19 avril 2021

Un obus prussien dans le parc de l'île Saint-Germain à Issy

Le mardi 23 mars 2021, en fin de matinée, des jardiniers travaillant dans le parc de l'île Saint-Germain, dans la parcelle des graminées, à la limite des jardins imprévus… ont fait une découverte des plus imprévue !!!! Un obus de la guerre de 1870 (ci-dessous) ! Le parc a été évacué quelque temps pour permettre aux techniciens de la brigade de déminage de Paris de neutraliser l'engin avant de l'emporter.

L'obus prussien retrouvé dans l'île
Saint-Germain. © XDR

Il s'agirait d'un obus prussien, Issy ayant été largement bombardé pendant la guerre de 1870-71, en raison notamment de son Fort qui verrouillait l'entrée de Paris. Les Prussiens occupaient alors les hauteurs de Châtillon, de Clamart et de Meudon (en bas) et bombardaient sans relâche Issy, Vanves et Montrouge. Certains de ces obus, qui pouvaient mesurer jusqu'à 20 cm de long, n'explosèrent pas, comme celui retrouvé au milieu du parc.

« Selon les archives départementales - a-t-on pu lire dans Le Parisien - l'obus découvert ce mardi pourrait avoir été tiré le 29 septembre 1870. Ce jour-là, des troupes françaises étaient venues sur l'île de Billancourt pour déboiser et fournir du bois à Paris assiégée. “Des canonnières protégeaient les troupes, mais elles avaient été prises pour cibles par les batteries prussiennes établies à Meudon.” »

Batteries prussiennes établies à Châtillon et Clamart.  © XDR

Un grand merci à Brahim, responsable Sécurité du Parc de l'île Saint-Germain, pour son aide. PCB

16 avril 2021

Les cerfs-volants d'Issy

Escapade au Fort d'Issy : le Merle moqueur, œuvre du sculpteur Christian Renonciat,
 le Temps des cerises et ses cerfs-volants… © Alain Bétry

Pourquoi ne pas profiter de ces vacances pour découvrir l'exposition Les Cerfs-volants du monde au Temps des Cerises90-98 promenade du Verger, Fort d’Issy, ouverte  jusqu'au 30 mai, sous certaines réserves (01 41 23 84 00).
D'ailleurs un certain nombre d'Historimiens ont pu s'y rendre, le 15 avril 2021, et admirer plus de 100 objets et documents rares venus des collections de Pierre-Stéphane Proust et Ludovic Petit. Un voyage dans le temps et dans tous les pays de la planète, de Bali à l'Indonésie, du Japon à la Chine. 


Cerfs-volants du Temps des Cerises. © PCB

 Merci à Frédéric et au Temps des cerises pour nous avoir fait découvrir cet "objet volant identifié", chanté par le poète belge Maurice Carême.

      "Emporte-moi, mon cerf-volant !
       Emporte-moi haut dans le vent !
        Je veux tourbillonner dans l'air…
    Et m'envoler jusqu'à la mer…"
                                                    
Grâce à Dominique Cotard, président de l'association du Cerf-Volant soissonnais, nous allons en savoir beaucoup plus sur les cerfs-volants d'Issy. Bonne lecture ! PCB

Proche de Paris, derrière les fortifications, la ville de Paris détenait un terrain qui servait de champ de manœuvres à l'armée. Les soldats du Fort d'Issy viennent s'y entraîner. Le 6 octobre 1911, l'armée le cède pour y installer un terrain d'aviation, également utilisé par les aéronautes, aérostiers, mais aussi par les cerf-volantistes.


Joseph  Lecornu
Lucien Pierre Frantzen, alors propriétaire de la librairie aéronautique au 32, rue Madame à Paris 5e, profite de l'aubaine pour utiliser un coin du terrain comme lieu d'entraînement pour sa société « l’Union des Cerf-Volantistes Français" (UCVF) dont le siège social se trouve 25 quai des Grands Augustins à Paris, toujours  dans le  5e arrondissement. 


Médaille d'or.
Auparavant, ses membres s'entraînaient  à Vincennes, là où Joseph Lecornu (à gauche) remporta en 1900 la médaille d’Or aux Jeux Olympiques de Paris (ci-contre)… hélas, cette discipline a été déclassée comme sport de démonstration.

A Issy-les-Moulineaux, le terrain est immense comme on peut le voir sur le plan ci-dessous. L’UCVF va s'approprier un espace à proximité des hangars Astra. La sortie est au bout de la rue Camille Desmoulins. 



Là s'y trouve le café Pinguet (ci-dessous), où les adhérents de la société viennent se désaltérer et discuter de leurs exploits. Le matériel est lourd et encombrant, M. Pinguet propose un local dans le fond de sa cour, contre rémunération, ce qui est accepté lors d'une réunion au siège social. Cette remise va vite être baptisée "Hangar Maillot" rendant ainsi hommage à Paul Maillot, premier Français à avoir voulu faire de l'ascension humaine, avec un cerf-volant de 72 mètres carrés de toile. 

Le café Pinguet, rue Camille Desmoulins, à Issy.

Le terrain d’Issy se prête à l'ascension humaine ainsi qu'à la photographie aérienne. De nombreux entraînements seront suivis par les Isséens.


Pour la photographie aérienne, le principe est facile, le cerf-volant est lancé ; sur le câble de retenue du cerf-volant, se trouve un arrêtoir à la hauteur désirée. L’appareil photo est alors placé sur le câble et tiré par une navette. Arrivée à l'arrêtoir par l'intermédiaire d'un second câble, le cerf-volantistes déclenche son appareil photo, puis descend le système pour changer la plaque photographique en verre et recommencer son exercice.


A bord de la nacelle volante.
Pour l'ascension humaine le principe est le suivant. Il est procédé au lancement d'un premier appareil, une fois que ce dernier a assez de stabilité un groupe de plusieurs cerfs-volants sont lancés, puis lorsque le train est stable la nacelle avec un homme à l'intérieur est expédiée. Les ascensions peuvent atteindre 150m d'altitude et; comme la demande est forte parmi les adhérents mais également dans le public, le temps de monter est court.


Bien sûr les Isséens en quittant le terrain, pour se remettre de leurs émotions devaient se rendre au café Pinguet, espérant ainsi rencontrer les aventuriers aériens.

Toujours est-il que le sieur Pinguet va prendre son adhésion à l'U.C.V.F.


Les cinéastes amateurs vont immortaliser ce rassemblement de cerf-volantistes. Un court extrait de ce film est visible, si l'on est inscrit, sur le site de https://gparchives.com.


Août 1914… marque la fin de l’aventure des Cerf-Volantistes à Issy-les-Moulineaux. Durant cette Grande Guerre, le cerf-volant sera utilisé par 13 compagnies d’aérostiers et ce jusqu'en 1916. Le terrain d'Issy sera également utilisé épisodiquement par d'autres sociétés de cerfs-volantistes. Dominique Cotard.


Vue aérienne du terrain d'Issy. On distingue le hangar Astra.

Un grand merci à Dominique. Vous pouvez retrouver l'association du Cerf-Volant soissonnais sur le site : http://cerfvolantsoissons.free.fr/

A retrouver aussi sur notre site : http://www.historim.fr/2020/09/cerfs-volistes-dissy-les-moulineaux.html


Et surtout, allez voir l'exposition du Temps des cerises : "les Cerfs-volants du monde" (ci-dessous).


Des cerfs-volants accrochés au plafond du Temps des Cerises. © PCB


13 avril 2021

Auguste Escoffier pendant la guerre de 1870-71

Auguste Escoffier. © XDR


Pourquoi ne pas profiter de ces quelques jours de vacances pour découvrir, ou redécouvrir, Auguste Escoffier (1846-1935), l'un des maîtres de la cuisine française… mais aussi l'un des soldats de la guerre de 1870. 
Thuriès Gastronomie Magazine d'octobre 2016 évoquait ses Souvenirs, à travers une interview imaginaire faite par Martine Occhipinti, la directrice de la rédaction de ce journal destiné aux professionnels de la gastronomie. Nous nous en sommes inspirés.


Enrôlé dans l'Armée du Rhin, en juillet 1870, Auguste Escoffier doit rendre les armes le 28 octobre, lors de la prise de Metz par les Prussiens. Il se retrouve prisonnier à Mayence, avec ses amis soldats : "Nous y avons souffert de la faim et du froid. Beaucoup tombèrent malades", écrit-il.

Il réussit cependant à sortir du camp et devient chef de cuisine à l'État-Major du maréchal de Mac-Mahon, prisonnier avec ses hommes à Wiesbaden. Au menu : des œufs, du poisson ou de la viande, accompagnés de navets qu'il essaie de cuisiner chaque fois de façon différente. Pendant ces jours sombres, il apprend l'art d'accommoder les restes - il ne faut surtout pas gaspiller - et à soigner la présentation des plats.
Guillaume II. © XDR

Le 24 décembre 1870, il obtient une permission pour se rendre à Mayence retrouver ses compagnons de guerre, toujours prisonniers. Voici ce qu'il raconte : "J’obtins la permission de me rendre jusqu'à leur camp muni d'une provision de bonnes victuailles et quelques bouteilles de vin. Durant le trajet, je songeais à la joie que mon arrivée inattendue allait causer à mes amis. Ce fut du délire. Jamais je n'oublierai l'enthousiasme avec lequel ils m'accueillirent. Le couvert fut vite mis ; ni table ni chaise bien entendu. On disposa les mets sur un lit de camp autour duquel chacun s'assit sur ses talons. Une chandelle plantée à la tête du lit éclairait cette petite scène… Ce fut une nuit de Noël si douce et si mélancolique à la fois".
Et quel plus bel hommage que celui de l'empereur d'Allemagne Guillaume II (ci-dessus), le vainqueur de la guerre de 1870, qui lui déclarera : "Moi, je suis Empereur d'Allemagne mais, vous, vous êtes Empereur des Chefs !".

La paix signée le 14 mars 1871, Escoffier rentre à Paris et se retrouve au milieu d'une capitale révoltée, ce qui ne convient pas du tout à ses idées personnelles. Il gagne alors, tant bien que mal, Versailles, évitant certainement Issy en plein combats. "J'entre aux cuisines du maréchal Mac-Mahon [son État-major ci-dessous] où j'attends la fin des opérations contre la Commune".

L'État-Major du maréchal de Mac-Mahon. © XDR

Enfin, il retourne à Paris dans le restaurant qu'il avait quitté en 1870, le Petit Moulin Rouge, avenue d'Antin (actuelle avenue Franklin Roosevelt). Sa carrière deviendra très vite internationale, il ouvrira plusieurs restaurants, publiera de nombreux livres, dont le Guide culinaire (1903)…

Ses plats deviendront célèbres comme la salade Eugénie, dédiée à l'impératrice, le suprême de poulet George Sand, ou la pêche Melba en hommage à la grande cantatrice australienne Nellie Melba… dont voici la recette. Une douceur que l'on peut déguster au Musée Escoffier de l'art culinaire, installé dans sa maison natale, à Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-Maritimes. 

Sur une glace à la vanille, l'on dépose des pêches blanches
pochées dans un sirop vanillé ; 
puis on nappe le tout d'une purée de framboises fraîches. 

Bon appétit ! PCB.

11 avril 2021

Bataille d'Issy - parcours n°1… du Fort au Séminaire

Deux petits groupes masqués s'étaient donnés rendez-vous le vendredi 9 avril sous un beau soleil, deux autres le samedi 10 sous un ciel plus que maussade, à l'entrée du Fort d'Issy pour ce premier parcours de "la Bataille d'Issy".… accompagnés par deux Historimiens de choc : Pascale et Florian. 

Entrée du Fort et, à droite, le tout nouveau collège La Paix. © Alain Bétry

Avant de découvrir les lieux marquants de cette terrible bataille d'Issy, petit rappel historique de la guerre contre la Prusse de 1870, puis de cette guerre civile de mars-mai 1871 entre fédérés et communards, qui tiennent le Fort d'Issy, notre Fort, et les Versaillais, c'est-à-dire le gouvernement de cette nouvelle République proclamée à la chute de l'empereur Napoléon III, après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870.

Florian évoquant le capitaine Gautereau. © PCB

C'est à travers de nombreux témoignages - que l'on peut retrouver sur le site d'Historim jusqu'à la mi-mai - que se fait ce parcours historique. Au Fort, on retrouve le capitaine Gautereau de la garde mobile qui évoque les tranchées que l'on creuse ; le journaliste Prosper-Olivier Lissagaray qui parle "des casemates défoncées", et Louise Michel, la Vierge rouge, qui évoque "le chemin tout fleuri de violettes" qui mène de Clamart au Fort.

© Alain Bétry

Les groupes, bien masqués, gagnent l'église Saint-Étienne par la rue du Moulin de pierre, un moulin situé sur la commune de Clamart, haut lieu de terribles combats (ci-contre)

Puis nous voilà rue de l'Abbé Grégoire qui, à l'époque, n'était qu'un champ de ruines - bien différent de la vue paisible que l'on peut avoir aujourd'hui (ci-dessous) ! 

© Alain Bétry

Grâce aux Souvenirs de l'abbé Joseph Perdrau, curé d'Issy, l'on peut revivre comme si l'on y était la vie dans son presbytère, les bombardements et la destruction de l'église, les ravages à la Solitude.

Puis direction le Séminaire, quartier général d'Émile Eudes, délégué à la guerre des communards. 

Le parcours se termine pour certains place de la Fontaine, après avoir franchi "les barricades" de la Grand Rue (rue du Général Leclerc) et de la rue de la Glaisière (rue Minard). 

Pascale et Florian © PCB



Un grand merci à Pascale et à Florian (ci-contre, en pleine discussion) pour cette escapade isséenne. On les retrouvera les 14 et 15 mai, après vous être inscrits, bien sûr, pour un nouveau parcours ; revivez la bataille d'Issy sur le site dès le 25 avril, 8 h du matin… sans oublier Victor Hugo et son "Année terrible".   PCB




9 avril 2021

"L'année terrible" de Victor Hugo - avril 1871

Victor Hugo. © Nadar
 

Nous revoici aux côtés de Victor Hugo dans cette Année Terrible. Qu'a-t-il écrit sur Avril, alors que la bataille d'Issy monte en puissance, que les Versaillais encerclent le Fort où sont toujours présents Fédérés et Communards  ? 
Découvrons-le avec un extrait de son poème "Le Cri".









Le Cri

Quand finira ceci ? Quoi ! ne sentent−ils pas
Que ce grand pays croule à chacun de leurs pas !
Châtier qui ? Paris ? Paris veut être libre.
Ici le monde, et là Paris ; c'est l'équilibre.
Et Paris est l'abîme où couve l'avenir.
Pas plus que l'Océan on ne peut le punir,
Car dans sa profondeur et sous sa transparence
On voit l'immense Europe ayant pour cœur la France. 

Combattants ! combattants ! qu'est−ce que vous voulez ? 
Vous êtes comme un feu qui dévore les blés,
Et vous tuez l'honneur, la raison, l'espérance !
Quoi ! d'un côté la France et de l'autre la France !
Arrêtez ! c'est le deuil qui sort de vos succès.
Chaque coup de canon de Français à Français
Jette, − car l'attentat à sa source remonte, −
Devant lui le trépas, derrière lui la honte.

Verser, mêler, après septembre et février,
Le sang du paysan, le sang de l'ouvrier,
Sans plus s'en soucier que de l'eau des fontaines !
Les Latins contre Rome et les Grecs contre Athènes !
Qui donc a décrété ce sombre égorgement ?
Si quelque prêtre dit que Dieu le veut, il ment !
Mais quel vent souffle donc ? Quoi ! pas d'instants lucides ! 
Se retrouver héros pour être fratricides !
Horreur ! 

On retrouvera Victor Hugo le 20 mai… il a encore beaucoup à écrire.
Et les combattants d'Issy le 25 avril, 8 h. PCB

5 avril 2021

La bataille d'Issy, 5 avril 1871

© XDR

Alors que les Versaillais (l'armée régulière) continuent de bombarder les deux villages d'Issy et des Moulineaux, empêchant les communards de progresser vers Meudon, Edgar Monteil (1845-1926) - dont on a une caricature (ci-contre) - témoigne de cette journée du 5 avril. 
Journaliste au Rappel fondé en 1869 à l'initiative de Victor Hugo, Edgar Monteil et son collègue Gaston Lemay suivent les combats aux côtés des communards. Le 22 mai, le journal suspendra sa parution jusqu'au 1er novembre. Les deux journalistes seront arrêtés au siège du journal, pendant la Semaine sanglante (21-28 mai 1871).


« A midi et demi, le 5 avril, Lemay et moi nous sommes à Issy et aux Moulineaux… Nous passons la porte de l’enceinte. La canonnade se fait entendre. Des forts de Vanves et d’Issy s’élèvent des colonnes de fumée.


« Nous nous avançons dans les rues d’Issy. Elles sont remplies de gardes-nationaux en si grand nombre qu’on peut à peine se mouvoir. Les nombreuses voitures d’ambulance qui vont chercher les blessés ou les ramènent ont la plus grande difficulté à s’ouvrir le passage.

« Nous arrivons devant l’église. Le bruit des coups de feu devient intense. Un obus qui a passé par-dessus le fort déchire le toit de la maison n°20 de la rue qui fait face à l’église, et s’enfonce dans le mur voisin sans éclater. Nous entrons dans un cabaret qui fait le coin pour manger un morceau. Nous sortons. La rue est peu sûre, les balles y sifflent, ou plutôt y font ce bruit des balles du chasse-pot qui est assez semblable à un bourdonnement d’abeille. Nous descendons jusqu’en face du château d’Issy [ci-dessous] qui servait pour les approvisionnements de l’armée

Le château d'Issy vers 1800. BNF.

« Après avoir longé le mur du parc du château, le long de la route des Moulineaux, nous croyons pouvoir traverser le parc et nous nous mettons à grimper du côté du fort. Des balles qui nous sont envoyées à courte distance nous obligent à dégringoler… »

Les jours suivants, Issy et les Moulineaux sont pris en étau entre les Versaillais d'une part, les communards et les fédérés d'autre part, chacun défendant ses positions. La première semaine de mai va être cruciale, comme vous allez pouvoir le suivre "en direct". PCB

Suite de la bataille d'Issy le 25 avril, 8 h, avec un officier de l'armée de Versailles. 
Nouvelle découverte patrimoniale, poème de Victor Hugo sur cette "Année terrible" (le 9 avril, 18h),  exposition vous attendent pendant les vacances de Pâques.

4 avril 2021

La bataille d'Issy, 4 avril 1871

Voici le témoignage fort intéressant, non pas d'un combattant mais du curé de l'église Saint-Étienne, l'abbé Joseph Perdrau dont les Souvenirs, écrits par son neveu l'abbé Gouraud, seront publiés dans le Mois paroissial de l'église Saint-Étienne en 1920 et 1921.

Le 24 août 1870, il est nommé curé d'Issy à l'église Saint-Étienne (ci-dessous),  « un lieu plein de souvenirs excellents… auprès des Sulpiciens, mes bons et vénérés maîtres de 1840 ». Mais la France est en pleine guerre… 
Il constate « J'allai visiter mon nouveau poste. Dans quel état. Dans quel état je le trouvai ! Tout le monde s’enfuyait vers Paris. Des lignes interminables de charrettes obstruaient la route : gens et bétail gagnaient la barrière. On dépavait les chemins et l’on pataugeait dans un pied de boue. Des habitants affolés élevaient autour des fortifications des défenses absolument ridicules. J’ai vu des talus couverts de planches hérissées de clous, pointes de Paris qui devaient arrêter la cavalerie prussienne ! Je ne restai que fort peu de temps à Issy ».


L'église Saint-Étienne en 1871. © XDR
L'abbé Perdrau retourne à l'église Saint-Étienne en février 1871. Il continue son récit :
« Le lundi 3 avril, nous fûmes réveillé par les clairons des régiments de la Commune. Ils allaient à Versailles, disaient-ils, pour enlever l’Assemblée et la faire revenir à Paris. Ils firent halte sur la place de l’église. Ils achetèrent force vivres qu’ils payaient sans regarder, ayant le gousset bien garni. Une cantinière s’était déjà bien fournie : « Je vais encore acheter quatre livres de gruyère, nous dit-elle, je vendrai bien cela aux Versaillais ». A neuf heures, tous étaient partis. Ils n’allèrent pas plus loin que les Moulineaux. Ils furent culbutés par les premières lignes des troupes régulières que nous appellerons désormais les Versaillais et qui prirent ce jour-là, pour ne plus les abandonner, leurs positions sur les crêtes de Sèvres. Vers onze heures, les bataillons de la Commune rentraient vers Paris dans un désordre effroyable. La fatalité nous ramena la cantinière qui avait perdu tout son gruyère dans la déroute. 

« Le lendemain [4 avril] les Versaillais occupaient les environs du fort d’Issy jusqu’à Châtillon où ils établirent leur grosse artillerie.
« C’est bien quand il s’agit du récit d’une bataille qu’il  faut se borner à raconter ce qu’on a vu. Une bataille se compose d’une foule d’engagements qui se sont passés en même temps dans un même pays. Chaque pays a son histoire à part et toute une suite d’événements différents : qui a vu l’un, ignore les autres. Je me renfermai donc dans la relation des combats qui se sont passés dans le pays supérieur d’Issy. Je les ai suivis d’heure en heure. Étant un jour après la guerre chez la maréchale Mac-Mahon, elle me  présenta au général Clinchamp qui se trouvait là. 
"- Est-ce que vous êtes resté à Issy pendant la Commune, me demanda-t-il ? 
– Oui mon général.
- Dans votre presbytère ?
- Oui mon général.
- M. l’abbé, vous pouvez dire que vous avez assisté à une des grandes batailles de ce temps".

Les Fédérés à Issy, 1871. © XDR

« Les Versaillais avançaient à pas lent mais sûrement. Ceux de la Commune disputaient le terrain pied à pied avec courage. Il y avait surtout le soir des escarmouches très meurtrières. A voir la largeur des fossés où on enterrait les hommes, il dut y avoir beaucoup de gens tués. Le grand objectif des Versaillais était le fort d’Issy. La place de l’église devenait un point stratégique de premier ordre, les quatre routes qui y aboutissent dont la principale allait au fort, formaient comme les doigts d’une main qui enserrent tout le pays. » 

Nous retrouverons l'abbé au mois de mai. En attendant, à suivre le 5  avril, à 8 h, le reportage du  journaliste Edgar Monteil. PCB

 

3 avril 2021

La bataille d'Issy, 3 avril 1871

Ce sont trois témoignages que nous avons de cette journée du 3 avril, catastrophique pour les communards tentant une longue marche vers Versailles : Émile Victor Duval, un ouvrier ; un journaliste Pierre Vésinier ; et une ambulancière Louise Michel.

Émile Victor Duval (1840-1871)

© XDR
Ouvrier fondeur en fer, Émile Duval (ci-contre) participe aux mouvements insurrectionnels du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Le 26 mars, il est élu à la commission exécutive de la Commune, puis est nommé général le 3 avril. 
Contre son gré, il fait partie, avec Théophile Ferré et Émile Eudes, de l’offensive désastreuse vers Versailles. Il sea fusillé le lendemain 4 avril au Petit-Clamart.

Le 3 avril, il passe par Issy et, avec sa compagnie, marque une pause devant le couvent (des Oiseaux, actuel Hôtel de ville). 

Le couvent des Oiseaux à Issy. © XDR

Il écrit :  
« Le père Prampain donne son avis sur ces fédérés, sans canon : Les fédérés combattent pour leurs convictions ; mais ils ne veulent pas de mal à personne […] Pour nous le prouver… ils prendraient volontiers un verre de vin. On leur sert une copieuse rasade ; mais pendant qu’ils font rubis sur l’ongle, survient un personnage à la mine hargneuse, au ton rogue. “Citoyens, je vous rappelle qu’il a été formellement interdit de rien accepter dans cette maison, et vous messieurs, je suis délégué du Comité central et je vous défends de rien offrir à ces hommes”»… avant de continuer vers le Fort.


Pierre Vésinier (1826-1902)

Journaliste, Pierre Vésinier (ci-contre) lance le journal Paris Libre le 26 mars 1871, devient directeur du Journal officiel, est élu au conseil de la Commune. Il publie 
en 1871 une Histoire de la Commune de Paris dont est extrait ce passage. Il y décrit notamment l’attaque des Versaillais le 3 avril, heure par heure :

« Les premiers coups de fusil sont partis du Bas-Meudon à 7 heures. L’action s’est poursuivie ensuite dans la direction des bois, sur le territoire des Moulineaux et du Val Fleury, où elle a pris les proportions d’un véritable combat… L’artillerie du fort d’Issy tonne contre les batteries établies sur les terrasses du château de Meudon.
« A 10 heures, des gardes nationaux gravissent par des chemins de traverse et au milieu des champs, les hauteurs de Clamart et de Châtillon… Un détachement venant du fort d’Issy campe à l’entrée du village.
« A 11 heures, le combat devient acharné… La fusillade s’accentue. Les coups crépitent drus et serrés. Aux Moulineaux, des gardes nationaux embusqués derrière les maisons tirent sur les gendarmes établis sur la rive droite.
« L’artillerie des forts, des batteries et des pièces de campagne des fédérés tonne avec une violence à laquelle se mêle la crépitation des mitrailleuses.… On n’avait pas entendu un feu plus terrible pendant le bombardement prussien.

Le Moulin de pierre. © XDR
« Les obus pleuvent aux environs du Moulin de pierre (ci-contre) et de la gare de Clamart ; beaucoup éclatent sur la partie haute du village, quelques-uns dans les rues du centre.
« A midi, le canon gronde encore avec plus de violence, la fusillade se rapproche.
« A 2 heures, le fort d’Issy tire sur les deux batteries du château de Meudon, qui répondent vigoureusement.
« Plusieurs officiers blessés arrivent de Fleury dans des voitures d’ambulance ; de nombreux morts sont chargés sur des charrettes mises en réquisition dans le village de Clamart.
« Pendant toute cette journée du 3 avril, les gardes nationaux ont déployé le plus grand courage et se sont battus comme de vieilles troupes… en un mot, ces soldats-citoyens ont été admirables d’héroïsme et de sang-froid. »

Louise Michel (1830-1905)

Louise Michel .© XDR
Institutrice, ambulancière, personnalité de la Commune, elle publie en 1898 une Histoire de la Commune dans laquelle elle décrit ses actions à Issy, à partir du 3 avril.

« J'étais souvent avec les ambulancières venues nous retrouver au fort d'Issy, mais plus souvent encore avec mes camarades des compagnies de marche ; ayant commencé avec eux, j'y restais et je crois que je n'étais pas un mauvais soldat. Voici les Moulineaux. Le fort est magnifique, une forteresse spectrale, mordue en haut par les Prussiens et à qui cette brèche va bien. J’y passe une bonne partie du temps avec les artilleurs, nous y recevons la visite de Victorine Eudes, l’une des nos amies de longtemps…

« Voici les femmes avec leur drapeau rouge percé de balles qui saluent les fédérés ; elles établissent une ambulance au fort, d’où les blessés sont dirigés sur celles de Paris, mieux agencées.… Moi je m’en vais à la gare de Clamart, battue en brèche toutes les nuits par l’artillerie versaillaise. On va au fort d’Issy par une petite montée entre des haies, le chemin est tout fleuri de violettes qu’écrasent les obus.

Tout proche est le moulin de pierre, souvent nous ne sommes pas assez de monde dans les tranchées de Clamart. Si le canon du fort ne nous soutenait pas, une surprise serait possible ; les Versaillais ont toujours ignoré combien on était peu. »


Prochain rendez-vous le 4 avril, 8 h avec un nouveau témoin.

30 mars 2021

La bataille d'Issy, 30 mars 1871


Avrial. © XDR


Notre premier témoin est Augustin Avrial (1840-1904), ouvrier-mécanicien, commandant du 66e bataillon de la Garde nationale (ci-contre)… de nombreux gardes nationaux qui défendirent Paris contre les Prussiens vont rejoindre les rangs des communards.

Depuis le 19 mars, le Fort d'Issy est occupé par les communards. Voici la lettre qu'écrit Augstin Avrial à l'état-major le 30 mars :

« Citoyen, Excusez mon absence je suis encore au fort, et pourtant l'ordre a dû être donné de faire relevé le bataillon [le 66e] qui y est depuis 12 jours.
Je ne peux concevoir cette lenteur dans les mouvements de troupe. Comptant d'après les ordres être relevé aujourd'hui, je n'ai pas fait de bons de vivre.… 
Sur 950 hommes que j'ai emmenés, il m'en reste 300 à peine. 
Depuis que je suis au fort malgré les rapports que j'ai envoyés au Comité, je n'ai jamais reçu aucune communication. 
Ce matin, j'ai mis le drapeau rouge au fort…
Salut fraternel Avrial  ».

Le Fort d'Issy. Mars 1871. © A. Liébert

Puis le 2 avril, Augustin Avrial se bat aux côtés du général Eudes du côté de Meudon, dont le château est tenu par les Versaillais. Rappelons que c'est sur proposition d'Émile Eudes, dit le "général Eudes", que l'Assemblée prend le nom de Commune. Le 3 avril… les Versaillais attaquent. PCB

Rendez-vous le 3 avril, 8 h avec de nouveaux témoins.

24 mars 2021

Commune : la bataille d'Issy au jour le jour - 1871

 Nous allons vous raconter, à travers des témoignages publiés au jour le jour, ces deux mois qui ont détruit Issy et les Moulineaux, de la mi-mars à la mi-mai 1871, il y a tout juste 150 ans.

Rappelons en quelques dates les faits - que vous pouvez redécouvrir sur notre site dans la rubrique "la Commune de Paris".

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Le 1er septembre, c'est la capitulation de l'armée impériale à Sedan, l'arrestation de l'empereur Napoléon III. Le 4 septembre, la IIe République est proclamée, la résistance s'organise face à l'arrivée des Prussiens. Les combats sont terribles autour d'Issy mais le fort qui assure la protection de Paris, tient bon. Début novembre, le gouvernement français se replie à Bordeaux. Paris est assiégé par les Prussiens.

Jules Favre © XDR
Bismarck. © XDR










1871 débute sous une pluie d'obus. Le 28 janvier, l'armistice est signé à Versailles entre Jules Favre (ci-dessus) pour les Français, et Otto von Bismarck (ci-dessus) pour les Prussiens. Dès le lendemain, le siège de Paris est levé. Thiers est élu "chef du pouvoir exécutif"..

Mais à Paris, rien ne va plus… les Parisiens refusent le traité de paix et traitent les politiques de "capitulards". Le 18 mars, une émeute éclate à Paris, Thiers ayant décidé de récupérer les 227 canons mis à l'abri par la garde nationale. Les Parisiens s'y opposent. Thiers et son gouvernement se réfugient alors à Versailles. 

Le 28 mars, un conseil de Commune s'installe à l'Hôtel de ville de Paris. Son objectif : marcher sur Versailles les 2 et 3 avril pour faire tomber le gouvernement.

La Commune est proclamée. © Lamy - Le Monde illustré.

La Commune n'a pas d'armée au sens strict. Mais elle rassemble des gardes nationaux qui prennent le nom de "fédérés" quand se constitue la Fédération de la garde nationale ; et des citoyens désireux de défendre la Commune de Paris, d'où leurs noms de "communards".

Communards et fédérés se sont installés quelques jours plus tôt, les 19 et 20 mars, dans le fort d'Issy, sur la route de Versailles…

Alors rendez-vous le 30 mars, 8 h du matin, 
pour suivre les témoins de cette bataille entre fédérés, communards et Versaillais. PCB


20 mars 2021

"L'année terrible" de Victor Hugo - mars 1871

 Victor Hugo, dont on a célébré pendant les Journées du patrimoine de 2019 le séjour à Issy dans la maison de son amoureuse Adèle Foucher (http://www.historim.fr/2019/04/adele-foucher-et-victor-hugo-visite.html), se manifeste pendant cette année 1870-1871 - en tant qu'homme politique mais aussi en tant qu'auteur.

Victor Hugo, © Nadar.


Souvenez-vous, le 8 mars 1871, il démissionne de son poste de député à l'Assemblée nationale pour soutenir Garibaldi. Il quitte Paris pour Bruxelles lorsque la Commune s'organise. Il émet de telles critiques contre le gouvernement que la Belgique le chasse. Il se réfugie alors du 1er juin au 23 septembre dans le Grand Duché du Luxembourg. C'est là qu'il écrit son recueil de poèmes intitulé l'Année terrible (publié en 1872), le titre donné d'ailleurs à l'exposition artistique organisée au Musée français de la carte à jouer (à partir du 26 mai)


Voici, un extrait de l'Année terrible, du mois de mars, intitulé la Lutte

Hélas ! c'est l'ignorance en colère. Il faut plaindre 
Ceux que le grand rayon du vrai ne peut atteindre. 
D'ailleurs, qu'importe, ami ! l'honneur est avec nous. 
Oui, plains ces insulteurs acceptant à genoux 
Devant l'histoire, avec ton dédain et le mien.
Ils traiteraient Jésus comme un bohémien ;
Saint Paul leur semblerait un hideux démocrate ; 
Ils diraient : Quel affreux jongleur que ce Socrate. 
Leur œil myope a peur de l'aube. Ils sont ainsi. 
Est−ce leur faute ? Non. A Naples, à Rome, ici, 
Toujours, partout, il est tout simple que des êtres 
Te jalousent soldats et te maudissent prêtres, 
Étant, les uns vaincus, les autres démasqués. 
Les glaçons que j'ai vus cet hiver, de nos quais, 
Pêle−mêle passer, nous jetant un froid sombre,
Mais fuyant et fondant rapidement dans l'ombre, 
N'étaient pas plus haineux et n'étaient pas plus vains. 
Toi qui jadis, pareil aux combattants divins, 
Venais seul, sans armée et délivrais des villes,
Laisse hurler sur toi le flot des clameurs viles. 
Qu'est−ce que cela fait ? Viens, donnons−nous la main.
Et moi le vieux Français, toi l'antique Romain, 
Sortons. C'est un lieu triste où l'on est mal à l'aise
Et regagnons chacun notre haute falaise
Où si l'on est tué, du moins c'est par la mer ;
Allons chercher l'insulte auguste de l'éclair,
La fureur jamais basse et la grande amertume,
Le vrai gouffre, et quittons la bave pour l'écume. 

Ce mois de mars 1871 est terrible pour Victor Hugo dont le fils Charles meurt le 13 mars d'une apoplexie foudroyante. Il est enterré le 18 mars au cimetière du Père-Lachaise alors que Paris est en pleine insurrection. La bataille d'Issy commence, à découvrir sur notre site à partir du 24 mars. Quant à Victor Hugo, on le retrouve le 20 avrilPCB

16 mars 2021

L'incendie de la Manufacture des Tabacs, 9 mars 1907

 Ce samedi 9 mars 1907, au petit matin, un incendie se déclare à la Manufacture des Tabacs, située 17 rue Ernest Renan, à Issy. Ce sinistre a fait l’objet d’une page entière dans le Monde Illustré du 16 mars 1907.
N’oublions pas que la Manufacture avait été inaugurée en 1904 (voir l’article publié sur notre site :  http://www.historim.fr/2014/12/visite-privee-de-la-manufacture-des_6.html). 

La Manufacture vers 1904. © Musée de la carte à jouer.

Récit du drame

« Aux alentours de 5 heures du matin, le veilleur de nuit, en faisant sa ronde, constate un départ de feu dans la salle des machines. Aidé de son collègue, du concierge et des deux chauffeurs, ils combattent  l’incendie avec les appareils de secours mais devant l’ampleur de celui-ci, ils appellent les pompiers. Ceux-ci, venant des casernes d’Issy, Vanves, Malakoff et rejoints par l'état-major et la caserne Violet, voyant l’étendue du sinistre, se résolvent à laisser l’incendie poursuivre son œuvre destructrice, ce qu’ils appellent la part du feu.

La Manufacture après l'incendie, en 1907. 

« Il faut dire que les flammes avaient trouvé de quoi se nourrir facilement, celles-ci se propagèrent à une vitesse fulgurante et avaient, rapidement, gagné le premier étage.

« Enfin, à 11 heures, après avoir empêché l’incendie de se propager aux bâtiments adjacents, le danger était écarté. Finalement, que des dégâts matériels étaient  constatés. L’aile gauche, sur ses trois étages, était en ruines. La totalité du sinistre peut être évaluée, sans exagération, à plus de 350 000 francs (environ 875 000 euros). 

Travaux de déblaiements. 
« L’enquête, qui a suivi, a démontré que le feu est parti d’une combustion spontanée d’un amas de poussière dans l’atelier du rez-de-chaussée, cas assez fréquent et redouté, paraît-il. 
La direction de la Manufacture, au vu des dégâts, a rassuré les ouvriers qu’ils n’auraient pas à souffrir du chômage, ils seront répartis dans les ateliers épargnés. Dès que les secours furent sur les lieux, ceux-ci furent placés sous l’autorité du préfet Lépine. »

En ce début de XXe siècle, ce fut le troisième incendie important de la ville d’Issy après celui de Gévelot  en 1901 (http://www.historim.fr/2013/11/gevelot-incendie-meurtrier-issy-11.html) et Ripolin en 1904 ( http://www.historim.fr/2015/10/lincendie-de-lusine-de-peintures.html). Ces deux premiers étant très meurtriers (31 victimes). Malheureusement, ce ne sera pas le dernier. 
Texte et photos Michel Julien.

12 mars 2021

Belphégor… un fantôme dans la TIRU d'Issy - mars 1965

Belphégor © INA
 M. Jean, un lecteur assidu de notre site, nous signale - à propos de l'article paru le 10 février sur le 
Dictionnaire amoureux de Paris  (http://www.historim.fr/2021/02/le-dictionnaire-amoureux-de-paris.html) - qu’une scène du dernier épisode de Belphégor a été tournée dans la centrale de la TIRU, alors en pleine construction. Fort de cet éclairage bienvenu et surprenant, le visionnage du DVD s’imposait. DVD que vous pouvez trouver à la médiathèque de la ville. Et voici ce que l'on y a vu !


Belphégor ! un fantôme vêtu d’une longue robe noire hante les salles d’égyptologie du Musée du Louvre (ci-contre)… Disparitions, agressions, morts suspectes… la police enquête, sans succès !

Cette série de quatre épisodes de 80 minutes chacun, fut diffusée pour la première fois sur la première et unique chaîne (à l’époque) du samedi 6 au samedi 27 mars 1965. « Ce fut carton plein »  : 10 millions de téléspectateurs (pour un peu  plus de 49 millions d’habitants dont 40 % seulement possédaient un téléviseur) suivirent toutes les semaines cette intrigue ésotérique avec, dans les rôles principaux, Juliette Gréco, Yves Rénier, François Chaumette, René Dary et Christine Delaroche.

Quatrième et dernier épisode tourné dans la TIRU d'Issy.

La  TIRU - cette usine de Traitement Industriel des Résidus Urbains, alors en construction, servit au tournage du dernier épisode de la série : Le rendez-vous du fantôme. La scène finale, d’une durée de 13 minutes environ, est tournée en intérieur et en extérieur. L’on peut y reconnaître la carcasse métallique (ci-dessus) qui sera démolie à son tour en 2010 et le paysage alentour (ci-dessous). On y découvre le dénouement de l’intrigue et la fin tragique du personnage joué par Juliette Gréco.

A l'intérieur de la TIRU, en construction.

Belphégor a marqué la télévision en cette année 1965. Même le général de Gaulle y a fait référence au plus fort de sa campagne présidentielle de décembre 1965. C'est dire ! 
Texte et photos Michel Julien

On distingue les cheminées de la TIRU.

8 mars 2021

Garibaldi - un boulevard à Issy, un combattant de 1870-1871

Le boulevard Garibaldi, dans le Quartier Val de Seine/Les Arches, reprend en partie le tracé d’une route située de part et d’autre d’un long viaduc ferroviaire du Chemin de fer de Paris à Viroflay (ci-dessous). Ce fut d’ailleurs la première ligne électrifiée en France dès 1900. C’est de nos jours la ligne empruntée par le RER-C.Au premier plan, le chemin d’accès à la gare mène à la future place Léon Blum. Dans la courbe concave du boulevard, aucune construction visible. 


Viaduc du chemin de ferroélectrique. Carte postale ancienne.
 Coll. privée


Le boulevard porte le nom de Giuseppe Garibaldi né à Nice en 1807 et mort en 1882. Ce grand patriote italien eut une vie tumultueuse jalonnée de combats et d’exils. Il joua un rôle décisif pour l’Unité italienne. Son expédition en Sicile à la tête de ses Chemises rouges fut décisive pour permettre à Victor-Emmanuel de devenir roi d’Italie. Mais il s’opposa en vain à la cession de la Savoie et du comté de Nice à la France.  Il joua un grand rôle dans les années 1870-1871, comme on le verra plus tard.

Bld Garibaldi, côté pair. 
Les deux côtés du boulevard Garibaldi ne sont pas de longueur égale. En effet, entre l’esplanade du Foncet et le carrefour avec la rue René Jacques, il n’y a sur 350 mètres qu’une chaussée entre immeubles et talus du RER-C. Sur cette vue (ci-contre), côté des numéros pairs à partir du carrefour avec la rue René Jacques, on distingue les immeubles à gauche et le talus du RER-C à droite. À l’horizon, se dessine le quartier Val-de-Seine avec  les nouvelles tours d’habitation et, sous la grue de chantier, le siège de l’entreprise Capgemini.

Le Centre technique Municipal (ci-dessous) se trouve au numéro 4 et l’Arche de Noé, centre multi-accueils au 8. Sur le talus laissé en jachère, des ruches ont été installées. Le miel des abeilles est estampillé Rucher du talus. À la belle saison, des moutons assurent un désherbage naturel du talus. Celui qui est de l’autre côté de la ligne ferroviaire domine le Parc Municipal des Sports, bientôt transformé en Cité des Sports.


Centre Technique municipal. L'orange des murs est
la couleur complémentaire du bleu des portes du garage.


Plus loin et jusqu’à la place Léon Blum, le boulevard se déploie sur 400 mètres de part et d’autre du viaduc. Du côté pair, il y a des bureaux dont ceux de Nestlé Waters au  numéro 12 puis des immeubles en brique rouge lorsqu’on se rapproche de la place Léon Blum en plein aménagement de la future gare de la Ligne 15.


L'enseigne du Football Club.

Sur le trottoir des numéros impairs qui est le plus court, il y a essentiellement des immeubles d’habitation. Au numéro 1, se trouve au rez-de-chaussée le siège social Du Football Club d’Issy-les-Moulineaux (www.fcissy.fr).  Deux symboles sont utilisés sur l’enseigne (ci-contre) : un ballon de football, bien sûr, et un avion, illustrant la devise isséenne Habeo semper alas pour mettre en valeur les bons résultats du club.


Sous le viaduc ferroviaire, les arches ont été aménagées de telle sorte que le bruit des rames qui circulent soit inaudible. Les Arches 1 à 6 servent à l’escalade ; les arches suivantes abritent 27 ateliers d’artistes sur trois niveaux (www.lesarches.com). Celles-ci sont gérées par un collectif d’artistes (ci-dessous).


Les Arches 5 et 6 utilisées pour l'escalade.


Derniers numéros impairs. Quelques unes des Arches
aménagées pour les artistes.

Des travaux importants ont lieu pour l'installation du métro de la Ligne 15. C'est pourquoi, la chaussée est en cours d’aménagement pour inverser le sens de circulation. Alors que les deux côtés du boulevard offraient les deux sens de circulation, il n’y en aura plus qu’un seul de la place Léon Blum vers la rue du Gouverneur Général Éboué, une fois les travaux terminés.
Texte et photos P. Maestracci.


Garibaldi
Mais revenons sur l'engagement de Giuseppe Garibaldi (ci-contre), dans les années 1870-1871. 
Le 14 janvier 1871, il s'installe à Dijon, évacué par les Prussiens un mois auparavant. Mais les 21, 22 et 23 janvier, 4000 Prussiens attaquent la ville. Garibaldi se défend, contre-attaque et sort victorieux. Plus encore, il réussit à s'emparer d'un drapeau ennemi. Avec l’armistice signé le 29 janvier, Dijon est de nouveau occupé par les Prussiens. 
Garibaldi est élu député. Mais Italien de nationalité, l’élection est invalidée. 
 
Le 8 mars 1871, il y a donc 150 ans jour pour jour, Victor Hugo, alors député de la Seine depuis le 19 janvier, salue devant l’Assemblée nationale (ci-dessous),  l’action de Garibaldi : "Je ne veux blesser personne dans cette Assemblée, mais je dirai qu'il est le seul des généraux qui ont lutté pour la France, le seul qui n'ait pas été vaincu […] Je vais vous satisfaire, Messieurs, et aller plus loin que vous. Il y a trois semaines vous avez refusé d'entendre Garibaldi. Aujourd'hui vous refusez de m'entendre. Cela me suffit. Je donne ma démission. » 

Victor Hugo, à l'Assemblée. 8 mars 1871. c XDR

Garibaldi retourne chez lui en Italie le 13 mars. Les insurgés de la Commune vont lui demander de prendre la tête de la Garde nationale, le 24 mars, mais il refuse, tout en soutenant leur position  qui « proclame la fraternité des hommes quelle que soit la nation à laquelle ils appartiennent. » Et dont vous allez pouvoir suivre les grands moments de la bataille d'Issy, à partir du 20 mars. PCB