2 mai 2014

D'une mairie à l'autre… place de l'Hôtel de Ville à Issy-les-Moulineaux

En 1893, le nom de la commune s’allonge pour devenir Issy-les-Moulineaux afin de marquer l’extension vers l’ouest et le quartier très industrialisé alors des Moulineaux. Le document officiel est signé par le président de la République Sadi Carnot ; celui-ci est assassiné l’année suivante. La commune, faisant partie du canton de Vanves et du district de Sceaux, se trouve dans le département de la Seine.
La mairie de la place Voltaire est à la fois trop exiguë et excentrée par rapport à un territoire municipal nettement redéfini. Il faut la remplacer par un bâtiment plus grand et plus à l’ouest. C’est alors qu’une occasion se présente. La ville de Paris qui a acheté une portion de terrain près des fortifications et de la Seine doit payer à la commune 500 000 francs. En outre, un impôt extraordinaire de 225 000 francs étalé sur 15 ans est approuvé par le conseil municipal ; de plus, le Conseil Général ( de la Seine ) vote une subvention de 110 000 francs. Cet argent sert à financer l’achat d’un terrain, la construction de l’Hôtel de Ville et d’une crèche ainsi que l’aménagement de leurs abords.

Louis Bonnier. Ph.XDR
Le terrain délimité par l’avenue de la République, la rue Kléber et la rue Renan est acheté 185 000 francs aux époux Langlet ; il s’agit de l’ancienne propriété du Couvent des Oiseaux. L’architecte choisi pour le nouvel édifice est Louis Bonnier (1856-1946), qui a beaucoup travaillé pour l'Exposition universelle de 1900. Il réhabilite une partie de l’ancien couvent et dessine un bâtiment rectangulaire dont l’entrée principale donne sur un square. Il s’inspire librement des anciens hôtels particuliers d’Ancien Régime entre cour et jardin. Du côté de la rue Renan, la cour rectangulaire est flanquée de deux ailes en retour ; c’est devenue l’entrée actuelle. 

L’inauguration officielle de  mairie a lieu le 13 octobre 1895 en présence du ministre des Travaux Publics, M. Dupuy-Dutemps. Citons un extrait du discours du maire Henri Mayer (1894-1903) : « Faisant trêve pour un jour au labeur quotidien, à ces préoccupations, à ces divergences de vue, à ces discussions, à ces controverses qui sont l’essence et la conséquence d’une vie communale intense… ». 

L'hôtel de ville (à gauche). Carte postale début XXe. Coll. privée


Carte postale n°1.
La vue est prise en direction de Paris vers le nord-est.
À gauche, une place caractéristique avec ses bancs publics et un réverbère longe l’aile occidentale de l’Hôtel de Ville. Cette partie du bâtiment abritait alors des bureaux administratifs, le secrétariat et le bureau du maire mais aussi la Recette. Depuis la rénovation en 1994, le superbe salon Elysée d’après le modèle du palais présidentiel occupe l’angle donnant sur la place au rez-de-chaussée.
Au centre, la rue Renan (devenue rue du Général Leclerc après-guerre) est parcourue par des voitures à chevaux et même un triporteur circulant sur une double rangée de rails des tramways.
A droite, une boutique l’épicerie À la Grâce de Dieu qui date de 1898 au n°87. L’enseigne est alléchante « Confiserie fine. Spécialité Boîtes pour baptême ». Un immeuble plus haut l’a remplacée dans les années Trente. Juste à côté, on distingue l’enseigne d’une charcuterie ; c’est toujours d’actualité. Un peu plus loin à l’angle de l’avenue qui ne s’appelle pas de Jean Jaurès, un café qui est de nos jours remplacé par une banque. Barrant la vue au fond, une aile du Grand Séminaire


Le square de l'Hôtel de Ville. Carte postale 1910. Coll. privée.


Carte postale n°2.
La vue, côté square, montre la façade principale décorée d’un fronton triangulaire sculpté par l’Isséen Camille Lefèvre. Le thème est allégorique : la ville est entourée par les deux sources de richesse de l’époque, Industrie et Maraîchage. L’entrée dans l’Hôtel de Ville se fait par deux escaliers encadrant un massif (remplacé dorénavant par une fontaine). Le square protégé par des grilles contient des arbustes et des arbres déjà grands car ils ont une quinzaine d’années au minimum. Parmi les personnages qui prennent la pose au premier plan, plusieurs gardes reconnaissables à leur tunique aux boutons dorés (?).
À l’arrière-plan, les bâtiments existent toujours. L’immeuble Belle Époque présente une façade somptueusement sculptée avec notamment la fable du Renard et les raisins. Juste à côté et moins élevé, le flanc d’une maison de la Villa Kléber.

Le coût final pour la construction de l’hôtel de ville, une crèche et ses abords fut de 495 000 francs. La crèche pouvait accueillir les enfants âgés de 15 jours à 3 mois dont les mères travaillaient. À noter que la seule autre crèche se situait aux Moulineaux. P. Maestracci

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