31 mai 2026

La campagne à Issy




Après une Assemblée générale Historim moyennement cahotique, une journée verte au jardin botanique de notre ville est vraiment tombée à point.










Une journée porte ouverte, organisée par la municipalité s’est avérée compensatrice d’une dure semaine caniculaire.




Des animations organisées par le Clavim, le conseil de quartier Rodin et le Grand Paris Seine-Ouest, tout y était avec la bonne humeur et avec avec l’aimable accueille des jardiniers prodiguant leurs conseils et le personnel qui assurait les navettes entre la mairie et parc botanique. Un ensemble folklorique a rendu la fête encore plus sympathique : magnifiques costumes et joyeux instrumentistes et danseuses. Les animaux de la ferme ont également profité de cette journée dominicale pour respirer l’air D’Issy-les-Moulineaux. Félicitations à Madame Nathalie Pitrou, déléguée à la démocratie locale.

A.Bétry

28 mai 2026

Weiden, ville jumelle d'Issy

 Weiden, petit voyage dans le temps

L’actualité internationale hélas belliqueuse a du moins le mérite de nous rappeler en creux notre chance de vivre en paix avec notre ex-ennemi héréditaire, l’Allemagne. Et cela depuis plus de quatre-vingt ans, ce qui n’était pas arrivé depuis les guerres napoléoniennes si ce n’est avant. Nous le devons à une admirable conjugaison d’initiatives petites et grandes dont font partie les jumelages de villes. Issy s’est ainsi associée très tôt à Weiden en Bavière. Alors ne boudons pas notre bonheur d’évoquer notre cité sœur et son passé.

Comme le rappelle un article antérieur d’Historim, la première mention connue de Weiden date de 1241 et le bourg semble avoir été créé quelques 250 ans plus tôt. Si c’est le cas, c’est relativement récent. En ordre de grandeur, Issy est deux fois plus ancien et Marseilles trois fois. Cette différence tient sans doute en partie à sa position, tout à l’est de la Bavière, loin du limes, la partie de Germanie colonisée par Rome, et plus encore de la Grande Grèce (Marseilles, Nice …). Or ces deux peuples grec et romain ont introduit l’urbanisme en Europe.
En allemand, Weiden signifie « pâturages » ou « saules », deux mots distincts. L’un ou l’autre explique probablement le nom de la ville, mais les historiens ignorent lequel. La cité aussi : ses armoiries représentent un saule … sur une verte colline.
S’il s’agit de « pâturages », le mot descend d’un terme germanique qui signifiait plus généralement « lieu de subsistance, de pêche, de chasse ». Il est apparenté au francique *waidan de même sens qui a donné, après transcription usuelle du ‘w’ en ‘gu’ (comme dans War / guerre) le français ‘gain’. La racine indo-européenne d’origine, *weie-, confirme cette idée de poursuite et de désir un peu trop exacerbé. Elle a aussi donné les mots latins vis et vir, d’où ‘violence’ et ‘viril’. Nous voilà revenus à l’idée de conflit …
S’il s’agit de « saules », l’étymologie est plus pacifique. Le mot descend d’un autre verbe indo-européen *u̯ei- qui signifiait « se tordre ». Le saule, Weide, est littéralement « l’arbre qui se tord ». Le latin vita, « vigne », partage mêmes origine et sens. Il a donné le français ‘viticulture’, mais aussi ‘vis’ et ‘vrille’ (d’abord ‘védille’ puis ‘vérille’), littéralement « qui se tord comme une vigne ». Dans tous les cas, une fois dépassé les apparences, nos ancêtres respectifs parlaient donc des langues apparentées.

                                                   

 L’église Saint-Michel de Weiden : catholique romaine à l’extérieur,

                                                                    protestante luthérienne à l’intérieur




Mais le nom complet est « Weiden in der Oberpfalz ». Ober, de même souche qu’hyper et super, signifie comme eux « sur, haut ». Pfalz descend du latin palatium, « palais royal ». En français, il est très logiquement traduit par « Palatinat ». La ville s’appelle donc littéralement « Pâturages ou Saules en Haut-Palatinat ». Le Haut-Palatinat est le département de Bavière (le Regierungsbezirk) où se situe Weiden.

Initialement, ce terme désignait moins une région géographique qu’une juridiction administrative, justement placée sous l’autorité d’un « palais royal » (concrètement d’un comte palatin, c.à d. « du palais »). Il existe du reste un autre Palatinat en Allemagne, celui de Rhénanie d’où était natif le chancelier Kohl.

Troisième grande ville du Haut-Palatinat, Weiden a une histoire intimement liée à celui-ci. Plongeant ses racines dans des temps fort reculés, il acquiert sa forme actuelle au début du XIVe siècle. Rappelons qu’à l’époque l’Allemagne est une union de principautés largement souveraines, grossièrement comparable à notre Communauté Economique Européenne des années 1960, avec à sa tête un empereur (élu) dont le pouvoir dépendait surtout de sa personnalité. 

Le Palatinat semble avoir été une sorte de délégation administrative locale. Aussi loin qu’on remonte dans le temps et ce jusqu’au XIXe siècle, celui où se trouve Weiden était placé sous l’apanage des Wittelsbach. Cette très grande famille allemande a donné plusieurs empereurs et aussi, par mariages, de nombreuses têtes couronnées d’Europe. Les souverains de Grèce qui ont régné jusqu’en 1974 étaient ainsi des Wittelsbach. Mais il ne semble pas y avoir eu d’union matrimoniale significative avec la couronne de France.

Weiden doit une grande partie de sa prospérité initiale à s’être trouvée au carrefour de deux routes commerciales importantes, celle de l’ambre et la Via Carolina. La première, fréquentée dès la préhistoire et tracée dans un axe schématique nord-sud, allait de rivages de la Baltique à ceux de la Méditerranée. Rappelons que l’on trouve de l’ambre jusque dans les tombes égyptiennes. La seconde, littéralement la « route de Charles », a été ouverte au XIVe siècle par l’empereur Charles IV dans le sens est-ouest pour relier les deux principales villes du Saint-Empire à l’époque, Prague et Nuremberg.

Chez nous, la Bavière a souvent la réputation d’être un Etat très catholique. A tort : il s’y trouve plus d’un protestant pour trois catholiques, nettement plus qu’en France, et cela depuis très longtemps. Variable selon les régions, cette proportion semble être celle de Weiden, là aussi depuis des siècles. On y voit donc, comme du reste dans beaucoup de villes bavaroises, de mêmes églises baroques au bulbe caractéristique affectées, pour part, au culte catholique, et pour l’autre, protestant. Seul l’intérieur, moins chargé dans le second cas, permet de les distinguer.

Dans le Saint-Empire, les guerres de religion furent effroyables, bien pires qu’en France. Elles tuèrent plus du tiers de la population. Aujourd’hui, à Weiden et ailleurs, les communautés coexistent harmonieusement, à l’égal de la France et de l’Allemagne. Si cela pouvait servir d’exemple à d’autres régions du monde.

Herr Dokt. Peter Tanzend - Pierre Baland

21 mai 2026

Entretien d’Issy :

L’imagination, un droit de l’enfant

Pour le dernier Entretien d’Issy de la saison consacré au thème Imaginez, Élisabeth Brami, psychologue clinicienne et auteure jeunesse, vient évoquer le pouvoir de l’imaginaire chez les enfants. Depuis des décennies, elle explore avec finesse ce qui nourrit l’enfance : les émotions, les mots, les colères… et surtout l’imagination

Point d’Appui : En quoi ce pouvoir d’inventer, de rêver, de transformer le réel est-il essentiel au développement de l’enfant ? 
Elisabeth Brami : Nourri au lait de la parole et des liens affectifs, l’enfant possède un espace psychique qui l’aide à supporter la réalité et ses frustrations, lui donne la liberté d’inventer sa vie, trouver sa place, sublimer le malheur. 

 
Pd’A : À l’heure où les enfants sont très sollicités par les écrans, les rythmes scolaires et les activités structurées, quels sont selon vous les principaux freins à l’imagination aujourd’hui, et comment les adultes — parents, enseignants, collectivités — peuvent-ils mieux la protéger et la nourrir ? 
E.B : Les parents, piégés eux-mêmes, sont les premiers facilitateurs de dépendance précoce des enfants. Les imageries tueuses d’imaginaire, buveuses d’attention, sont fournies de bonne foi comme valorisantes au lieu de livres etc. Occuper son enfant au restaurant à une tablette 1er âge, pousser son landau en parlant à des oreillettes, le soumettre au flux violent d’images sans médiation verbale, sans décryptage entre réalité et fiction, c’est l’exposer à la fascination, l’insécurité, la sidération ou l’angoisse, faire de lui un regardeur passif dépendant, un consommateur compulsif. Quant aux rythmes scolaires et activités, ils sont toujours fixés par la société pour ses besoins économiques et non ceux des enfants interdits de temps de flânerie, rêverie voire d’ennui constructif. Seule la fonction onirique de la nuit échappe au c’est pour ton bien. 

Pd’A : Qu’est-ce qui vous frappe le plus aujourd’hui dans le rapport des enfants à la lecture et à la création ? Comment ces échanges nourrissent-ils votre propre travail d’autrice ? 
E.B : Comme auteure, je constate qu’il faut peu pour susciter l’imagination créatrice des enfants, le goût de lire et d’écrire : juste de joyeux partages littéraires et artistiques sans évaluation scolaire avec des adultes passionnés. Lassée des déplorations médiatiques, je vais à contre-courant et j’écris à présent de vrais romans à lire avec les oreilles pour les 3-6 ans. Les enfants n’ont pas toujours besoin qu’on leur fasse un dessin.  
Jeudi 28 mai à 20 h, salle multimédia de l’Hôtel de Ville.

17 mai 2026

Issy-les-Moulineaux, il y a 155 ans

"La Commune"

   Mai 1871


Les 1er et 2 mai, les Versaillais, conduits par le général Lamariouse prennent enfin la totalité du château et de son parc. Du moins ce qu’il en reste : la demeure des cousins des rois de France a subi tant de bombardements, et plusieurs incendies, qu’elle n’est plus que ruines. L’église Saint-Etienne n’est pas en meilleur état. L’on dit même que le clocher sert de cibles aux artilleurs ! 
Par Clamart, le général Berthier fait pilonner les maisons entourant le fort d’Issy. En deux jours, on compte plus de 400 morts.


Le site internet Historim a publié le récit de la chute du fort d’Issy, par Prosper-Olivier Lissagaray, journaliste et soldat communard : « l'orgueilleuse redoute n'était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par les obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondaient à l'averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs. Le 3, les Versaillais renouvelèrent leur sommation, ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d'état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l'ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon - XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu'ils surent retenir, revient l'honneur de cette défense extraordinaire ».

Le 6 mai 1871, à 19 h 30, Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif fait publier la déclaration suivante : « Ceux qui suivent les opérations que notre armée exécute avec un dévouement admirable, pour sauver l’ordre social, si gravement menacé par l’insurrection parisienne, ont compris qu’il s’agissait d’annuler le fort d’Issy en éteignant ses feux et en coupant ses communications, tant avec le fort de Vanves qu’avec l’enceinte. Ces opérations touchent à leur terme, malgré l’obstacle qu’elles rencontrent dans les batteries du fort de Vanves. En ce moment, nos troupes travaillent à la tranchée qui va séparer le fort d’Issy de celui de Vanves. La ligne du chemin de fer que traverse un passage voûté est la ligne qu’on dispute depuis trois jours. Cette nuit, 240 marins et deux compagnies du 17e bataillon de chasseurs à pied, conduits par deux compagnies du 17e, et la ligne du chemin de fer ainsi que le passage voûté sont restés en notre pouvoir. Cependant, la garnison de Vanves, cherchant en ce moment à prendre nos soldats à revers, était prête à sortir de ses positions, lorsque le colonel Vilmette s’est jeté sur elle à la tête du 2e régiment provisoire, a enlevé les tranchées des insurgés, a pris le redan où ils se logeaient, en a tué et pris un grand nombre et a terminé ce brillant engagement par un coup de main décisif. On a tourné aussitôt le redan contre l’ennemi et on y a pris une quantité d’armes, de munitions, de sacs, de vivres abandonnés par la garnison de Vanves, et le drapeau du 119e bataillon insurgé. Comme on le voit, pas un jour n’est perdu. Chaque heure nous rapproche du moment où l’attaque principale terminera les anxiétés de Paris et de la France entière. Nous avons eu divers officiers distingués mis hors de combat dans ses opérations. Le colonel Laperche, le lieutenant Pavot et le 
jeune de Broglie ont été gravement, mais non dangereusement, blessés. On espère qu’ils seront bientôt remis ».

Le lendemain, Eudes fait venir encore des renforts de Paris. Une nouvelle fois, c’est un massacre. Rue de l’Eglise, les maisons sont systématiquement détruites. Dans la Grande-Rue, la prise de la barricade donne lieu à des corps à corps à la baïonnette. Au Séminaire puis au Couvent des Oiseaux, les combats sont obstinés : A la fin pourtant, une des portes d’entrée cède sous les efforts des soldats que la résistance acharnée des Parisiens oblige chaque chambre l’une après l’autre, à briser les portes, à faire voler en éclats les cloisons. 
C’est dans le dortoir que la plus terrible mêlée a lieu. Après la prise définitive du couvent, ce dortoir présentait l’aspect le plus terrifiant. Les morts et les mourants gisaient pêle-mêle et tout le parquet était inondé de sang » (extrait de l’Avenir national en date du 20 mai 1871).

Le 13 mai, c’est au tour du lycée Michelet et de ses hommes de se rendre. Les Communards ont perdu… En un mois, environ 60.000 obus sont tombés sur le fort et la commune d’Issy. Le général de Rivières estime avoir perdu 300 hommes dans cette bataille, quant les Communards déplorent la mort de près d’un millier d’entre eux (hommes et femmes).

Le 21 mai les troupes versaillaises entrent dans Paris. C’est un carnage… Pendant près d’une semaine, du 22 au 28 mai 1871, les 130.000 hommes des troupes versaillaises s’acharnent à combattre et à éliminer tous les Communards – environ 20.000 hommes – qui se placent devant eux. Des barricades sont érigées un peu partout dans les rues de la capitale : elles sont renversées. Les exécutions sommaires d’hommes et de femmes se multiplient. Menés par des chefs inexpérimentés, comme Bergeret et Cluseret, les Communards, sentant leurs dernières heures venues, incendient l’Hôtel de Ville, la Cour des Comptes et le château des Tuileries. Ils fusillent eux-aussi des otages. Ainsi, le 26 mai, répondant aux massacres de Communards au Panthéon, les Fédérés fusillent les otages de la rue Haxo : 36 soldats, 4 civils et 10 prêtres.
Le lendemain, alors que les Communards ne tiennent plus que quelques rues autour du canal de l’Ourcq, l’on se bat à l’arme blanche dans le cimetière du Père-Lachaise. 147 révolutionnaires sont fusillés devant un mur d’enceinte du cimetière, qui prendra le nom de « Mur des Fédérés ». 
Au global, cette Semaine sanglante fait plus de 20.000 victimes parmi les Communards – dont la grande majorité des commandants militaires – contre moins de 1.000 pour les Versaillais. 
Près de 38.000 parisiens sont emprisonnés et certains leaders politiques sont envoyés en Nouvelle-Calédonie, comme Louise Michel ou Henri Rochefort.

Frédéric Rignault, 
président du Souvenir français d'Issy-les-Moulineaux

Deux nouveaux termes viennent d'arriver dans l'espace médiatique : insurrection, populisme. A.Bétry

14 mai 2026

Prendre l’air dans les rues d'Issy

La ville a une histoire en lien avec la maîtrise de l’air. Dans ses armoiries (et dans le logo d’Historim), un avion biplan côtoie un moulin à vent. Il y en avait plusieurs sur les hauteurs même si le nom des Moulineaux fait plutôt penser aux roues à aube des moulins sur les ruisseaux.

Au XIXe siècle, des ballons dirigeables survolent les champs et les jardins de la plaine avant que l’Armée ne réquisitionne le terrain en 1891. Devenu champ de manœuvre, celui-ci est devenu célèbre lors des débuts de l’aviation avec en particulier le premier vol d’un kilomètre en circuit fermé par Farman. En 1967, une partie du terrain est transformée en Héliport de Paris-Issy-et Valérie André (en 2022).

Plusieurs noms de rues évoquent cette histoire comme les constructeurs d’avions :  Gaston et René Caudron par une rue, les Frères Voisin dans un boulevard et Félix Amiot (à l’origine du premier monoplan) dans un mail.

La conquête de l’air est illustrée par des pionniers. Maurice Mallet survole la plaine à bord d’un dirigeable en 1879 ; une petite rue à son nom en est voisine. Henri Farman, Edouard Nieuport, le capitaine Ferber (premier aéroplane à moteur) ont chacun leur rue. Maryse Bastié a traversé l’Atlantique en solitaire en 1932 et a battu 10 records de distance et durée de vol ; une allée lui rend hommage depuis 2019. Santos-Dumont et Louis Blériot ont donné leur nom à des squares près de l’héliport.

Des militaires aviateurs sont aussi honorés tels Joseph Frantz (premier combat aérien en 1914) ou Guynemer mort au combat en 1917.


La rue Maurice Berteaux rappelle la mort du ministre Maurice Berteaux lors d’un accident dû à un avion lors de la course Paris-Madrid en 1911.

Deux écoles isséennes sont appelées l’une Saint-Exupéry (disparu en 1944) et Marie Marvingt qui crée l’aviation sanitaire lors de la Première Guerre mondiale. 

P. Maestracci 

 

1° Départ des aviateurs lors du circuit de l’Est, août 1910 (carte postale ancienne). Le  départ et l’arrivée étaient sur le champ d’aviation.

2° Rue Guynemer. (carte postale ancienne). Les Petits-Ménages (actuel hôpital Corentin-Celton) faisaient face à des bâtiments et à des usines qui sont remplacés par des bureaux contemporains.

3° Boulevard des Frères Voisin, côté isséen. En face se trouvaient les usines des frères Voisin.

7 mai 2026

Une silhouette disparue : la TIRU

L’usine est créée en 1910, quai des Moulineaux (137, quai de la Bataille-de-Stalingrad), par la Société des Engrais complets afin de traiter les ordures ménagères de quatre arrondissements de la rive gauche parisienne. À l’origine, l’activité se limite à un simple broyage destiné à produire des engrais. Très rapidement, les déchets sont également incinérés : la combustion alimente une centrale électrique, tandis que les scories trouvent un débouché dans une briqueterie.



La société T.I.R.U. (Traitement industriel des résidus urbains) est fondée en 1922 et étend son activité à l’ensemble des communes du département de la Seine dès 1933. Nationalisée en 1946, elle est intégrée à EDF, inscrivant durablement l’établissement dans le paysage industriel public de l’après-guerre.
La vétusté des installations, dont certaines remontent à 1927, entraîne l’arrêt de l’incinération en 1957. L’usine est reconstruite entre 1963 et 1965, malgré l’opposition de la municipalité, préoccupée par les nuisances générées par l’activité. Le chantier sert alors de décor au dernier épisode de la série Belphégor(1). L’inauguration officielle a lieu le 31 mars 1966.
Ses deux cheminées, hautes de 80 mètres, deviennent rapidement un repère familier dans le paysage d’Issy-les-Moulineaux. Dotée des techniques les plus modernes de l’époque, l’usine est conçue pour traiter jusqu’à 400 000 tonnes d’ordures ménagères par an, grâce à quatre fours équipés de filtres électrostatiques. Elle compte alors parmi les installations les plus performantes de son genre.

En 1977, les grandes cheminées en béton armé subissent d’importants désordres structurels. Exposées à des fumées très acides (chargées en soufre, chlorures et humidité), elles sont attaquées de l’intérieur : corrosion des armatures, fissuration du béton, dégradations du parement et pertes d’étanchéité. Ce type de pathologie, fréquent à l’époque en raison de normes environnementales encore limitées et de matériaux inadaptés, conduit à d’importants travaux de réparation : chemisage intérieur, traitement des fissures, renforcement structurel et amélioration du traitement des fumées. Ces incidents contribuent à une meilleure prise en compte des contraintes techniques et environnementales des incinérateurs.
Malgré les interventions répétées de la municipalité – notamment pour accélérer le remplacement de cheminées provisoires effondrées, puis, dans le cadre du SYCTOM, pour autoriser en 1986 l’installation d’un dispositif pilote de déchloruration des fumées – l’usine reste durablement associée, dans la mémoire des riverains, à des nuisances olfactives persistantes.
Les difficultés de circulation sont partiellement atténuées par l’aménagement d’une voie d’accès spécifique à la TIRU, mais le stationnement demeure impossible le long du quai, témoignant des contraintes qu’impose encore cette activité industrielle au tissu urbain.
L’activité d’incinération cesse définitivement en 2006, notamment en raison du durcissement des normes environnementales européennes. Dans la nuit du 12 au 13 mars 2006, l’une des deux cheminées prend feu, entraînant l’évacuation d’environ 400 personnes. Jugée dangereuse, elle est abattue le 26 mars suivant.
Le démantèlement du site débute en septembre 2008, sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Paris. Un nouvel incendie survient le 17 mars 2010, alors que l’usine est en cours de démolition, ses fumées étant visibles dans tout le sud parisien.
La seconde cheminée est démolie le 6 juin 2010 à l’aide d’explosifs, marquant la disparition définitive de cet élément emblématique du paysage industriel local.

La fin de l’usine et la transition (2007–2024)
Parallèlement à l’arrêt progressif de l’ancienne usine, une nouvelle unité de traitement, baptisée Isséane(2), est mise en service à proximité immédiate du site. Conçue comme un équipement de nouvelle génération, elle est en grande partie enterrée et dotée de dispositifs avancés de traitement des fumées, limitant fortement son impact sur l’environnement et les riverains.
Ce nouvel équipement incarne une évolution majeure dans la gestion des déchets, tant sur le plan technique qu’urbain. L’ancienne usine, quant à elle, cesse définitivement toute activité à la fin des années 2000.

La disparition de la TIRU s’inscrit dans une transformation plus large des bords de Seine à Issy-les-Moulineaux, où les anciennes friches industrielles laissent place à des quartiers mixtes mêlant logements, bureaux et équipements. Cette mutation reflète l’évolution du territoire, passé d’un paysage industriel à un pôle tertiaire et technologique majeur.
Mémoire d’un paysage industriel
La disparition de la TIRU illustre la mutation des espaces industriels urbains au tournant du XXIᵉ siècle. D’équipement productif, elle devient objet de mémoire, témoignant à la fois de l’histoire industrielle de la région parisienne et de l’évolution des exigences environnementales.
¹ https://tinyurl.com/53jk4kxa
² https://tinyurl.com/y9e7wzdx
Michel Julien

3 mai 2026

Paris vu de la butte des Moulineaux

Tableau d’Antoine Guillemet, 1897 

Cette huile sur toile de grand format est exposée au musée d’Orsay.  Le titre d’origine sur le cadre est un sobre Paysage ; il est devenu depuis plus explicite. Le tableau rentre par achat dans les collections nationales en 1974.
Le peintre Antoine Guillemet (1842-1918) fut l’élève de Corot, Daubigny et Courbet ; 
il fut ainsi initié à la peinture de plein air qui devint possible au cours du XIXe siècle grâce à l’invention, en particulier, des tubes de peinture. Ce paysagiste fut influencé ensuite par le mouvement impressionniste.


Le paysage représenté sur ce tableau offre une vue plongeante sur la capitale peinte au loin. Au premier plan, donc sur la butte des Moulineaux, un espace naturel herbu est parcouru par un sentier et un petit ruisseau. Un petit troupeau de moutons est en train de paître. Le relief dissimule en contrebas sur la droite les Moulineaux rattachés à Issy depuis 1893 ainsi que l’usine de munitions Gévelot.

La vallée de la Seine n’a que peu de rives aménagées car c’est encore largement une zone inondable. Un viaduc en pierre en travers du fleuve est parcouru par une ligne ferroviaire soulignée par la fumée d’une locomotive à vapeur.

En contrebas sur la droite, au-delà d’un vaste champ, on devine une route bordée de quelques maisons mais pas la ville isséenne.

Sur l’horizon, se détachent les grands monuments parisiens comme la tour Eiffel, l’ancien palais du Trocadéro, la butte Montmartre, etc.

 

P. Maestracci