6 novembre 2015

Les établissements Nieuport à Issy

Nous débutons notre série "l'aviation dans la Grande Guerre" par l'un des grands constructeurs français : Nieuport.

Deux frères

Les deux frères de Niéport (dit Nieuport), Édouard (né le 24 août 1875 à Blida) et Charles (né le 4 août 1878 à Lagny), sont installés depuis 1902 à Asnières, où leur société, Nieuport-Duplex, produit des magnétos, bougies et accumulateurs pour l’automobile puis pour l’aviation (Voisin notamment). Édouard souhaite que la société construise désormais des avions. Pour cette raison, en janvier 1908, la société est rebaptisée Société Générale d’Aéro-Locomotion (SGAL) et produit son premier aéroplane, monoplan, le Nieuport I, qui atteint 70 km/h avec un moteur ne dépassant pas les 20 ch.

Charles Nieuport. © XDR
Édouard Nieuport. © XDR
L’avion est détruit durant les inondations de janvier 1910, mais le Nieuport II fait rapidement son premier vol à Issy. Édouard Nieuport obtient son brevet de pilote le 10 juin 1910 et présente désormais les avions de la marque au grand public et aux armées, notamment à Reims et à Mourmelon.





L’installation à Issy

En 1911, les deux frères décident d’installer la partie aviation de leur société à Issy-les-Moulineaux, Suresnes poursuivant la production des pièces électriques. Mais deux drames successifs vont bouleverser la vie de cette société. Tout d’abord, Edouard se tue le 16 septembre 1911, à Verdun, aux commandes d’un aéroplane lors d’une présentation aux armées.

Charles poursuit néanmoins en 1912 l’installation prévue à Issy, dans un triangle formé par la rue du Point du Jour (aujourd’hui boulevard Galliéni) avec la rue Camille Desmoulins, donc au sud-ouest du terrain d’aviation (plan ci-dessous). Bien que moins passionné par l'aviation que son défunt frère, Charles obtient son brevet de pilote civil le 22 janvier 1912, puis le brevet militaire le 9 février suivant, ce qui lui permet d’assurer la réception des avions militaires Nieuport.

Plan de l'usine Nieuport d'Issy. © XDR
Le second drame intervient le 24 janvier 1913 à Etampes lorsque Charles se tue lors d’un vol de réception. Henri Deutsch de la Meurthe, qui a soutenu financièrement le développement de la société, poursuit leur action, rachète tous les brevets et transforme l’entreprise en société anonyme des établissements Nieuport. L’usine, dirigée par Henry de la Fresnay, emploie alors 150 personnes (photo ci-dessous). En 1913, la construction d’un deuxième bâtiment s’impose, de l’autre côté de la rue Camille Desmoulins.

Les bâtiments de l'usine Nieuport.© XDR

La guerre

En janvier 1914, l’ingénieur Gustave Delage, qui va se faire un nom entre les deux guerres, rejoint la société comme directeur technique. Il se trouve, dès le mois d’août, mobilisé avec beaucoup d’ouvriers, tandis que les ouvriers non mobilisés sont transférés à Tours pour y produire des biplans…. Voisin III. En effet, les armées ont limité à quatre le nombre de types d’appareils utilisés par l’Aéronautique militaire. Il n’y a aucun Nieuport !
L’avance allemande ne semblant pas menacer Paris, l’usine d’Issy-les-Moulineaux reprend son activité en novembre 1914, retrouvant la quasi-totalité de ses spécialistes en avril 1915.

Dès son retour à Issy-les-Moulineaux en février 1915, Gustave Delage dessine un nouveau type de biplace d’observation, biplan pour la première fois ou plus exactement sesquiplan (aile haute plus longue que l’aile basse), le Nieuport 10 qui, une fois le ministère convaincu, arrive au front en mai 1915. Au total un millier de Nieuport 10 sont produits en France, en Grande-Bretagne, en Italie et en Russie.

Le pilote Jean Navarre. © XDR
Avec la formule des versions dérivées, issues de modifications diverses (moteur, armement, dessin des ailes, etc..), ce premier biplan donne naissance à une remarquable série d’appareils de reconnaissance et d’escorte, de chasseurs monoplaces : le Nieuport 11, le fameux « Bébé » Nieuport - de dimensions réduites (sur lequel volent plusieurs As, dont Guynemer et Navarre, ci-dessus), le Nieuport 16 (premier avion équipé de fusées dites fusées Le Prieur, ancêtres des roquettes, photo ci-contre), le 24bis de Nungesser (photo à gauche ci-dessous), et, enfin, une série de grands biplans de bombardement.
Lance-roquettes embarqué. © XDR
Le pilote Charles Nungesser. © XDR


En 1915, avec le succès du Bébé Nieuport, il est nécessaire de développer les surfaces de production, cette fois de l’autre côté du boulevard Galliéni, sur le terrain d’aviation. 




En 1917, la firme Nieuport s’étend ainsi sur 4 500 m2 et emploie 3 600 ouvriers (photos ci-dessous). Mais à partir de l’été 1917, les Nieuport montrent leur infériorité technique. En octobre, le général Pétain, commandant en chef des armées françaises écrit : « Le Nieuport est inférieur à tous les appareils ennemis, il est vital qu’il soit retiré très vite de toutes les escadrilles du front ». Il faudra attendre le printemps 1918 pour que ce soit effectif (pour les escadrilles françaises).

Atelier d'entoilage. © XDR
Atelier d'assemblage. © XDR
Atelier de peinture. © XDR
Les Nieuport ont été l’épine dorsale de la Chasse française de 1915 à 1917. Quasiment tous les As français ont fait leurs premières armes sur cette famille de chasseurs ainsi que chez les Britanniques, Italiens et Américains. L’Armistice de 1918 entraine l’annulation brutale des commandes de guerre, situation aggravée chez Nieuport par la disparition de son propriétaire, Henry Deutsch de la Meurthe, le 24 novembre 1919. La famille injecte de nouveaux capitaux pour soutenir la Société qui va devenir en 1921 la Société anonyme Nieuport-Astra.

[En février 1937, la société devenue Loire-Nieuport est nationalisée comme Société nationale de construction aéronotique de l'Ouest (SNCAO). Le nom Nieuport disparait du registre du commerce en mars 1937.Les immeubles sont repris après la guerre par la compagnie générale de radiologie puis sont détruits à la fin des années 80].  Jacques Primault

1 commentaire:

  1. Bonjour, je suis à la recherche d'informations concernant un soldat : Etienne RAISON né en 1887 et décédé en 1939, qui tapissier de métier a été affecté dans l'usine d'Issy-les-Moulineaux et qui en 1918 aurait été intoxiqué lors d'un bombardement de l'usine. Avez-vous connaissance des circonstances de ce bombardement ?
    Je suis membre du Souvenir Français de l'Isère et fais cette recherche pour un adhérent de l'Union Nationale des Combattants de l'Isère, colonel en retraite et dont ce soldat était le grand-père de son épouse. Merci et bravo pour votre travail historique.
    PS : je transmets l'adresse de votre site à cette famille qui pourra déjà voir en photo l'atelier d'entoilage où leur aïeul a certainement travaillé.

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