le "nez en l'air" dans les rues de la ville. En revanche, quelques articles, on l'espère, vous divertiront quand même !

Historim a déjà consacré un certain nombre d'articles à Marguerite de Valois (ci-dessous), cette reine hors du commun qui, rappelons-le, s'installa à Issy, fuyant… l'épidémie parisienne de peste noire de 1606 ! Elle y vécut jusqu'à sa mort en 1615.

Reine Margot. © XDR
On sait beaucoup de choses sur sa vie quotidienne. Elle faisait très attention à sa santé et prenait deux bains par jour, mélangeant du lait d'ânesse à l'eau… accentuant ainsi la blancheur de sa peau à laquelle elle tenait absolument. La baignoire est alors en bois, la baignoire en métal n'apparaissant que vers 1650, uniquement à la Cour ou chez les aristocrates ! Elle se parfume avec un mélange raffiné de jasmin, d'ambre et de musc.

Elle aime bien manger aussi, même si on doute fort qu'elle était aux fourneaux. On peut dire qu'elle a "un bon coup de fourchette"… un instrument qui apparaît sur les tables françaises en 1574, grâce à Henri III. Mais la fourchette aura du mal à s'implanter ! Le couteau et la cuillère complètent la table…  On déguste les mets dans une assiette en porcelaine ; en revanche pas de verre individuel avant le milieu du XVIIIe siècle ! Pas terrible en temps d'épidémie !

Bartolomeo Scappi (1500-1577). ©XDR

Mais que trouve-t-on au menu à cette époque ?
Du foie de volaille, des escalopes de veau, du poulet, parfois du poisson. Et puis aussi du gratin de champignons, un gâteau d'aubergines et des petits pois à la crème. Et bien d'autres mets encore !
Enfin en dessert, des beignets de vent, une crème fraîche en tarte et des poires confites au vin - dont voici la recette, extraite de l'Ouvrage sur l'Art de cuisiner (1570), du célèbre cuisinier italien Bartolomeo Scappi (ci-contre)



Les poires confites au vin

Ingrédients. Il faut 4 belles poires ; 160 g de sucre ; 120 g de beurre ; 1⁄2 verre de vin rouge ; 1⁄2 verre d'eau de rose (si vous en trouvez) ; 1 petit morceau d'écorce de cannelle.

Préparation. - Mélanger le vin, l'eau de rose, le beurre et le sucre. - Ajouter la cannelle et porter à ébullition. - Pendant ce temps, éplucher les poires, enlever le cœur et couper en 4 quartiers. - Plonger les fruits dans le sirop bouillant, baisser le feu au minimum et laisser pocher pendant 15 à 20 minutes jusqu'à ce que les poires deviennent roses et translucides. Et c'est fini ! 

Ouvrage sur l'Art de cuisiner. © XDR
Voici de quoi vous régaler ! Mais attention aux excès. Sachez que notre reine Margot aimait temps la bonne chair que les années passant, elle prit du poids… et pour cacher ses rondeurs, portait une grande robe bouffante, le vertugadin.  PCB


31 mars 2020

Henri Lacordaire… du Séminaire d'Issy à l'Académie française

Henri Lacordaire (1802-1861), tout à  la fois religieux, orateur hors pair, journaliste et homme politique français est considéré aujourd'hui comme le précurseur du catholicisme libéral.
Il passe sa jeunesse à Dijon, suivant des études de droit pour devenir avocat, comme son grand-père maternel. Il part à Paris, en 1822, pour effectuer un stage… sans grande conviction. C'est alors qu'il décide de devenir prêtre.

Henri Lacordaire. © XDR
Au Séminaire Saint-Sulpice d'Issy
Le 12 mai 1824, il entre au Séminaire d'issy, l'ancienne résidence de la reine Margot, où l'on forme les prêtres catholiques. Henri Lacordaire s'y plaît. Il écrira plus tard : "Un soir, j'étais à ma fenêtre et je regardais la lune dont les rayons tombaient doucement sur la maison : une seule étoile commençait à briller dans le ciel à une profondeur qui me paraissait incroyable. Je ne sais pourquoi, je vins à comparer la petitesse et la pauvreté de notre habitation à l'immensité de cette voûte…"
Il y passe les vacances d'été et toute l'année suivante, tranchant avec les autres séminaristes plus jeunes et moins dociles. Ce qui lui vaudra quelques remontrances… d'ailleurs il dira plus tard : "Ceux qui se souviennent de m'avoir observé au séminaire savent qu'ils ont eu plusieurs fois la tentation de me prendre pour un fou". Puis, il rejoint les Sulpiciens de Paris, en 1826.

Une vie bien remplie
En 1830, il soutient le journal l'Avenir, dont la devise est "Dieu et la liberté" : liberté de conscience, séparation de l'Église et de l'État, liberté de l'enseignement, liberté de la presse, liberté d'association…
En 1837, il commence les premières démarches pour rétablir l'Ordre des Prêcheurs, les dominicains, dont il prend l'habit en 1839.
Jusqu'à sa mort, il se consacre à l'éducation de la jeunesse, multiplie les conférences, les articles de presse et les discours.
Le 2 février 1860, il est élu à l'Académie française, au fauteuil 18, succédant à Alexis de Tocqueville. Il rejoint ainsi un autre écrivain Charles Auguste Sainte-Beuve, installé au fauteuil n°28 depuis le14 mars 1844.

Sainte-Beuve. © XDR

Un exemple pour Sainte-Beuve
L'expérience vécue par Henri Lacordaire au séminaire d'Issy inspire l'écrivain Sainte-Beuve (1804-1869) dans son ouvrage Volupté, paru en 1834. Ce dernier utilise les propos d'Henri dans une lettre à l'un de ses amis, évoquant ses émotions devant les jardins, les parterres, les allées du Séminaire d'Issy. Voici ce qu'en dit, Amaury, le héros de Volupté  : "… En entrant au séminaire, surtout à la campagne, on éprouve une grande paix… ce qu'éprouve l'âme est une sorte d'aimable enivrement, de frugalité et d'innocence…"

Henri Lacordaire meurt le 21 novembre 1861, à Sorèze dans le Tarn, où il sera inhumé. "Entre le passé où sont nos souvenirs et l'avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs", aimait-il dire.
PCB


29 mars 2020

Patrick Devedjian, 1944-2020

28 avril 2018. Patrick Devedjian au Mémorial de la Déportation à Nanterre.
© A. Bétry

Il était né en 1944 à Fontainebleau.
Il avait été maire de la ville d'Antony, ministre sous la présidence de Jacques Chirac puis de celle de Nicolas Sarkozy, député des Hauts-de-Seine.
Il était l'un des grands défenseurs de la communauté arménienne, dont il était issu. Et avait été à l'origine de la reconnaissance de l'existence du génocide arménien par la Turquie.
Il était président du conseil général des Hauts-de-Seine depuis 2007 et, à ce titre, avait plusieurs fois été en contact avec notre maire André Santini. Le 10 juillet 2019, ils signaient tous les deux le troisième Contrat de développement Département/Ville d'Issy-les-Moulineaux et posaient la première pierre de la Cité des sports, face au 95 rue du Gouverneur Général Éboué.
Il était plein d'humour et certaines de ses petites phrases, qui resteront dans l'Histoire, furent sélectionnées pour le concours du Prix de l'Humour politique. Gardons celles-ci en mémoire :
"On était dans un appartement avec une fuite de gaz. Chirac a craqué une allumette 
pour y voir plus clair".
"Les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite".

Il est mort du coronavirus dans la nuit du 28 au 29 mars 2020. PCB

27 mars 2020

Cours de la Reine Margot à Issy-les-Moulineaux

Lors de la séance du Conseil municipal du jeudi 12 octobre 2017 deux choses importantes avaient été décidées :  la ville rendait hommage à la plus célèbre des Isséennes, Marguerite de Valois, la célèbre reine Margot, première épouse d'Henri IV, qui vécut à Issy de 1606 à 1615, en rebaptisant l'impasse Cloquet et en soutenant un grand projet hôtelier. Les choses avancent.

Cours de la Reine Margot
© PCB
L’impasse Cloquet change  de nom et devient, en 2019, Cours de la Reine Margot. Cette impasse Cloquet a eu longtemps mauvaise réputation malgré le voisinage de l’église Saint-Étienne. C’était un cul-de-sac peu attirant selon le témoignage d’habitants qui vivaient dans le quartier avant la dernière guerre, en particulier celui de Mme Éliane Tonnel-Marchand (à relire sur le site http://www.historim.fr/2017/10/eliane-tonnel-marchand-des-souvenirs.html ).

Cours de la Reine Margot. A gauche, l'église Saint-Étienne.
© P. Maestracci
Le mot de cours a été choisi pour remplacer celui d’impasse. Il fait sans doute référence au Cours-la-Reine, allée parisienne créée par la reine Marie de Médicis (la deuxième épouse de Henri IV) en 1616 entre les actuelles places de la Concorde et de l’Alma. Ce fut le lieu de promenade le plus couru de l’aristocratie. Le cours de la Reine Margot (ci-contre), lui, ne mesure même pas 100 mètres de long. Il longe le flanc sud de l’église Saint-Étienne qui fut jusqu’au XXe siècle la seule église paroissiale d’Issy. L’édifice actuel date du XVIIe siècle. Sur le trottoir opposé, il y a des logements sociaux dont l’entrée se trouve rue Jules Guesde. Une élégante maison à un étage ferme la perspective tout au fond, à côté d’une des entrées du chantier.

Domaine de la Reine Margot
Le futur Domaine de la Reine Margot - à la fois hôtel et restaurant de prestige -  se situe sur la propriété de la Solitude qui appartient à la Communauté des prêtres de Saint-Sulpice ; ceux-ci possèdent également le Séminaire, ancienne propriété de la reine Margot de 1606 à sa mort. La Solitude est louée à un groupe hôtelier par bail emphytéotique. Le Domaine de la Reine Margot se trouve paradoxalement sur un terrain qui ne fit jamais partie de la propriété de la reine mais qui la surplombe. Ce terrain fut acheté et bâti par les Sulpiciens au XVIIIe siècle. Cet ensemble, confisqué comme Bien national sous la Révolution, fut racheté en 1819 pour les Solitaires de la Congrégation, d’où le nom de La Solitude. Jusqu’à une époque très récente, ces bâtiments étaient utilisés comme maison de retraite pour les prêtres.

Entrée du chantier au fond du Cours de la Reine Margot. © P. Maestracci
Le projet en cours de réalisation a deux objectifs : la rénovation des bâtiments de la Solitude qui se dressent le long de la rue Minard (ci-dessous) et la construction de nouveaux édifices dans le jardin (ci-dessus). Le nom de La Solitude est occulté au profit de celui d’une reine toujours connue dans le monde entier, ce qui ne peut que plaire aux futurs touristes. P. Maestracci.

La rue Minard et, sur la gauche, la façade de La Solitude. © A. Bétry


24 mars 2020

Jeux de société chez les Conti à Issy

Confinement oblige… voici quelques jeux de société  pour vous divertir.
On y jouait déjà chez le Grand Conti en son château (actuel Musée français de la carte à jouer) au début du XVIIIe siècle. Alors faites comme lui, place aux jeux !

Le jeu de l'oie
Originaire d'Egypte, il s'appelait alors le jeu du serpent et se jouait sur un grand plateau de 70 à 90 cases. Les joueurs avançaient leurs figurines - des lions et des lionnes - en fonction du résultat des dés. Le gagnant accédait à la vie éternelle.


Disparu pendant des millénaires, le jeu réapparaît à Florence vers 1580, ayant changé de nom - jeu de l'oie - mais pas de règle… La Cour l'adopte immédiatement. En France, le jeune Louis XIII y joue régulièrement, comme peut-on le lire, vers 1612, dans le journal de son médecin. Sa forme actuelle apparaît au XIXe siècle… attention de ne pas finir en prison ou tomber dans le puits !



Les échecs
Cette invention venue de l'Inde arrive en Europe, via le monde arabe, vers l'an mil. C'est un succès foudroyant. Les figures s'occidentalisent : le vizir devient la reine, l'éléphant, le fou. 





Les cartes à jouer
Elles sont apparues au VIIe siècle en Inde et gagnent l'Europe au XIVe siècle. Au XVIe siècle, la France devient le premier producteur mondial de cartes à jouer, avec deux grands centres : Lyon et Rouen, qui exportent en Suisse, en Allemagne, en Italie ou aux Pays-Bas.
L'on y joue à Versailles avec Louis XIV, à Issy chez les Conti : alors, installez-vous autour d'une table pour une "bataille" (apparue au XIVe siècle), une belotte ou une crapette… sans oublier le jeu de tarot (mentionné au tout début du XVIe siècle). Et, si vous êtes seul, une réussite, pourquoi pas !


Les dominos
Inventés par les Chinois, ils arrivent en France à la fin du XVIIIe siècle. Dès le siècle suivant, pas une famille qui n'ait sa boîte de petits rectangles blancs et noirs. Le matériau le plus souvent utilisé est alors l'os de baleine : en effet, les marins de cette époque, pour occuper leurs loisirs en mer (quand ils en avaient) les fabriquaient à partir des baleines péchées. Puis ce furent des os de bœufs. Bien sûr, aujourd'hui, tout cela est interdit et les dominos sont en plastique !

La petite fille aux dominos, d'Albert Anker. © XDR
Alors, jouez en famille, avec vos enfants et petits-enfants, à l'instar de cette petite fille peinte par l'artiste suisse Albert Anker (1831-1910).
Il est 20 heures. Mettez-vous aux fenêtres : applaudissez, chantez, tapez des mains… écoutez bien ! Ne serait-ce pas une sonnerie de trompe de chasse qui vient du château ! Mais oui, il s'agit du  Grand Conti et de ses hommes qui interprètent un des airs du recueil de sonneries qu'il a écrit… et que l'on peut retrouver dans les archives du Musée français de la carte à jouer.
Ce confinement obligatoire est bien l'occasion de lire, de jouer, de se redécouvrir… sans oublier les "gestes barrières" absolument obligatoires ! PCB 


22 mars 2020

Coronavirus… on positive !

Malgré le confinement… il faut bien se nourrir et, donc, aller faire des courses. Un bon point à Intermarché qui ouvre ses portes de 8h à 8h30, uniquement aux plus de 70 ans ! Deux adresses à Issy-les-Moulineaux : 100 boulevard Galliéni et 15 Cours de l'Ancienne Boulangerie.
Et que peut-on trouver dans les rayons fruits et légumes, en ces premiers jours de printemps  ?

Des asperges. Voici la recette de 1691 qui faisait les délices de Louis XIV : "Il faut rompre vos asperges par petits morceaux et les faire un peu blanchir dans l'eau bouillante. Après on les passe au bon beurre dans la casserole, ou avec du lard… on y met ensuite du lait et de la crème et on l'assaisonne doucement, y mettant aussi un bouquet de fines herbes".
Un Roi-Soleil qui, soit dit en passant, était à Issy le 17 mai 1651, avec son épouse, invité chez le président de la Chambre des Comptes Jacques Tubeuf, dans sa demeure (à l'emplacement de l'actuel Hôtel de Ville). Après le déjeuner - on ne sait pas si ils mangèrent des asperges - ils partirent chasser dans la plaine de Grenelle…

Des concombres… une plante apparue en Inde il y a 3000 ans, à déguster en savourant le poème de Boris Vian : la Marche du concombre.


J'avais acheté un beau concombre
Ben gros, ben long, ben vert
Et je revenais sans encombre
Du marché de Nevers

Comm'j'transpirais sur la route
En portant mon panier
J'm'arrêtais pour casser la croûte
Au pied d'un peuplier…



Des pommes. Elles ont des noms évocateurs, rappelant Ève et Banche Neige qui toutes deux en croquèrent : Choupette, Marie Doudou, Belle de Pontoise, Belle et Bonne… bien d'autres encore.


Des poires. Les hommes préhistoriques en mangeaient déjà ! Ce fruit est à l'origine de quantité d'expressions : "entre la poire et le fromage", "garder une poire pour la soif"…  "se fendre la poire" ! On en a bien besoin aujourd'hui.


Et des scoubidous… pour occuper les enfants, comme le chantait Sacha Distel !


Terminons par cette comptine

Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés
La belle que voilà ira les ramasser.
Entrez dans la danse, voyez comme on danse
Sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez…

N'allez pas au bois… Oui. Mais ne vous embrassez surtout pas… pandémie oblige !

Retrouvez toutes ces anecdotes potagères, et bien plus encore, dans "L'amour au jardin", d'Alain Baraton (Grasset, 2014).
PCB

20 mars 2020

L'atelier KATS Vitrail - une visite inoubliable

Afin de mieux préparer cette visite du 6 mars 2020, un article avait été publié sur le site d’Historim dès le 2 mars. Ce compte-rendu est donc essentiellement consacré aux procédés techniques expliqués avec patience et minutie par Mme Catherine Nafziger, maître verrier, qui nous a courtoisement reçus dans son atelier situé au 34 du boulevard Rodin (ci-dessous).

Mme Catherine Nafziger, maître verrier, dans son atelier. © P. Maestracci
L'atelier
Ce local ancien, au carrelage en damier d’époque, fut d’abord un bistrot puis une boulangerie, un atelier de fabrication de pantalons avant de devenir, en 2008, un atelier consacré à l’art du vitrail. Les deux vitrines sont désormais ornées dans leur partie supérieure d’un assemblage de vitraux.
Mme Catherine Nafziger, isséenne déjà, avant même d’avoir son propre atelier, s’est formée auprès de plusieurs maîtres et a travaillé à La Maison du Vitrail, rue Desnouettes (Paris XVe), non loin d’Issy-les-Moulineaux. Cette entreprise renommée s’occupe de création de vitraux, avec ou sans peinture sur verre, et de restauration de vitraux des XIXe et XXe siècles.

Le matériel 
Il est très spécifique, à commencer par le verre. Il y en a plusieurs catégories. Le verre peut être incolore, coloré ou texturé, bariolé, chamarré… Le verre soufflé est fabriqué à partir d’un cylindre (80 cm de circonférence au maximum). Le cylindre est coupé sur la longueur, le verre est aplati avant d’être recuit. Cette technique est réalisée en France et en Allemagne. Le verre le plus onéreux est le verre plaqué ; il est fabriqué grâce à deux paraisons de verre de couleur différente, soufflées ensemble qui crée un verre à 2 couches dont la couche supérieure très fine peut être retirée par gravure. Plusieurs gammes colorées : violet sur transparent, rouge ou bleu. ou jaune ou bien rouge sur vert, jaune ou bleu clair (liste non exhaustive). Le rouge est une couleur peu stable à la cuisson.
Pour se procurer du verre, il y a le dépôt de la Verrerie Saint-Just (filiale de Saint-Gobain), à Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine.

A la devanture de l'atelier.  © PCB
Pour la peinture sur verre, il y a trois techniques possibles. Tout d’abord la grisaille appliquée « au pinceau sur une table lumineuse ». Elle permet de « travailler le trait, les lignes de contour ». Lorsque la grisaille est appliquée en aplat translucide (le modelé), elle sert à « sculpter la lumière, donner du volume, de la profondeur » ; elle se fait avec un blaireau (pinceau). Autre technique, celle des émaux qui apparaissent au XVIe siècle et peuvent être transparents ou opaques. Enfin le jaune d’argent, une cémentation apparue au XIVe siècle. Il est posé sous forme de pâte rougeâtre (bauxite avec sels d’argent) à l’arrière du verre et réagit, ou non selon, la composition du verre. La couleur jaune ou ambré a la particularité « de se diffuser à l’intérieur du verre ». Après cuisson, il faut enlever la pâte en excédent.

Le savoir-faire, qui s’était perdu au cours des siècles, a été retrouvé au XIXe siècle, ne serait-ce que pour les immeubles haussmaniens parisiens ! Le patrimoine français est considérable car la France conserve davantage d'œuvres du Moyen Age que le reste du monde, la Renaissance a produit encore plus de vitraux et la production dans la seconde partie du XIXe siècle dépasse encore les époques précédentes. Aujourd'hui, en France, environ mille personnes travaillent dans des ateliers spécialisés.

Panneau de présentation. © P. Maestracci
La création d’une œuvre.
Elle commence par la constitution d’un dossier avec de nombreuses images et conception d’une maquette du projet à l’échelle 1/10e, soumise à la validation du client. Dans certains cas elle peut être imprimé à l’échelle 1 par un imprimeur isséen, dans le cas de projets de vitreries géométriques, le carton est tracé en atelier. Le report à l’échelle 1 se fait sur du papier Canson épais et dupliqué sur papier calque. Il indique le chemin de plomb, la numérotation des pièces et les références de verre pour chaque pièce. Lors du calibrage c’est la paire de ciseaux triple lame qui permet de retirer l’épaisseur du « cœur de plomb » (dimension invariable de 1,75 mm de large) dont la baguette a une section en forme de H majuscule. Ensuite, chaque morceau de verre est découpé selon le modèle avec une molette ou une roulette en tungstène (ou coupe verre).
L’épaisseur du verre peut varier de 2 à 4 mm sur une même plaque lorsque le verre est soufflé. Le contour des pièces de verre peut être très varié avec creux et bosses. Si nécessaire, les approximations sont corrigées à la pince à gruger. Pour la création de vitreries géométriques, on peut utiliser la technique de la découpe « à la pige » qui permet de réaliser des pièces identiques en série.

Une fois les pièces réunies sur le calque, on peut commencer la peinture sur verre à l’aide de pinceaux et brosses spécifiques appelés mouilleur, putois ou encore blaireau. Les pièces seront mises au four entre 580 à 650°C. Le four de KATS Vitrail (ci-contre) peut cuire à la fois quatre plaques de 30/40 cm. Ensuite, les morceaux sont réunis par des profilés de plomb coupés à la longueur voulue puis insérés un à un entre les pièces, l’ensemble est maintenu par des clous de montage et des règles, puis soudées à l’étain aux intersections, avec un fer à souder.

Ces explications, peut-être un peu ardues, ont été accompagnées d’exemples de deux vitraux. Le premier de 1,80 sur 1,30m a comme thème la vigne et a nécessité un mois et demi de travail. Le second se trouve dans la même église ; il est composé de 600 pièces représentant une fontaine.

Technique du verre Tiffany
Verre Tiffany. © P. Maestracci
Chaque pièce découpée est cernée d’un adhésif de cuivre et les morceaux sont ensuite assemblés en coulant de l’étain en fusion qui forme un bourrelet à la surface du cuivre (ci-contre). Les joints sont ensuite patinés en noir ou cuivre. Puis, il faut « mastiquer » à la brosse avec un mélange composé de blanc de Meudon, d’huile de lin, d’un siccatif et du noir de fumée. Enfin, il faut « rabattre les plombs » et nettoyer avec de la sciure de bois.
Dans le cas d’un travail qui implique le « fusing » (thermocollage de pièces entre elles), on doit utiliser une gamme de verre élaborée avec un même coefficient de dilatation pour éviter les casses.

Questions-réponses
Deux domaines spécifiques ont été ensuite abordés par les Historimiens, de plus en plus intéressés.
Le premier portait sur la clientèle de l’atelier KATS Vitrail : municipalités pour des églises, des particuliers, des syndics et des associations.
L’autre question a porté sur la différence d’approche entre la création et la restauration. Contrairement à la création, dans le cadre d’une restauration,  il ne faut pas « s’approprier l’œuvre ». Il faut également respecter le principe de réversibilité de chaque intervention et conserver dans la mesure du possible tous les fragments de verre et ne recréer des pièces que pour combler les lacunes » nous a expliqué Mme Catherine Nafziger. 

C'est ainsi que s'est terminée cette matinée pleine de couleurs et de vie ! Historim remercie chaleureusement Mme Catherine Nafziger pour son accueil et ses lumineuses explications à un groupe fasciné par son travail.
Pour plus de renseignements :
www.kats.fr ou 01 58 88 07 25.
     P. Maestracci

18 mars 2020

Hong Kong news !

Petit clin d'œil humoristique en ces temps de confinement !


Figurez-vous que notre site vient d'exploser le nombre de pages vues en provenance de… Hong Kong : 628 pages vues dans la semaine ! Et pour quel article ? Celui sur l'épidémie de choléra de 1832 !!!! Après la grippe espagnole…
http://www.historim.fr/2012/01/1832-lepidemie-de-cholera-du-siecle.html

Bon courage à tous !
PCB et le concours de la cellule psychologique d'Historim !