3 novembre 2016

Septembre 1914- Rassurer la population d'Ile-de-France

Pour débuter cette saison 3 de la Grande Guerre, vue et vécue par Historim,  voici quelques illustrations  toutes tirées de l’hebdomadaire Le Miroir (collection de Mme Jeannine Poinot). Elles permettent de voir ce que pouvaient penser les Franciliens au cours de leurs lectures.

Petit rappel des faits.

La Première Guerre mondiale a commencé depuis un mois avec la déclaration belliqueuse de l’Autriche-Hongrie à la Serbie fin juillet. Cela déclenche le début des hostilités entre la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie) et la Triple Entente (France, Royaume-Uni et Russie) parmi les principaux belligérants.  L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août. Les deux pays comptent sur une guerre rapide. Le plan allemand Schlieffen prévoit un mois pour battre les Français grâce à sa puissance de feu et des troupes nombreuses avant de se retourner contre les Russes à l’est. Le président Poincaré fait confiance au plan Joffre d’offensive à outrance pour récupérer l’Alsace-Lorraine en quelques semaines.
Les soldats allemands entrent en Belgique pourtant neutre afin d’attaquer le flanc gauche français. Pendant que la guerre de mouvement fait rage en Belgique et au nord-est de la France, les journaux participent à la propagande nationale pour rassurer les populations et accabler l’ennemi. Les images montrent le départ joyeux des mobilisés « la fleur au fusil » et n’évoquent pas les lourdes pertes françaises. Les pantalons garance sont si visibles… la tenue bleu horizon s’imposera l’année suivante.


1° Carte du camp retranché de Paris avec sa ceinture de forts. 
(13 septembre 1914). 



Il s’agit de rassurer car la bataille de la Marne est très récente. La contre-offensive est menée par Joffre et Gallieni du 6 septembre au 9 septembre. Les combats se déroulent à une cinquantaine de kilomètres seulement de la capitale. Cette bataille est symbolisée par la réquisition des fameux Taxis de la Marne. Les soldats allemands se heurtent aux troupes françaises ; ils se replient du 10 au 12 septembre, un jour avant la parution du Miroir.
Les fortifications datent de 1840-44. A l’époque les fortifications et la ceinture de forts, dont celui d'Issy, autour de Paris correspondaient à la volonté de Thiers de contrôler des Parisiens prompts à la révolte. En 1914, on montre que la capitale peut être efficacement défendue. D’autant que les armées se lancent dans la « course à la mer », essayant alternativement mais vainement de déborder l’ennemi.

2° Quatre photographies, (13 septembre 1914). 

Longchamp reçoit des hôtes encore inaccoutumés (en haut à gauche) 
Le champ de courses devient un pré pour des bovins. Les bêtes sont mises à l’abri d’un éventuel pillage mais surtout c’est une façon de montrer la volonté gouvernementale d’assurer le ravitaillement en viande et lait. C’est pour conjurer le souvenir de la famine subie en 1870-71.


La plupart des portes de Paris ont été fermées (en haut à droite).
Il s’agit en l’occurrence de la porte de Villiers dans le 17e arrondissement. Les autres portes ont été également fermées comme celles jouxtant Issy-les-Moulineaux. De l’ouest vers l’est : celle de Bas-Meudon pour la ligne ferroviaire, les portes de Sèvres, d’Issy et la porte de Versailles.
Les tranchées sont établies à nos portes (en bas à gauche).
Elles sont creusées derrière les portes fermées ; pourtant si celles-ci sont bien closes, on suggère pourtant qu’elles soient forcées !
La porte Maillot est mise en état de défense (en bas à droite). 
Des arbres sont abattus afin de servir de camouflage à l’artillerie. 


3° Carte de la région où les troupes alliées viennent de remporter 
une grande victoire (20 septembre 1914) 



Voici l’illustration de la bataille de la Marne gagnée par Joffre et Gallieni. Les « troupes alliées » sont évidemment les soldats français mais aussi des renforts belges et britanniques. Il faut mettre en valeur que la France n’est pas seule dans l’effort. 
Les Allemands atteignent le Grand Morin à quelques dizaines de kilomètres de Paris mais la contre-offensive du 6 au 9 les obligent au repli du 10 au 12. La ligne de front du 14 souligne le recul ennemi tant à l’est qu’au nord-est. Pour autant, le nord de la France et la Belgique restent occupés jusqu’en 1918. A noter l’indication des forts autour de Paris. Le document met en évidence l’attaque et la défense !

4° Photographie de l’année terrible. Le château d’Issy après la guerre. 

Le château des Conti fut dévasté par les combats de 1870-71. La légende insiste sur la responsabilité allemande mais passe sous silence les combats entre Communards et Versaillais en 1871. Ce rappel montre que les Allemands sont dangereux et qu’il faut à tout prix éviter leur retour. Notons qu’Issy s’appelle en réalité Issy-les-Moulineaux depuis la fin du XIXe siècle et que le château n’a pas « été complètement rasé ». La partie centrale fut rachetée par Auguste Rodin et remontée dans sa villa des Brillants à Meudon. Il subsiste encore la partie gauche de l’entrée (actuel Musée Français de la Carte à Jouer) et la fontaine aux Dauphins rue Berthelot.

Tous mes remerciements à Jeannine Poinot qui a généreusement prêté sa belle collection du Miroir pour le plus grand plaisir des lecteurs du site d’Historim. 
P. Maestracci

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