23 mars 2017

Auguste Rodin et Issy-les-Moulineaux

A l'occasion du centenaire de la mort d'Auguste Rodin (12 novembre 1840-17 novembre 1917), père de la sculpture moderne, le Grand Palais, à Paris, organise une grande exposition. Parmi ses chefs-d'œuvre, seront exposés le Penseur, le Baiser, les Bourgeois de Calais… 


L'occasion de vous rappeler que le fondeur d'Auguste Rodin, Paul Cruet habitait Issy-les-Moulieaux. Son atelier se trouvait dans les communs de l'ancien château des Conti. Et Rodin appréciait tant cet édifice, détruit, rappelons-le, pendant la Commune (mai 1871) qu'il racheta le fronton de l'entrée du château qu'il fit remonter dans sa villa des Brillants, à Meudon. La Galerie d'histoire de la ville, au Musée français de la carte à jouer, conserve le plâtre de Celle qui fut la Belle Heaulmière (ci-dessous), légué par la veuve de Paul Cruet. PCB

Celle qui fut la Belle Heaulmière. plâtre,
Galerie d'histoire de la ville,
Musée français de la carte à jouer. Issy.
Pour en savoir plus sur Rodin à Issy-les-Moulineaux :

L'exposition se tient du 22 mars au 31 juillet 2017



19 mars 2017

Vaugirard, une rue d'Issy

Cette petite rue (moins de 100 mètres de long) sert de limite entre Issy-les-Moulineaux et Meudon. Hasard ou ironie de l’Histoire, elle se trouve à l’exact opposé de la rue parisienne. Celle-ci, nettement plus connue, est d’ailleurs aussi la plus longue de la capitale avec ses 4,360 km.

Ces deux rues du même nom rendent hommage à l’abbé Gérard ou Girard de Moret qui est à l’origine d’une paroisse à Valboitron ou Vauboitron sur un territoire, dépendant comme Issy, de l’abbaye de Saint-Germain des Prés au Moyen Âge. En 1256, Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain-des-Prés, décide d'y faire bâtir une maison de repos pour abriter ses moines malades et une chapelle. Bientôt, un hameau voit le jour. Il est appelé Vallis Gerardis par ses habitants en l'honneur de l'abbé fondateur.
En 1342, ce territoire est érigé en paroisse indépendante alors que ses habitants relevaient jusqu’alors d’Issy. Elle prend le nom de Vaugirard devenu le 15e arrondissement parisien en combinant le nom de Val et de Girard. 

Une fable de La Fontaine, Le singe et le dauphin, y fait référence :

De telles gens,il est beaucoup 
Qui prendraient Vaugirard pour Rome 
Et qui, caquetants au plus dru, 
Parlent de tout, et n’ont rien vu. 


La rue isséenne de Vaugirard, méconnue et sans une plaque avec son nom, est cependant fréquentée depuis longtemps. Elle est déjà tracée sur les cartes du XVIIIe siècle, car elle est à la limite entre la Ferme des Moulineaux et le Bas-Meudon. 
De nos jours, elle permet aux véhicules descendant la Route des gardes ou de l’avenue de Verdun de passer vers le quai de la Bataille de Stalingrad.  Sur cette photo (ci-dessus),  un parking « spontané » a remplacé un ancien immeuble d’habitation qui était dégradé faute d’entretien. Sa démolition a permis l’élargissement de cette artère très fréquentée dont le nom est le plus souvent ignoré.
Derrière les voitures, apparaît le mur latéral du dernier immeuble de l’avenue de Verdun. Le seul immeuble d’habitation du trottoir isséen est récent et se trouve au seul numéro de la rue : le n°4 !
On aperçoit le pont du tram T2 et au-delà de l’Île Saint Germain, des immeubles boulonnais sur la rive droite de la Seine.
Texte et photographie : P. Maestracci

12 mars 2017

La Halle Eiffel d'Issy… en pleine transformation

Issy-les-Moulineaux, la Halle Eiffel. © A. Bétry
Il y a trois ans, nous vous avions présenté la Halle Eiffel d'Issy-les-Moulineaux (ci-dessus), située dans le Quartier Val-de-Seine, en insistant sur le fait qu'elle n'étais pas mise en valeur, qu'elle méritait d'être aménagée… Et bien, désaffectée depuis plusieurs années, elle est entrain d'être démontée en ce début de 2017. Elle sera remontée et transformée en Halle des Saveurs dans ce quartier en pleine mutation.

Petit historique.

Cette halle fut érigée par l’entreprise Eiffel dont le siège se trouvait à Levallois-Perret.
Gustave Eiffel dont le nom originel est Bonickausen (1832-1923) sortit diplômé de l’École Centrale de Paris en 1855. Il visita cette année-là l’Exposition Universelle de Paris et fut sans aucun doute impressionné par la charpente métallique du Palais de l’Industrie entre Seine et Champs-Élysées. Celui-ci mesurait 254 m. sur 110 et la nef centrale était haute de 30 mètres. Depuis 1852, Baltard a entrepris la construction des Halles au centre de la capitale.

Façade. © A. Bétry
Gustave Eiffel, devenu ingénieur-constructeur, se spécialise dans l’architecture métallique réalise de nombreux ouvrages d’art à l’étranger comme en France. En 1884, l’année de la halle isséenne, il dépose un brevet pour la construction de piles et pylônes de plus de 300 mètres de haut. En 1885, il livre le viaduc de Garabit qui franchit la Truyère dans le Cantal. 

En 1886, il conçoit la structure métallique de la statue de la Liberté de Bartholdi offerte aux États-Unis par la France. Est-il besoin de préciser où se trouve celle-ci ? En revanche, on peut en admirer des répliques plus petites au magnifique Musée des Arts et Métiers à Paris (3ème).
Toujours en 1886, il remporte le concours ouvert pour l’érection d’une tour dépassant les 300 mètres de haut pour célébrer le centenaire de la Révolution française sur le Champ de Mars. Une réplique miniature se trouve toujours 42 rue Renan dont nous vous avons parlé : http://www.historim.fr/search?q=tour+eiffel

En 1909, Eiffel créa une soufflerie au pied de la tour éponyme où vinrent faire des essais Blériot, Farman et Voisin. L’une des conséquences pour la commune fut que l’Armée réquisitionna, en échange du Champ de Mars, le terrain isséen pour en faire un Champ de manœuvres. Ce terrain, actuel Héliport, est donc une excroissance du 15e arrondissement.

Quant à la Halle Eiffel d'Issy-les-Moulineaux, elle servit notamment d’usine à la Compagnie de Constructions électriques de la rive gauche fondée en 1900. Par la suite, il y eut divers occupants dans la halle transformée en immeuble de bureaux pour plusieurs sociétés parmi lesquels le groupe Yves Rocher.

Actualités

Depuis le début de l'année 2017, la Halle Eiffel est en train d'être démontée. La structure métallique sur 2 niveaux est mise en relief avec les piliers et la charpente à double pente (ci-dessous). Les éléments étaient livrés numérotés pour un assemblage rapide et efficace sur le chantier. Ce fut la même technique pour la tour Eiffel. Quelques murs en brique entre les piliers sont encore visibles. Trois fermes soutenant la toiture sont nettement dégagées. La première qui doit être déposée est soutenue par le câble tendu par une grue tandis qu’un engin de chantier est en train de la libérer de ses attaches. Au fond apparaissent des immeubles de bureaux situés à Boulogne-Billancourt sur la rive droite. 

Le chantier de démontage vu de la station de tram Val-de-Seine.
© P. Maestracci
Ce chantier permet de voir les rivets d’assemblage comme sur ce cliché (ci-dessous). Les briques servant au remplissage des murs étaient rouges sur les flancs et polychromes sur les pignons des façades.

Détail de la façade de la Halle Eiffel, le long de la ligne de tram. © P. Maestracci

Un grand merci à Lydia qui m’a mise sur la piste d’Eiffel. P. Maestracci

Pour en savoir plus :
http://www.historim.fr/search?q=halle+eiffel

7 mars 2017

Louis Cortot, compagnon de la Libération

Le 5 mars 2017, à 91 ans, Louis Cortot, compagnon de la Libération, disparaissait. Quel rapport avec Issy-les-Moulineaux ? lisez la suite…

Louis Cortot. Ph. XDR
Dès l’âge de 16 ans, Louis Cortot, né à Sombernon, en Côte d'Or, s’engage dans la Résistance. Sa biographie officielle nous raconte.

« Entré en contact avec l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste, il manifeste son désir de participer à l’action directe ; il commence par récupérer des armes, couper des lignes téléphoniques et distribuer des tracts. Parallèlement, il doit abandonner ses études au milieu de sa troisième année à l’Ecole supérieure de Suresnes et devient ajusteur. C’est dans l’usine dans laquelle il travaille qu’il confectionne les bombes qu’il va utiliser lors de ses missions. 

" Louis Cortot réussit avec brio de nombreuses opérations ; il provoque ainsi avec son groupe le déraillement d’un train de tanks provenant des usines Renault, rend inutilisable un transformateur disjoncteur à Issy-les-Moulineaux en mai 1942 et participe au grenadage d’un convoi de jeunesses hitlériennes à Trappes. En juillet 1942, son groupe fait sauter le bureau du Rassemblement national populaire (RNP) à Boulogne-Billancourt, puis détruit à l’explosif le bureau d’embauche des ouvriers français volontaires pour le travail en Allemagne de Courbevoie. 

"En janvier 1944, Louis Cortot rejoint les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) de Seine-et-Marne pour participer à l’implantation d’un maquis à Saint-Mammès. A partir de mai, il est chargé des liaisons entre l’Etat-major des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de Seine-et-Marne et celui de Paris. Le 26 août 1944, il est très grièvement blessé à la face à Lieusaint en Seine-et-Marne, par des éclats de balles explosives, au cours des combats de la libération, faisant, malgré cela, preuve d’un grand courage et de sang-froid en n’acceptant que sur ordre formel de rejoindre un poste sanitaire. »

Pour en savoir plus

Churchill reconnaît de Gaulle et les FFL le 27 juin 1940. L’appellation FFL (Forces françaises libres) est valable jusqu’au 1er août 1943.

1038 : c'est le nombre de Compagnons enregistrés comme Compagnons de la Libération par le général de Gaulle. L’ordre de la Libération a été créé par le général de Gaulle le 16 novembre 1940. Un compagnon est membre de l’ordre de la Libération. 

Croix des Compagnons de
la Libération.  PH. XDR
Plusieurs villes sont également Compagnons de la Libération : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors, l'Ile de Sein.
Lorsque le 23 janvier 1946 est signé le décret de forclusion de l'ordre de la Libération, le nombre des compagnons de la Libération s'élève à 1 036 personnes auxquelles il faut ajouter cinq communes françaises et dix-huit unités combattantes.
A deux reprises, l'Ordre sera exceptionnellement ouvert de nouveau par le général de Gaulle, qui attribuera la croix de la Libération à Winston Churchill (1958) et au roi d'Angleterre George VI  (1960), portant ainsi le nombre définitif des personnes titulaires de cette haute distinction à 1 038.

270 ont été nommés à titre posthume et 50, déjà Compagnons, sont morts au combat ou en service commandé avant la fin de la guerre. Un peu plus de 700 d'entre eux ont survécu à la guerre. A.B.


3 mars 2017

Rétrographie à Issy-les-Moulineaux

Nous avons déjà évoqué cette exposition itinérante…
http://www.historim.fr/2016/10/expositions-futur-dissy-ou-retrographie.html

Profitez du week-end pour aller la voir sur les grilles de l'Ecole La Fontaine, rue de l'abbé Derry dans les Hauts d'Issy (Tuvim direct Centre Ville).



25 février 2017

Ensemble Matrat-Voisembert : la cité idéale des années 1930

Cela fait longtemps qu'Historim ne vous a pas fait découvrir une rue, un ensemble d'habitations, un quartier. Alors, partons dans le quartier Centre-Ville/Corentin Celton/Les Varennes, voir l'ensemble Matrat-Voisembert…

Rue Matrat, On aperçoit au pied des lampadaires, les aérations circulaires
des parkings souterrains.
Les rues privées Matrat (ci-dessus) et Voisembert (ci-dessous), longues d’environ 150 mètres, sont parallèles et situées entre la rue Georges Marie et la rue du Quatre-Septembre (ancienne rue des Glaises) limitrophe du Parc des Expositions de Paris et donc du département de la Seine. Au XVIIIe siècle, une belle propriété en ce lieu s’étendait jusqu’aux actuelles rues Renan et Michelet sans compter une extension sur la commune de Vanves. La rue Voisembert est deux fois plus large que la rue Matrat mais une partie de la rue est rétrécie par des bâtiments donnant sur d’autres voies. Ces parcelles n’ont pu visiblement pas pu être intégrées, faute d’accord de leurs propriétaires lors du lotissement. 

Rue Voisembert. A l'arrière-plan, le Parc des Expositions.

Cité des années Trente

Cet ensemble qui date de 1931 offre une disposition très fonctionnelle des espaces communs et des appartements. Il est conçu comme une cité idéale permettant l’autonomie dans un cadre très confortable.

Huit étages, parfois neuf, voire exceptionnellement dix selon les cas. En effet, les deux rues ont un dénivelé de quelques mètres, ce qui impose de rétablir un équilibre visuel avec rattrapage des niveaux décalés. Les façades offrent des lignes géométriques horizontales et verticales. La répartition des parties saillantes et des cours en retrait rythme les rues bordées par ces immeubles accolés. Paradoxalement, des éléments tels que portes et fenêtres de ces immeubles bourgeois sont identiques à ceux d’immeubles HLM parisiens.
L’intérieur des immeubles reprend les codes raffinés des périodes précédentes : portes palières à double battant, volumes spacieux, chambres de bonnes etc. Chaque immeuble se trouve entre deux cours séparées de la rue par une grille et avec au milieu les bouches d’aération des parkings.

Les parties communes

Entrées La loge des gardiens est au centre entre deux couloirs menant aux ascenseurs et escaliers. Seules quelques copropriétés ont installé des boîtes aux lettres au rez-de-chaussée. Dans les autres cas, les gardiens continuent de monter le courrier sur chaque palier.

Desserte des étages. Il y a deux ascenseurs par immeuble de part et d’autre de l’axe central. En revanche, à l’arrière, un monte-charge desservait les passerelles (ci-dessous). La fermeture de chaque palier était assurée par une grille métallique.
Arrière d'un immeuble de la rue Voisembert,
avec les passerelles.

Sous-sols. Cet ensemble résidentiel offrait, plus rare encore dans les années Trente, deux étages de parking en sous-sol à une époque où les voitures étaient encore peu nombreuses. L’automobile était ainsi intégrée à l’architecture. Une petite station-service y fut longtemps à disposition des possesseurs d’automobiles. En raison du relief, le premier niveau du sous-sol Matrat correspond au deuxième des immeubles Voisembert !
Ces sous-sols favorisent une circulation discrète qui fut très utilisée en temps de guerre pendant un couvre-feu. Certains résidents les empruntent encore pour rendre visite à des amis.

Autonomie énergétique. Une centrale électrique alimentée par l’incinération des déchets organiques fut installée au sous-sol. Le système Garchey était alors rare et inspiré par les États-Unis. Il fallait remplir d’eau l’évier puis le vider grâce à une tige métallique pour faire descendre les déchets dans une énorme cuve en bas de chaque immeuble. Des tuyaux envoyaient l’ensemble vers la broyeuse installée dans l’immeuble du 5 Matrat. Un employé portant cuissardes gérait le tout et alimentait la chaudière. Moustiques en été, odeur puissante de la macération et de la décomposition des déchets : le système a été supprimé pour insalubrité à la fin du XXe siècle. L’électricité fut aussi produite tant qu’EDF ne fit pas valoir son monopole. 

Hygiène de vie. Les toits sont plats car ils auraient dû servir de solarium. De plus, la piscine prévue au sous-sol n’a pas été construite au grand regret de certains.


Vue de la rue du Quatre-Septembre.
Les appartements et leurs occupants

Chaque niveau comporte deux paliers distincts non communiquants ; chacun ne dessert que deux appartements à la fois. La communication en revanche est possible par la passerelle arrière. On compte donc seulement quatre appartements par niveau et trente-six en moyenne par immeuble.
Les appartements ont des portes à double battant, sont grands et disposaient d‘une lingerie qui pouvait servir de chambre. En effet, bon nombre de familles de militaires habitaient là car ceux-ci étaient proches du ministère de l’Air et du SCAN (Service des Constructions Navales avec le bassin des carènes aujourd’hui disparu) un peu plus loin vers la Seine. Les ordonnances des officiers occupaient ces chambres et disposaient d’une douche et de toilettes installées de part et d’autre des passerelles à l’arrière des immeubles. Un renfoncement sur les passerelles permettait d’installer un petit brasero à proximité des douches. Il est à noter que le ministère de la Défense inauguré en 2015 est toujours aussi proche de la résidence !
Il y eut également avant-guerre, une colonie de Russes « blancs » comme dans d’autres immeubles de la commune.

Pendant la guerre

Au cours d'un bombardement allemand en juin 1940, bombe  tomba dans la cage d’ascenseur de l’immeuble au 7 rue Matrat. Une bâche de protection resta en place jusqu’en 1951, date à laquelle il y eut des réparations lors de la mise en vente d’appartements. L’ensemble Matrat-Voisembert avait des logements disponibles dans cette « zone rouge », placée sous la menace des bombardements alliés en raison de la proximité des usines Renault à Billancourt, à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau.
Lors des alertes aériennes, les résidents descendaient se réfugier au 2e sous-sol où avaient été formées des alvéoles formées de pierres en guise de protection. Celles-ci existent toujours mais ont été regroupées dans un coin du sous-sol ! Il était possible d’aller d’un immeuble à l’autre lors du couvre-feu en passant par les parkings. 

Après 1945

Au rez-de-chaussée des rues Matrat et Voisembert, de nombreux commerces permettaient de vivre quasiment en autarcie.  Rue Matrat, on trouvait le cabinet médical d’un ORL, un coiffeur au n°1et une épicerie au n°5. Rue Voisembert, il y avait encore plus de commerces : au n°1 un marchand de journaux et une boucherie, au n°3 une grande épicerie et au n°5 une pharmacie. A l’angle des rues Matrat et Georges Marie, une crémerie Le Cercle Bleu et une boulangerie (qui existe encore).
Il ne faudrait pas oublier au sous-sol la pompe à essence et le garagiste qui réparait et lavait les voitures. Tout près, un serrurier de la rue Georges Marie travaillait pour les résidents.

Aujourd'hui

Au fil des années, les façades des immeubles avaient vieilli, noirci à telle enseigne qu’un téléfilm sur le voyage de Sartre et Simone de Beauvoir à Moscou fut tourné dans les deux rues Matrat et Voisembert. Une banderole ornée du portrait de Lénine avec marteau et faucille barrait la rue. Les immeubles noircis fournissaient un décor crédible mais depuis, un ravalement a permis de retrouver la pureté originelle des façades.
La plupart des commerces ont disparu et les boutiques des deux rues remplacées par des appartements lors du ravalement il y a quelques années. Il reste toutefois plusieurs cabinets de professions libérales.

Entrée 6 rue Voisembert, de style Art Déco. Deux plaques évoquent la mémoire de deux anciens résidents :
Andrée Girolami-Boulinier (à gauche), pionnière de l'orthophonie ; Honoré d'Estienne-d'Orves (à droite), officier de la France Libre, fusillé au Mont-Valérien en 1941, Compagnon de la Libération.
Je remercie très chaleureusement les sympathiques habitants de cette résidence qui ont accepté de témoigner avec enthousiasme et passion pour leur résidence. Ils m’ont permis de découvrir avec beaucoup d’intérêt cet ensemble résidentiel si particulier. Leurs témoignages ont été regroupés pour une présentation plus synthétique mais ils devraient y retrouver leur apport essentiel auquel je rends hommage. P. Maestracci  (Texte et photos).



20 février 2017

Michel Farman évoque Henri, son grand-oncle


Un des descendants de la famille Farman, Michel Farman (à droite), petit-fils de Maurice Farman et petit neveu d’Henry, l'aviateur qui réussit le 13 janvier 1908, à Issy, le premier kilomètre en circuit fermé, a assisté à la belle journée consacrée aux débuts de l’aviation à Issy, organisée au musée durant les journées du patrimoine 2016. Jeune nonagénaire, Michel Farman a toujours bon pied bon œil et il nous a paru intéressant de l’interviewer tant sont rares les personnes qui ont croisé les premiers aviateurs du début XXe siècle. 

Historim : Michel Farman, pouvez-vous vous situer par rapport à Maurice et Henry Farman ?
MF : C’est bien simple : Je suis né le 19 janvier 1926. Andrée, ma mère, née en 1905, était la fille de Maurice, lequel était donc mon grand-père ; et Henry - le pilote-constructeur bien connu à Issy – était mon grand-oncle. 

Il y avait trois frères (ci-contre), nés en France mais également de nationalité anglaise du fait de leur père (Henry optera ensuite pour la nationalité française et fera franciser son prénom en Henri, en 1937). Il y avait l’aîné Dick, né en 1872, Henry en 1874 et Maurice en 1877. Dick devint ingénieur, alors que Henry et Maurice s’orientèrent d’abord vers le sport où ils eurent rapidement du succès dans les courses cyclistes (ci-dessous). Petite anecdote : je me souviens avoir fait du tandem, en 1938 à l’âge de 12 ans, avec mon grand-père. A l’époque, il y avait peu de grands-pères de 60 ans emmenant leur petit-fils en tandem !


Maurice et Henry ont ensuite été attirés par l’automobile naissante, et leur nom est apparu pour la première fois dans les résultats de la première course automobile de ville à ville, Paris-Bordeaux en 1899, où Maurice (22 ans) se classa 9e. Henry eut un accident en 1905 au cours de la Coupe Gordon Bennet où sa voiture finit dans un ravin, lui et son mécanicien se retrouvant accrochés à un arbre ! Et enfin, en 1907, ils sont passés à l’avion.

H : Vous avez donc connu les trois frères ?
MF : J’ai bien connu Maurice, mon grand-père, un peu Henry, à la fin de sa vie, et pas du tout Dick, aperçu une ou deux fois lorsque j’avais 10 ans. Évidemment, dans les années 1920-1930, ce n’était plus Henry « l’aviateur » d’avant-guerre. Il était toujours intéressé par la mécanique et le sport et travaillait dans les deux sociétés Farman (aviation et automobile). Celles-ci ayant disparu, il a ensuite produit, de 1937 à 1939, des skis nautiques qui, d’après les spécialistes, étaient très compétitifs ! Je l’ai croisé à Chamonix dans la maison de mon grand-père. C’était plutôt Henry l’artisan et l’artiste. Il disait souvent : "Mon ambition, étant jeune, était d’être un grand artiste". 

H : Mais il lui fallut choisir entre l’art et la mécanique…
MF : Henry s’inscrivit d’abord aux Beaux-Arts, pratiquant la peinture à l’eau et à l’huile (à gauche). Il fut remarqué par un des maîtres, Gustave Courtois, qui le prit dans son atelier et où il peignit quelques tableaux remarquables. Cependant, cinq ans après, Courtois expliqua à Henry qu’il pouvait devenir un grand artiste, mais à condition d’oublier l’autre partie de sa vie, les compétitions cyclistes puis automobiles. "Vous devez choisir entre l’art et la mécanique" lui dit Courtois. Henry essaya bien de faire encore les deux, mais la peinture fut son passe-temps et la mécanique son avenir.

H : Vous viviez dans une famille d’aviateurs. Racontez-nous.
MF : C’est exact. Maurice prit l’air le premier, en ballon libre, en 1894 (à 17 ans) et Henry le suivit. Outre mon grand-père et mon grand-oncle, ma mère aussi a été pilote, brevetée à 14 ans par dérogation, jusqu’à un accident, en 1936, dont elle a réchappé heureusement (ma mère est décédée en 1975). Pour cette raison, j’ai souvent volé dans mon enfance. On prenait l’avion – un Farman de tourisme bien sûr - comme on prenait la voiture. On passait prendre l’avion à Buc pour aller déjeuner en Normandie ou sur la Loire. Mon grand-père a volé jusqu’à sa mort, en 1964 à plus de 80 ans (6 ans après Henry, décédé en 1958 et enterré au cimetière de Passy).

Michel Farman (au centre).
Par ailleurs, dans ma jeunesse, j’ai été « cadet de l’air », où on nous faisait jouer les gardes d’honneur à l’Aéroclub de France lors de manifestations officielles (photo ci-dessous avec l'aviatrice néo-zélandaise  Jean Batten en 1936). J’ai aussi côtoyé les pilotes d’essai et de raid de la maison Farman, les Lucien Coupet, Marcel Cogno (décédé en 1935 lors d’un essai à très haute altitude), André Salel (décédé en 1934), qui étaient des grandes figures à l’époque



Mais je n’ai pas beaucoup piloté moi-même, bien que j’aie appris avec un pilote chevronné, Lelé.
A ce propos, une petite anecdote : mon grand-père me dit un jour qu’il aimerait que je le pilote sur le même parcours Étampes-Toussus que celui qu’il avait effectué en décembre 1909, de nuit avec un passager et qu’il m’indiquerait une route « où il n’y aurait qu’une seule ligne de grands arbres à franchir ». Car Maurice préférait toujours ne pas voler trop haut. Du reste, lors d’un meeting auquel j’assistais, enfant, dans les années 1930, j’ai entendu d’autres pilotes dire, en voyant un avion arriver : "altitude : 150 m, moteur à 1500 tours, queue basse, c’est Maurice Farman !".

H : Revenons à Henry qui achète son avion Voisin en 1907 et commence son entraînement.
MF : Pour la petite histoire, Gabriel Voisin, au moment de la vente de l’avion en juin 1907, doutait de la réussite d’Henry. En fait, celui-ci fit rapidement connaissance avec l’air, puisqu’en moins de six mois il fut capable de faire modifier la machine par Voisin et de la maîtriser.

Dans les ateliers Voisin.
Henry a lui-même déclaré qu’un jour, lassé de ses insuccès au décollage, il lâcha les commandes et alors, l’avion, de lui-même, se mit en position horizontale, libérant ainsi l’arrière et commençant tout doucement à flotter dans l’air. Une simple pression sur la gouverne de profondeur et la machine se mit à monter doucement.

H. Vous possédez un discours de 1925 où Henry raconte son vol du 13 janvier 1908, dont le contenu est à la fois émouvant et cocasse. Racontez.
MF : Il y dit la réalité des choses, les prises de risque, les multiples essais et les erreurs, souvent mortelles.  Sur le 13 janvier, il est très bref : « On se souvient du retentissement mondial de ce premier vol qui se passa cependant de la façon la plus simple qu’on puisse imaginer. J’arrivai sur le terrain le 13 janvier 1908 au lever du soleil qui était l’heure réglementaire. Je partis et je tournai autour du drapeau qui était à 800 mètres, revenant atterrir à la place réglementaire, ayant fait ma ligne droite, mes virages et mon atterrissage d’une façon impeccable et je gagnai le prix de 50.000 frs de messieurs Deutsch de la Meurthe et Archdeacon qui fut une date pour l’aviation ».

Michel Farman et les archives familiales.
H. Bizarrement, les deux frères devinrent peu à peu concurrents
MF : En effet. A partir de 1911, Henry et Maurice, chacun de leur côté, produisirent des avions avec lesquels d’autres pilotes établirent divers records. La même année, la première école de pilotage "Farman" fut créée par Henry à Toussus-le-Noble. En 1912, bien que devenus féroces concurrents, ils s’entendirent quand même pour avoir la même usine de production implantée à Boulogne Billancourt avec Toussus comme terrain d’aviation. Les règles de vol étaient certainement plus simples qu’à Issy.

Enfant, je me souviens que Dick et mon grand-père, Maurice, avaient un bureau commun à Boulogne alors qu’Henry en avait un pour lui seul. Henry continua ses recherches pour créer de nouveaux modèles et pour ce faire, il avait, au-delà de la rue de Billancourt, un petit atelier nommé « Atelier X ».

H : Pour conclure, on pourrait dire que les frères Farman avaient - aussi - la bosse du commerce ?
MF : Oui, surtout Dick et Maurice. En fait, il y eut trois phases : avant la Première guerre mondiale, Henry et Maurice se lancèrent dans le commerce automobile, très fructueux ;  puis ils créèrent l’usine d’aviation à Boulogne (nationalisée en 1936 pour créer la SNCAC, société nationale de construction aéronautique du centre) ; et, enfin, ils fondèrent - avec Dick cette fois -  la Compagnie des grands express aériens (affiche ci-dessus), première compagnie française à transporter régulièrement, par avion, des passagers (fusionnée dans Air France en 1933). Dans le même temps, en 1919, Maurice se lança, de son côté, dans la construction automobile, jusqu’en 1931.


Tous nos remerciements à Michel Farman pour ce long entretien passionnant. J.P.

14 février 2017

Issy-les-Moulineaux, Pierre Dottelonde

Quel ouvrage original ! Issy-les-Moulineaux, 160 pages, 28 €.


« Le tout numérique y côtoie le très bucolique… le vivre ensemble se marie avec l’épanouissement personnel ». Alors laissons-nous aller au fil des pages à découvrir cette cité dynamique, audacieuse et innovante. Au sommaire : « Un portail amoureux », « Issy, côté bucolique », « Impressions d’Issy », « Comme un roman »… un petit encadré sur Historim (avec le logo) et une page consacrée à la Pastorale d’Issy ! A lire avec ravissement.

Et pour ceux qui voudraient en savoir plus, l’auteur Pierre Dottelonde, spécialiste des territoires, sera à Issy pour présenter son ouvrage, publié aux éditions du Cherche Midi, et le dédicacer.

Alors notez d’ores et déjà sur votre agenda 

Mercredi 22 février au Musée français de la carte à jouerà 18h30, 
16 rue Auguste Gervais, Issy.

Mais, auparavant, tentez votre chance et répondez à la question posée sur las page Facebook de la ville 
10 livres sont à gagner. Rendez-vous  du 15 au 21 février sur :