12 décembre 2015

1427 - les vignes issséennes menacées

Alors que l'on fêtait la semaine dernière l'arrivée du "beaujolais nouveau", que le mois dernier, comme tous les ans, les enfants des écoles primaires vendangeaient (ci-dessous), ce petit article nous replonge dans le village d'Issy médiéval, en pleine tourmente.

Vendanges isséennes, 2015. © A. Bétry
Le début du XVe siècle est pour la France et les Français une sombre période. La situation politique est aussi confuse que dramatique en pleine Guerre de Cent ans et une occupation anglaise. Et avec une interminable guerre civile qui oppose Bourguignons et Armagnacs alliés des Orléans. Tout ceci en raison de la folie de Charles VI (de 1392 à sa mort en 1422). Tous sont des proches parents du roi et se battent avec acharnement sans compter les ambitions françaises d’Henry V de Lancastre. La cavalerie française est massacrée à Azincourt en 1415. Cette victoire anglaise est analysée par le vainqueur Henry V : « Je ne crois pas que je l’ai méritée. Je crois plutôt que Dieu a voulu punir les Français ». No comment.

Le village d’Issy n’échappe pas à la tourmente et est cité à deux reprises dans Le Journal d’un bourgeois de Paris sous le règne de Charles VI. On ignore le nom de ce « bourgeois » probablement en réalité homme d’Église. Il est un précieux témoin de la vie à Paris pour la première moitié du siècle. Partisan des Bourguignons, il se rallie au nouveau roi Charles VII en 1435, lors du traité d’Arras par lequel Charles VII et le duc de Bourgogne font la paix.

En raison de l’insécurité dans une banlieue hors des murailles parisiennes, il écrit qu’à Issy « nul n’osoit vendanger » ; en automne donc. Or, le terroir isséen est amplement occupé par un vignoble qui constitue à l’époque la principale ressource pour ses habitants. Les vignes poussent sur les coteaux dominant la plaine de Vaugirard. De plus, l’auteur anonyme explique que les Isséens participent à une procession de 500 à 600 personnes, peut-être à l’ancienne église Saint Étienne (l’actuelle est largement postérieure) ou dans un autre lieu de culte. Ils prient Dieu  d’avoir « pitié de la grant eaue et pour la froidure qu’il faisoit car à ce jour n’eust-on point trouvé une vigne en fleur ». Les calamités naturelles sont celle de la crue (grant eaue) de la Seine qui occupe son lit inondable et le froid printanier retardant la floraison. Le printemps rigoureux est impitoyable pour des paysans qui ont tout à craindre d’hommes affamés ou de soldats en maraude sans compter que les moissons estivales ne sont jamais assurées. Calamité supplémentaire, cela laisse présager des vendanges fortement compromises.

Charles VII. © XDR
Charles VII (à droite), fils du roi fou Charles VI et d'Isabeau de Bavière, n’est alors que le « roi de Bourges ». En effet, il est déchu de ses droits par le traité de Troyes de 1420 car sa mère privilégie son gendre Henri V, roi d’Angleterre. En 1427, Issy comme toute l’Île de France et la Normandie sont sous autorité anglaise. La France est alors partagée en trois parties inégales, l’anglaise, la bourguignonne et la plus petite autour du « roi de Bourges ». P. Maestracci




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