26 juin 2026

Cherchez la sainte !


La pointe sud de l’île Saint-Germain accueille une allée Sainte-Eudoxie qu’une récente visite d’Historim nous a d’ailleurs permis de (re)découvrir. Les plaques précisent : « V Siècle, Impératrice d’Orient ». Problème : plusieurs impératrices portent ce nom et l’Eglise compte diverses saintes qui le partagent aussi. De qui parle-t-on au juste ?


Eudoxie, qui signifie « bonne réputation », est un prénom fréquent de l’antiquité. En France, la sainte Eudoxie la plus célèbre est celle d’Héliopolis, l’actuelle Baalbek. Habitante de cette ville qui dépendait alors de Rome, païenne d’une grande beauté, elle commence sa vie comme courtisane de luxe auprès d’amants fortunés. Encore jeune, elle croise Dieu sous la forme d’un ermite chrétien, religion persécutée, puis celle de l’archange Michel en songe. Sa vie bascule. Elle se convertit, donne ses biens aux pauvres et crée une petite communauté religieuse (les monastères n’existent pas encore). Son exemple inspirant est suivi par d’autres. Les autorités romaines la rappellent à l’ordre. Les avertissements restant sans effet, elle finit ses jours décapitée. Sa fête est célébrée le 1er mars, date supposée de son martyre.

 

Mais elle a vécu aux Ier et IIe siècles de notre ère et n’a pas été impératrice. Il ne peut donc s’agir d’elle. Or c’est la seule sainte catholique de ce nom. La nôtre serait donc à chercher parmi les Eglises orthodoxes ou d’Orient, ce qui complique un peu. Ces Eglises sont nombreuses. Elles « sanctifient » de façon plus informelle que le monde catholique. Il ne s’y tient pas de procès en canonisation sous l’œil vigilant du pape. Les « saints locaux » sont nombreux.

 

Les coptes honorent ainsi le 2 septembre une sainte Eudoxie native de la région de Ménouf dans le delta du Nil. Née de parents chrétiens, là aussi à une époque où ce credo était interdit, elle ne craint pas d’afficher sa foi devant les autorités. Outré, le gouverneur particulièrement sadique se surpasse en cruautés de tout genre pour la faire abjurer. En vain. Elle aussi finit décapitée. Mais de nouveau, pas de lien avec une fonction impériale …

 

Une autre sainte Eudoxie, dite la Martyre, est originaire d’Anatolie. A l’issue d’une bataille ayant mal tourné, elle est déportée en Perse. Contrainte d’y servir d’esclave à un officier, elle trouve courage dans sa foi chrétienne. Elle convertit ses maîtres puis, de fil en aiguille, leurs voisins. Ce qui irrite au plus haut point les autorités locales. Arrêtée, elle est à son tour cruellement suppliciée puis décapitée. Elle est reconnue sainte par plusieurs Eglises orthodoxes qui célèbrent sa mémoire le 4 août. Mais elle a vécu au IVe siècle et n’a pas été impératrice, ce qui ne colle pas.

 

Une quatrième Eudoxie a en revanche bien été impératrice d’Orient au Ve siècle : l’épouse de l’empereur Arkadios. Le christianisme est désormais religion d’Etat et le basileus est le chef de fait de l’Eglise byzantine. Dotée d’un fort caractère, Eudoxie n’hésite pas à s’attribuer certaines prérogatives de son époux. Elle s’implique dans les querelles théologiques du moment. Serait-ce enfin la personne recherchée ? Non, car l’Eglise garde d’elle le souvenir d’une souveraine hypocrite et même détestée qui, sous couvert de religion, menait une vie fort peu évangélique. Elle n’est pas reconnue comme sainte.
 
Celle qui coche toutes les cases semble être sa belle-fille. Née vers 400 et morte en 460, donc aux bonnes dates, cette autre Eudoxie épouse à 21 ans l’empereur Théodose II, le fils d’Arkadios. Elle aussi femme de tête, elle s’engage en religion et politique. Mais à la différence de sa belle-mère, ses autres traits ne prêtent pas à critique, ou du moins n’en ont pas le temps : une cabale et de fausses accusations lui font en effet perdre son titre d’impératrice à l’âge de 40 ans. Elle se retire alors à Jérusalem où elle partage les vingt dernières années de sa vie entre littérature (elle aurait été une grande poétesse), œuvres pieuses et participation aux débats théologiques qui secouent la jeune Eglise. Après son décès, elle est progressivement vénérée comme sainte par Jérusalem et Constantinople sans avoir connu le martyre, ce qui est rare à l’époque. Les Eglises orthodoxes fêtent sa mémoire le 13 août.


Ce serait donc notre sainte. Reste à savoir pourquoi la commune l’a choisie aux dépens de son homonyme d’Héliopolis plus connue. Peut-être parce qu’au contraire de cette dernière son existence est historiquement attestée ?

 

Signalons enfin qu’une de ses filles du même nom a aussi été impératrice au Ve siècle. Mais d’Occident, et sans avoir été reconnue sainte …


Ste Eudoxie impératrice, icône du Xe siècle 




P. Baland



 

23 juin 2026

Noms isséens hérités du Moyen Âge

Au Moyen Âge, il y avait deux endroits habités,Issy et La Ferme séparés par des terres agricoles. La présentation des noms reprend cette distinction qui a disparu en 1893 lorsque la commune prend son nom actuel.
 
Issy était un petit village à flanc de coteau dont les maisons étaient regroupées autour d’une église érigée aux VIe-VIIe siècle. Les paysans cultivaient les vignes sur le plateau alors que des prairies étaient dans la plaine inondable.
Certains noms de rues sont en rapport avec la donation du « fief d’Issy » en 558 par le roi Childebert à l’abbaye de Saint-Vincent-Sainte-Croix (future Saint-Germain-des-Prés) ; il existe un cours Saint-Vincent (patron des vignerons) ainsi que l’île et la place Saint-Germain. Le chemin du Moulin rappelle le moulin à farine qui appartenait à l’abbaye parisienne.


Rue Vaudétard. Vue sur la chapelle du Séminaire 
et le début de la rue Minard.




Un fief de l’abbaye Saint-Magloire, entre les actuelles rues Minard et Général Leclerc, fut géré jusqu’au XVIe siècle par la famille Vaudétard. Une rue de ce nom traverse cette propriété en grande partie occupée par le Séminaire actuel de Paris.
La rue Jeanne d’Arc honore la mémoire de la « Pucelle d’Orléans » qui fit couronner roi Charles VII et mourut brûlée vive en 1431 à Rouen.
 
Aux Moulineaux, le chemin de Saint-Cloud porte le nom déformé du prince Clodoald (devenu Cloud) qui fonda un monastère au XIe siècle à l’emplacement de la commune actuelle.
Sur les bords de Seine, le chanoine Jehan de Meudon au XIVe siècle, donna une ferme (et les terres aux alentours) aux Chartreux, d’où le quartier actuel de la Ferme et le nom de Chartreux donné à un quartier, une promenade, une médiathèque et un gymnase.


Rue de Vaugirard. Un seul immeuble est proche de la ligne du tram T2 et du quai de la 
Bataille de Stalingrad


La petite rue de Vaugirard entre Meudon et la commune tient son nom (comme la plus longue rue de Paris) de l’abbé Gérard ou Girard de Moret qui créa en 1432 une paroisse indépendante de celle d’Issy. Ce Val Girard est une partie de l’actuel XVe arrondissement parisien.
 
Croisement des rues Jeanne d’Arc et Guynemer (carte postale ancienne). 
L’immeuble ancien a été démoli depuis quelques années au profit d’un immeuble résidentiel plus haut.

 Texte et photos : P. Maestracci
 

 

20 juin 2026

Antoine Odier, ingénieur-pilote à Issy en 1908

Une nouvelle fois, Historim vous présente un épisode de la vie Isséenne, repris d’un livre découvert, comme il arrive souvent, par hasard dans une brocante. Là, il s’agit des premiers temps de notre fameux terrain d’aviation, décrits par un ingénieur-pilote, Antoine Odier, dans son livre « Souvenirs d’une Vieille Tige » (édité en 1955), avec une préface de son ami Gabriel Voisin.
Odier nous décrit l’ambiance sur le terrain en 1908-1909 et ne cache pas un certain mécontentement aussi bien vis-à-vis de la presse, des imbéciles rigoleurs que de l’autorité militaire. Il regrette aussi que le terrain n’ait pas été étendu après 1918, à la place des usines et des grands hangars à ballons, pour en faire un magnifique « port d’avions ». En 2026, l’aviation est toujours présente, mais cette fois c’est un « port d’hélicoptères » !
Jacques Primault

« La presse était baveuse. Dans le quotidien sportif Auto, aujourd'hui disparu, on ne citait jamais les frères Voisin, qui furent pourtant les premiers constructeurs. On écrivait dédaigneusement : « Les menuisiers de Billancourt » et leur appareil était « le biplan à queue ». Tous les pionniers étaient accablés de sarcasmes qui, souvent, tombaient de haut. L'Aéro-Club de France n'était composé que de ballonniers qui méprisaient l'Aviation. Quand l'un de nous avait décollé 500 mètres, ils disaient tous : « Ce n'est pas du vol, c'est un saut. »
Les tout premiers essais ont été faits à Issy-les-Moulineaux, berceau de l'aviation mondiale, sous les quolibets. Et je ne puis oublier les têtes à gifles des imbéciles rigoleurs qui se moquaient de nous : « Il croit qu'il va faire le moineau avec son truc »... « On va regarder si les plumes commencent à lui pousser au derrière… ». Evidemment, on pouvait dédaigner les sarcasmes des badauds, mais pour persévérer au milieu de l'immense bêtise générale, il fallait une foi robuste.
Comme le champ d'Issy n'est pas grand et que le virage posait des problèmes, il a fallu attendre jusqu'au 13 janvier 1908 pour qu'Henry Farman, sur un Voisin, réussisse à boucler un kilomètre sans toucher le sol.

Du gouvernement, on n'a jamais eu l'ombre d'une aide. De l'Autorité militaire non plus. Pour pouvoir utiliser le terrain d'Issy-les-Moulineaux, il avait fallu de longs palabres avec l’Armée, qui avait finı par nous tolérer de 4 heures à 6 heures du matin, à condition qu'il y ait, à nos frais, un service d'ordre. Or le terrain servait seulement de loin en loin à une escouade, qui venait faire du « Portez Arme » pendant une petite heure dans la journée.

Au début de 1909, nous étions cinq ou six : Blériot, Voisin, Nieuport, Santos-Dumont, Védovelli et moi-même. Quand l'un de nous escomptait le beau temps et pensait pouvoir faire un essai, il téléphonait au commissaire de police et demandait le service d'ordre pour le lendemain matin. A 4 heures, deux agents venaient encaisser 18 fr 50 et leur rôle s'arrêtait là. Car il y avait une servitude et n'importe qui pouvait traverser le champ. Vous souriez. Mais on n'était pas riches. 
Et 18 fr 50, c'était la valeur de trois journées d’ouvrier. Quand nous étions plusieurs à sortir, nous nous partagions la dépense. J’ai conservé les reçus.
Le capitaine Ferber était un apôtre de l'aviation. Il avait construit un premier aéroplane essayé sans succès le 27 mai 1905, puis un second qu'il décolla le 14 juillet 1908, à Issy. Il avait un biplan Voisin garé en bordure Est du mur du champ et il devait exécuter une manœuvre, longue et difficile, pour passer son appareil par-dessus la murette clôturant le champ. Car jamais l'Autorité militaire n'a permis à Ferber, pourtant officier d'active, de faire une brèche dans la murette, qui était cependant tout à fait inutile, puisque le champ était ouvert à tout le monde.
Issy-les-Moulineaux fut réellement le nid qui vit éclore l'aviation mondiale. En 1914, de grandes usines, Caudron, Nieuport, Farman, l'entourèrent et deux grands hangars de dirigeables y avaient été érigés. Les usines n'avaient guère empiété sur le champ et lorsqu'elles disparurent, après la Victoire de 1918, on aurait aisément pu racheter leur emplacement et l'agrandir considérablement jusqu'à la Seine. C'aurait été le plus magnifique port d'avions et d'hydravions du monde, mieux encore que Tempelhof, qui est au centre de Berlin. On a stupidement gâché cette occasion, en construisant le service technique et le ministère de l'Air qui réduisent le terrain et le rendent inutilisable. Et les étrangers qui arrivent au Bourget ou à Orly découvrent, avant Paris, une banlieue pouilleuse de bidonvilles, tout en perdant beaucoup de temps.»

17 juin 2026

L' ancien parc des Conti

Visite du 13 juin 2026

La promenade commence à côté du Musée Français de la Carte à Jouer, plus précisément près de sa Galerie d’histoire de la ville. Celle-ci est le vestige de l’entrée monumentale d’une vaste propriété voulue par Denis Talon en 1681 et achetée en 1699 par le Grand Conti, prince du sang. Il garde le parc « à la française » mais exige de l’architecte quelques modifications pour le château de taille relativement modeste.
La propriété, ravagée pendant la Révolution française est ensuite restaurée au début du XIXe siècle mais le parc devient un parc « à l’anglaise.



En 1857, la plus grande partie du parc est vendue et lotie pour des habitations. Quelques rues sont alors percées comme la rue Chénier.
Quant au château, il est dévasté lors de la Commune en 1871 et démoli par la suite sauf un des deux bâtiments de l’entrée. Il reste aussi la fontaine aux dauphins dans une propriété privée à l’emplacement des anciens communs du château. La rue Berthelot est percée après la démolition du château au début du XXe siècle.
Le Musée Français de la Carte à Jouer inauguré est composé de deux bâtiments : une moitié de l’ancienne entrée de la propriété des Conti et un bâtiment de 1997. 



Quatre hectares sur la hauteur sont transformés en 1936 en parc Henri Barbusse qui existe toujours. Le terrain est acheté par la mairie pour en faire un parc selon la volonté de Victor Cresson ; il est inauguré en 1936.  Plusieurs sculptures inspirées de l’Antiquité y sont dispersées. Le Bassin des Conti est préservé et transformé depuis peu en zone protégée pour des oiseaux. Une sculpture de 1995 surplombe ce bassin.
Des sculptures inspirées de l’Antiquité et restaurées depuis peu sont dispersées le long des allées.
 
Un grand merci à l’historimienne Françoise qui nous a permis d’admirer de plus près la fontaine aux dauphins.
P. Maestracci
photos M. Julien



15 juin 2026

L'invention du Docteur Zamenhoff

La rue du Dr Zamenhoff, probablement la seule d’Issy dont le nom commence par la lettre Z, est située en hauteur d’Issy, entre le Fort et la ville de Clamart. Longue de 300 mètres, elle relie la place du Groupe Manouchian à la rue du Chemin vert. Le voisinage de ces deux noms à consonnance étrangère n’est du reste peut-être pas un hasard.

L'école Louise Michel se trouve rue du Docteur Zamenhoff.

Le Dr Zamenhof, seule orthographe que citent les sources pour ce qui concerne le nombre de F, n’est pas le médecin le plus connu en France. Comme l’auteur de Frankenstein - qui se souvient de son nom ? - sa notoriété est largement éclipsée par celle de sa création. Car de celle-ci, tout le monde a en revanche entendu parler.





Louis-Lazare Zamenhof naît en 1859 à Białystok, à l’époque dans l’empire russe, initialement lituanienne et aujourd’hui polonaise. Ce détail n’est pas anodin. Située aux confins de ces trois pays ainsi que de la Prusse orientale et dans une région à forte présence juive, la ville est à l’époque un petit monde. On y trouve des communautés russe, polonaise, biélorusse, lituanienne et allemande. Chacune est enfermée dans son idiôme. Elle ne communique avec la voisine que par nécessité, avec difficulté et non sans frictions. Même mélange religieux : catholiques, orthodoxes et luthériens cohabitent avec deux tiers de juifs. Zamenhof, né Eliezer Levi Samenhof, se définit lui-même juif russe. A table, son père lui parle en russe et sa mère en yiddish.

A l’âge de 14 ans, il émigre avec sa famille à Varsovie, elle aussi dans l’empire des Tsars (l’Etat polonais ne sera restauré qu’après la 1ère guerre mondiale). Quelques années plus tard, il engage des études de médecine, d’abord à Moscou, puis à Varsovie, et enfin à Vienne pour une spécialité d’ophtalmologie. Confronté à l’antisémitisme, il occidentalisera ses prénoms en Ludwig Lazarus, puis Louis-Lazarre.
Fils de juifs ashkénazes, Elizer n’est lui-même pas pratiquant. On commence à parler du sionisme mais il ne s’y intéresse qu’un temps. Très tôt, sa passion est ailleurs : les langues, et plus particulièrement le spectacle qu’il a sous les yeux, la tragique barrière qu’elles dressent entre les habitants de sa ville natale. Et donc, il en est convaincu, les malentendus et drames auxquels leur diversité conduit. Il est en revanche doué pour les apprendre. Bilingue dès le berceau, il parle bientôt aussi allemand et français – quatre langues non seulement difficiles mais fort différentes. Il en ajoutera une demi-douzaine d’autres au cours de sa vie. Leurs processus intimes n’ont pas de secret pour lui. A 18 ans, en parallèle à ses études de médecine, il trouve sa voie : il veut créer et promouvoir une langue commune qui, s’ajoutant aux idiômes nationaux, serve de lien à l’humanité. Ce sera l’espéranto, la grande œuvre de sa vie.


On connaît la suite. Admirable construction théorique qui plonge ses racines dans le savoir linguistique encyclopédique de son créateur, l’espéranto ne parviendra jamais à s’imposer comme parler universel. Son apprentissage est pourtant facile. Son auteur en traduit lui-même la méthode dans une dizaine de langues. Il ne ménage pas ses efforts pour la promouvoir par tous les moyens : conférences, livres, revues, congrès périodiques ... Pour la faire connaître, il se transplante dans plusieurs pays dont l’Allemagne et la France. En 1922, la Société des Nations n’est pas loin de l’adopter comme langue de travail. Mais la représentation française s’y oppose, considérant que la victoire de 1918 devrait suffire à rétablir le français comme langue diplomatique internationale. Comme au temps de Voltaire. L’espéranto ne sera dès lors plus qu’une curiosité.
Et pourtant, le concept de langue internationale n’a rien d’absurde. Pour ne considérer que le monde méditerranéen dont nous sommes issus, l’akkadien, le grec, l’araméen, le latin et l’arabe en ont tour à tour (et parfois simultanément) été des exemples vivants. Plus à l’est, le sanscrit a servi de ciment culturel à une très vaste région : d’Islamabad à Singapour et Jakarta, toutes les grandes villes y portent encore des noms qui en sont issus. La notion d’idiôme artificiel a aussi des précédents historiques. Sanskrit, araméen et latin étaient en réalité, dans leur forme internationale qui nous est parvenue, des langues normalisées. Même l’allemand moderne est pour une grande part la fusion par Luther de plusieurs courants dialectaux à des fins de traduction de la Bible. Mais il est aussi vrai que conférer une portée trop large à une langue peut aussi la condamner à se fragmenter un jour en dialectes, et donc revenir au point de départ, ce dont Zamenhof s’est sans doute du reste lui-même rendu compte vers la fin de sa vie.
Le docteur humaniste est enfin le contemporain, compatriote, coreligionnaire, et pour tout dire alter ego, d’un autre autodidacte qui, inspiré par le même environnement politico-linguistique, crée simultanément lui aussi une langue qui, en revanche, réussira : Ben Yehuda, l’inventeur de l’hébreu moderne.
La commune d’Issy s’honore à rappeler la mémoire d’un authentique pacifiste doublé d’un génie de la linguistique.
P. Baland

 

 

                                                                                                                                 


11 juin 2026

Chemins d'Issy

Le mot chemin vient du celte cam (un pas) devenu en latin camminus. Un chemin est un lieu de passage pour hommes et animaux à la campagne. Pourtant il en existe une dizaine dans la ville car c’est un héritage de son passé agricole. La plupart sont réservés aux piétons mais dans certains cas, des véhicules peuvent y circuler. 

Chemin de la Bertelotte avec sur la gauche les bâtiments du collège Henri Matisse.





Certains évoquent évidemment la campagne comme le chemin des Vignes près des serres municipales et de vignes toujours exploitées. La vendange à l’automne  est faite par de jeunes Isséens. Le chemin du Moulin à l’entrée du Fort est sur l’emplacement d’un moulin médiéval appartenant à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le chemin du Bois-Vert en centre-ville a le nom d’un sous-fief ; il est en pente et relie la rue Minard à celle du Général Leclerc. Le chemin de la Bertelotte est le nom d’un lieu-dit.

Plaque du chemin du Colonel Arnaud Beltrame près du Belvédère au Fort.



Deux noms indiquent un accès aux transports : le chemin d’Accès à la Gare d’Issy du RER et le chemin Latéral longe les lignes du Tram et du RER dans le quartier Val-de-Seine.

Enfin le chemin du Colonel Arnaud Beltrame (1973-2018), juste à l’extérieur du Fort rend hommage à cet héroïque gendarme qui donna sa vie pour sauver des otages.


P. Maestracci 


Plaque du chemin du Moulin entre la rue du Fort et l’allée Lucie Aubrac



 

4 juin 2026

Deux papes à Issy ?

La réponse est à la fois oui et non. Une certaine ambiguïté est à l’origine de ce titre un peu volontairement provocateur.

OUI.
Un fait est certain, le pape Jean-Paul II est bien venu à Issy le 1er juin 1980 lors de son séjour en France durant trois jours. Ce premier dimanche de juin, après avoir assisté à la grand-messe au Bourget, il arrive à bord d’un hélicoptère Puma blanc et bleu du GLAM, baptisé Arc de Triomphe. L’appareil.se pose, à 16 h 10, dans le jardin du Séminaire. Le souverain pontife se rend ensuite à la chapelle où il préside une réunion de la Conférence épiscopale française en présence de 130 évêques. Après deux heures de huis clos, une collation lui est offerte avec l’ensemble de l’épiscopat.
Pendant ce temps, une foule nombreuse s’est massée dans la rue du Général-Leclerc. Sous la surveillance d’un service d’ordre attentif, elle patiente depuis de longues heures dans l’attente de la sortie du Saint-Père qui doit emprunter cette rue pour se rendre au Parc des Princes où il doit rencontrer la Jeunesse de France





Lorsqu’il apparaît enfin, dans la SM présidentielle, c’est sous des acclamations enthousiastes et ininterrompues qui l’accompagnent jusqu’à la disparition du cortège.
Ainsi s’achève cette journée mémorable que vous pouvez retrouver en visionnant le reportage du journal d’Antenne 2 (https://tinyurl.com/4u5swh8k).



NON.

Car un autre est bien venu à Issy… mais sans encore l’être.

En 1950, Monseigneur Angelo Giuseppe Roncalli,– futur Jean XXIII, élu le 28 octobre 1958, pour succéder à Pie XII.– passe un après-midi au Séminaire.

A cette époque, il est nonce apostolique en France, fonction qu’il occupe de fin 1944 à fin 1952. Il vient visiter l’établissement à l’occasion d’une journée portes ouvertes destinée au recrutement des séminaristes.

Cette journée coïncide avec une grande manifestation d’Action catholique organisée par les ouvriers de la paroisse de Vanves, comme en

 témoigne une affiche conservée.

Sur le cliché pris au moment de son départ, on y distingue sa silhouette caractéristique, un document sous le bras, s’apprêtant à monter dans sa voiture de fonction, une Ford Mercury ornée du fanion de la cité vaticane. Derrière lui, dans l’ombre du porche, apparaît le supérieur général de Saint-Sulpice, Pierre Boisard.

A trente ans d’intervalle, deux hommes appelés à marquer l’histoire de l’Église ont franchi les portes du Séminaire d’Issy. L’un était déjà pape. L’autre le deviendrait quelques années plus tard.

Michel JULIEN

Photos : collection M. Julien