La pointe sud de l’île Saint-Germain accueille une allée Sainte-Eudoxie qu’une récente visite d’Historim nous a d’ailleurs permis de (re)découvrir. Les plaques précisent : « V Siècle, Impératrice d’Orient ». Problème : plusieurs impératrices portent ce nom et l’Eglise compte diverses saintes qui le partagent aussi. De qui parle-t-on au juste ?
Eudoxie, qui signifie « bonne réputation », est un prénom fréquent de l’antiquité. En France, la sainte Eudoxie la plus célèbre est celle d’Héliopolis, l’actuelle Baalbek. Habitante de cette ville qui dépendait alors de Rome, païenne d’une grande beauté, elle commence sa vie comme courtisane de luxe auprès d’amants fortunés. Encore jeune, elle croise Dieu sous la forme d’un ermite chrétien, religion persécutée, puis celle de l’archange Michel en songe. Sa vie bascule. Elle se convertit, donne ses biens aux pauvres et crée une petite communauté religieuse (les monastères n’existent pas encore). Son exemple inspirant est suivi par d’autres. Les autorités romaines la rappellent à l’ordre. Les avertissements restant sans effet, elle finit ses jours décapitée. Sa fête est célébrée le 1er mars, date supposée de son martyre.
Mais elle a vécu aux Ier et IIe siècles de notre ère et n’a pas été impératrice. Il ne peut donc s’agir d’elle. Or c’est la seule sainte catholique de ce nom. La nôtre serait donc à chercher parmi les Eglises orthodoxes ou d’Orient, ce qui complique un peu. Ces Eglises sont nombreuses. Elles « sanctifient » de façon plus informelle que le monde catholique. Il ne s’y tient pas de procès en canonisation sous l’œil vigilant du pape. Les « saints locaux » sont nombreux.
Les coptes honorent ainsi le 2 septembre une sainte Eudoxie native de la région de Ménouf dans le delta du Nil. Née de parents chrétiens, là aussi à une époque où ce credo était interdit, elle ne craint pas d’afficher sa foi devant les autorités. Outré, le gouverneur particulièrement sadique se surpasse en cruautés de tout genre pour la faire abjurer. En vain. Elle aussi finit décapitée. Mais de nouveau, pas de lien avec une fonction impériale …
Une autre sainte Eudoxie, dite la Martyre, est originaire d’Anatolie. A l’issue d’une bataille ayant mal tourné, elle est déportée en Perse. Contrainte d’y servir d’esclave à un officier, elle trouve courage dans sa foi chrétienne. Elle convertit ses maîtres puis, de fil en aiguille, leurs voisins. Ce qui irrite au plus haut point les autorités locales. Arrêtée, elle est à son tour cruellement suppliciée puis décapitée. Elle est reconnue sainte par plusieurs Eglises orthodoxes qui célèbrent sa mémoire le 4 août. Mais elle a vécu au IVe siècle et n’a pas été impératrice, ce qui ne colle pas.
Une quatrième Eudoxie a en revanche bien été impératrice d’Orient au Ve siècle : l’épouse de l’empereur Arkadios. Le christianisme est désormais religion d’Etat et le basileus est le chef de fait de l’Eglise byzantine. Dotée d’un fort caractère, Eudoxie n’hésite pas à s’attribuer certaines prérogatives de son époux. Elle s’implique dans les querelles théologiques du moment. Serait-ce enfin la personne recherchée ? Non, car l’Eglise garde d’elle le souvenir d’une souveraine hypocrite et même détestée qui, sous couvert de religion, menait une vie fort peu évangélique. Elle n’est pas reconnue comme sainte.
Celle qui coche toutes les cases semble être sa belle-fille. Née vers 400 et morte en 460, donc aux bonnes dates, cette autre Eudoxie épouse à 21 ans l’empereur Théodose II, le fils d’Arkadios. Elle aussi femme de tête, elle s’engage en religion et politique. Mais à la différence de sa belle-mère, ses autres traits ne prêtent pas à critique, ou du moins n’en ont pas le temps : une cabale et de fausses accusations lui font en effet perdre son titre d’impératrice à l’âge de 40 ans. Elle se retire alors à Jérusalem où elle partage les vingt dernières années de sa vie entre littérature (elle aurait été une grande poétesse), œuvres pieuses et participation aux débats théologiques qui secouent la jeune Eglise. Après son décès, elle est progressivement vénérée comme sainte par Jérusalem et Constantinople sans avoir connu le martyre, ce qui est rare à l’époque. Les Eglises orthodoxes fêtent sa mémoire le 13 août.
Ce serait donc notre sainte. Reste à savoir pourquoi la commune l’a choisie aux dépens de son homonyme d’Héliopolis plus connue. Peut-être parce qu’au contraire de cette dernière son existence est historiquement attestée ?
Signalons enfin qu’une de ses filles du même nom a aussi été impératrice au Ve siècle. Mais d’Occident, et sans avoir été reconnue sainte …
Ste Eudoxie impératrice, icône du Xe siècle
P. Baland
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