17 août 2013

La Révolution française - épisode 6

La Terreur bat son plein. La guillotine fonctionne à plein régime. En ce mois de juin 1794, les jours de Robespierre sont comptés, l'opposition se mobilisant pour faire tomber l'Incorruptible.


Robespierre, Musée Carnavalet.
Traité de "dictateur" à la réunion du Comité de Salut public du 28 juin, Robespierre (à droite) n'y paraît plus mais continue de fréquenter la Convention. « On assure que le tyran s'était emparé, à Issy, de la charmante maison de la ci-devant princesse de Chimay. C'est là qu'avec Hanriot, Saint Just et plusieurs autres complices se préparait la ruine du peuple. C'était là le Trianon du continuateur des Capet. C'est là qu'après des repas pour lesquels tout ce qu'il y avait dans le voisinage était en réquisition, le tyran se roulait dans l'herbe, feignait d'être agité de mouvements convulsifs, et, en présence de la cour qui l'entourait, il faisait l'illuminé pour en imposer aux imbéciles, » peut-on lire dans un journal - d'opposition - il va s'en dire.

La princesse de Chimay, née en 1740, habite Issy depuis qu'elle a racheté le château des Conti. Le marquis Marc-Marie de Bombelle (1744-1822), diplomate et ecclésiastique, lui rend visite en 1791. Il note dans son journal le 10 novembre : " Je suis allé un peu plus loin dans le beau village d’Issy faire une visite à M. et Mme de L’Épine qui habitent le superbe établissement formé autrefois par Mme la princesse de Conti qui appartient depuis à la princesse de Chimay et qui a été singulièrement embelli quant aux jardins par M. de L’Épine, directeur de la Monnaie de Paris.… C’est dans un des jolis logements des corps de logis séparés du château qu’il m’a été accordé de la meilleure manière le choix de l’appartement que je voudrais habiter. »

Le château des Conti, Issy. Huile sur toile de Joseph Visone (19e s.).
© Benoit Chain/ coll. Musée de Sceaux.

La princesse de Chimay, première des seize dames du palais de Madame Victoire, l'une des huit filles de Louis XV, est une mélomane avertie. Alors que Madame Victoire et sa soeur Madame Adélaïde se réfugient à l'étranger en 1791, la princesse de Chimay se cache.
En cette année 1794, Fouquier-Tinville, l'accusateur public, la recherche depuis longtemps. Un jour, le commis-greffier Ducret, évoquant le beau domaine de la princesse à Issy révèle que sa propriétaire est "encagée" aux Oiseaux, une prison de la rue de Sèvres. Fouquier, alors, présent, dépêche une charrette le jour-même et  c'est là, le 7 Thermidor (25 juillet), à 17 heures qu'elle est arrêtée, condamnée pour "conspiration contre le peuple". Elle passe sa dernière nuit à la Conciergerie, est conduite à l'échafaud,  le lendemain 26 juillet (8 Thermidor). Ce sera la dernière charrette de guillotinés avant  l'exécution de Robespierre le 9 Thermidor. Elle avait 54 ans. Avec elle, une autre habitante d'Issy-l'Union : "Saneterre M.C.. veuve d'Armentiére, ex-noble et maréchal de France, âgée de 44 ans, née à Paris, domiciliée à Issy-l'Union, condamnée à mort, le 8 thermidor an 2, par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme conspirateur, et ayant fait émigrer son fils ".

Appel des victimes de la Terreur à la prison Saint-Lazare à Paris, les 7-9 Thermidor, an II.
Le peintre Charles-Louis Muller (1815-1892), ancien élève de Gros, va consacrer une toile (ci-dessus) à cet événement. Il va prendre la liste des dernières victimes (dont nos deux Isséennes) publiées dans les numéros du journal le Moniteur des 7 et 9 thermidor an II, ainsi que le rappel nominal des victimes repris par Thiers dans son Histoire de la Révolution française (1823-1827) et produire cette œuvre de fiction (l'histoire étant un peu malmenée), où la vie côtoie la mort, la lumière l'ombre. La princesse de Chimay est la jeune femme au fond du tableau, dans la lumière, qui est traînée par son geôlier.

Ainsi se termine la Révolution française vue à Issy. PCB.








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