20 novembre 2011

Louis-Ange Pitou. D'Issy à Cayenne

Journaliste, écrivain, poète, chanteur, contre-révolutionnaire actif, Louis-Ange Pitou (1767-1846) est une figure marquante de cette époque plus que mouvementée. Il rencontre le 10 juin 1790 la reine Marie-Antoinette aux Tuileries qui lui fait don d'un portrait d'elle. Après le journée du 10 août 1792, concrétisée par la prise des Tuileries et la chute de la monarchie, le libelliste doit vivre caché. Arrêté en 1793, il échappe de peu à la guillotine. Quatre ans plus tard, il ne réchappe pas au coup d'Etat du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) qui place à la tête de la France meurtrie, grâce à l'appui de l'armée et Bonaparte, un triumvir musclé : Barras, Reubell et La Révellière-Lepeaux. Les royalistes, accusés d'avoir tenté un retour au pouvoir, sont condamnés à la déportation à Cayenne, la "guillotine sèche", comme on la surnomme. Qui sera fermée progressivement  après le reportage effectué par le journaliste Albert Londres en 1923. Parmi ces royalistes, Louis-Ange Pitou.

Il va tenir un journal - les Déportés de Fructidor - publié quelques années plus tard, après sa libération en 1799, grâce au coup d'Etat - encore un ! - du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) amenant Bonaparte au pouvoir. Et raconter son expérience dans un ouvrage d'ethnologue : Voyage forcé à Cayenne

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Et Issy-les-Moulineaux, me direz-vous ? Nous en sommes bien loin. Pas tant que cela - car pour se rendre à Cayenne, il fallait marcher, marcher beaucoup depuis Paris. Gagner La Rochelle, puis l'île de Ré d'où les navires partaient pour la Guyane. C'est au départ de la capitale, le 26 janvier 1798, alors qu'il se rend vers sa première étape : Versailles, encadré de deux archers, que Louis Ange Pitou écrit :

«Le brouillard venait de se dissiper ; le soleil perçait les nuages, je marchais tête baissée, rêvant à la sensibilité de cette jeune femme que je n’avais jamais vue. Je foule une pelouse qui commence à poindre, des rigoles d’une eau argentine traversent par mille sinuosités une prairie déjà tapissée de verdure. À ma gauche, une montagne escarpée n’offre encore que les désastres de l’hiver ; les coteaux de vignes qui la couvrent sont nus ; les vieux pampres d’un noir grisâtre, amoncelés dans les ruisseaux, en arrêtent le cours et tamisent les eaux. Nous voilà à Issy ; j’y cherche en vain les ruines du fameux temple d’Isis ou Cérès. C’est à ce petit village que Paris doit son nom. Issy vient d’Isis et Paris de paratum ysi ou par isi, temple dédié à Isis ou égal à celui d’Isis. Le temps qui ronge les monuments et l’histoire, effacera de même ce moment de tristesse. Avec le temps, je me souviendrai d’avoir passé à Issy pour être déporté ; avec le temps, je reviendrai dans ce village avec autant de plaisir que j’ai de peine à le quitter. Le superbe parc qui l’embellit, appartenait à Mme de Rohan-Guéménée ; il fit envie à Robespierre ; il se l’appropria en faisant guillotiner la propriétaire. Quinze jours avant sa mort, ce tyran rêveur cherchait à dissiper son chagrin par une promenade dans le genre du Promeneur solitaire. Sa vue inspirait tant d’effroi que personne n’osait l’approcher, si ce n’est Collot-d’Herbois et Billaud-Varennes, associés de ses proscriptions. Les hommages de la multitude étaient un poids qui l’accablait. Pour venir à Issy, il se déroba à tous les témoins, excepté aux remords. Après avoir fait une promenade en bateau sur l’étang de ce parc, il dit à ses chers collègues : « Rien ne me plaît ici ; tout m’ennuie à la ville comme à la campagne ; je voudrais m’en retourner... » -Tout me plairait ici ; j’ai le trésor qui lui manquait, la paix d’une bonne conscience. Sans elle, le bonheur est du fiel, et l’adversité un enfer. "

Gageons qu'à son retour en France, enfin retiré de la politique, il eut l'occasion de retourner dans notre commune. PCB

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