Début 1743 le marquis François-Victor Le Tonnelier, seigneur de Breteuil, se rend à la maison de campagne du cardinal de Fleury à Issy. Tout Paris sait le vieux ministre au plus mal et il souhaite l’honorer d’un dernier salut.
Il n’est pas besoin de présenter le cardinal de Fleury, ancien précepteur de Louis XV devenu son principal ministre, ex-pensionnaire du séminaire d’Issy, propriétaire d’une villégiature voisine qu’il occupe au moment de cette visite, et auquel Historim a consacré plusieurs articles.
Il n’est pas besoin de présenter le cardinal de Fleury, ancien précepteur de Louis XV devenu son principal ministre, ex-pensionnaire du séminaire d’Issy, propriétaire d’une villégiature voisine qu’il occupe au moment de cette visite, et auquel Historim a consacré plusieurs articles.
De 33 ans son cadet, Le Tonnelier est moins connu. Il est alors l’un des plus hauts représentants de l’illustre famille des Breteuil. Habile et aidé par le prestige de son nom, il a très tôt commencé sa carrière sous Louis XIV, au Parlement de Paris puis à la chambre des requêtes. Sous la Régence et sans transition, il est promu intendant des finances de plusieurs régions de France, et notamment le Limousin. Il y rencontre et devient le protégé de l’abbé Dubois, natif de Brive-la-Gaillarde et principal conseiller du Régent.
François-Victor Le Tonnelier de Breteuil, 1686-1743
(Château de Breteuil, peintre inconnu)
En 1723, Dubois favorise son élévation à 37 ans comme secrétaire d'État à la Guerre en remplacement d’un certain Claude Le Blanc opportunément arrêté pour malversations (il semblerait que l’alliance entre les deux hommes doive quelque peu à la contribution de Breteuil à l’effacement d’épisode scabreux de la jeunesse de l’abbé dans les registres judiciaires). L’ascension du marquis semble irrésistible. Mais la mort quelques mois plus tard de Dubois, suivie de celle du Régent, va sérieusement l’infléchir. Principal ministre du tout jeune Louis XV à partir de 1726, le cardinal de Fleury ne l’accepte pas dans son cercle restreint. Il fait acquitter son prédécesseur de tous ses crimes, démettre Breteuil, et restituer Le Blanc dans ses anciennes fonctions.
Ce dernier meurt deux ans plus tard. Tout logiquement, Le Tonnelier demande à reprendre sa place mais Fleury maintient son veto. Breteuil ronge son frein en exerçant diverses fonctions honorifiques à Versailles. L’affaiblissement de la position du cardinal à partir de 1740 lui permet de revenir aux affaires comme ministre de la Guerre. C’est dans cette position qu’il visite trois ans plus tard à Issy celui qui fait toujours office de chef du gouvernement.
Un cardinal de Fleury qui, pourtant, n’aura cessé de lui mettre des bâtons dans les roues. S’agit-il d’une tardive réconciliation ? Est-ce un geste d’humanité envers un vieillard sur la fin ? Ou Breteuil cherche-t-il à se faire adouber en vue d’une succession qui ne saurait désormais tarder ?
Un cardinal de Fleury qui, pourtant, n’aura cessé de lui mettre des bâtons dans les roues. S’agit-il d’une tardive réconciliation ? Est-ce un geste d’humanité envers un vieillard sur la fin ? Ou Breteuil cherche-t-il à se faire adouber en vue d’une succession qui ne saurait désormais tarder ?
Quoi qu’il en soit, la visite ne lui porte pas bonheur. Il a à peine franchi le porche de la maison du cardinal qu’il est frappé d’« apoplexie » (ou d'une « attaque cérébrale »). Son état le rend intransportable. Breteuil décède sur place quelques jours après, le 7 janvier 1743. Il avait 56 ans.
Son hôte le suit dans la tombe une semaine plus tard (ou trois selon certains auteurs). Mais lui avait 89 ans. Un article d’Historim relate les détails de ses funérailles isséennes.
La disparition des deux hommes décide le jeune roi Louis XV – il a 32 ans - à entrer de plain-pied dans la politique. Désormais, il n’aura plus de « ministre principal ».
A Paris, l'avenue de Breteuil (la plus chère du Monopoly) et la place du même nom rappellent la mémoire de ce ministre de l’ancien régime mort à Issy.