16 juin 2024

Des tours vues depuis Issy

Le relief isséen est caractéristique du nom du département des Hauts-de-Seine avec une partie de son territoire dans la vallée, ancien lit du fleuve et les coteaux qui vont jusqu’à Meudon. Une position dominante permet d’apercevoir souvent les tours lointaines du paysage urbain. L’axe de certaines rues dessine un cadre pour une vision des tours avec la capitale et sa proche banlieue en arrière-plan.

Tour Eiffel depuis la rue Minard
En descendant la rue Minard, il est possible d’identifier à coup sûr la tour la plus célèbre du monde, la tour Eiffel, érigée en 1889 sur le Champ-de-Mars. Une réplique, miniature et un peu plus récente, se trouve 42 rue Renan. 

Toujours rue Minard, en regardant un peu plus vers la droite, la tour Montparnasse détache sa silhouette compacte sur le ciel. Ce fut une décision prise en 1958 lors du retour au pouvoir du Général de Gaulle avec la destruction de l’ancienne gare, la construction d’un centre commercial et d’une tour haute de 210 mètres (2e hauteur après la tour Eiffel à Paris) devant la gare placée en arrière. Une rénovation de la tour est d’ailleurs prévue. 

Vue sur la Tour Montparnasse



Les nombreuses tours du quartier d’affaires de la Défense sont repérables de loin.

Ce quartier a été décidé aussi en 1958 en empiétant sur plusieurs communes : Courbevoie, Nanterre et Levallois-Perret. L’adresse postale est pourtant Paris-La Défense. 

L’origine de ce nom vient d’une statue de Barrias érigée en 1883 sur le rond-point de Courbevoie pour commémorer la défense courageuse de Paris lors de la guerre de 1870 contre les Prussiens. 

Depuis 1958, les tours visibles de la place de l’Étoile se sont multipliées.



Une tour plus proche est celle du Groupe Accor à la limite entre deux départements et deux villes : Paris et Issy-les-Moulineaux. C’était à l’origine une tour Bouygues. On peut la voir de plusieurs lieux dont la rue du Moulin de pierre.


Depuis la rue du Moulin de pierre
Enfin, de hautes grues Porte de Versailles soulignent la construction de la tour Triangle qui a déjà plusieurs étages. Son projet décidé sous la mandature de Bertrand Delanoé fut longtemps remis en cause mais la décision finale a créé un chantier spectaculaire. Les grues sont visibles de la rue Renan et de la rue Parmentier. 

La tour Accord












Texte et photographies : P. Maestracci






 





10 juin 2024

Bernard Pivot et les vins d'Issy

Bernard Pivot, de l’Académie Goncourt, célèbre amoureux des livres, des vins et des dictées, vient de disparaître.
Dans son Dictionnaire amoureux du vin, il fait référence à Issy-les-Moulineaux dans plusieurs paragraphes.

Le premier est consacré à Paris et Île-de-France (vins de), page 311 « Dans la banlieue, la vigne bouge aussi…[comme] à Issy-les-Moulineaux où le blanc de chardonnay est agréable. » Les vignes étaient autrefois sur les hauteurs mais il en reste quelques témoignages contemporains comme l’écrit l’auteur. 

Boutique de la maison Legrand archive familiale

Le Chemin des vignes appartient à la famille Legrand depuis plusieurs générations. Des vignes ont été plantées dans le quartier des Moulineaux en contrebas de la ligne du RER ; elles sont traditionnellement vendangées par des écoliers isséens en automne. Il existe aussi une boutique Yves Legrand, 113 bis avenue de Verdun. Par ailleurs, des pieds de vigne se trouvent dans les jardins de certains pavillons et leurs rameaux sont parfois visibles de la rue.


Une confrérie haute en couleur et en harmonie


Une autre référence est celle de Saint Vincent (pages 381 et 382) « Le proconsul Dacien, homme de confiance de l’empereur Dioclétien le condamne, entre autres douceurs à avoir le corps broyé, écrasé, ce qui fit jaillir son sang comme le jus de raisin ruisselle sous la violence du pressoir. » En 558, le roi Childebert 1er attribue le 

« fief d’Issy » à l’abbaye qu’il a créée en 543 à l’instigation de Germain, évêque de Paris. L’abbaye parisienne « possédait de nombreuses vignes en Ile-de-France, les moines-viticulteurs firent de saint Vincent leur rempart contre les gelées et la grêle. » Le nom originel de l’abbaye est Sainte-Croix-Saint-Vincent avant de devenir Saint-Germain-des-Prés quand saint Germain y est enterré comme les premiers rois mérovingiens. L’île Saint-Germain perpétue le souvenir de ce fief ecclésiastique. Les initiales SV gravées dans le bois de la porte centrale de l’église Saint-Étienne sont celles de saint Vincent, patron des vignerons, célébré le 22 janvier. Autre référence, après la disparition de l’entreprise Gévelot aux Moulineaux, le quartier fut restructuré avec la création du cours Saint-Vincent reliant la place Gévelot à l’avenue de Verdun.

L’ article Vendanges (page 427) évoque le siège de Paris par Henri, roi de Navarre et de France en 1589 (sur site, 3 juin 2016). Ses troupes campent sur les hauteurs d’Issy. « Pendant le siège de Paris, Henri IV accorda une trêve et une escorte aux propriétaires qui craignaient de perdre la récolte de leurs vignes de Suresnes ou d’Argenteuil. Henri IV était décidément un bon roi. » 

Il est probable que ce répit fut aussi accordé aux vignerons isséens qui pouvaient directement faire goûter leur vin aux soldats sur place.



A droite, porte centrale de l’église Saint-Étienne reconstruite au XVIIe siècle. Les deux vantaux en bois ont été offerts par Louis XIV, petit-fils de Henri IV et par sa mère Anne d’Autriche, ce qui explique les armoiries avec une moitié aux fleurs de lys et l’autre avec les chaînes du Béarn. Les initiales S et V pour Saint-Vincent sont gravées en-dessous des angelots sur le vantail de droite.


Repose (ci-contre) du portail de l'église Saint-Etienne le 20 mars 2018, après la dernière restauration.

 

Texte : P. Maestracci
Photos : A.Bétry

5 juin 2024

Un plan d'Issy-les-Moulineaux, datant de l'entre-deux guerres

Ce plan est extrait d’un Plan de Paris gravé par A. Demesseman (Paris) d’après le dessin de L. Guilmin pour l’imprimerie J. Herbert et Cie, Paris Levallois. Il est à l’échelle 1/20 000 e. 

C’est un document publicitaire pour une marque de pneumatiques 
dont un point de vente est sur le boulevard Gallieni. 
Un fanion à l’emblème Dunlop en précise la localisation.

La date n’est pas précisée mais le plan correspond à une période déterminée par certains repères : le nom de l’avenue de Verdun après la Première Guerre mondiale et l’absence de la ligne 12 du métro. Un tracé au stylo annonce visiblement le prolongement de la ligne en 1934 avec deux nouvelles stations (Petits-Ménages et Mairie d’Issy).
Autour du Champ de manœuvres et d’aviation, beaucoup plus étendu que l’actuel héliport, il n’y a aucune rue, ni la rue Farman ni la rue du Colonel-Pierre-Avia par exemple. Les rues n’existaient pas non plus dans l’îlot circonscrit par les rues Desmoulins, Rouget-de-Lisle et le boulevard Gallieni. La partie du boulevard Gambetta au sud-est l’actuel boulevard des Frères-Voisin. L’Hospice des Petits-Ménages change de nom en 1945 et devient l’hôpital Corentin Celton près de la place Paul Vaillant-Couturier, ex-place Voltaire jusqu’en 1937.
Sur l’île Saint Germain, il n’y a plus de bâtiments militaires mais un parc départemental et la Tour aux Figures de Dubuffet (1988). Le quai d’Issy-les-Moulineaux est maintenant renommé quai du Président-Roosevelt.
Autour de l’église Saint-Étienne, la rue de Chevreuse est devenue la rue Jules-Guesde, la rue de l’Hôtel-de-Ville, l’avenue Jean-Jaurès et la rue de la Fontaine transformée en passage Jassedé.
L’Hôtel de ville n’est plus rue Renan mais rue du Général-Leclerc et l’avenue de Verdun dans son prolongement est l’avenue Victor-Cresson. La rue des Citeaux qui est proche s’appelle rue d’Estienne-d’Orves.
Merci à Muriel qui m’a fait découvrir un plan isséen ancien, une fois de plus.
 Texte : P. Maestracci