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25 février 2024

Missak Manouchian - Hommage d'Issy-les-Moulineaux

 Ce dimanche 25 février 2024, Issy-les-Moulineaux a rendu hommage à Missak Manouchian en se recueillant au pied de sa statue, œuvre de l'artiste isséen Michel Adjar, place Groupe Manouchian. 

© A. Bétry

© A. Bétry

Le monument rend hommage à travers ce personnage, à tout le groupe de résistants d’origine étrangère connus sous le nom de l’Affiche Rouge (ci-dessous), fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien.

Image France Télévision.

© A. Bétry


L'un des membres du groupe, l'Espagnol Celestino Alfonso, jeune menuisier, habita un certain temps à Issy-les-Moulineaux, au 25, rue de la Défense, la célèbre "rue de la Dé" du quartier arménien. Une plaque, apposée sur la façade, rappelle sa présence (ci-contre). 

D'ailleurs, le président Emmanuel Macron le cita, tout comme les 22 fusillés, dans son discours au Panthéon. On peut voir leurs portraits sur la façade (ci-dessous).

Image France Télévision.

Rendons hommage à Missak Manouchian, à son épouse Mélinée et à l'Arménie… sur fond musical. 
A. Bétry

Image France Télévision.

22 février 2024

Missak Manouchian - dernière lettre à son épouse



Missak et Mélinée Manouchian. © XDR

Le 21 février 1944, Missak écrit à son épouse.

" Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t'écrire, tout est confus en moi et bien clair en même temps ?
Je m'étais engagé dans l'armée de la libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous...
J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse. J'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et mes affaires, je te les lègue, à toi, à ta sœur, à mes neveux. Après la guerre, tu pourras faire valoir ton droit à la pension de guerre en tant que ma femme car je meurs en soldat régulier de l'Armée française de Libération. Avec l'aide de mes amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai tout à l'heure avec mes vingt-trois camarades avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement je n'ai fait mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine.
Aujourd'hui il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes biens chers amis... Je t'embrasse bien fort, ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près. Je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari, Missak Manouchian. ”

Depuis le 21 février 2024, ils reposent e
nsemble au Panthéon (ci-dessous).

L'entrée au Panthéon. © France Télévision/PCB



20 février 2024

Missak Manouchian au Panthéon - le 21 février 2024

Monsieur Emmanuel Macron, président de la République, a pris la décision de l'intronisation au Panthéon de Missak Manouchian et son épouse Mélinée le 21 février 2024. La municipalité d’Issy-les-Moulineaux qui réunit entre 6 000 et 6 500 résidents d'origine arménienne, prend le relais en décrétant   « 2024, année de l’Arménie ».

Missak Manouchian.
Qui est Missak Manouchian ?

Né dans la partie arménienne de l’Empire ottoman, le 1er septembre 1906 à Adyaman, Missak est élevé dans la mémoire du massacre des Arméniens de 1894-1896. Il perd presque toute sa famille et, avec son frère, est recueilli dans un orphelinat du protectorat français de Syrie.
Arrivé en France en 1925, il travaille comme tourneur aux usines Citroën. En 1934 il adhère au Parti communiste lié à la MOI (main-d’œuvre immigrée). Le groupe Manouchian constitue une véritable organisation clandestine internationale puisque six nationalités différentes sont représentées.
Tous sont arrêtés en novembre 1943 par les Allemands, le procès a lieu le 21 février 1944 et le même jour tous sont fusillés : 22 condamnations à mort sauf la Roumaine Olga Bancic qui sera décapitée en mai 1944 en Allemagne.

L’effet escompté par la propagande nazie, « l’Affiche Rouge » fut un boomerang. Cette affiche, prise en sympathie par le public français, est devenue l’un des symboles contre le nazisme. Elle inspira Louis Aragon, dont le poème fut mis en musique par Léo Ferré en 1959. 

Mr Antoine Bagdikian, président de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants Arméniens, créée en 1917, écrit le 16 janvier 2012 :
« Nous sommes fiers que les premiers Arméniens accueillis en France se soient dès août 1914 engagés en tant que volontaires dans l’armée française et que Missak Manouchian, lors du second conflit, ait illustré la Résistance de son héroïsme et de son sacrifice. C’était le temps où l’Honneur l’emportait, sans l’arrière pensée pour les Arméniens de méditer sur leur " intérêt économique " à mourir massivement, et sans même être encore citoyens français, pour la liberté de la France. »

Depuis 2009, place Groupe-Manouchian, dans le quartier des Hauts d'Issy-Fort-les Épinettes, se dresse le buste en bronze de Missak Manouchian, œuvre de l'artiste isséen Michel Adjar.

Buste de Missak Manouchian, Issy © A. Bétry.

À découvrir sur le site le 22 février, 12 h, la dernière lettre de Missak adressée à son épouse Mélinée.
Alain Bétry

5 octobre 2023

L'Arménie et Issy - une longue histoire

En 1923, des rescapés du génocide arménien de 1915, s'établissent à Issy pour y travailler dans les nombreuses usines isséennes, dont celle de Gévelot évoquée lors des récentes Journées du patrimoine. D'ailleurs pas moins de 12 articles sur le site d'Historim racontent cette histoire, donnant la parole à de nombreux témoins. 

Monument franco-arménien, rue de la Défense, Issy, 30 avril 2023. © A. Bétry

La communauté arménienne de plus de 3 000 membres est bien implantée à Issy, avec plusieurs associations, des écoles, un Monument franco-arménien où se déroule, tous les ans, un dépôt de gerbes en souvenir du génocide (ci-dessous). 

Rappelons qu'Issy-les-Moulineaux est jumelée avec la ville d'Etchmiadzine, inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco : http://www.historim.fr/2012/12/etchmiadzine-larmenienne-patrimoine.html
Issy possède aussi deux églises arméniennes : l'église apostolique et l'église évangélique dans laquelle les Historimiens ont eu la chance d'être reçus par le pasteur Joël Mikaelian en décembre 2022 (ci-dessous).

L'église évangélique arménienne d'Issy. © PCB

C'est ce même pasteur qui a donné une interview sur Europe 1, il y a deux jours, pour montrer une nouvelle fois, à l'occasion des événements récents dans le Haut-Karabakh, la solidarité de la communauté arménienne de la ville d'Issy-les-Moulineaux. 120 000 Arméniens environ ont du quitté leur pays, le Haut-Karabakh, sous la menace de leur voisin, l'Azerbaïdjan (carte ci-contre) et se réfugier en Arménie. 
La demande est forte en nourriture, en produits de première nécessité et en médecins. 

Qu'aurait dit Joseph Kessel qui, en 1975, écrivait : "Je me souviens très bien que, même dans l'horreur de la Première Guerre mondiale, la tragédie arménienne de 1915 a soulevé en moi une profonde émotion. Le mot génocide n'avait pas encore cours à cette époque, mais j'ai senti alors tout ce qu'il a signifié plus tard" ? PCB 

29 mars 2020

Patrick Devedjian, 1944-2020

28 avril 2018. Patrick Devedjian au Mémorial de la Déportation à Nanterre.
© A. Bétry

Il était né en 1944 à Fontainebleau.
Il avait été maire de la ville d'Antony, ministre sous la présidence de Jacques Chirac puis de celle de Nicolas Sarkozy, député des Hauts-de-Seine.
Il était l'un des grands défenseurs de la communauté arménienne, dont il était issu. Et avait été à l'origine de la reconnaissance de l'existence du génocide arménien par la Turquie.
Il était président du conseil général des Hauts-de-Seine depuis 2007 et, à ce titre, avait plusieurs fois été en contact avec notre maire André Santini. Le 10 juillet 2019, ils signaient tous les deux le troisième Contrat de développement Département/Ville d'Issy-les-Moulineaux et posaient la première pierre de la Cité des sports, face au 95 rue du Gouverneur Général Éboué.
Il était plein d'humour et certaines de ses petites phrases, qui resteront dans l'Histoire, furent sélectionnées pour le concours du Prix de l'Humour politique. Gardons celles-ci en mémoire :
"On était dans un appartement avec une fuite de gaz. Chirac a craqué une allumette 
pour y voir plus clair".
"Les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite".

Il est mort du coronavirus dans la nuit du 28 au 29 mars 2020. PCB

8 juillet 2017

L'Arche de Noé en 'Arménie

Deuxième escale
L'Arche de Noé d'Etchmiadzine

L'Arménie, un pays si proche de notre commune. Ne sommes-nous pas jumelés avec la ville de Etchmiadzine, siège de l'Église apostolique arménienne, Patrimoine mondial de l'Unesco ! (voir : http://www.historim.fr/2012/12/etchmiadzine-larmenienne-patrimoine.html)

Alors évoquons cet étonnant projet arménien : la construction de la réplique de l'Arche de Noé, face au mont Ararat. Cette réplique aux dimensions exactes (132 m de long, 22 de large et 13,2 de hauteur) abritera 200 stands représentant 200 pays. Seront construits également un musée, une salle de spectacle, une de cinéma, une bibliothèque et des salles de conférence (ci-dessous).

Le projet arménien, face au mont Ararat.
Retour sur cet épisode biblique (Genèse 6.9).
"Et Dieu dit à Noé : La fin de toute chair est venue devant moi, car la terre est pleine de violence à cause d’eux ; et voici, je vais les détruire avec la terre.
Fais-toi une arche de bois de gopher. Tu feras l’arche avec des loges, et tu l’enduiras de poix en dedans et en dehors.
Et c’est ainsi que tu la feras : la longueur de l’arche sera de trois cents coudées, sa largeur de cinquante coudées, et sa hauteur de trente coudées.
Tu feras un jour à l’arche, et tu l’achèveras en lui donnant une coudée d’en haut ; et tu placeras la porte de l’arche sur son côté ; tu y feras un étage inférieur, un second, et un troisième.
Et moi, voici, je fais venir le déluge d’eaux sur la terre, pour détruire de dessous les cieux toute chair en laquelle il y a esprit de vie ; tout ce qui est sur la terre expirera.
Et j’établis mon alliance avec toi, et tu entreras dans l’arche, toi, et tes fils et ta femme et les femmes de tes fils avec toi.
Et de tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce, pour les conserver en vie avec toi ; ce seront le mâle et la femelle.
Des oiseaux selon leur espèce, et du bétail selon son espèce, de tout reptile du sol selon son espèce, deux de chaque espèce entreront vers toi, pour les conserver en vie.
 Et toi, prends de tout aliment qui se mange, et tu en feras provision près de toi ; et cela vous sera pour nourriture, à toi et à eux.
Et Noé le fit ; selon tout ce que Dieu lui avait commandé, ainsi il fit."
Un peu plus loin (Genèse 8.4) le texte révèle que l'Arche "se posa sur les montagnes de l'Ararat, aujourd'hui en territoire turc.

Cette histoire a inspiré de nombreux peintres, tel Marc Chagall (1887-1985) dont cette toile qui se trouve exposée au Musée national Mac Chagall, à Nice.

L'Arche de Noé, Marc Chagall (1961-66).

Les recherches archéologiques
De nombreuses expéditions archéologiques ont été organisées depuis le 1er siècle par. J.-C.… et continuent aujourd'hui encore, afin de retrouver sur le mont Ararat des traces de cette Arche. La CIA américaine vient de déclassifier des documents, comprenant notamment des photos aériennes, pour faire le jour sur cette "Anomalie du mont Ararat", observée en 1949, puis en 1989 (photo ci-dessous)… une "anomalie" qui pourrait se révéler être des vestiges de l'Arche ! Sans aucune certitude.


Photo de 1989, indiquant la position de l'"Anomalie".
Document déclassifié de la CIA.
En 2010 des archéologues turcs et chinois auraient retrouvé vers 4000 mètres d'altitude  des restes en bois de la structure de l'Arche dont la datation au carbone quatorze remonterait à 4 800 ans, époque présumée où l'arche aurait navigué. Mais toujours aucune certitude.
En revanche, la crypte de la cathédrale Sainte-Etchmiadzin, à Etchmiadzine, possède trois reliques dont un morceau du bois de l'Arche !

Pour les membres de la Fondation pour l'Arche, il n'y a aucun doute sur l'endroit où se serait échouée l'Arche de Noé. Donc ce projet, ils le mèneront jusqu'au bout, car "l'Arche doit rappeler que le berceau de l'humanité est en Arménie". Affaire à suivre. PCB

9 février 2017

D'Arménie à Issy - hommage à Mme Hériche Basmadjian

Hériche Basmadjian. © R.B.
En octobre 2013, Manouk Basmadjian et sa maman Hériche (ci-dessus) racontaient à Virginie Ananthakkarasu, une jeune et brillante étudiante isséenne du Clavim, le parcours qui, depuis Bursa en Asie mineure, les mena rue de la Défense à Issy-les-Moulineaux. Cette conversation filmée donna lieu à un DVD réalisée dans le cadre de la collection « Pétales d’une vie » initiée et produite par la ville.
Ce tournage fut marqué par la gentillesse de Manouk, par le regard pétillant et amusé de sa maman et par la richesse de leur récit. Vous pouvez les retrouver :


Depuis fin décembre, Manouk a pris sa retraite et son salon de coiffure, dernier commerce de la « rue de la Dé », est définitivement fermé, au désespoir des anciens du quartier qui depuis toujours y avaient trouvé leur havre.

Aujourd’hui même, 9 février 2017, ont eu lieu, à l’église arménienne d’Issy, les obsèques de Madame Hériche Basmadjian décédée à l’âge de 97 ans. Une voix s’est tue, « emplissant tout à coup l'univers de silence ». R.B.


3 décembre 2015

1915 - Evacuation de 4 000 Arméniens

Nous avons consacré en 2012 une conférence et plusieurs articles aux Arméniens  - le génocide en Turquie, leur installation dans notre commune dès 1923, leurs coutumes, leur langue, leur religion, qu'ils ont réussi à maintenir http://www.historim.fr/2012/12/conference-et-visite-les-armeniens-dissy.html
Découvrons maintenant comment la Marine française a réussi en septembre 1915 à les sauver. 

Du 5 au 13 septembre 1915, 4 000 Arméniens réfugiés dans le massif montagneux du Djebel Moussa (pointe nord de la baie d’Antioche) sont évacués par la Marine française. Ces populations appartiennent aux villages de Vakif, Razer, Youroun- Oulouk, Kabousi, Kabakli, Hadji Hababeh, Bithias, Eukus-Keupru, répartis sur une surface d'environ 15 kilomètres carrés.
Les insurgés occupent une partie des crêtes du Djebel Moussa et ont pu conserver, par une vallée, la libre communication avec la mer. Mais ils sont entièrement cernés du côté de la terre ; leurs munitions et leurs vivres s'épuisent rapidement.

Débarquement des réfugiés arméniens sauvés le 13 septembre 1915.
Le 5 septembre, ils aperçoivent le Guichen, en croisière sur la côte nord de Syrie et réussissent à attirer l'attention du commandant de ce bâtiment qui prend aussitôt contact avec eux. Il entre en relations avec le jeune chef Pierre Dimlakian, qui le met au courant de la situation grave, sinon désespérée, dans laquelle il se trouve avec ses compagnons. Au cours d'une des missions, la baleinière est attaquée, elle riposte vigoureusement, tandis que le Guichen disperse à coups de canon plusieurs groupements ennemis.

Le 6 septembre, la Jeanne d’Arc (ci-dessous) et le Desaix arrivent sur les lieux.

La Jeanne d'Arc.
L'amiral Dartige du Fournet rend compte et commence l’évacuation des femmes, des enfants et des vieillards par chaloupes, les bâtiments situés au large ne pouvant aborder la côte. Le d’Estrée et l’Amiral Charner sont dépêchés sur le site ainsi que la Foudre qui, de Port-Saïd rejoint Rasel-Mina. Le Desaix et l'Amiral Charner dans le nord, le Guichen et le d'Estrées dans le sud, se tiennent prêts à repousser toute attaque des troupes turques. La mer est houleuse et des vagues, atteignant deux mètres, déferlent sur la plage qui est inaccessible aux plus petites embarcations. On peut craindre un instant que l'opération puisse être remise.
La mer se calme et à midi la Foudre fait route sur Port-Saïd avec 1 042 réfugiés, ; à 14 heures le d'Estrées part à son tour avec 459 personnes. Le Guichen embarque avant la nuit 1 320 réfugiés. Ce bâtiment reçoit l'ordre de rester au mouillage pendant la nuit pour exercer la surveillance de la vallée et de la plage.

En route vers Port Saïd.
Le 13 septembre, les trois bâtiments continuent l'évacuation par très beau temps, faible ressac ; le Guichen est d'abord complété et fait route, à 16 nœuds, sur Port-Saïd avec 1 941 Arméniens.

L'Amiral Charner rallie Port-Saïd dès la fin de l'opération, tandis que le Desaix continue sa croisière devant Ras el-Mina où les réfugiés et les blessés qu'il a recueillis sont transbordés le 14 sur le porte-avions Ann mis à la disposition de la 3e escadre par l'autorité britannique.

L'opération d'évacuation d'une population arménienne de plus de 4 000 personnes, a pu être effectuée malgré les difficultés dues au temps dans la journée du dimanche 12 et dans la matinée du lundi 13. Ce succès est dû à l'efficacité des tirs de bombardement exécutés par le Desaix et le Guichen qui ont fortement agi sur le moral des troupes turques, à l'entrain et au zèle remarquable de tout le personnel, aux dispositions judicieuses prises par le commandant du Desaix. A.B.

[Extraits du rapport du Contre-Amiral Darrieus, commandant par intérim la 2e Division, 3e Escadre de la Méditerranée].

24 mai 2015

Arménie - 8 - clôture des commémorations





C'était  le 23 mai 2015, par un bel après-midi printanier, 
dans la chapelle du Séminaire Saint-Sulpice.

Le public dans la Chapelle. © P.CB
Une cérémonie œcuménique rassemblait Monseigeur Vahan Hovhannisyan, primat du diocèse de France de l'Église apostolique arménienne (ci-dessous), le Père Didier Berthet, Supérieur du Séminaire Saint-Sulpice.

Le primat  du diocèse de France (à gauche) et ses adjoints (àdroite). © PCB

Après les discours du maire d'Etchmiadzine (notre ville jumelle), Karen Grygorian, d'Arthur Khandjian, maire adjoint à la Communauté arménienne et de notre maire André Santini, place à la musique et au concert de la Chorale Sipan Komitas - un régal (ci-dessous).  PCB


La chorale Sipan Komitas dans la chapelle du Grand Séminaire Saint-Sulpice. © PCB

2 mai 2015

Arménie - 7


Pour terminer cette évocation du génocide arménien à travers quelques témoignages, voici quelques citations sur l'Arménie et les génocides 
(1894-1896 ; 1915-1916) dont elle fut victime.





           

George Byron (1788-1824) 
"Il n'existe pas d'endroit sur notre planète aussi chargé de merveilles que l'Arménie. Si amer qu'ai été son destin et quel que soit son avenir, ce pays doit être l'un des plus intéressants qui soient dans le monde" (1810).

Alphonse de Lamartine (1790-1869)
"J'ai toujours aimé les Arméniens parce qu'ils sont le peuple de la bonne espérance parmi les populations actives, honnêtes et littéraires de l'Orient" (Souvenirs, impressions, pensées et paysage pendant un voyage en Orient, 1832-1833)


Émile Gallé (1846-1904), connu pour ses vases
"Le sang d'Arménie, meuble console en noyer turc, mosaïque de bois naturels. Prunus armeniaca est l'arbre national du pays martyr, l'Arménie. Ses rameaux en fleurs, en pleurs, s'incrustent, entaillés dans l'onyx oriental qui sert de tablette à cette console douloureuse". (Description d'une commode, exposée à l'Exposition universelle de Paris, de 1900, intitulée "Le sang d'Arménie". C'est ainsi que l'artiste veut dénoncer le premier génocide, celui de 1894-1895).

Joseph Kessel (1898-1979)
"Je me souviens très bien que, même dans l'horreur de la Première Guerre mondiale, la tragédie arménienne de 1915 a soulevé en moi une profonde émotion. Le mot génocide n'avait pas encore cours à cette époque, mais j'ai senti alors tout ce qu'il a signifié plus tard" (1975).

Franz-Olivier Giesbert (éditorialiste)
"Les nazis n'ont rien inventé en matière d'extermination. Les fanatiques de Daech non plus. Rares furent les survivants du génocide arménien, comme ces filles et ces garçons de moins de 12 ans qui étaient enlevés pour être placés dans des familles musulmanes, selon le principe des razzias de fourmis. Un siècle plus tard, en Turquie, c'est à peine s'il reste quelque chose de l'Arménie" (Le Point, 23 avril 2015).

Issy-les-Moulineaux, 26 avril 2015 ©A. Bétry



Célébration du centième anniversaire du génocide de 1915, au Monument de l'amitié franco-arménienne,
Issy-les-Moulineaux, 26 avril 2015. © A. Bétry

Plantation d'un arbre de la Liberté par André Santini, au parc Rodin, 26 avril 2015, à l'initiative
de la section isséenne de la Croix Bleue des Arméniens de France. © A. Bétry

28 avril 2015

Arménie - 6

Karekin Hovsepian, un Isséen rescapé du génocide arménien de 1915      

Dans l'empire ottoman
Karekin Hovsepian est né dans l’Empire ottoman sous le règne d’Abdül-Hamid II surnommé le Sanglant ou le Sultan rouge qui règne depuis 1876 et est détrôné en 1909 au profit de son frère Mehmed V. Il naît en 1906 à Sivas, ville située à 400 kilomètres à l’est d’Ankara sur le fleuve Kizil Irmak qui se jette dans la mer Noire. La famille Hovsepian compte quatorze enfants.

Les Arméniens qui avaient vécu tranquillement pendant des siècles sous domination ottomane voient leur sort empirer à la fin du XIXe siècle. Des massacres sont perpétués sous Abdül-Hamid II de 1894 à 1896, en particulier en Anatolie. Au début du XXe siècle, l’Empire ottoman fait la guerre dans la péninsule balkanique et à l’Italie en 1911. Il s’allie en août 1914 à la Triplice (Allemagne et Autriche-Hongrie) contre son ennemie la plus proche, la Russie qui fait partie de la Triple Entente avec la France et le Royaume-Uni. L’opération franco-britannique dans les Dardanelles d’août 1915 à janvier 1916 vise à forcer les détroits turcs et à soulager la Russie mais c’est un flagrant échec. 

Les massacres
Alors que l’Empire ottoman combat sur plusieurs fronts en Méditerranée orientale, la décision est prise de tuer et de déplacer sa population arménienne considérée comme une ennemie de l’intérieur. Des militaires et des miliciens commencent par pendre les élites arméniennes avant de s’en prendre au reste de la population. Il y eut des centaines de milliers de morts tués volontairement ou épuisés par les marches forcées vers le sud de l’Anatolie. Un peu plus de la moitié des Arméniens seulement parvint à quitter l’Empire ottoman.
C’est ce contexte tragique qu’à l’âge de 9 ans, Karekin Hovsepian vécut sans pouvoir l’évoquer avant d’être nonagénaire. Il a toujours ignoré ce que devinrent son père, son oncle paternel, quatre de ses frères et ses sœurs. Sa mère fut éventrée sous ses yeux d’enfant ; le tablier de celle-ci se tachait progressivement de sang. Il en garda toute sa vie l’horreur de la couleur rouge. Quant à lui, il reçut un coup de sabre à l’arrière de la tête. Bien plus tard, à toute interrogation sur sa balafre d’une oreille à l’autre, il répondait qu’il était « tombé dans une piscine », faute de pouvoir dire la vérité ! Laissé pour mort par les assassins, il fut recueilli par un paysan turc qui lui affirme : « Si Allah veut que tu vives, tu garderas mes chèvres ». C’est ce qu’il a fait pendant cinq ans remplaçant le fils de ce paysan mort de rougeole. Estimant avoir suffisamment payé sa dette et âgé de 14 ans, il part sans chaussures, le ventre vide. Pour survivre, il mange de l’herbe et suce des cailloux. 

L'orphelinat de Beyrouth
Il finit par arriver à Beyrouth au Liban placé sous protectorat français, à plus de 660 kilomètres à vol d’oiseau de sa ville natale. Il est accueilli dans un orphelinat américain à Beyrouth ; enfin nourri convenablement, il commence à grandir et à atteindre sa taille adulte.

Mariam Guzikian et ses enfants.  Le passeport est daté du 5 mai 1926.
Le motif est net : c’est « pour travailler ».
La France après la saignée de la Grande Guerre a besoin de main d’œuvre.
Coll. familiale
C’est à l’orphelinat qu’il fait la connaissance de Mariam Guzikian. Cette femme et mère de trois enfants était devenue veuve à l’âge de vingt ans. Incorporée au convoi de Gürün (130 km au sud de Sivas), elle avait trouvé la force d’allaiter son bébé ainsi que les enfants du convoi qui en avaient besoin. Dans ce convoi, comme d’autres enfants sacrifiés, ses deux filles avaient été attachées par le poignet pour être jetées dans l’Euphrate et s’y noyer. L’une, Dicranouhi, pleurait si fort qu’un militaire la détacha et la remplaça par une autre petite victime. C’est ainsi que la future femme de Karekin Hovsepian fut sauvée mais hélas pas sa sœur. Les ossements des malheureux peuvent être encore retrouvés dans les champs proches des zones de massacres…

L'arrivée en France
Karekin Hovsepian, photo du passeport
1925. Coll. personnelle.
En 1925, Karekin Hovsepian  (à gauche) obtient un passeport pour venir travailler en France, délivré par les autorités françaises qui exercent un mandat sur la Syrie et le Liban. Ses papiers mentionnent « Originaire de Turquie naturalisé Libanais. ». Le motif déclaré est « rejoint ses parents » alors que ses proches ont été massacrés dix ans auparavant. La date de naissance de 1903 est erronée : il est né en 1906. Passeport à l’étranger valable pour 1 an… délivré à Beyrouth le 19 juin 1926 par le représentant du Haut-Commissaire (c’est Weygand à l’époque).
Mariam Guzikian reçoit aussi le sien l’année suivante. Dès novembre 1926, elle embarque pour Marseille avec sa fille et son fils (photo du passeport ci-dessus) mais aussi avec Karekin qu’elle choisit pour gendre. Arrivés en France, la mère et ses enfants sont employés et logés par des entreprises de soierie d’Aubenas en Ardèche tandis que Karekin Hovsepian devient maçon. Le mariage de Dicranouhi et de Karekin y est célébré le 30 avril 1927 et un garçon naît l’année suivante ; il est élevé par sa grand-mère. Ensuite, la famille vient s’installer à Tarare (Rhône) où naît leur fille Azadouhi (Liberté en arménien)-Nicole. 

L'installation à Issy-les-Moulineaux
En 1947, les parents viennent à Paris pour voir leur fils garagiste chez Renault et visiter une exposition. Logés chez une tante à Issy-les-Moulineaux, ils repèrent et achètent une maison située à l’angle des rues des Travailleurs et de la Fraternité. Ils s’y installent en 1950. Karekin continue à travailler comme maçon chez Citroën d’abord à Paris puis à Aulnay s/s Bois (Seine-Saint-Denis) pour préparer les chaînes de montage. Dicranouhi, quant à elle, fait de la confection à domicile, en particulier des chemisiers. D’après sa fille, elle était « toujours très chic, une poupée, avec une forte personnalité ». Avec trois autres personnes, elle achète au 27 rue de la Défense la Maison de la Culture arménienne pour y assurer des cours de danse et d’arménien, y compris la préparation au baccalauréat. Présidente de la Croix-Bleue arménienne au niveau local puis national, elle impose à sa fille d’en faire partie lorsque celle-ci est âgée de 17 ans. Dicranouhi Hovsepian décède le 14 août 2002 après avoir survécu sept ans à son mari.

La mémoire
Ce n’est qu’à 91 ans que Karekin Hovsepian très gravement malade raconte à sa fille et à sa petite-fille les événements tragiques qu’il a vécus dans son enfance. À la veille de sa mort, il utilise fièrement pour la première fois un téléphone portable, celui de son petit-fils ; c’est pour téléphoner à son arrière petite-fille ! « Il a survécu au génocide, il a eu faim, il a eu soif » mais il est mort en paix le 30 janvier 1995, entouré de ses proches. Très protecteur envers ses enfants et petits-enfants, il fut « le plus charmant des papys » mais fut également très admiré par son beau-frère qui l’adulait. P. Maestracci

Je ne saurais trop témoigner de ma gratitude envers Nicole Essayan qui m’a narré avec émotion l’histoire de sa famille et accepté de la faire connaître à Historim.
Merci aussi à M. René Barrière qui a permis que ce témoignage poignant soit recueilli.







Photographies (collection familiale)



1° Karekin Hovsepian en 1925. Ses papiers mentionnent « Originaire de Turquie naturalisé Libanais. ». Le motif déclaré est « rejoint ses parents » alors que ses proches ont été massacrés dix ans auparavant. La date de naissance de 1903 est erronée : il est né en 1906.

Passeport à l’étranger valable pour 1 an… délivré à Beyrouth le 19 juin 1926 par le représntant du Haut-Commissaire (c’est Weygand à l’époque ).



2° Mariam Guzikian et ses enfants Dicranouhi et Garabed , tous deux âgés de 12 ans d’après le document. En réalité, la fille a 2 ans de plus que son frère et est nettement plus grande.

Le passeport est daté du 5 mai 1926. Le motif est net : c’est « pour travailler ». La France après la saignée de la Grande Guerre a besoin de main d’œuvre.



3° Karekin Hovsepian en 1990.



Citoyen français depuis le 12 juin 1953, il a vécu de longues années à Issy-les-Moulineaux où sa famille vit toujours et garde précieusement son souvneir.

25 avril 2015

Arménie - 5

  Azadouhi-Nicole Essayan. Passeuse de mémoire

Nicole Essayan a en réalité un très beau premier prénom puisque Azadouhi signifie "Liberté" en arménien. Elle est la fille de Karekin et Dicranouhi Hovsepian arrivés avec elle alors qu’elle était petite. La famille habite une maison à l’angle de la rue des Travailleurs et de celle de la Fraternité.au centre de la commune d’Issy-les-Moulineaux. Elle va à l’école Henri Tariel.

Nicole en 2015. ©P.Maestracci
Sa famille
Elle rencontre son mari Pascal Essayan à l’Association de la Croix Bleue des Arméniens de France (www.croixbleue-france.com). Pascal, qui a l’oreille absolue, fait également du piano et il lui arrive d’accompagner les pièces de la compagnie l’Intime lors des spectacles au Théâtre municipal (futur PACI) avenue Victor Cresson. Son frère Pierre Essayan est mort pendant son service en Algérie en novembre 1958 quelques semaines seulement avant la fin de ses obligations militaires (photos des médailles militaires ci-dessous). Doué pour le football et gaucher, il aurait dû suivre une carrière de joueur professionnel mais sa destinée fut brisée. Sa mort, la première du quartier de la rue de la Défense, a beaucoup marqué ses copains, leurs familles et les voisins. Pascal Essayan, ayant ainsi tragiquement perdu son frère, servit dans la MP (Police Militaire) chargée d’accompagner les soldats jusqu’au port de Marseille et fut dispensé d’aller combattre en Algérie.
Lorsque Nicole se marie, elle n’a pas retenu le nom de celui qui a célébré la cérémonie car, dit-elle, « je ne regardais que mon mari ». Lorsque le jeune couple cherche un logement, le père de Nicole, Karekin Hovsepian, transforme un petit atelier à l’arrière de la maison en appartement.

L'entreprise de tricot
Nicole et Pascal y vécurent dix ans avec leur fille. Pascal, lithographe de profession dut reprendre l’entreprise de tricot de son frère Pierre. Nicole est secrétaire à l’OFPRA (Office Français pour l’Accueil des Réfugiés et Apatrides) pendant dix ans avant de se rapprocher de son domicile en qualité de secrétaire à la SEEE rue Marceau. En 1970, ils s’installent dans la maison familiale dans les Hauts d’Issy entre le Fort et les Épinettes. Ils y vivent avec leurs beaux-parents et leurs deux enfants puisqu’un fils est venu rejoindre le clan familial. C’est alors que Pascal et Nicole Essayan créent une entreprise de tricot à Malakoff qu’ils gèrent de « manière fusionnelle… la tête et les jambes ». Ils travaillent pour de grandes marques.

Décorations militaires
de Pierre (mort en Algérie)
et de Pascal.
©P. Maestracci
L'implication pour l'Arménie
La famille Essayan, solidaire, s’implique dans le tri et l’envoi de colis aux sinistrés lors du terrible tremblement de terre en Arménie le 7 décembre 1988. Pascal et Nicole travaillent la journée dans leur entreprise et passent la nuit au dépôt pour l’acheminement des médicaments et des vêtements. Le jumelage entre Issy-les-Moulineaux et Etchmiadzine est signé l’année suivante. Lorsque Pascal Essayan meurt brutalement en 1989, il laisse une famille éplorée. D’autre part, sa succession entraîne la disparition de l’entreprise qu’il cogérait avec son épouse.
Avec l’aide du pasteur René Léonian de l’Église évangélique (28 av.Bourgain et 55 av.Victor Cresson) et du père Muron Kewikian de l’Église apostolique Sainte Marie Mère de Dieu (6 av. Bourgain) ainsi que l’appui de M. Maurice Karagossian maire-adjoint, Nicole crée un collectif d’associations de toutes religions et positions politiques pour évoquer le génocide arménien de 1915 et sa reconnaissance officielle. Elle en est la présidente. Ce fut la seule association en France regroupant la deuxième génération des Arméniens ayant fui la Turquie ; l’association est maintenant dissoute.

Au conseil municipal
Nicole Esssyan et André Santini le 25 avril 2011
devant le Monument franco-arménien d
'Issy- les Moulineaux. © A. Bétry
En 1995, André Santini député-maire de la commune propose à Nicole Essayan, présidente du collectif des associations, de faire partie du conseil municipal et ce, pendant dix-neuf ans. Elle a l’honneur de succéder à M. Karagossian. D’abord conseillère municipale déléguée pour son premier mandat, elle devint maire-adjoint les deux suivants. Elle est responsable de son cher quartier des Épinettes et du Protocole lors du 3e mandat qui s’acheva en 2014. Nicole Essayan aime « le contact avec les autres, accompagner les associations arméniennes dans les démarches, les festivités ». Elle a en particulier aidé les Arméniens lors de la création des nouvelles cartes d’identité plastifiées. Les rescapés du génocide ne pouvaient avoir des extraits de naissance signés par la Turquie et risquaient d’être apatrides. Il fallait solliciter l’OFPRA ainsi que l’intervention bienveillante de Monsieur le Maire pour la délivrance de papiers d’identité. Une femme aidée par Nicole Essayan l’a largement remerciée en lui déclarant : « Vous m’avez donné une deuxième fois la vie, j’ai le droit de vivre ».

Nicole Essayan fut particulièrement impliquée, dans le cadre du jumelage, par l’Année de l’Arménie qui commença en France en septembre 2006 à Issy-les-Moulineaux et finit l’année suivante. Elle célébrait le quinzième anniversaire de l’indépendance de l’Arménie après la disparition de l’URSS en 1991.
Depuis 2014, Nicole Essayan se consacre avec dévouement à sa famille. Elle est très attachée à ses enfants et petits-enfants mais n’oublie pas ses origines dont elle entretient le souvenir auprès des nouvelle générations.
Qu’elle soit remerciée pour son accueil chaleureux et sa transmission d’une histoire de familles arméniennes au XX siècle. P. Maestracci

24 avril 2015

Arménie - 4

LA VIE À ISSY-LES-MOULINEAUX
Suite du Témoignage de Georges Mouchmoulian

(les Relais de la Mémoire, sous la direction de Frédéric Rignault,Le Souvenir français/Atlante éditions)

« Nous sommes arrivés rue Madame, aux Épinettes, en 1943 » reprend Marie-Antoinette Mouchmoulian . « Nous logions au numéro 7. Peu de temps après notre installation, notre fille, Arlette est née. J'allais chercher du lait en boîte à la Croix Rouge, avenue de Verdun, en face de l'annexe de l'hôpital psychiatrique. Mon lait maternel n'était pas bon. Cela était dû à une terrible peur que nous avions connue, Georges et moi, à Meudon, alors que j'étais enceinte. Nous étions chez mon beau-frère. Tout à coup, nous avons entendu une déflagration terrible. Une bombe venait de tomber dans un jardin, juste dans notre dos ».

Plaque de rue aux Épinettes.
©A. Bétry
Georges Mouchmoulian ajoute : « La vie était difficile. Une fois que j'ai été rétabli, j'ai repris mon métier de garçon coiffeur. Je n'ai pas tenu longtemps. Je travaillais à Boulogne et pour couper les cheveux, il faut avoir les bras en l'air. Ma blessure à l'épaule me faisait mal. Je ne pouvais plus bouger le bras comme avant la guerre. Alors, j'ai arrêté. Au moment de notre installation rue Madame, nous avons ouvert un atelier de culottier - dans notre salon. Un métier qui ne doit plus exister. Nous recevions des patrons de métiers particuliers, de militaires, la Garde républicaine par exemple, et, pendant que je découpais et je cousais à la machine, Marie-Antoinette assurait les finitions, à la main. Nous faisions de la qualité, du sur-mesure ».

Marie-Antoinette Mouchmoulian reprend : « Les privations ont été réelles. Il fallait faire des heures de queue pour avoir un légume, du beurre, du pain. Heureusement, dans notre quartier, il y avait encore des vergers ; et puis, Clamart était réputé pour ses petits pois ! Bien entendu, on faisait tout à pied. Une fois par semaine, nous allions au Goûter des Mères, pour bien manger et surtout nourrir correctement Arlette. Avec tout cela, nous avions en plus parfois des bombardements. Je ne saurais dire si les bombes étaient allemandes ou anglaises, en tout cas, une fois, il en est tombé une dans le cimetière, juste à côté de notre immeuble ».
Le 26 août 1944, des soldats français entrent dans Issy-les-Moulineaux. C'est la Libération. Rapidement, ils sont suivis d'Américains et de Canadiens. « Et là, indique Marie-Antoinette, juché sur une jeep, un beau gars s'avance vers nous. Nous sommes placés devant l'hôpital Percy. Je l'ai déjà remarqué. Voilà près de cinq minutes qu'il tend un papier aux habitants qui se sont amassés le long du convoi militaire. Il s'approche de nous. Il regarde Arlette. Puis lève les yeux vers moi. Dans un français approximatif, il me dit : " Je suis votre neveu. Ma mère m'avait donné votre adresse quand j'ai quitté l'Amérique ". Cette sœur aînée que Georges Mouchmoulian avait vu disparaître alors qu'il n'était encore qu'un enfant de Sivas. »

Monument franco-arménien, rue de la Défense (quartier des  Épinettes, Issy), inauguré
le 19 décembre 1982. Ont participé à cette œuvre la ville d'Issy-les-Moulineaux, les églises
arméniennes apostolique, évangélique et catholique. © A. Bétry

Fin du témoignage de Georges Mouchmoulian ; d'autres témoignages suivent, pour commémorer à notre manière le génocide arménien. PCB.