13 novembre 2018

Issy-les-Moulineaux : le sort des blessés

Quatre autres hôpitaux temporaires, (en plus de Saint-Nicolas), ont fonctionné pendant la guerre, à Issy-les-Moulineaux, certains bien au-delà du 11 novembre !

L’Hôpital des Petits Ménages (aujourd’hui Corentin Celton), dénommé HCVR 62 (hôpital complémentaire de Versailles). En septembre 1914, la maison de retraite des Petits Ménages est évacuée presque totalement : des trains spéciaux vont conduire plusieurs centaines de pensionnaires vers des établissements de province, plus particulièrement en Bretagne, dans les hospices de Rennes, Châteaudin et Lesneven.

Entrée des Petits-Ménages, sur la gauche. Carte postale.
L’hôpital militaire ouvrira le 6 octobre 1914, dirigé par Mme Leclezio. Il dispose de 517 lits : 184 pour les blessés et 333 pour les malades, dont 86 lits pour les contagieux. On y ouvrira également un service de chirurgie militaire provisoire, placé sous la direction du Dr Michon.

En raison de la situation d'Issy-les-Moulineaux en bordure de Seine, certains blessés arrivent pas péniches, spécialement transformées en poste de secours (ci-dessous).

Péniche aménagée pour le transport des blessés. Coll. Nicole Rousset
Un hôpital temporaire est créé dans l’établissement de la Congrégation des Sœurs hospitalières de Saint Thomas de Villeneuve, rue Minart, dénommé HCVR68. Il offre 720 lits. 3 000 blessés y seront accueillis, mais aussi des enfants. En effet, en août 1914,  la mairie d’Issy demanda aux sœurs de prendre en charge 127 enfants laissés pour compte, du fait de la mobilisation générale et du départ de leurs pères pour le front.


Le Séminaire Saint-Sulpice. Carte postale.
Un quatrième hôpital militaire temporaire est installé au Séminaire d’Issy (ci-contre). Il est dénommé hôpital auxiliaire n°24, ou encore HASS3M24, car tenu par la Société de Secours aux Blessés militaires, constitué d’infirmières bénévoles dépendant de la Croix Rouge. Il met à disposition 230 lits. Par ailleurs, de septembre 1918 à janvier 1919, un service psychiatrique de 50 lits y est ouvert pour recevoir les traumatisés psychiques de la guerre. Un Monument aux morts y sera élevé. On peut l'admirer aujourd'hui dans le parc Saint Jean-Paul II.

Enfin un cinquième hôpital, dit hôpital auxiliaire 401, est ouvert à la Villa Moriss, 2 rue Lasserre, le 22 septembre 1915. Tenu par l’Union des femmes de France, il propose 28 lits. Il fermera ses portes le 7 novembre 1917.

Hommage à toutes les infirmières de la Grande Guerre.
Collection Nicole Rousset
L'après-guerre
De nombreux blessés resteront hospitalisés après l'armistice. Quant aux 15 000 traumatisés de la face et du crâne que l’on appellera les « gueules cassées », un sort particulier leur est réservé. Ayant survécu grâce aux progrès de l’aseptie et aux débuts de la chirurgie réparatrice, ces blessés vont vivre un nouveau cauchemar : les regards et la honte de se montrer.
C’est ainsi qu’après la guerre, le 4 juin 1921, à l’initiative de deux grands mutilés, Bienaimé Jourdain et Albert Jugon, est créée « l’Union des blessés de la face et de la tête, surnommés les Gueules cassées », dont la devise fut « Sourire quand même !». Cette association sera financée, à partir de 1935, par la Loterie nationale, créée par l’État (ci-dessous).


Après la guerre, certaines  infirmières seront honorées et recevront la médaille de la Reconnaissance française (ci-dessous).                 A suivre.

Médailles de la Reconnaissance
française. © XDR
Denis Hussenot

10 novembre 2018

11 novembre 1918 - enfin la victoire !

Pendant que les villes de l'arrière s'organisent pour soigner les blessés, comme à Issy-les-Moulineaux dont vous découvrirez la vie de quatre autres hôpitaux, les combats continuent sur le front. Mais, depuis le mois de juillet 1918,  rien ne va plus pour les Allemands. Les Américains, entrés en guerre en 1917, sont en ordre de marche et viennent épauler les forces alliées.

Le général Foch (1851-1929), commandant en chef (à droite),  peut alors déclarer : "Paris dégagé, Soissons et Château-Thierry reconquis, plus de 200 villages libérés, 35 000 prisonniers allemands… Une manœuvre superbement exécutée par des chefs et des soldats incomparables" ! Le mois suivant, le 8 août, il est nommé maréchal.



L'armistice
L'empereur d'Allemagne Guillaume II abdique le 9 novembre. Les parlementaires allemands demandent la fin des combats.… Le 11 novembre, à 5h15 exactement du matin, l'armistice est signé dans la clairière de Rethondes entre le maréchal Foch et Mathias Erzberger, le représentant de l'Allemagne. Le Service historique de la Défense expose exceptionnellement le précieux document au Pavillon du roi, au cœur du château de Vincennes. (Jusqu'au 22 janvier 2019).
Le 11 novembre, vers 11 heures, les cloches sonnent dans tous les villages français annonçant la fin des combats. Mais les hôpitaux ne désemplissent pas, notamment à Issy-les-Moulineaux comme on l'a vu et comme on le verra.

11 novembre 1918, à  la sortie du train de l'état-major,
à  Rethondes. L'armistice vient d'être signé.
Le maréchal Foch est le 2e à partir de la droite. © XDR

La paix
La paix est signée le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Le bilan humain est lourd.


Monument de Sainte-Lucie, à Issy. © A. Bétry


Dans les années 1920-1925,
36 000 monuments aux morts sont élevés dans les communes à la mémoire des soldats tombés pour la France. Issy-les-Moulineaux en compte plusieurs, Comme celui de l'église Sainte-Lucie (ci-contre), dédié aux "soldats des Moulineaux, morts pour la France" en 14-18. On y découvre une femme en deuil avec deux enfants, devant une croix latine. Aux pieds de la petite fille, un casque…









Monuments aux morts de 14-18, cimetière communal d'Issy.  A. Bétry

Ou celui du cimetière communal, érigé en 1924 : "La ville d'Issy-les-Moulineaux aux victimes de la guerre 1914-18" (ci-contre).





Historim a organisé pour les Journées nationales de l'Archéologie 2018 deux parcours-découvertes des Monuments aux morts de notre commune. A revoir : http://www.historim.fr/2018/06/journees-nationales-de-larcheologie_14.html

Denis Hussenot
A suivre.

8 novembre 2018

Issy-les-Moulineaux : les hôpitaux temporaires de la Grande Guerre

Quels sont donc ces cinq hôpitaux temporaires d'Issy-les-Moulineaux, 
évoqués précédemment ?

Le plus important (ci-dessous) est l’Hôpital temporaire ou complémentaire de Versailles Saint-Nicolas (HT 61 ou HCVR61, selon la numérotation du Service de santé). Il ouvre le 21 septembre 1914 dans l'école Saint-Nicolas, met à disposition 760 lits et fonctionnera durant toute la guerre et même jusqu’en 1920. Il accueille de nombreux blessés venant de tout le front et, particulièrement, les brûlés et les victimes des gaz asphyxiants.

Hôpital temporaire Saint-Nicolas. Carte postale.

Le soin aux grands brûlés
C'est dans cet hôpital, dirigé par le docteur Contremoulins, un précurseur de la radiologie, qu'est appliqué sur les brûlés le traitement du docteur Barthe de Sandfort. Médecin de Marine, il mit au point et expérimenta, lors d’une mission en Chine, un produit combinant des paraffines et de l’ambre (résine fossile provenant de certains conifères) qu’il dénomma Ambrine. Appliquée sur les parties brûlées, l’Ambrine non seulement calmait les douleurs mais favorisait la régénération des tissus.

Blessé à l'hôpital Saint-Nicolas. © XDR
En août 1914, de retour en France, le docteur Barthe de Sandfort est nommé par le général Galliéni médecin major à l’hôpital de Versailles, puis détaché à l‘hôpital Saint-Nicolas d’Issy. 90 lits de l’hôpital sont réservés aux brûlés (ci-dessus). 

La visite du président de la République
Au cours de l’année 1916, le sous-secrétaire d’Etat chargé de la Santé militaire, M. Julien Godard, ordonne que les brûlés provenant du front soient évacués sur l’hôpital Saint-Nicolas d’Issy. Le 3 novembre 1916, le président Raymond Poincaré fait une visite à l’hôpital temporaire Saint-Nicolas (ci-dessous).

3 novembre 1916, le président Poincaré à  l'hôpital Saint-Nicolas. © XDR
Nombreux sont les soldats qui mourront à Saint-Nicolas, suite à leurs blessures. 507 seront enterrés dans le cimetière communal. Quelques infirmières les rejoindront. Ils reposent aujourd'hui dans le carré militaire du cimetière (ci-dessous).  Dans la cour d'honneur de l'école Saint-Nicolas, se dressait jusqu'en 1997 un Monument aux morts, détruit avec tous les anciens bâtiments. A suivre.
Denis Hussenot

11 novembre 2017, dans le carré militaire du cimetière d'Issy-les-Moulineaux. © A. Bétry


5 novembre 2018

Les As de la Grande Guerre - Issy-les-Moulineaux

Les aviateurs ont payé un lourd tribut à la Grande Guerre. Issy-les-Moulineaux, berceau de l'aviation, se devait d'organiser une exposition sur les As de l'aviation, dont un certain nombre ont appris à voler sur le champ de manœuvres. Historim leur a d'ailleurs consacré un certain nombre d'articles… Rendez-vous du 7 au 16 novembre 2018, à l'Espace Boullée, 62 rue du Général Leclerc, Issy-les-Moulineaux.


L'illustration des panneaux a été exécutée par deux dessinateurs Régric et Jacques Martin, auteur des célèbres bandes dessinées comme "Alix" et "Les voyages de Lefranc", grand passionné par l'histoire de l'aviation.

R. Dorme. ©XDR
Rappelons que pour être un "as" de l'aviation, le pilote doit avoir au moins 5 victoires homologuées. Un certain nombre d'entre eux vont mourir au combat.
Parmi eux : Georges Guynemer qui avait réussi à mettre au point sur son nouvel avion, un Spad, un canon tirant à travers la partie centrale de l'hélice ; René Dorme, dont le nom est donné en 1984 à la base aérienne 107 de Villacoublay ;  ou Célestin A. Pégoud, le premier "as" français qui remporte sa 5e victoire en avril 1915.

G. Guynemer. ©XDR



C. Pégoud. ©XDR
A signaler, pour les enfants, de 6 à 10 ans un bien joli livre illustré sur les As de l'aviation aux éditions Quelle Histoire : https://www.quellehistoire.com/boutique/livres/as-aviation-premium/
A découvrir les exploits de cinq d'entre eux : Célestin A. Pégoud, Charles Nungesser, Georges Madon, René Dorme et Georges Guynemer.
PCB




2 novembre 2018

Grande Guerre : Médecins, infirmières et blessés

9 000 000 de morts, tous belligérants confondus, dont 1 400 000 morts français. 2 800 000 blessés dans l’armée française dont 15 000 blessés de la face et du crâne (les « gueules casées »). Tel fut le bilan dramatique de la Grande Guerre auquel nous consacrons cette saison 5, la dernière, qu'Historim consacre au mois de novembre à la Grande Guerre.

Rappelez-vous les saisons précédentes : 
- 2014 : les étrangers dans la guerre
- 2015 : la guerre aérienne
- 2016 : les sportifs dans la Grande Guerre
- 2017 : les Américains entrent en guerre

Carte postale. Coll. Gandolfo
Devant la violence des combats et la gravité des blessures, le Service de santé des armées fut rapidement débordé. Aux 1 500 médecins militaires, vinrent se joindre 18 000 médecins mobilisés. 10 000 hôpitaux militaires, dits temporaires, provisoires ou auxiliaires, furent installés dans toute la France, parfois dans des lieux insolites (hospices, lycées et collèges, églises, etc). Des milliers d’infirmières (ci-contre) vont provenir de trois sociétés de la Croix Rouge française : la Société de Secours aux Blessés militaires (ou SSBM), l’Union des Femmes de France, et l‘Association des Dames françaises.

Relevés sur les champs de bataille, les blessés, souvent traités sur place, sont ensuite transportés à un « poste de secours » pour les premiers soins d’urgence (hémostase, immobilisation de fractures), puis évacués par divers moyens de fortune jusqu’à une formation sanitaire légère et mobile, appelée Ambulance, regroupant médecins, infirmières et matériel chirurgical. Ces véhicules sanitaires, seront appelés ambulances (en bas). Une scientifique déjà bien connue, Marie Curie, met au point des véhicules équipés d'appareils de radiologie, surnommés bien vite par les soldats "les petites Curies".


Collection Nicole Rousset.
On fait même appel parfois à des chiens pour apporter au plus vite les médicaments de premiers secours sur le front (ci-dessus).

Une ambulance. © XDR



Puis, ceux qui survivent sont transportés vers les Hôpitaux d’Origine d’Étapes (HOE) placés près des gares, pour être conditionnés à un transport par train sanitaire vers les hôpitaux de l’arrière.
En région parisienne, de nombreux hôpitaux temporaires ou auxiliaires vont être installés, rattachés aux hôpitaux militaires d’active : Bégin à Vincennes, Val de Grâce et Villemin à Paris, Larrey à Versailles… identifiés par les lettres S, VG, VL et VR. C’est ainsi qu’à Issy-les-Moulineaux, cinq établissements sont réquisitionnés et transformés en hôpitaux temporaires dépendant de Versailles. A suivre.
Denis Hussenot



A voir, l'exposition organisée à l'Hôpital Percy de Clamart sur le thème: "les Hôpitaux militaires de la Grande Guerre. (Jusqu'au 15 novembre 2018).