27 avril 2017

Hôpital Corentin Celton - démolition des bâtiments des années 1930

Historim vous informe régulièrement des changements du paysage urbain d'Issy-les-Moulineaux. Dans notre rubrique Quartiers, vous trouverez des photos, témoins de bâtiments aujourd'hui disparus. En ce moment même, notre Historimien Michel participe à la campagne photographique organisée dans le cadre de l'aménagement du projet Cœur de Ville (ancien CNET). Et voici, un nouveau témoignage concernant l'Hôpital Corentin Celton, dans le quartier Centre-Ville, détruit en février 2017.

Bâtiments Vassal avant démolition. A droite, l'entrée de l'hôpital pour
les ambulances, rue Séverine.
Les Petits-Ménages, installés dans la commune en 1863 pour accueillir des personnes âgées, s’agrandissent au XXe siècle en raison de besoins croissants. Le legs de Mme Vassal décédée en 1925 permet la construction de nouveaux bâtiments. L’ensemble s’appelle l’aile Vassal (ci-dessus) du nom de la bienfaitrice. La construction en deux étapes jusqu’en 1936 se fait entre l’ancienne partie des Petits-Ménages et la rue Séverine. Les bâtiments forment un H le long de cette rue. Ils ont trois étages et les murs extérieurs sont en briques jaunes avec une frise rouge au dernier étage. Ils disposent de chambres individuelles ou de chambres doubles pour les couples. Un des pavillons réserve 40 chambres pour les anciens travailleurs des Petits-Ménages.

Au sortir de la guerre, les Petits-Ménages deviennent l’hôpital Corentin Celton. Les bâtiments des années 1930 sont occupés jusqu’à leur disparition programmée par des services de rééducation et la psychiatrie au niveau inférieur.

Destruction du bâtiment le long de la rue Séverine.
Les premiers bâtiments qui datent du Second Empire ont été démolis et remplacés en partie par l’actuel hôpital et en partie par des immeubles résidentiels reprenant le plan originel. Il ne reste de l’époque que l’ancienne entrée (rue du Vivier puis J-J Rousseau, actuellement rue Guynemer), la chapelle désaffectée pour le moment et le bâtiment placé derrière elle et transformé en crèche. Les arcades autour du jardin ouvert au public ont aussi été préservées.

L’ancienne aile Vassal est progressivement détruite comme la morgue qui était à l’angle de la rue Renan. Les derniers bâtiments viennent de disparaître. Ils seront remplacés par des immeubles résidentiels en forme de H mais celui-ci, perpendiculaire à la rue Séverine. Ci-dessus : Au fond de part et d’autre se dessine la résidence Lasserre, également née d’un legs et déplacée de l’avenue Jean Jaurès il y a quelques années. Ci-dessous : À gauche, il y a l’aile Corentin 2 ou aile Leplat ; à droite, l’arrière du bâtiment Champeau. Ces éléments de l’hôpital ne seront plus visibles lorsque les constructions prévues seront achevées. Textes et photographies P. Maestracci.


Destruction du tout dernier bâtiment de l'ensemble Vassal.

20 avril 2017

Séminaire Saint-Sulpice : mort de Jean-Jacques Olier, 2 avril 1657

Il y a 360 ans, mourait Jean-Jacques Olier, né à Paris le 20 septembre 1608, fondateur de la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, et, par là même, du Séminaire Saint Sulpice, 33 rue du Général Leclerc, à Issy-les-Moulineaux.

Jean-Jacques Olier (anonyme)
Jean-Jacques Olier à Paris
Après avoir prêché en Auvergne, Olier (ci-dessus) revient en Île-de-France et crée en 1641 une compagnie de prêtres qu’il installe dans le village de Vaugirard. Sa volonté est de former des ecclésiastiques capables d’enseigner, comme le faisait l’Ordre de l’Oratoire depuis plusieurs années en France. Il les installe dans une propriété aujourd’hui disparue qui correspondrait aux numéros 354-356 de l’actuelle rue de Vaugirard. Peu après, le séminaire est remplacé par un noviciat lors du transfert du séminaire à Paris. 

En 1642, Olier devient curé de l’église Saint-Sulpice (Paris, 6e arrondissement). En 1646, il commence la construction de l’église actuelle dont Anne d’Autriche posa la première pierre le 20 février mais la construction de l’église Saint-Sulpice n’est achevée qu’en 1745 par Servandoni. Olier transfère le séminaire de Vaugirard devant son église. Des prêtres du diocèse de Paris mais aussi d’Irlande, d’Angleterre et d’Amérique y sont formés. Une place avec une fontaine a remplacé ce séminaire. Olier étend sa congrégation en France et jusqu’au Canada. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés après sa mort comme le Traité des Saints Ordres en 1676. 



Les Sulpiciens à issy
Cette même année 1676, l’ancienne demeure de Marguerite de Valois, reine de Navarre et de France, la célèbre "reine Margot" est mise à la disposition de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Cette demeure sur la Grande-Rue (rue du Général Leclerc) servit comme lieu de retraite dans la solitude pour les futurs professeurs. Au XVIIIe siècle, les Sulpiciens achètent un terrain le long de la rue de la Glaisière (rue Minard), en contrebas de l’église Saint-Étienne. Le bâtiment de la Solitude qui existe toujours y est construit. Les anciens bâtiments rue du Général Leclerc deviennent le Grand Séminaire où étudia Ernest Renan. 


Le Grand Séminaire d'Issy, vu des jardins. © A. Bétry
Le Grand Séminaire, très endommagé lors des combats de 1870-1871, fut ensuite reconstruit (photo ci-dessus). Sa rénovation et celle de la chapelle sont récentes.
Le Séminaire ouvre ses portes exceptionnellement au public le 22 avril 2017, de 14h30 à 21 h.
http://seminairesaintsulpice.fr/portes-ouvertes-2017/

Les Sulpiciens, rue de Vaugirard
Entre l’église Saint-Sulpice à Paris et Issy, les Sulpiciens possédaient plusieurs propriétés rue de Vaugirard : le noviciat aux numéros 354-356 (immeubles du début du XXe siècle), la maison de campagne des prêtres de l’église aux numéros 358 à 364 ainsi qu’un vaste jardin acheté en 1755. Celui-ci, relié par un souterrain traversant la rue, se trouvait juste en face aux numéros 391-393. Cela correspond de nos jours à l’université du Panthéon-Assas-Paris II et au Lycée autogéré de Paris. Une modeste rue Olier débouche rue de Vaugirard entre les immeubles des 264 et 264 bis, là où était la maison de campagne des Sulpiciens. P. Maestracci

Curé de l'église Saint-Sulpice, de 1642 à 1657.

16 avril 2017

Action solidaire au Collège Victor Hugo - Issy-les-Moulineaux

Après quelques jours de repos, les élèves retournent au collège. Certains du collège Victor Hugo, 22 rue Aristide Briand, à Issy, sont encore plus motivés. Ils ont un bien beau projet dont Historim vous parle aujourd'hui.


Le projet
Des élèves de Quatrième et de Troisième du collège sont engagés dans un projet international appelé Teen healthy-go (Adolescenforme) dans le cadre du 11e congrès mondial de l’IAAH (International Association for Adolescent Health) qui se tiendra du 26 au 29 octobre 2017 en Inde, à New Delhi). Il s’agit de répondre à une directive de l’Organisation Mondiale de la Santé qui demande à la médecine de faire évoluer ses pratiques et de mieux répondre aux besoins des adolescents.
Un atelier est formé de jeunes Indiens et Français encadrés par des professionnels de santé et des enseignants. Il doit réfléchir sur la santé des jeunes, les nouvelles technologies et les partenariats possibles. Une rencontre est prévue entre adolescents des deux pays en juillet 2017 en France afin de préparer les propositions qui seront exposées en octobre au Congrès de l’IAAH.

Le financement
Les élèves du Collège Victor Hugo se sont lancés dans une démarche originale de financement. Un atelier de tricot crée des petits chats en laine vendus pour financer une partie des voyages et des séjours. Le projet est sous la responsabilité du principal Jean-Pierre Chevalier, de Maritou Diallo médiatrice, et de la professeure et tricoteuse en chef, Carine Dreyfuss. P. Maestracci

Exemples de petits chats tricotés.
Informations pratiques
Pour encourager ce beau projet, il est possible d’acheter des petits chats en laine pour servir de porte-clés auprès des élèves médiateurs du Collège Victor Hugo, 24 rue Aristide Briand, 92130 Issy-les-Moulineaux. Le choix est large. Il existe même des possibilités de commande spécifique. 
Une cagnotte Leetchi a été lancée… Alors, n'hésitez pas et rendez-vous sur :




11 avril 2017

La rue Auguste Gervais à Issy-les-Moulineaux

Continuons notre balade - après l'île Saint-Germain et la rue du Fort, voici  la rue Auguste Gervais qui va du Centre-Ville vers les Hauts d'Issy.

Tombe d'Auguste Gervais.

La rue, anciennement appelée rue du Château, porte le nom d’Auguste Gervais qui fut maire de la commune de 1903 à 1908. Il est enterré au cimetière de l'Egalité. Ses titres et fonctions sont inscrits sur la stèle au-dessous d’un médaillon où il est représenté de profil à la manière antique (ci-contre). 
C'est l'un des neuf édiles auxquels la ville rend ainsi hommage. L’ancien nom de la rue tire son origine du château des Conti, princes du sang et propriétaires du château de 1699 à 1776.

Cette rue longue de 360 mètres décrit à mi-pente un zigzag. Elle relie deux places évoquant les deux Guerres mondiales : la place du Onze Novembre 1918 avec un monument aux Poilus, en haut ; et la place du maréchal de Lattre de Tassigny, en bas. La rue Auguste Gervais est également à l’intersection de la rue André Chénier, de celle du Général Leclerc et de l’avenue Victor Cresson. La circulation y est intense car c’est un axe transversal majeur entre les Hauts d’Issy et le quartier de l’Hôtel de Ville. Il est possible d’admirer en remontant la rue des bâtiments remarquables à différents titres. Alors, ouvrez l'œil !

L'immeuble des Colonnes.
Au premier numéro impair de la rue, un superbe immeuble d’angle dit des Colonnes (ci-dessus) fut construit par les architectes Delaire et Sage, SADG, en 1932. Il est caractéristique de l’architecture des années Trente. L’angle arrondi est mis en valeur par les trois colonnes de bow-windows sur les six étages d’où son nom. Chaque façade est mise en valeur par une partie saillante.

Vue de l'ancien château des Conti, qui abrite aujourd'hui
la Galerie d'histoire de la ville.
Au numéro 16, le Musée Français de la Carte à Jouer, construit en 1997, intègre l’ancienne entrée du château des Conti qui connut de nombreuses vicissitudes depuis la Révolution française. Démoli en 1910, il n’en reste qu’une petite partie de l’entrée monumentale (ci-dessus) ainsi que la fontaine aux Dauphins qui se trouve dans une propriété privée, rue Berthelot. 
Musée français de la carte à jouer.
Il a fallu veiller à l’étanchéité du sous-sol car toute cette zone en pente subit le ruissellement provenant de petites sources. Le musée se déploie sur deux bâtiments complémentaires. Le plus ancien, abrite les souvenirs de l’historie isséenne. Le plus récent expose une remarquable collection de cartes à jouer. La plus ancienne d’entre elles est un tarot de toute beauté : Le chariot de l’école de Ferrare, chef-d’œuvre de la moitié du XVe siècle. 
Une élégante passerelle métallique fait la jonction entre les deux parties du musée (ci-contre) ; elle est une forme contemporaine de marquise au-dessus de l’entrée du musée qui organise régulièrement des manifestations de qualité pour tous les publics. Il célèbre ses vingt ans d’existence cette année avec brio. Pour en savoir plus : www.museecarteajouer.com

De l’autre côté de la rue, en face du château, il y eut pendant longtemps une place ombragée où se tenait un bal populaire. Cette place disparut lors de la construction de logements sociaux. Une plate-forme accessible par un escalier l’a remplacée.

Un peu plus haut au 15 bis, une maison bourgeoise (ci-dessous) dans la courbe de la rue bénéficie d’un emplacement privilégié. Au XIXe siècle, ce fut la demeure estivale de la famille Foucher dont la fille Adèle fut courtisée en 1819 par son soupirant, un certain Victor Hugo ! Celui-ci venait à pied de Paris et empruntait donc la rue du Château. Textes et photos P. Maestracci.
Vue en contre-plongée de la rue Auguste Gervais, avec la maison
de la famille Foucher à gauche.


6 avril 2017

Rue du Fort, Issy-les-Moulineaux

Pourquoi ne pas profiter de ces vacances scolaires et du beau temps qui s'annonce… pour découvrir l'histoire de quelques-unes de nos rues. 
Et l'on commence par la rue du Fort, dans le quartier des Hauts d'Issy.

Cette rue qui ne mesure guère plus de 300 mètres fut longtemps le seul accès au Fort d’Issy. Celui-ci fit partie de la ceinture de forts complétant les ultimes fortifications parisiennes qui datent de 1840-1844. Situé à vol d’oiseau à deux kilomètres de Paris, il fut le siège de combats acharnés en 1870-1871 (voir, sur notre site, les différents articles dans la rubrique la Commune de Paris). Depuis 2013, il est transformé en un superbe et convivial éco-quartier dont la rue du Fort n’est plus l’entrée exclusive .  Cette ancienne porte (photo ci-dessous) est complétée par deux accès voûtés pour le passage des véhicules et des piétons.

Entrée du quartier du Fort. 
Entre la rue Gabriel Péri et l’avenue de la Paix, la rue du Fort abrite essentiellement des pavillons de styles variés. Certains ont été rénovés ou sont en cours d’aménagement. Les changements les plus spectaculaires concernent la zone proche du fort longtemps interdite à la construction.


Une école de briques rouges est bâtie dans les années 1930. C’est l’école "communale" du Fort réservée aux filles (photo ci-dessus). Les élèves sont sur deux rangées et placées par ordre de taille. Certaines ont des blouses et quelques unes des manteaux. Les trois maîtresses sont devant l’entrée.
Comme le département des Hauts-de-Seine n’existait pas encore, Issy-les-Moulineaux était encore dans le département de la Seine, d’où la précision en légende.

Dans les années 1950, le bâtiment surélevé d’un étage, est toujours une école maternelle et primaire pour les filles mais elle change de nom (photo ci-dessous). Elle s’appelle dorénavant Ecole Justin Oudin, maire de 1919 à 1922. Le bâtiment fut démoli ; il ne reste qu’un terrain inoccupé pour l’instant.

L'école Justin Oudin.
De l’autre côté de la rue, s'élève maintenant la nouvelle école maternelle et primaire Justin Oudin (photo ci-dessous), tout en bois, inaugurée à la rentrée 2013. Son entrée se situe allée Lucie Aubrac, en hommage à une célèbre Résistante.

La nouvelle école Justin Oudin.
Sous la rue du Fort, fut creusée en 1893 une cuvette de distribution des eaux. Une conduite passe ensuite par la rue de la Galerie pour aller au plus court. Elle alimentait une fontaine publique place des Marronniers (actuelle place du 11 Novembre 1918). Texte et photos Pascale Maestracci

2 avril 2017

Christiane Chin à l'Ile Saint-Germain - suite et fin





Christiane Chin nous avait découvrir "ses années bonheur à l'île Saint-Germain". D'autres souvenirs lui reviennent…

Les commerces
Pour aller faire les courses, nous n’allions pas loin. En remontant vers le pont, il y avait des épiceries : en premier, tout en bas de chez nous, l’épicerie Sandor, nom du propriétaire roumain, puis le Comptoir Français (aujourd’hui le restaurant « 0’30 ») , ensuite le grand Café-Tabac avec ces marches où tout le monde s’asseyait et où mon père allait chercher ses cigarettes. Il y avait des réunions de syndic, des réunions politiques, où M. Ducoloné, député, étant souvent là. Tout se passait bien.

Ensuite, il y avait une boucherie chevaline puis un coiffeur français (en face, un coiffeur algérien) puis une épicerie russe où çà sentait bon les épices et où, à chaque fois que l’on passait, le commerçant nous donnait des « gouttes salées à sucer croquer », sortes de graines de potiron séchées salées. En face, on trouvait une épicerie algérienne, puis enfin, sur la rue Timbaud, la belle demeure du magasin Barbier, marchand de bois en tout genre.

Entre les deux ponts, il y avait tous les commerces que Madame Pigout a cité dans son récit (à retrouver sur http://www.historim.fr/2012/06/ile-saint-germain-souvenirs-de.html). Entre autres, le beau marchand de légumes qui était devenu l’ami de tout le monde et que l’on appelait « Ouanesse » et, bien sûr, la boulangerie. Là, c’est ancré dans ma tête, la patronne, petite et un peu forte femme, rapide dans le comptage de l’argent avait un coeur en or. Elle nous donnait toujours un petit bonbon pour mon frère et moi, et nous étions heureux et pressés d’y retourner acheter du pain avec maman. Il y avait aussi la pharmacie, qui était très arrangeante avec les clients, au point de vue paiement.


La boucherie-épicerie.
En partant de notre immeuble, mais en allant cette fois vers le fond de l’ile, il y avait à côté de chez nous une boucherie-épicerie maghrébine avec de la très bonne viande et, ensuite, à côté du stade, il y avait un bougnat auvergnat, marchand de charbon, où se trouve l’école aujourd’hui. En face il y avait la boucherie française de M. Carré et, à côté, une épicerie arménienne.
Il y avait aussi les marchands de couleur M. et Mme Denole très sympathiques, avec leurs gros bergers allemands, ces chiens étaient en liberté mais on n’avait pas peur.

Dans l’autre rue parallèle, la rue Pierre Poli, il n’y avait pas trop de commerces, mais en haut au coin, il y avait l’auto-école de M. et Mme Charles, où mon père, mes cousins et cousines (et moi même en 1977) ont appris à conduire. Dans cette rue, il y avait la sécurité sociale.
Plus tard à la Ferme rue Jean-Pierre Timbaud est arrivée une supérette Leclerc et la fin des petits commerces a commencé sur l’île.


La Sécurité sociale
Le quartier évolue
Par la suite dans les années 1965-70, tous ces provinciaux ayant travaillé dur avaient le désir d’habiter dans plus grand et plus confortable. Mes parents sont partis sur Gonesse, moi je suis restée j’ai repris l’appartement à mes parents. J’y étais très bien, très en confiance.

Dans les années 1960 sont arrivés des travailleurs maghrébins. Ils pouvaient loger à plusieurs dans un appartement de 20 m2 car ils étaient en célibataire et travaillaient en 3 x 8 chez Renault. Ils ne faisaient jamais de bruit, étaient polis, souriants. Par la suite, je leur remplissais leurs papiers administratifs, et évidemment j’avais en compensation du bon, très bon, couscous à manger. Ensuite, ils ont fait venir leurs femmes, très sympathiques aussi qui m’ont appris leur cuisine traditionnelle. Je continuais à remplir leurs papiers, à aider les mamans avec leurs enfants. Aux beaux jours, nous étions tous dans la cour à boire le thé à la menthe et à parler de nos différentes cultures,

Et puis un jour de 1978 est arrivé dans l’escalier en face de ma fenêtre, un jeune homme un peu typé, je me suis dit, tiens on dirait un Chinois… et cela fait 38 ans que Patrick est mon mari ! Nous avons vécu dans nos appartements dans l’île, jusqu’en 1991 où nous avons décidé d’acheter aux Épinettes.

Patrick Chin précise que son grand-père paternel, d’origine chinoise, est arrivé en France en 1916 avant de s’installer sur l’île en 1920.

Un grand merci pour ce témoignage.







28 mars 2017

Christiane Chin - "Mes années-bonheur sur l'île Saint-Germain"


Christiane.
Nous avons déjà publié des articles sur l’île Saint-Germain. Voici une nouvelle contribution, le témoignage de Christiane Chin (née Clézardin), membre du bureau de la Confrérie Saint -Vincent et très investie dans le fonctionnement de l’ALIM. Elle nous raconte ses années-bonheur sur l’île.

L'enfance
Je suis née le 2 juillet 1953 à Issy. Mes parents arrivent juste de province et logent dans l’Ile Saint-Germain, au (anciennement) 22 avenue du Bas-Meudon à Issy (renuméroté plus tard le 34). Cette partie habitée de l’ile est organisée autour de deux axes parallèles, l’avenue du Bas-Meudon au nord et la rue Pierre Poli au sud.

Mon père ttravaillait à l’usine chez Renault au régime des 3 x 8. Toutes les personnes travaillant chez Renault cherchaient à habiter à côté de l’usine Renault. Ma mère faisait des ménages sur Boulogne. 

Notre immeuble.
Nous habitions au 22 avenue du Bas-Meudon, un bel immeuble en briques (photo ci-contre). Nous entrions d’abord dans un « hall » que nous appelions le Grand Escalier. Dans cette partie de l’immeuble, il y avait des personnes de classe sociale un peu plus élevée que ceux qui habitaient dans la cour, leurs appartements étaient plus grands et donnaient sur rue. Ils ne nous parlaient pas !Ces personnes immigrées, installées au fond de la cour, étaient très agréables avec nous tous, toujours une friandise pour les enfants. A cette époque, tout le monde prenait le temps de s’asseoir sur une chaise ou sur les marches pour parler de la pluie et du beau temps pendant que nous, les enfants, nous nous amusions à jouer aux billes, à la marelle, garçons et filles ensemble, c’était le bonheur.

Le dimanche matin après la messe, pendant que nous étions dans la cour, les mères préparaient la cuisine, et ça sentait bon le poulet au four avec des oignons et pommes de terre. C’était le repas du dimanche midi, avec une bonne tarte aux pommes en dessert.

Photo-souvenir.
Notre appartement (comme tous ceux de la cour) n’était pas neuf. Il faisait 20 m2, soit deux pièces de 10 m2, la première pièce qui servait de cuisine-salon-salle à manger-séjour-salle de bain, etc.. et l’autre servait de chambre pour mes parents, mon frère et moi. Les wc étaient sur le palier. Pour la toilette, c’était la bassine, mon père nous amenant mon frère et moi deux fois par mois « aux bains-douches », rue Jean Pierre Timbaud, dans le quartier de la Ferme.
Il y avait une cave pour chaque appartement. Nous avions peur d’aller à la cave, il faisait sombre, et bien sûr dans ces caves, à chaque grosse pluie, il y avait de l’eau de la Seine. C’est pour cela que nos appartements étaient un peu humides.

Les métiers disparus
Les seules fois où les enfants avaient peur c’était lors de l’entrée dans notre cour, quatre fois par an, d’un homme avec des couteaux et ciseaux dans sa roulotte. Avec sa cloche, il criait "Rémouleur Rémouleur". Il n’y avait plus un gosse dans la cour. Le père Fouettard à côté c’était rien.
Un autre personnage disparu, que nos mères aimaient quand il venait, c’était le préposé aux allocations familiales qui amenait "des sous" à la maison. Il nous impressionnait car il portait un revolver dans son étui à la taille. Il devait venir tous les trois mois. Ma mère lui faisait toujours un bon café.
[A voir sur notre site, les aquarelles de Jean-Baptiste Merlino, sur tous ces métiers disparus : http://www.historim.fr/search?q=rémouleur]

Les passages sur le continent
Nous remontions jusqu’à la rue Jean-Pierre Timbaud, devant les militaires de la caserne (ci-dessous), et nous passions l’un des deux ponts, soit vers Boulogne soit vers Issy. La rue entre les deux ponts s’appelait alors la rue Jean-Pierre Timbaud, prolongeant la rue du même nom dans le quartier de la Ferme (le tronçon sur l’île a été rebaptisé boulevard des îles).

La caserne de l'île Saint-Germain, rue Jean-Pierre Timbaud.

Notre seule promenade lointaine à pieds sur Issy était le parc Henri Barbusse. Il y avait bien sûr l’école Paul Bert. J’avais une copine fille de militaire et la maman venait me chercher pour que je puisse entrer et jouer dans la partie militaire de l’île. Autre occasion de passer la Seine, c’était pour aller à l’église Sainte-Lucie où toutes et tous avons fait notre baptême, la première communion, la communion solennelle, et… le mariage. A suivre le 2 avril 18 h

23 mars 2017

Auguste Rodin et Issy-les-Moulineaux

A l'occasion du centenaire de la mort d'Auguste Rodin (12 novembre 1840-17 novembre 1917), père de la sculpture moderne, le Grand Palais, à Paris, organise une grande exposition. Parmi ses chefs-d'œuvre, seront exposés le Penseur, le Baiser, les Bourgeois de Calais… 


L'occasion de vous rappeler que le fondeur d'Auguste Rodin, Paul Cruet habitait Issy-les-Moulieaux. Son atelier se trouvait dans les communs de l'ancien château des Conti. Et Rodin appréciait tant cet édifice, détruit, rappelons-le, pendant la Commune (mai 1871) qu'il racheta le fronton de l'entrée du château qu'il fit remonter dans sa villa des Brillants, à Meudon. La Galerie d'histoire de la ville, au Musée français de la carte à jouer, conserve le plâtre de Celle qui fut la Belle Heaulmière (ci-dessous), légué par la veuve de Paul Cruet. PCB

Celle qui fut la Belle Heaulmière. plâtre,
Galerie d'histoire de la ville,
Musée français de la carte à jouer. Issy.
Pour en savoir plus sur Rodin à Issy-les-Moulineaux :

L'exposition se tient du 22 mars au 31 juillet 2017



19 mars 2017

Vaugirard, une rue d'Issy

Cette petite rue (moins de 100 mètres de long) sert de limite entre Issy-les-Moulineaux et Meudon. Hasard ou ironie de l’Histoire, elle se trouve à l’exact opposé de la rue parisienne. Celle-ci, nettement plus connue, est d’ailleurs aussi la plus longue de la capitale avec ses 4,360 km.

Ces deux rues du même nom rendent hommage à l’abbé Gérard ou Girard de Moret qui est à l’origine d’une paroisse à Valboitron ou Vauboitron sur un territoire, dépendant comme Issy, de l’abbaye de Saint-Germain des Prés au Moyen Âge. En 1256, Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain-des-Prés, décide d'y faire bâtir une maison de repos pour abriter ses moines malades et une chapelle. Bientôt, un hameau voit le jour. Il est appelé Vallis Gerardis par ses habitants en l'honneur de l'abbé fondateur.
En 1342, ce territoire est érigé en paroisse indépendante alors que ses habitants relevaient jusqu’alors d’Issy. Elle prend le nom de Vaugirard devenu le 15e arrondissement parisien en combinant le nom de Val et de Girard. 

Une fable de La Fontaine, Le singe et le dauphin, y fait référence :

De telles gens,il est beaucoup 
Qui prendraient Vaugirard pour Rome 
Et qui, caquetants au plus dru, 
Parlent de tout, et n’ont rien vu. 


La rue isséenne de Vaugirard, méconnue et sans une plaque avec son nom, est cependant fréquentée depuis longtemps. Elle est déjà tracée sur les cartes du XVIIIe siècle, car elle est à la limite entre la Ferme des Moulineaux et le Bas-Meudon. 
De nos jours, elle permet aux véhicules descendant la Route des gardes ou de l’avenue de Verdun de passer vers le quai de la Bataille de Stalingrad.  Sur cette photo (ci-dessus),  un parking « spontané » a remplacé un ancien immeuble d’habitation qui était dégradé faute d’entretien. Sa démolition a permis l’élargissement de cette artère très fréquentée dont le nom est le plus souvent ignoré.
Derrière les voitures, apparaît le mur latéral du dernier immeuble de l’avenue de Verdun. Le seul immeuble d’habitation du trottoir isséen est récent et se trouve au seul numéro de la rue : le n°4 !
On aperçoit le pont du tram T2 et au-delà de l’Île Saint Germain, des immeubles boulonnais sur la rive droite de la Seine.
Texte et photographie : P. Maestracci

12 mars 2017

La Halle Eiffel d'Issy… en pleine transformation

Issy-les-Moulineaux, la Halle Eiffel. © A. Bétry
Il y a trois ans, nous vous avions présenté la Halle Eiffel d'Issy-les-Moulineaux (ci-dessus), située dans le Quartier Val-de-Seine, en insistant sur le fait qu'elle n'étais pas mise en valeur, qu'elle méritait d'être aménagée… Et bien, désaffectée depuis plusieurs années, elle est entrain d'être démontée en ce début de 2017. Elle sera remontée et transformée en Halle des Saveurs dans ce quartier en pleine mutation.

Petit historique.

Cette halle fut érigée par l’entreprise Eiffel dont le siège se trouvait à Levallois-Perret.
Gustave Eiffel dont le nom originel est Bonickausen (1832-1923) sortit diplômé de l’École Centrale de Paris en 1855. Il visita cette année-là l’Exposition Universelle de Paris et fut sans aucun doute impressionné par la charpente métallique du Palais de l’Industrie entre Seine et Champs-Élysées. Celui-ci mesurait 254 m. sur 110 et la nef centrale était haute de 30 mètres. Depuis 1852, Baltard a entrepris la construction des Halles au centre de la capitale.

Façade. © A. Bétry
Gustave Eiffel, devenu ingénieur-constructeur, se spécialise dans l’architecture métallique réalise de nombreux ouvrages d’art à l’étranger comme en France. En 1884, l’année de la halle isséenne, il dépose un brevet pour la construction de piles et pylônes de plus de 300 mètres de haut. En 1885, il livre le viaduc de Garabit qui franchit la Truyère dans le Cantal. 

En 1886, il conçoit la structure métallique de la statue de la Liberté de Bartholdi offerte aux États-Unis par la France. Est-il besoin de préciser où se trouve celle-ci ? En revanche, on peut en admirer des répliques plus petites au magnifique Musée des Arts et Métiers à Paris (3ème).
Toujours en 1886, il remporte le concours ouvert pour l’érection d’une tour dépassant les 300 mètres de haut pour célébrer le centenaire de la Révolution française sur le Champ de Mars. Une réplique miniature se trouve toujours 42 rue Renan dont nous vous avons parlé : http://www.historim.fr/search?q=tour+eiffel

En 1909, Eiffel créa une soufflerie au pied de la tour éponyme où vinrent faire des essais Blériot, Farman et Voisin. L’une des conséquences pour la commune fut que l’Armée réquisitionna, en échange du Champ de Mars, le terrain isséen pour en faire un Champ de manœuvres. Ce terrain, actuel Héliport, est donc une excroissance du 15e arrondissement.

Quant à la Halle Eiffel d'Issy-les-Moulineaux, elle servit notamment d’usine à la Compagnie de Constructions électriques de la rive gauche fondée en 1900. Par la suite, il y eut divers occupants dans la halle transformée en immeuble de bureaux pour plusieurs sociétés parmi lesquels le groupe Yves Rocher.

Actualités

Depuis le début de l'année 2017, la Halle Eiffel est en train d'être démontée. La structure métallique sur 2 niveaux est mise en relief avec les piliers et la charpente à double pente (ci-dessous). Les éléments étaient livrés numérotés pour un assemblage rapide et efficace sur le chantier. Ce fut la même technique pour la tour Eiffel. Quelques murs en brique entre les piliers sont encore visibles. Trois fermes soutenant la toiture sont nettement dégagées. La première qui doit être déposée est soutenue par le câble tendu par une grue tandis qu’un engin de chantier est en train de la libérer de ses attaches. Au fond apparaissent des immeubles de bureaux situés à Boulogne-Billancourt sur la rive droite. 

Le chantier de démontage vu de la station de tram Val-de-Seine.
© P. Maestracci
Ce chantier permet de voir les rivets d’assemblage comme sur ce cliché (ci-dessous). Les briques servant au remplissage des murs étaient rouges sur les flancs et polychromes sur les pignons des façades.

Détail de la façade de la Halle Eiffel, le long de la ligne de tram. © P. Maestracci

Un grand merci à Lydia qui m’a mise sur la piste d’Eiffel. P. Maestracci

Pour en savoir plus :
http://www.historim.fr/search?q=halle+eiffel

7 mars 2017

Louis Cortot, compagnon de la Libération

Le 5 mars 2017, à 91 ans, Louis Cortot, compagnon de la Libération, disparaissait. Quel rapport avec Issy-les-Moulineaux ? lisez la suite…

Louis Cortot. Ph. XDR
Dès l’âge de 16 ans, Louis Cortot, né à Sombernon, en Côte d'Or, s’engage dans la Résistance. Sa biographie officielle nous raconte.

« Entré en contact avec l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste, il manifeste son désir de participer à l’action directe ; il commence par récupérer des armes, couper des lignes téléphoniques et distribuer des tracts. Parallèlement, il doit abandonner ses études au milieu de sa troisième année à l’Ecole supérieure de Suresnes et devient ajusteur. C’est dans l’usine dans laquelle il travaille qu’il confectionne les bombes qu’il va utiliser lors de ses missions. 

" Louis Cortot réussit avec brio de nombreuses opérations ; il provoque ainsi avec son groupe le déraillement d’un train de tanks provenant des usines Renault, rend inutilisable un transformateur disjoncteur à Issy-les-Moulineaux en mai 1942 et participe au grenadage d’un convoi de jeunesses hitlériennes à Trappes. En juillet 1942, son groupe fait sauter le bureau du Rassemblement national populaire (RNP) à Boulogne-Billancourt, puis détruit à l’explosif le bureau d’embauche des ouvriers français volontaires pour le travail en Allemagne de Courbevoie. 

"En janvier 1944, Louis Cortot rejoint les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) de Seine-et-Marne pour participer à l’implantation d’un maquis à Saint-Mammès. A partir de mai, il est chargé des liaisons entre l’Etat-major des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de Seine-et-Marne et celui de Paris. Le 26 août 1944, il est très grièvement blessé à la face à Lieusaint en Seine-et-Marne, par des éclats de balles explosives, au cours des combats de la libération, faisant, malgré cela, preuve d’un grand courage et de sang-froid en n’acceptant que sur ordre formel de rejoindre un poste sanitaire. »

Pour en savoir plus

Churchill reconnaît de Gaulle et les FFL le 27 juin 1940. L’appellation FFL (Forces françaises libres) est valable jusqu’au 1er août 1943.

1038 : c'est le nombre de Compagnons enregistrés comme Compagnons de la Libération par le général de Gaulle. L’ordre de la Libération a été créé par le général de Gaulle le 16 novembre 1940. Un compagnon est membre de l’ordre de la Libération. 

Croix des Compagnons de
la Libération.  PH. XDR
Plusieurs villes sont également Compagnons de la Libération : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors, l'Ile de Sein.
Lorsque le 23 janvier 1946 est signé le décret de forclusion de l'ordre de la Libération, le nombre des compagnons de la Libération s'élève à 1 036 personnes auxquelles il faut ajouter cinq communes françaises et dix-huit unités combattantes.
A deux reprises, l'Ordre sera exceptionnellement ouvert de nouveau par le général de Gaulle, qui attribuera la croix de la Libération à Winston Churchill (1958) et au roi d'Angleterre George VI  (1960), portant ainsi le nombre définitif des personnes titulaires de cette haute distinction à 1 038.

270 ont été nommés à titre posthume et 50, déjà Compagnons, sont morts au combat ou en service commandé avant la fin de la guerre. Un peu plus de 700 d'entre eux ont survécu à la guerre. A.B.