19 octobre 2016

Monique, figure du quartier Saint-Etienne

Sa famille
Monique vit dans le quartier Saint-Étienne (photo ci-dessous) depuis sa naissance.
Place de l'Église. Vue du début du XXe siècle. Coll. particulière.
Elle est la petite-nièce de M. Chardonneret, mécène qui fit don de sa précieuse collection de cartes à jouer au musée isséen devenu Musée Français de la Carte à Jouer, rue Auguste Gervais. Son grand-père est né à Paris en 1870. Son père « hirondelle » travaillait à la Préfecture de Police pour le préfet Chiappe. Sa grand-mère paternelle Marie-Louise et sa mère Henriette étaient toutes deux infirmières. La grand-mère d’abord infirmière des hôpitaux était ensuite devenue « accoucheuse chez les dames ». Elle vint ensuite s’occuper de ses petites-filles et garder des enfants « pour gagner des sous ». Sa mère travaillait à la Manufacture des Tabacs, rue Renan. Monique est la deuxième d’un trio de filles.

Le Front Populaire
Sa sœur aînée travaillait au Moniteur, rue Renan où il y eut la grève en 1936, à l’époque du Front Populaire. Pendant l’occupation de l’usine, les paniers de nourriture étaient hissés avec des cordes pour le ravitaillement. Il y eut aussi des bagarres avec les Croix de Feu aux opinions politiques antagonistes. Lors des premiers congés payés (photo ci-dessous) (15 jours en 1936), Monique évoque « le gosse avec une épuisette, le père avec sa casquette…Ils allaient voir la mer pour la première fois ». 

Premiers congés payés. © XDR
La SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) louait un terrain avec une cabane impasse Cloquet, un « coupe-gorge ». Le Dr Alessandri, membre de la SFIO, était conseiller général de la Seine. Il fut maire de la commune en 1939-40 jusqu’à l’arrivée des soldats allemands.

Scolarité 

École de filles, rue du Fort. Monique y fut élève dans les années 1930.
Coll. particulière

Monique a fréquenté un certain nombre d’écoles isséennes, d’abord chez « des sœurs défroquées », avenue Jean Jaurès (bâtiment qui fut longtemps le siège du commissariat). Elle alla ensuite à l’école rue du Fort (photo ci-contre), puis à l’école de la Source, rue Tariel. À partir de 1939, elle fit partie des réfugiés envoyés en province avant de revenir en octobre 1940 et d’aller à l’école Voltaire B (devenue l’Espace Savary, rue du Général Leclerc). Comme il n’y avait pas de chauffage, les filles allaient à l’école le matin et les garçons l’après-midi. Ceux-ci laissaient « des petits mots d’amour » pour les écolières qui les retrouvaient le lendemain matin. À noter que l’école Voltaire A, sur la place Vaillant-Couturier, était alors fermée. Monique remporte deux prix d’excellence et réussit le certificat d’études. Ensuite, elle prend des cours chez Pigier à l’angle de la rue Branly ; elle y apprend la sténo, la dactylographie et l’anglais avant de devoir travailler à 15 ans.


La Seconde guerre mondiale
En 1939-40, elle est réfugiée en province, d’abord dans un collège d’Angers puis à Brissac (Maine-et-Loire) avant de revenir dans la commune.
Monique se souvient : « À 5 heures du matin, je me levai pour aller chercher du lait pour ma petite sœur ». Les enfants avaient droit à du lait, des gâteaux vitaminés et à une pastille de vitamines.
Sa mère et sa grand-mère gardaient des enfants parmi lesquels André, deux ans, à qui Monique a appris à marcher. Le père d’André « arrive un beau jour avec une petite valise » ; lui et sa femme venaient d’être arrêtés car ils étaient des juifs russes. Le père avait réussi à s’échapper et à prévenir la famille d’accueil de son fils. Il avait mis des bijoux dans « un petit sachet » pour les frais d’éducation d’André. De plus, il avait placé des « papiers dangereux » dans une petite valise. Il fallait les détruire, ce qui fut fait discrètement en les déchirant et en les jetant dans les égouts. André, petit garçon de santé fragile, resta deux ans dans sa famille adoptive jusqu’à ce que ses parents reviennent le chercher. Son père était venu voir son fils plusieurs fois en cachette et sa mère, revenue de déportation « a récupéré son petit ». Celle-ci avait un numéro tatoué comme tous les prisonniers sélectionnés pour le travail dans les camps nazis. Les bijoux intacts furent rendus à la famille qui a remboursé les frais de garde. Le contact fut ensuite rompu. Un autre garçon de 12 ans, Freddy, « un érudit » fut également hébergé dans la famille de Monique ; il écrivit un poème pour la mère de celle-ci. 

26 août 1944. Le Général de Gaulle avec, à sa gauche,
Alexandre Parodi, à sa droite, André Le Troquer,
commissaire aux territoires libérés. © AFP.
En août 1944 lors de la Libération, Monique participe à l’élaboration d’une barricade devant l’église Saint-Étienne, en allant chercher avec son amie Mimi du sable dans une brouette. « Je me suis même blessée, égratignée à la jambe ». Elle vit un tank [de la 2ème DB] descendre la rue Diderot puis les Américains « qui jetaient du chewing-gum ». Son plus beau souvenir est celui du drapeau français flottant sur le clocher de Saint-Étienne, hissé par Marcel, fils du patron du bureau de tabac (remplacé par une pharmacie à l’angle de l’impasse Cloquet). « Tout le monde pleurait » ; les cloches sonnaient à toute volée pour la libération de Paris. « C’est incroyable. La France délivrée ! ». Le 26 août, Monique part du quartier Convention avec sa sœur qui emmenait ses jumeaux en compagnie de sa belle-mère. Elles virent le général de Gaulle descendre les Champs-Élysées « avec Le Troquer au premier rang (photo-ci-contre). On a entendu les premiers coups de feu ; on a fait du plat ventre ». Elles traversèrent la Seine pour rentrer par la rue de Vaugirard où il y avait des tireurs sur les toits. Leur mère, très inquiète après avoir écouté la radio, la retrouva avec soulagement dans la rue Minard.

Au travail
Monique commence à travailler en pleine guerre à l’âge de 15 ans à la SNCASO (Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud-Ouest) qui occupait des locaux prêtés par le ministère de l’Air, Porte de Versailles. Elle travaille ensuite à la Préfecture de la Seine, rue Tronchet dans le 8e arrondissement. Elle y est dactylo et se trouve dans le bureau de l’Enseignement avec deux secrétaires. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Ginette Mathiot (célèbre pour ses livres de cuisine) et des inspecteurs de l’Éducation Nationale. On est alors au tout début de la méthode de lecture globale ! Monique réussit ensuite un concours pour rentrer au Crédit Foncier au standard. Après-guerre, elle devient monitrice pendant ses congés dans des colonies de vacances tandis que sa mère y travaillait comme infirmière. Cela permettait d’offrir deux mois de vacances à la petite dernière.

Bénévole
Son emploi du temps au Crédit Foncier lui permet d’avoir des activités bénévoles à la Croix-Rouge et à l’hôpital Saint-Michel.
Dans la commune, elle est membre pendant trente ans de l’ILE (Issy Loisirs Entraide) qui organise des voyages, des fêtes, prépare des paquets, des cartes pour Les Papillons blancs (enfants trisomiques) et fait appel au CAT (Centre d’Aide par le Travail) impasse Saint-Lucie.
Depuis plus de dix ans, elle est membre du CCA (Conseil Communal des Aînés) ; elle s’est occupée de la « sécurité routière ».

Un grand merci à Monique pour son témoignage très émouvant ainsi qu’à une autre Monique qui m’a accompagnée. P. Maestracci

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