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29 novembre 2019

L'après Grande Guerre à Issy - épisode 5 - Justin Oudin

Que doit notre commune à Justin Oudin, ce maire au caractère bien trempé ? 
Beaucoup de choses dont on garde aujourd'hui la trace. 

Dans la longue liste des réalisations du maire Justin Oudin, figurent, parmi les plus marquantes, la création du square de la future Place Paul Vaillant-Couturier, la construction de la crèche de la rue André Chénier, la construction des écoles de garçons Paul Bert et Voltaire, ainsi que du groupe scolaire du Fort.





Mais aussi la viabilisation de nombreuses rues : pavage et goudronnage des voies (ci-contre), canalisations d’eau, d’électricité et de gaz, l’aménagement de la zone du Fort, le projet de parc municipal (plus tard dénommé Henri Barbusse), aussi, le prolongement de la ligne de métro jusqu’à la Mairie d’Issy, inauguré le 24 mars 1934.


Station de pompage Billancourt.









Sans oublier la station de pompage du pont de Billancourt, des installations sanitaires dont Justin était très fier. Il est présent lors de son inauguration (à gauche sur la photo ci-contre).






La construction du théâtre (actuel PACI Charles Aznavour) est certainement son œuvre la plus connue aujourd’hui (ci-dessous). Certains paragraphes du discours qu’il prononce lors de l’inauguration le 4 décembre 1932 résument parfaitement sa pensée et ses idéaux : il voit dans l’édifice une « Maison pour tous, où tous aimeront fraternellement s’assembler certains jours pour oublier ensemble les soucis de la vie matérielle, se reposer des durs labeurs, procurer à l’âme, avec la joie des plaisirs sains, l’agrément, le réconfort moral et intellectuel et nécessaire aux masses déshéritées.
[…] Ce monument est, en quelque sorte, l’expression symbolique du progrès moral que l’on est heureux de constater chaque jour dans nos populations de banlieue. Ceci correspond aux besoins artistiques et littéraires de nos concitoyens qui se trouvent géographiquement éloignés des grands mouvements de la civilisation moderne et qui ne veulent pas, parisiens extra-muros, faire figure de parias intellectuels. »

Façade du Théâtre, l'actuel PACI-Charles Aznavour. © XDR
Mais à ce moment Justin Oudin apparaît déjà bien isolé par ses revirements politiques et ses tendances autoritaires. Aux élections municipales du 5 mai 1935, il conduit une « liste d’unité ouvrière, employés, petits commerçants et de défense des intérêts locaux », soutenue par le Parti d’Unité Prolétarienne (P.U.P.), fruit d’une fusion en 1930 entre le Parti Socialiste Communiste (P.S.C) et le Parti Ouvrier et Paysan. Vainqueur au 1er tour, il est battu au second tour par la liste de Front populaire regroupant le Parti communiste, la S.F.I.O. et des radicaux. Aux élections cantonales de juin suivant, il ne peut pas non plus conserver son fauteuil de Conseiller général de la Seine.


École Justin Oudin, au Fort. © M. Julien
Fin de carrière
Après la Deuxième Guerre mondiale, où il s’engage dans le mouvement de Résistance « Ceux de la Libération – Vengeance », il prend part aux élections municipales d’octobre 1947, à la tête d’une liste « Groupe de Défense des Intérêts Communaux » (dont le tract comporte une citation du Général de Gaulle). Mais il est une nouvelle fois battu par une liste d’ « Union Démocratique et Résistante » à prépondérance communiste.
Il meurt le 8 octobre 1950 et est enterré au cimetière d’Issy-les-Moulineaux, dans une tombe située en bordure de l’allée centrale. Le 26 mai 1954, le Conseil municipal élu l’année précédente décide - à l’instigation de son maire Bonaventure Leca, ancien secrétaire du P.U.P. - d’attribuer son nom au groupe scolaire du Fort (ci-dessous). Florian Goutagneux.


Ainsi se termine cette longue série d'articles consacrée, depuis 2014, à la Grande Guerre à Issy-les-Moulineaux ; à retrouver sur notre site.

24 novembre 2019

L'après Grande Guerre à Issy - épisode 4 - De nouveaux hommes politiques

Avec la paix, on assiste, comme on l'a vu, à une modification de l'urbanisme, un nouvel élan industriel, la transformation de l'aviation, l'apparition des Monuments aux morts. Et vient aussi le renouvellement du personnel politique à Issy.

Le 16 novembre 1919, les élections législatives amènent une coalition conservatrice, le Bloc national, à la Chambre des Députés - qui y gagne le nom de « bleu horizon », de la couleur de l'uniforme militaire.
Or la même année 1919 marque une coupure dans l’histoire des banlieues qui voit, à l’occasion des élections municipales, des partis de gauche accéder aux responsabilités politiques dans plusieurs communes de la banlieue parisienne, plus spécialement celles qui sont les plus imprégnées de traditions industrielles et ouvrières. Ce changement de personnel politique, au détriment des personnalités d’avant-guerre pour la plupart membres de professions libérales, accompagne la montée en puissance de nouvelles couches sociales.

L'élection de Justin Oudin comme maire
A Issy-les-Moulineaux, le maire qui est élu, dans des conditions en tous points comparables au schéma ci-dessus, est Justin Oudin, qui occupera ce poste pendant dix-huit années. Il succède à Léon-Victor Clément, resté en fonctions pendant toute la durée de la guerre, de 1911 à 1919, sans laisser d’autres souvenirs marquants.

Justin Oudin (1881-1950).
Justin Oudin (ci-contre) est né le 28 juin 1881 à Damparis dans le Jura et devient très jeune orphelin de père. Il rejoint alors Paris où, en 1903, il entre aux magasins du Louvre comme employé d’abord, puis chef de rayon. Il habite déjà à Issy-les-Moulineaux (rue Émile Zola) où il se marie.
A l’occasion de l’Affaire Dreyfus qui s’achève, il entre en politique et adhère à la S.F.I.O. (Section Française de l’Internationale Ouvrière) en 1905. Il est également militant syndical et, à la fin de la Première Guerre mondiale, reconstitue un syndicat des employés aux magasins du Louvre. Il y organise même une grève importante, qui lui vaut d’être licencié.

Peu après, en décembre 1919, il remporte les élections municipales d’Issy-les-Moulineaux, à la tête d’une liste émanant de la S.F.I.O, « Concentration des comités républicains, radicaux et socialistes indépendants ». L’année suivante il rejoint la S.F.I.C. (Section Française de l’Internationale Communiste) qui vient d’être créée au Congrès de Tours - et prendra le nom de Parti Communiste Français le 1er janvier 1922. Toutefois, comme il ne craint pas de s’opposer à la ligne du Parti, il en est exclu dès janvier 1923. Il adhère alors à une nouvelle formation, l’Union Socialiste Communiste, devenu le Parti Socialiste Communiste la même année 1923, qui prône l’unité des différents groupes et partis de Gauche. 

Un parcours politique fluctuant
Ce parcours fluctuant n’est pas sans provoquer de vives tensions au sein de la municipalité, dont profite l’opposition pour engager une violente campagne contre la majorité. La situation se dégrade tellement que le Conseil de Préfecture doit révoquer Justin Oudin et dissoudre le Conseil municipal le 26 février 1923. De nouvelles élections sont organisées les 22 et 29 avril ; Justin Oudin les remporte très facilement, à la tête d’une liste « communiste unitaire » qui ne compte presque plus aucun de ses anciens colistiers. Il n’est pourtant pas tout de suite nommé à nouveau maire : il est pour l’heure, tant que le conflit n’est pas réglé avec la Préfecture, remplacé par son adjoint Eugène Demarne. Celui-ci dans l’allocution qu’il prononce à l’ouverture de la séance du Conseil municipal du 4 mai 1923 lui exprime le soutien de toute l’assemblée : « Je déplore que les mesures prises contre notre Camarade Oudin le soient au détriment de notre Commune et à l’encontre du suffrage universel. Nous le considérons toujours notre maire moralement, certains aussi que de son côté il continuera avec nous l’exécution des grands projets qu’il avait préparés. […] Malgré toutes les difficultés qui nous seront créées par nos adversaires sournois agissant dans l’ombre, nous voulons […] par un travail méthodique transformer notre ville qui a tant souffert de l’incapacité bourgeoise »

Justin Oudin à son bureau. 
Justin Oudin (ci-dessus) ne retrouve son fauteuil de maire que le 16 octobre 1923. Il l’occupera jusqu’en 1935, réélu à la tête de listes d’ « union socialiste et communiste » aux élections municipales de mai 1925 et mai 1929. On peut lire, derrière son bureau de l’Hôtel de Ville, un panneau indiquant :  « Soyez bref ! Vos minutes sont aussi précieuses que les nôtres » !
Se présentant aux élections cantonales de juin 1925 et juin 1929, il est élu dès le premier tour Conseiller général de la Seine (2e – puis 3e - circonscription du canton de Vanves).

Politiquement parlant, ce n’est pas un homme d’appareil et, à l’évidence, sa pensée ne se soucie pas d’orthodoxie ; elle peut même évoluer jusqu’à, aux dires de certains, le faire « tomber à droite » au cours des années 1930. C’est plutôt une forte personnalité animée par le besoin d’agir et un certain goût de l’autorité, qui ira grandissant. Dans l’exercice de ses fonctions, il se considère moins comme le président du Conseil municipal que comme le chef de la commune, responsable de son avenir. Il entend d’ailleurs y laisser une trace de son passage !

En janvier 1931, il est nommé (sous le « parrainage » du Docteur Tariel) Chevalier de la Légion d’honneur en récompense de son action en tant que « Magistrat municipal de haute valeur et très dévoué aux œuvres sociales. […] qui s’est efforcé d’apporter des innovations heureuses et de nombreuses améliorations au point de vue de la Voirie, de l’Hygiène, des Transports et de l’Éducation ». A la même époque, il est également Président de l’Union amicale des Maires du Département de la Seine.
Lui-même, dans le compte-rendu de mandat du Conseil municipal qu’il publie en 1935, détaille sa ligne de conduite : « Représentants des travailleurs, nous n’avons cessé d’apporter notre sollicitude aux œuvres d’éducation populaire, de travailler à l’amélioration des conditions d’existence des familles ouvrières, d’aider les déshérités de la vie, sans distinction d’opinion politique ou de classe sociale, […] luttant toujours pour le progrès et la justice ». Florian Goutagneux.

A suivre - Épisode 5, le 29 novembre, 18 h.

22 novembre 2019

Le temps du souvenir - conférence du 21 novembre 2019

Nous étions une bonne cinquantaine à la Résidence du Parc, toujours aussi accueillante. Un grand merci à Florian, notre conférencier, Jean-Michel notre lecteur, et Michel notre placier !

La première chose que nous explique Florian, c'est de différencier les Monuments au mort nominatif, comme la stèle en hommage au Polonais Jerzy Popiełuszko ;  les Monuments aux morts de groupe comme celui des Gardes nationaux de la Commune, érigé en 1872, dans le cimetière d'Issy ; et les Monuments aux morts aux Héros et (ou) Victimes de guerre.

Concernant la Première Guerre mondiale, Issy-les-Moulineaux compte cinq Monuments et stèles différents.

- Au cimetière, voici le Monument aux morts 1914-18 (ci-dessous)… Une femme agenouillée au pied d'un homme mort, son mari peut-être. Le Monument inauguré le 2 novembre 1924, ne porte pas de croix… depuis la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État. Les Monuments sont souvent entourés d'un espace libre permettant aux gens de venir s'y recueillir, comme ici les enfants d'une école isséenne.

Gros plan. © A. Bétry

Monument aux morts de 1914-18,
dans le cimetière d'Issy. © A. Bétry. 














- Le Mémorial Sainte-Lucie (ci-dessous). Première chose qui frappe : la croix, bien visible, puisqu'il s'agit d'un Monument paroissial. On distingue deux enfants, un jeune garçon et une petite fille.


Mémorial Sainte-Lucie. © A. Bétry

- Le Monument aux Séminaristes  (ci-dessous) se dresse dans le parc Saint Jean-Paul II qui, à l'origine, se rattachait au parc du Grand Séminaire. La colonne centrale est surmontée d'une croix ; on distingue le Christ et les deux larrons, puis en bas la Vierge, saint Jean et une femme. La liste des morts est bien visible, ainsi que des inscriptions latines.

Monuments aux Séminaristes, parc Saint-Jean-Paul II. © P. Maestracci

- Le vitrail de l'église Saint-Étienne (ci-dessous) est unique en son genre. Vous pouvez l'admirer dans l'église sur votre gauche. A l'arrière plan, on distingue la cathédrale de Reims totalement détruite, sur laquelle le reporter Albert Londres a laissé un témoignage extraordinaire, publié dans Le Matin, le 29 septembre 1914 : "Elle est debout, mais pantelante… Les chimères, les arcs-boutants, les gargouilles, les colonnades, tout est l'un sur l'autre, mêlé, haché, désespérant."

Vitrail, église Saint-Étienne. © A. Bétry

- Enfin, dernier hommage aux victimes de la Grande Guerre à Issy, la stèle érigée en 2008, donc récemment, place du 11 novembre : "Honneur aux poilus 1914-1918" (ci-dessous). Elle est très simple et présente un traitement végétal, généralisé à partir des années 1960, symbole de la renaissance.

Honneur aux poilus, place du 11 novembre.
© A. Bétry

Florian a évoqué beaucoup d'autres Monuments aux morts, présents dans notre commune : celui du Square de la Mairie, celui aux Arméniens, rue de la Défense, aux héros de la Libération, place de la Résistance. Mais ceux de la Première Guerre mondiale, que vous pouvez découvrir en images ici-même, clôturent notre cycle de conférences qui, depuis cinq ans, nous a permis de revivre la Grande Guerre à Issy. 

N'oubliez pas les deux derniers articles de Florian. 
Épisode 4, à suivre le 24 novembre, 18 h.





17 novembre 2019

L'après Grande Guerre à Issy - conférence

La paix revenue, après cette guerre terriblement meurtrière, les communes françaises pleurent leurs défunts et construisent des monuments aux morts pour les célébrer. Le temps du souvenir est venu !




Florian Goutagneux, à qui l'on doit la série d'articles de ce mois de novembre 2019, nous fera découvrir, entre autres, ceux d’Issy-les-Moulineaux.


A suivre - Épisode 4, le 22 novembre, 18 h

14 novembre 2019

L'après Grande Guerre à Issy - épisode 3 - l'aviation

Et l'industrie aéronautique ? Quel impact a eu la guerre ? 
Le berceau de l'aviation résistera-t-il à la paix ?

Lorsqu’elle éclate, la guerre de 1914-1918 donne un véritable coup de fouet à l’industrie aéronautique, tout juste sortie de sa phase expérimentale. Pour faire face aux besoins des armées française et alliées - qui ne s’intéressent vraiment à l’aviation que depuis peu de temps -, les avionneurs doivent passer à la fabrication industrielle et adopter un rythme de production effréné : en 1918, ce sont 4000 appareils qui sortent de leurs ateliers et envahissent le Champ de Manœuvres, assez vite abandonné par l’Armée (ci-dessous).

Les hangars à dirigeables du Champ de Manœuvres.

Un terrain trop petit
Mais, simultanément, le Champ de Manœuvres perd le rôle privilégié qu’il a jusqu’alors partagé avec quelques autres terrains (Buc, Reims …). Le nombre grandissant des appareils, les progrès phénoménaux des performances (vitesses, poids, etc.) génèrent en effet un accroissement des besoins en espace et en infrastructure. Or le terrain d’Issy – qui n’est originellement qu’un champ de manœuvres militaires, et non un aéroport - ne peut satisfaire à ces nouvelles exigences, d’autant que sa situation géographique, en milieu urbain, et les conditions météorologiques – brumes fréquentes dans la plaine en bordure de Seine – gênent indubitablement les vols. Il connaît donc un déclin rapide au profit d’autres sites de la région parisienne, comme Villacoublay et Le Bourget. Dès 1919, il ne figure plus sur la liste des aérodromes autorisés.
De plus, comme pour toute l’industrie militaire, la fin des hostilités entraîne évidemment une chute vertigineuse des commandes de l’État et par voie de conséquence un net ralentissement des activités aéronautiques. La grande aventure est bien terminée !

Prouesses de pilotes
Certes tout ne disparaît pas et, sur le terrain devenu base d’essai et de livraison pour les avionneurs voisins, une certaine animation continue à régner autour des nécessaires entretien et révision des appareils, ainsi que des entraînements sur les prototypes. Les pilotes sont encore nombreux à fréquenter le lieu de leurs premières prouesses.

La baronne de La Roche.
Quelques records sont même battus par les plus intrépides, records d’altitude principalement : 9520 m. sur un biplan Nieuport le 14 juin 1919. Au début du même mois de juin, Élise Deroche, plus connue sous le nom de baronne Raymonde de Laroche (ci-contre), s’approprie à son tour le record féminin avec des hauteurs successives de 3900 m, puis 4800 m. (elle mourra un mois plus tard au cours d’un vol en baie de Somme).
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Le 13 janvier 1919 est par ailleurs resté célèbre pour une performance originale : c’est en partant d’Issy que Jules Védrines – qui s’est entraîné pendant quelques jours à atterrir dans un carré d’une vingtaine de mètres – se pose sur la terrasse des Galeries Lafayette.
Enfin, autre fait marquant et caractéristique, c’est à Issy que sont entreposés les principaux éléments des « Collections de l’Aéronautique » montrés lors de l’Exposition internationale de Locomotion aérienne (19 décembre 1919 – 4 janvier 1920), en attendant leur installation définitive dans le premier Musée de l’Air à Chalais-Meudon. 

Les grands avionneurs
Ils ne peuvent que suivre ces mutations. Ils vont s’y adapter en empruntant chacun sa propre voie.

La « Société des Aéroplanes Voisin » avait fabriqué l’appareil qui avait été remporté la première victoire aérienne de la guerre, exploit dont le retentissement avait assis la réputation de la firme. Pourtant à la fin des hostilités, Gabriel Voisin se résout assez facilement à abandonner l’aéronautique – qui, à ses yeux, a causé la mort de beaucoup trop d’hommes. Après un essai de reconversion dans la réalisation de maisons préfabriquées, il achète un prototype de voiture et se réoriente vers la construction automobile. C’est le début d’une des plus brillantes marques françaises dont le palmarès n’a rien à envier à celui obtenu dans l’aviation.

Les Établissements Nieuport, qui s’étaient installés à Issy-les-Moulineaux juste avant la guerre et avaient conçu un petit avion, le Bébé Nieuport, au succès considérable pendant toute la durée du conflit, parviennent quant à eux à se maintenir dans la construction aéronautique militaire : c’est en effet un de leurs appareils (le type 29 C 1) qui a été adopté par le gouvernement français et quelques gouvernements étrangers pour leurs régiments de chasse. 

Entrée des Établissements Nieuport, boulevard Galliéni, 1984.
Ils n’en réduisent pas moins considérablement leur activité, même si en 1919, ils agrandissent leur usine en acquérant un terrain de l’autre côté de la rue Camille Desmoulins. L’année suivante, en 1920, ils fusionneront avec le constructeur de dirigeables Astra pour former la Société Anonyme Nieuport-Astra Sur la photo ci-dessus, prise en 1984, de l'entrée des Établissements Nieuport, boulevard Gallieni, on remarque le « N » (de Nieuport) au centre de la grille de fenêtre à droite.

En 1915, les frères Caudron, répondant à la demande des autorités militaires, avaient construit une nouvelle et vaste usine à Issy-les-Moulineaux (9000 m2, 1300 ouvriers). La guerre terminée, et après une éphémère tentative de reconversion dans la production de véhicules utilitaires (tombereaux), elle prend la décision, audacieuse à l’époque, de se consacrer à l’aviation civile, plus particulièrement dans les secteurs du transport et de l’entrainement. Elle fait moderniser et agrandir ses ateliers et ses bureaux de la rue Guynemer (ci-dessous). Puis, en 1920, elle fusionne avec les Usines Renault (qui fabriquent des moteurs d’avion depuis 1907) et se tourne aussi vers la production des avions de course qui, par leurs performances, ne vont pas tarder à lui valoir un immense renom. Florian Goutagneux.


A suivre -  le 17 novembre, 18 h.

Les usines des frères Caudron.


8 novembre 2019

L'après Grande Guerre à Issy - épisode 2 - Un nouvel élan industriel

Transformations urbaines, comme on l'a vu, mais aussi accroissement et diversité du potentiel industriel touchent Issy-les-Moulineaux au lendemain de la guerre.


La blanchisserie de Grenelle.

La fin du paysage rural
Après la guerre, les mutations amorcées à Issy-les-Moulineaux depuis près d’un siècle se poursuivent sur un rythme plus soutenu et entament de plus en plus fortement le paysage rural : les derniers espaces agricoles cèdent progressivement devant les lotissements, l’extension du réseau routier et l’industrialisation galopante. Depuis des décennies déjà, les vignerons ont quasi disparu des coteaux. Les maraîchers, eux, continuent à cultiver la plaine, même si elle est fréquemment dévastée par des inondations. Chassés par les militaires du champ de manœuvres, ils se sont déplacés vers l’ouest, du côté du hameau des Moulineaux (où survivra jusqu’au mitan du siècle une étable, évocation tardive de l’ancienne Ferme des Chartreux).

L'industrialisation se généralise
Froide réalité ! La guerre a assuré un accroissement durable du potentiel industriel de la commune - plus encore peut-être que dans le reste de l’agglomération parisienne. Grands fournisseurs de l’Armée en effet, les secteurs de la fabrication de matériel militaire (munitions comprises) et de la construction aéronautique, voire de la métallurgie lourde sont largement représentés dans la plaine isséenne. Or ils ont connu entre 1914 et 1918 un vigoureux développement et leur vitalité a elle-même entraîné dans son sillage la création de quantités de sous-traitants.

Vue de l'usine S.E.V. à Issy.
Pour ces sociétés, les années suivantes 1918- 20 sont d’abord celles des tentatives de reconversion, plus ou moins pertinentes et réussies, celles aussi du regroupement et de la concentration des activités. La crise n’est pas loin … ; mais elle ne sera que passagère. Les entreprises continuent à se développer : elles s’agrandissent, acquièrent une ou plusieurs parcelles voisines et se dotent de bâtiments d’ateliers et de bureaux modernes. C’est le cas de la Compagnie des Lampes (à l’angle des rues Rouget de l’Isle et Camille Desmoulins), et de sa voisine, les Fabriques de Produits de Chimie organique de Laire, ainsi que de la Blanchisserie de Grenelle (photo en haut), cédée à la firme Fontex et transformée en société anonyme dès 1917, ou encore de la « S. A. pour l’équipement électrique des véhicules » (plus tard S.E.V. Marchal, ci-dessus), qui transfère son siège social rue Guynemer à Issy, où elle s’est implantée en 1913 et où elle ajoute un troisième bâtiment, haut de plusieurs étages, aux deux qui existent déjà. 

Plan du projet de la Brasserie des Moulineaux, 17 juillet1 1919.
Quant à la Brasserie des Moulineaux, la production en croissance constante amène la société à faire dresser en 1919 un projet (plan ci-contre) pour une nouvelle unité de fabrication complète sur un vaste terrain encore inoccupé ; mais le projet n’aboutira pas.  
Seule dans cet ensemble, la Manufacture de Tabacs fait exception. La production, en hausse constante depuis l’ouverture de l’établissement, continue à augmenter dans de fortes proportions entre 1914 et 1917. Mais curieusement après la guerre, le mouvement s’inverse et, entre 1921 et 1929, la production annuelle diminue considérablement (de moitié ?) ! (ci-dessous).

Façade principale de la Manufacture de Tabacs.
Gros plan sur la Société Française de Munitions (ex-Gévelot)
D’autres exemples, extraits de diverses branches, pourraient être cités. Mais une usine mérite évidemment d’être plus spécialement et longuement mentionnée : la Société Française de Munitions (ex-Gévelot). Elle atteint son apogée à la fin de la guerre et saura s’y maintenir jusque vers 1955. A l’approche des hostilités, les états-majors des différents pays s’étaient en effet porté acquéreurs de quantités de munitions toujours plus importantes. L’activité s’était parallèlement intensifiée : le chargement journalier des cartouches pour pistolets automatiques était ainsi passé de 60 000 unités en avril 1916 à 175 000 en septembre 1917. 


Atelier de chasse de l'usine Gévelot.

L’usine s’agrandit en conséquence et, continuant sur sa lancée, prend peu à peu sa physionomie définitive. Elle se modernise aussi : une partie de l’électricité lui est désormais fournie par la Compagnie de l’Ouest-Lumière via des « canalisations aériennes ». En 1919, les modifications qui s’imposaient, sont mises en œuvre, et en particulier un réaménagement et une réinstallation des poudrières, avec une diminution du stock de poudre noire particulièrement dangereuse pour les alentours. L’établissement ne quittera définitivement Issy-les-Moulineaux qu’en 1992 (ci-dessus).
Florian Goutagneux.

A suivre - Épisode 3, le 14 novembre, 18 h.


3 novembre 2019

L'après Grande Guerre à Issy - épisode 1 - Les grands changements urbains

Pour clôturer la série Grande Guerre débutée en novembre 2014, Historim s'intéresse en ce mois de novembre 2019 à l'après-guerre à Issy-les-Moulineaux : des articles sur le site, une conférence le 21 novembre… tout cela grâce à notre Historimien Florian Goutagneux.


Le 11 novembre 1918, les armes se sont tues après quatre ans de guerre. Le 28 juin 1919, la paix est signée dans la Galerie des Glaces du château de Versailles. http://www.historim.fr/2018/11/11-novembre-1918-enfin-la-victoire.html. La Première Guerre mondiale s’achève sur le plan national sur un incontestable appauvrissement pour le pays et la société. De tous les grands belligérants, la France est celui qui a proportionnellement subi les dommages les plus lourds. L’ampleur des destructions et l’hécatombe des combats l’ont atteinte dans sa vitalité, dans son dynamisme même et, dans les années qui suivent, elle va peiner à retrouver sa prospérité d'antan.

Issy, ville de "l'arrière"
Force est de constater que la situation est différente à Issy-les-Moulineaux, ville de « l’arrière » relativement peu touchée par les bombardements par exemple. Très tôt, le conflit y apparaît comme un « accident » qui n’enraye que peu une évolution bien engagée depuis le siècle précédent. Il aurait même conforté le développement de la commune sous de multiples aspects – et tout particulièrement sous celui de sa prospérité industrielle (ci-dessous). 

La Seine et l'usine électrique de l'Ouest (à gauche).
C’est en effet sur le plan démographique que les pertes se feront le plus longuement et le plus profondément ressentir. Comme en témoignent les monuments aux morts érigés dans les années suivantes, un millier d’Isséens a été tué sur le Front, auquel il faut ajouter les pertes causées par l’épidémie de grippe espagnole à la fin du conflit. Aussi la croissance démographique ne reprend-elle que doucement : en 1911, la ville comptait 6 534 familles et 23 175 habitants; dix ans plus tard, le recensement dénombre 8 760 familles et 26 102 habitants. L’augmentation de la population est donc encore relativement modeste (12 % en 10 ans). Et encore s’explique-t-elle moins par un excédent démographique naturel que par un solde migratoire positif !

L'arrivée des Arméniens
Car dans ces années, comme par le passé, de nouveaux habitants (des provinciaux attirés par l'industrialisation de la capitale) viennent en nombre s’installer sur le territoire communal, où ils feront souche ; c’est d’ailleurs de cette époque que remonte la plupart des « vieilles familles » isséeennes. Mais dans ces mouvements de population qui prennent à l’occasion des allures de raz-de-marée humain, l’immigration étrangère joue désormais un grand rôle. 

L'île Sait-Germain en 1936.
Une forte communauté arménienne notamment se fixe dans la ville - qui y gagne ainsi une de ses particularités les plus remarquables. Rescapés du génocide de 1915, les Arméniens, arrivant à Marseille, remontent en effet le Rhône et gagnent Paris afin de trouver un emploi ; puis ils refluent vers la banlieue à la recherche d’un logement. A Issy-les-Moulineaux, ils trouvent abri - dans des conditions précaires et aux côtés d’autres populations d’origine méditerranéenne (Italiens et Espagnols) - dans la partie ouest de l’Ile Saint-Germain, où ils se construisent des maisons toutes de bric et de broc (ci-dessus).

Une urbanisation accélérée
Ailleurs, dans les autres quartiers, la solution traditionnellement adoptée pour le logement (des immeubles locatifs construits par des particuliers) ne peut plus répondre à l’afflux d’une population aux revenus souvent modestes. On a donc recours au système des « Habitations à Bon Marché », ou « H. B. M. », dans lequel les pouvoirs publics, et tout particulièrement la municipalité, interviennent au tout premier plan (rues Adolphe Chérioux et Capitaine Ferber par exemple). La volonté et le souci de construire le plus vite possible et au meilleur prix donnent naissance à une architecture aux partis nouveaux : effacement des balcons et des ornements en général, apparition de plus en plus fréquente de fenêtres de cuisine et de salles d’eau en façade sur la rue par exemple. Dans ces constructions, la brique est quasi omniprésente. Seule sa couleur, plus ou moins originale, plus ou moins vive, signale le niveau de standing voulu par le promoteur, tandis que la « brique terne », la plus courante, est typique des logements modestes, majoritaires dans une cité principalement ouvrière.   

Éclairage public. 
L’urbanisation en cours s’accélère plus particulièrement aux environs du Fort où les terrains sont restés pour ainsi dire « gelés » jusqu’à la levée des servitudes militaires par les lois des 19 avril 1919 et 14 août 1926 (interdiction de construire dans une largeur de 200 m. autour des fortifications : la fameuse zone dite « non aedificandi »). Les premiers habitants s’y sont d’abord installés de façon plutôt anarchique ; mais la municipalité de Justin Oudin décide de saisir l’opportunité qui s’offre pour prendre en mains de façon plus globale les destinées urbaines d’Issy-les-Moulineaux. 
Ainsi, alors qu’une série de voies sont tracées autour du Fort (les rues Verdi, Émile Duployé, Benoît Malon, Rabelais, Tolstoï …), la démarche municipale s’oriente vers une prise en compte urbanistique complète, dans tous ses aspects : viabilité (égout, eau, gaz), équipements socio-éducatifs et sportifs, éclairage public (ci-dessus) – qui est encore un symbole de la modernité.  Le paysage urbain se transforme radicalement.

"L'annexion de la zone militaire"
La loi du 19 avril 1919 n’a toutefois pas que des effets bénéfiques sur l’évolution d’Issy-les-Moulineaux. Elle porte en effet, comme son titre l’indique, sur le « déclassement de l’enceinte fortifiée de Paris et l’annexion de la zone militaire » ! Elle fournit ainsi aux autorités parisiennes un prétexte pour s’emparer à bon compte du Champ de Manœuvres (ci-dessous) et de la zone non aedificandi autour de l’enceinte de Paris, soit 90 ha au total.  Issy-les-Moulineaux voit donc sa superficie se réduire de façon définitive à 425 ha !  Florian Goutagneux
                      A suivre - Épisode 2 le 8 novembre, 18 h.

Le Champ de Manœuvres, témoin de grands exploits,
comme le premier kilomètre en circuit fermé de Henri Farman,
le 13 janvier 1908. © Musée français de la carte à jouer.

22 novembre 2018

1921 - la victoire de la vache qui rit !

1921, création, comme on l'a vu, de « l’Union des blessés de la face et de la tête, surnommés les Gueules cassées », mais 1921 c'est aussi la date de dépôt de la marque de fromage "la Vache qui rit", dont l'histoire est liée à celle de la Grande Guerre.


L'histoire de la « vache qui rit » est née pendant la Première Guerre mondiale grâce à deux hommes, mobilisés sur le front. Tout commence par la famille Bel, dont un ancêtre s'installe dans le Jura en 1865 pour y fabriquer du Comté. Son fils Léon est mobilisé en 1914 pour partir au front. Pour dynamiser son entreprise, il pense qu'il faut faire un fromage plus léger que le Comté afin d'élargir le nombre de consommateurs. Il a l'idée de retenir une mascotte sur les boites que lui propose un autre jurassien, engagé avec lui, Benjamin Rabier. Celui-ci avait gagné un concours que l'armée avait organisé afin de trouver un emblème à chaque unité pour en décorer les camions et wagons.



Benjamin Rabier propose le dessin d'une vache hilarante et de couleur rouge (ci-dessus). Elle est baptisée « la wachkyrie », mot qui est un véritable pied de nez aux walkyries allemandes qui se trouvent être des vierges guerrières retenues par Richard Wagner en 1870 et qui sont reprises sur les moyens de transports allemands. Autrement dit le « détournement » opéré par le duo Léon Bel et Benjamin Rabier transforme une image de guerrière en vache paisible et rieuse.


La marque est déposée en 1921 après que l'épouse de Léon Bel eût accroché des boucles d'oreille à la vache (ci-dessus). La fabrication de ces boites de portions individuelles, qui se conservent facilement, se poursuit et a dépassé depuis longtemps le département du Jura puisque la vache qui rit est vendue dans plus de 120 pays dans le Monde.
Paul Drezet


Pour en savoir plus sur la vache qui rit :
http://www.1914-1918.be/vache_qui_rit.php




Et sur Benjamin Rabier, l'auteur de plusieurs ouvrages illustrés, tels les Fables de La Fontaine ou le Roman du Renard, réédités chez Tallandier.














17 novembre 2018

1917 - Le statut de pupille de la Nation

© XDR
Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, que les victimes se comptent par milliers, la loi du 27 juillet 1917 institue le statut de pupille de la Nation (ci-contre). "La France adopte les orphelins dont le père, la mère ou le soutien de famille a péri, au cours de la guerre de 1914, victime militaire ou civile de l'ennemi".
600 000 veuves et 986 000 orphelins… Et la guerre n'était pas encore terminée !

© XDR


Ce statut sera réétudié plusieurs fois par la suite, s'étendant malheureusement à de nouveaux et nombreux conflits. La loi s'est modifiée. A partir de 1991, l'ONACVG (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, créé en 1916) est chargé d'accueillir également les victimes d'actes de terrorisme, considérés comme des victimes de guerre. La Nation assure la charge partielle ou totale  de leurs frais de vie courante et d'éducation et leur offre un suivi personnalisé.




Le 11 novembre 2017, le président Emmanuel Macron reçut au palais de l'Élysée, après une cérémonie à l'Arc de Triomphe, les pupilles et leurs accompagnateurs. Après un discours dans lequel le président cita Georges Clemenceau : "Ces orphelins ont des droits sur nous !", il leur remit la médaille commémorative du centenaire du pupille de la Nation (ci-dessous).          PCB.

Médaille du centenaire du pupille de la Nation. © XDR

13 novembre 2018

1914-18 - Issy-les-Moulineaux : le sort des blessés

Quatre autres hôpitaux temporaires, (en plus de Saint-Nicolas), ont fonctionné pendant la guerre, à Issy-les-Moulineaux, certains bien au-delà du 11 novembre !

L’Hôpital des Petits Ménages (aujourd’hui Corentin Celton), dénommé HCVR 62 (hôpital complémentaire de Versailles). En septembre 1914, la maison de retraite des Petits Ménages est évacuée presque totalement : des trains spéciaux vont conduire plusieurs centaines de pensionnaires vers des établissements de province, plus particulièrement en Bretagne, dans les hospices de Rennes, Châteaudin et Lesneven.

Entrée des Petits-Ménages, sur la gauche. Carte postale.
L’hôpital militaire ouvrira le 6 octobre 1914, dirigé par Mme Leclezio. Il dispose de 517 lits : 184 pour les blessés et 333 pour les malades, dont 86 lits pour les contagieux. On y ouvrira également un service de chirurgie militaire provisoire, placé sous la direction du Dr Michon.

En raison de la situation d'Issy-les-Moulineaux en bordure de Seine, certains blessés arrivent pas péniches, spécialement transformées en poste de secours (ci-dessous).

Péniche aménagée pour le transport des blessés. Coll. Nicole Rousset
Un hôpital temporaire est créé dans l’établissement de la Congrégation des Sœurs hospitalières de Saint Thomas de Villeneuve, rue Minart, dénommé HCVR68. Il offre 720 lits. 3 000 blessés y seront accueillis, mais aussi des enfants. En effet, en août 1914,  la mairie d’Issy demanda aux sœurs de prendre en charge 127 enfants laissés pour compte, du fait de la mobilisation générale et du départ de leurs pères pour le front.


Le Séminaire Saint-Sulpice. Carte postale.
Un quatrième hôpital militaire temporaire est installé au Séminaire d’Issy (ci-contre). Il est dénommé hôpital auxiliaire n°24, ou encore HASS3M24, car tenu par la Société de Secours aux Blessés militaires, constitué d’infirmières bénévoles dépendant de la Croix Rouge. Il met à disposition 230 lits. Par ailleurs, de septembre 1918 à janvier 1919, un service psychiatrique de 50 lits y est ouvert pour recevoir les traumatisés psychiques de la guerre. Un Monument aux morts y sera élevé à la gloire des séminaristes tombés au champ d'honneur. On peut l'admirer aujourd'hui dans le parc Saint Jean-Paul II.

Enfin un cinquième hôpital, dit hôpital auxiliaire 401, est ouvert à la Villa Moriss, 2 rue Lasserre, le 22 septembre 1915. Tenu par l’Union des femmes de France, il propose 28 lits. Il fermera ses portes le 7 novembre 1917.

Hommage à toutes les infirmières de la Grande Guerre.
Collection Nicole Rousset
L'après-guerre
De nombreux blessés resteront hospitalisés après l'armistice. Quant aux 15 000 traumatisés de la face et du crâne que l’on appellera les « gueules cassées », un sort particulier leur est réservé. Ayant survécu grâce aux progrès de l’aseptie et aux débuts de la chirurgie réparatrice, ces blessés vont vivre un nouveau cauchemar : les regards et la honte de se montrer.
C’est ainsi qu’après la guerre, le 4 juin 1921, à l’initiative de deux grands mutilés, Bienaimé Jourdain et Albert Jugon, est créée « l’Union des blessés de la face et de la tête, surnommés les Gueules cassées », dont la devise fut « Sourire quand même !». Cette association sera financée, à partir de 1935, par la Loterie nationale, créée par l’État (ci-dessous).


Après la guerre, certaines  infirmières seront honorées et recevront la médaille de la Reconnaissance française (ci-dessous).                 A suivre.

Médailles de la Reconnaissance
française. © XDR
Denis Hussenot

10 novembre 2018

11 novembre 1918 - enfin la victoire !

Pendant que les villes de l'arrière s'organisent pour soigner les blessés, comme à Issy-les-Moulineaux dont vous découvrirez la vie de quatre autres hôpitaux, les combats continuent sur le front. Mais, depuis le mois de juillet 1918,  rien ne va plus pour les Allemands. Les Américains, entrés en guerre en 1917, sont en ordre de marche et viennent épauler les forces alliées.

Le général Foch (1851-1929), commandant en chef (à droite),  peut alors déclarer : "Paris dégagé, Soissons et Château-Thierry reconquis, plus de 200 villages libérés, 35 000 prisonniers allemands… Une manœuvre superbement exécutée par des chefs et des soldats incomparables" ! Le mois suivant, le 8 août, il est nommé maréchal.



L'armistice
L'empereur d'Allemagne Guillaume II abdique le 9 novembre. Les parlementaires allemands demandent la fin des combats.… Le 11 novembre, à 5h15 exactement du matin, l'armistice est signé dans la clairière de Rethondes entre le maréchal Foch et Mathias Erzberger, le représentant de l'Allemagne. Le Service historique de la Défense expose exceptionnellement le précieux document au Pavillon du roi, au cœur du château de Vincennes. (Jusqu'au 22 janvier 2019).
Le 11 novembre, vers 11 heures, les cloches sonnent dans tous les villages français annonçant la fin des combats. Mais les hôpitaux ne désemplissent pas, notamment à Issy-les-Moulineaux comme on l'a vu et comme on le verra.

11 novembre 1918, à  la sortie du train de l'état-major,
à  Rethondes. L'armistice vient d'être signé.
Le maréchal Foch est le 2e à partir de la droite. © XDR

La paix
La paix est signée le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Le bilan humain est lourd.


Monument de Sainte-Lucie, à Issy. © A. Bétry


Dans les années 1920-1925,
36 000 monuments aux morts sont élevés dans les communes à la mémoire des soldats tombés pour la France. Issy-les-Moulineaux en compte plusieurs, Comme celui de l'église Sainte-Lucie (ci-contre), dédié aux "soldats des Moulineaux, morts pour la France" en 14-18. On y découvre une femme en deuil avec deux enfants, devant une croix latine. Aux pieds de la petite fille, un casque…









Monuments aux morts de 14-18, cimetière communal d'Issy.  A. Bétry

Ou celui du cimetière communal, érigé en 1924 : "La ville d'Issy-les-Moulineaux aux victimes de la guerre 1914-18" (ci-contre).





Historim a organisé pour les Journées nationales de l'Archéologie 2018 deux parcours-découvertes des Monuments aux morts de notre commune. A revoir : http://www.historim.fr/2018/06/journees-nationales-de-larcheologie_14.html

Denis Hussenot
A suivre.