26 août 2014

La Libération vue par une Isséenne - Été 1944 - chronique n°8

Voici la fin du mois d'août et les célébrations de la Libération dans toute la région. C'est aussi la fin de nos chroniques estivales, en compagnie de Jeannine et de Pascale, des chroniques saluées par Le Parisien du jeudi 21 août (voir photo ci-dessous). Merci à la famille Provôt de nous avoir confié ce touchant témoignage.


Vendredi 1er sept. – Nous manquons, à nouveau, d'électricité le soir.

Samedi 2 sept. – 150 g de viande ! Notre ration hebdomadaire pour les semaines suivantes.

Dimanche 3 sept. – Nous allons faire une promenade vers la Porte de Versailles et place Balard. Nous voyons des Américains…..
Dans la soirée, un camion américain s’arrête à proximité de nos fenêtres. Ns faisons signe « bonjour ». Au moment de démarrer, un soldat nous lance une chemise
!

Lundi 4 septembre – Nous passons par les boulevards que nous n’avions pas encore vus… On y croise bcp [beaucoup] d’Américains. Les terrasses de café sont pleines.

5 septembre – On annonce qu’un défilé de « Fifis » aura lieu à 3 h de la Pte de Versailles à la place Voltaire [Vaillant-Couturier]. Du coup, on re-pavoise !..
Le défilé a du retard. Il défile devant le colonel Roll [ pour Rol-Tanguy], chef de la Résistance de la région parisienne. Je l’ai très bien vu. Il est très jeune.[ il n’a que 36 ans ]. Ces jeunes « Fifis » défilent fièrement et sont acclamés chaleureusement tout le long du parcours. Il y a beaucoup de monde. On leur doit bien de s’être dérangés. Le service d’ordre est très bien fait…. on se méfie des miliciens. 
8 septembre – Nous passons par les Invalides… On attend le général Eisenhower qui revient de l’Étoile… Le cortège des voitures, précédé de deux tanks, débouche des Ch. Elysées. Nous voyons très bien le général (en voiture fermée) fort affable, aimable et sympathique par son salut et son sourire. Il sait que la foule est venue pour l’acclamer. Il se fait connaître en la saluant. Que de bravos !..
Nous parcourons l’esplanade des Invalides et remarquons l’aile du ministère des Affaires étrangères qui est un des bâtiments les plus détériorés : plus de toitures, plus de fenêtres : ce sont de grands trous béants qui montrent le vide à l’intérieur. Cette partie-là a été brûlée….
Paris est animé. La circulation est plus dense : des autos sont ressorties. L’exubérance, la gaieté sont revenues….
Les Parisiens commencent à s’habituer aux Alliés et se conduisent en enfants mieux élevés : plus de curiosité mal placée ni de mendicité. Au début, quelle opinion ont dû avoir de nous les Américains ! Tout le monde quémandait soit cigarettes, soit bonbons, soit schewing gum [sic], sans aucune retenue.


11 septembre – A Paris, le métro a repris.

Lundi 18 septembre – C’est une satisfaction de revoir ce métro …Toutes les affiches pro-allemandes sont déchirées et les nombreux habits verts [soldats allemands] sont remplacés par q.q. habits kaki, autrement plus sympathiques.

24 septembre – A quand la paix ? Et que sera l’avenir ?
Il faut encore du courage et de la patience…



Ce journal en septembre est essentiellement consacré aux retrouvailles familiales et amicales. Il s’arrête le 24.
Dans le pays, c’est le retour à l’ordre. Pour le rappeler, de Gaulle se déplace dans de nombreuses régions françaises. Le GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) procède à de très nombreuses arrestations pour mettre fin à l’épuration sauvage remplacée par une procédure judiciaire légale.

Le 23 novembre, Leclerc est à Strasbourg. Il a enfin respecté son serment de Koufra en Libye : se battre jusqu’à ce que le drapeau français flotte sur la cathédrale alsacienne. Des poches de résistance allemande subsistent dans les ports jusqu’en 1945. La paix est signée le 7 mai à Reims et le 8 à Berlin pour l’Europe. En revanche, le Japon ne capitule que le 2 septembre après deux bombes nucléaires.

Les deux imprécisions orthographiques sont aisément compréhensibles dans le contexte de l’époque. Le chewing-gum était une friandise encore méconnue. Rol-Tanguy, à ne pas confondre avec le peintre Roll du début du siècle, sortait à peine d’une clandestinité vitale sous l’Occupation.
P. Maestracci

1 commentaire:

  1. Bravo et merci infiniment de cette rétrospective de la Libération d'Issy et de Paris .On a l'mpression de la vivre en direct . Très belle initiative pour la Mémoire et les générations futures
    Bien à toute l'équipe
    Alain LEVY

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