21 mars 2015

J.-B. Merlino, un artiste de la rue de la Défense

La rue de la Défense en pente et longue d’environ 500 mètres part du boulevard Rodin et remonte vers le parc Barbusse et la rue de l’Égalité. Son nom évoque les combats autour du fort d’Issy et à Paris contre l’armée allemande en 1871 comme La Défense de Paris, sculpture de Barrias à Courbevoie qui a donné son nom au quartier d’affaires. Né à Issy-les-Moulineaux, Jean-Baptiste Merlino (ci-dessus) y vit toujours à son vif plaisir. Ses familles maternelle et paternelle sont venues après la Première guerre mondiale. Une particularité : il porte le prénom de ses deux grands-pères. 

La famille
Sa mère, Piedad Fueyo, est originaire des Asturies au nord-ouest de l’Espagne. Elle vint avec sa famille d’abord au nord de la France où les hommes travaillèrent dans les mines de charbon avant de s’installer dans la commune où se trouvaient beaucoup d’usines. Le grand-père Juan-Bautista Fueyo, colosse de 1,95 m., était responsable de la réception du linge sale aux Blanchisseries de Grenelle, rue Rouget de Lisle (immeubles de bureaux aujourd’hui). Sa femme est appelée l’abuela (grand-mère en espagnol). Le couple et les enfants demeuraient impasse (disparue) des Épinettes entre les rues d’Érevan et de la Défense. Jean-Baptiste Merlino avec d’autres garnements dévalait la pente en terre battue sur une tôle ondulée avant de s’arrêter dans un mur de l’autre côté de la rue !
La famille paternelle vient d’Italie. Le grand-père Giambattista Merlino, avait d’abord travaillé dans les abattoirs de Chicago aux États-Unis sans s’y plaire et était revenu de ce fait en Europe. Soldat pendant la Première Guerre mondiale, il participa à la bataille de Caporetto près de Trieste en octobre 1917. Cette défaite italienne permit aux Austro-Hongrois d’envahir la Vénétie jusqu’à la Piave. Le grand-père assistait après guerre aux cérémonies officielles avec ses médailles sur son manteau noir et coiffé d’un chapeau noir aux larges bords. La grand-mère, Catherine-Angèle Tomassi vient de Monte-Cassino entre Rome et Naples. Le couple eut six enfants : une fille et cinq fils. Un oncle maternel, « l’oncle François »Tomassi s’installe dans notre commune et construit avec l’aide de son père une maison avec terrasse et un café au rez-de-chaussée, rue de la Défense (ci-dessous), au n°32. 

Rue de la Défense- n°35 et suivants, en montant
vers le parc Henri Barbusse.Aquarelle de  J.-B. Merlino, 2014.
Carmine, père de Jean-Baptiste naquit en 1918 à Monte-Cassino. Carmine et Piedad se marient évidemment à Issy-les-Moulineaux et ont un fils unique, Jean-Baptiste. L’accouchement se fit chez une sage-femme 162 rue de l’Égalité ; dès le lendemain, bébé et maman reviennent rue de la Défense. L’acte de naissance est signé par Victor Cresson, maire de 1935 à 1939 (disparu tragiquement en 1944). Le grand-père paternel selon l’usage achète chez le volailler du 23 de la rue, une grosse poule; il s’agit d’en tirer un bouillon pour la lactation de la jeune accouchée. Jean-Baptiste Merlino éprouve infiniment de « tendresse pour ses grands-parents qui l’ont élevé » ainsi que pour ses oncles.

La jeunesse
Éditions Sigest, 2007.

Il évoque merveilleusement son enfance dans un livre qu’il a illustré et commenté (http://editions.sigest.net). On y retrouve les familles venues d’horizons divers, les jeux des enfants dans la rue avec une surveillance collective des mères, les maisons ou immeubles, les commerces. Tout un microcosme touchant dans cet ouvrage. M. Mezzadri , instituteur de l’école du Fort,« glorifié par les élèves » était fort sévère mais jouait au football avec ses élèves qui comprenaient rapidement l’intérêt des protège-tibias tant le maître y mettait de l’ardeur! Toute la classe (40 garçons ) fut reçue au certificat d’études. 

Au milieu de ces souvenirs heureux, surnage le souvenir de l’occupant allemand. Un officier allemand très droit sur son cheval remontait la rue vers le Fort, les yeux toujours aux aguets. Il était précédé d’une Kübelwagen (un bac en allemand), voiture-amphibie avec une hélice à l’arrière et, derrière le cavalier suivait une patrouille à pied. Dès que les soldats allemands arrivaient, toutes les mères mettaient à l’abri leurs enfants et leurs copains. Par ailleurs, le nom de certains résistants sont gravés sur une plaque au numéro 25 de la rue.
Pendant les vacances, Jean-Baptiste Merlino se fait de l’argent de poche en travaillant pour l’entreprise Tissot (boulevard Garibaldi) ; il donnait un coup de main pour monter des stands au Parc des Expositions de la porte de Versailles. Nanti du certificat d’études, il commence à travailler dès l’âge légal de 14 ans à l’époque aux Blanchisseries de Grenelle comme son grand-père. Il y est « ripeur », c’est à dire qu’il aide à porter de lourds paquets de linge.
Un dessin à l’encre de chine et lavis, le portrait de Jean Gabin transforme sa vie professionnelle. Son copain Michel D* montre l’œuvre à MM. Richier et Laugier, patrons d’une l’imprimerie qui était.8 rue Barthélémy ( Paris XVè). C’est ainsi que M. Merlino « a fait ses classes de dessinateur-lithographique ». Il aurait pu être maquettiste, artiste qui conçoit une affiche après avoir visionné un film car il arrive à dessiner à main levée Simone Signoret dans Casque d’or.

Le service militaire
Son service militaire de 28 mois lors de la guerre d’Algérie lui laisse un très mauvais souvenir. Jean-Baptiste Merlino est en train de finir un livre sur ce sujet dont le titre est J’ai besoin de vous dire. Il est en quête d’ailleurs d’un éditeur. Il déplore encore la mort de ses copains de la rue : Pierre Essayan, Claude Franck, Roger Langlois, Casimir Stachurski. Ces quatre représentent le quart des noms gravés sur le monument aux morts sur la colonne à droite pour l’ «Afrique du Nord ». Encore aussi douloureux, le jour du 17 avril 1961 où il explique que « tombé dans une embuscade, j’en suis sorti indemne, marqué à vie » pour apprendre le décès de son grand-père bien-aimé empoisonné par un poêle défectueux. La permission de venir assister à l’enterrement lui est refusée en raison de la situation en Algérie. Le monoxyde de carbone a aussi plongé sa grand-mère dans un coma dont elle ne sortit que très diminuée. Elle fut prise en charge par sa bru Jeannine et son mari Joseph, le troisième fils « merveilleux de bonté ». M. Merlino leur en est encore très reconnaissant.

Le mariage
Le 29 septembre 1962, il se marie avec sa chère Hélène qui habitait la rue Prudent-Jassedé (un passage de nos jours seulement). Celle-ci a fréquenté l’école La Fontaine comme après elle, enfants et petits-enfants. Le couple a trois enfants, Franck, Éric et Catherine, nés à la clinique Pasteur aujourd’hui disparue, avenue Pasteur. La génération suivante est composée de cinq petits-enfants, deux filles et trois garçons.

Rue Étienne Dolet. La rue croise l'avenue Jean Jaurès qui monte vers l'(église Saint-Etienne?
Dessin à l'encre de Chine de Jean-Bâtiste Merlino, 1966.
Je tiens à remercier vivement M. et Mme Merlino dont l’accueil est chaleureux et émouvant ainsi que M. René Barrière qui m’a permis de rencontrer ce couple qui a déjà célébré ses noces d’or. P. Maestracci.


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