18 avril 2016

Le couple Dutilleux-Joy. Des musiciens passés par Issy

Geneviève Joy et Henri Dutilleux sortent de l'oubli grâce à une de leurs amies, dénommée Geneviève aussi, qui s'est confiée à Pascale, à l'occasion du centenaire de la naissance du compositeur. Découverte.


Le couple Dutilleux-Joy. © XDR

Notre Geneviève est une altiste, 1er prix au Conservatoire de Paris en juillet 1942. Quelques semaines plus tard, elle est contactée par les Concerts Lamoureux qui lui demandent de jouer le Requiem de Fauré lors du concert de Toussaint. Jusqu’alors il n’y avait pas de femmes dans les orchestres sauf au sein des orchestres symphoniques et lyriques de la Radio car « on ne voit pas les femmes ».  Elle reste cinq ans dans l’orchestre Lamoureux et évoque les répétitions le matin du jeudi et du vendredi ; le samedi après-midi avant le concert du dimanche après-midi. 

Rencontre avec Geneviève Joy
Elle passe une année dans la même classe de musique d’ensemble avec Geneviève Joy, entrée à 20 ans au Conservatoire de Paris en 1939 et 1er prix de piano. Les deux musiciennes deviennent amies. En compagnie de trois musiciens (2 violonistes, 1 violoncelliste) qui ne concourent pas, Geneviève joue le quatuor de Ravel dans lequel la partition d’alto, sa spécialité, est très importante. Elle gagne ainsi sa première médaille pour son concours de musique de chambre. Geneviève, après avoir élevé ses enfants rejoint avec grand plaisir, sur suggestion de son amie Geneviève Joy, un orchestre d’amateurs parisiens.

Passage à Issy
Geneviève Joy avait épousé le compositeur Henri Dutilleux en 1946 dont elle fut aussi une interprète privilégiée. Le couple habite quelques mois au 5 ( ? ) rue Claude Matrat (ci-dessous) dans un étage élevé, avant d’en partir pour résider à Paris 12 rue Saint-Louis-en l’Île (3e étage ) où Geneviève est allée  plusieurs fois.


Rue Claude-Matrat, Issy-les-Moulineaux. © XDR

Henri Dutilleux
Henri Dutilleux accepte d’être le parrain du troisième fils de Geneviève et de son mari Pierre. « Il était charmant, pas du tout intimidant ».  Pourtant, il est un très célèbre compositeur français. Sa famille est originaire de Douai mais doit fuir les armées allemandes au début de la Grande guerre. Il naît à Angers en 1916 puis retourne dans le Nord où il commence ses études musicales au conservatoire de Douai. Il est 1er Grand prix de Rome en 1938. En 1942, il est chef de chœur à l’Opéra de Paris. De 1944 à 1963, il travaille au Service des Illustrations musicales de la Radiodiffusion française. Son œuvre est immense et variée.

Partition d'Henri Dutilleux. © XDR
En 1938, sa première composition L’anneau du Roi lui vaut le 1er Grand prix de Rome et le séjour d’un an à la Villa Médicis. Parmi toutes ses créations, on peut citer un concerto pour violoncelle destiné à Rostropovitch qu’il hébergea lorsque celui-ci et sa femme se réfugièrent à l’ouest. Ce concerto fut créé à Aix-en-Provence en 1969. De plus, un concerto pour violon fut écrit pour Isaac Stern qui le créa. Henri Dutilleux reçut le Grand prix national de musique en 1967 pour « l’ensemble de son œuvre » mais il refusa toujours de faire partie de l’Institut en raison de la suppression du Grand prix de Rome pour la musique. Geneviève Joy fut professeur au Conservatoire de Paris mais donna aussi régulièrement des cours dans un conservatoire au Japon où elle se rendait régulièrement.

L'association Dutilleux
Le couple Dutilleux-Joy possédait une maison dans la commune de Candes-Saint Martin (Indre-et-Loire). Le piano à queue de Geneviève Joy y est précieusement conservé. La mémoire des deux musiciens y est toujours honorée grâce à l’association Dutilleux. Celle-ci gère la maison du couple actuellement en pleins travaux de rénovation qui s’appelle "Foyer Joyeux". Ce nom associant le nom des deux artistes accueillera des musiciens en résidence ainsi que des concerts. De plus, un concours Dutilleux est organisé par la région Centre-Val de Loire.

Un grand merci à Geneviève dont les musiciens favoris sont Fauré, Debussy et Chopin. Merci également à son fils Philippe, organiste, qui apprécie Bach plus que tout sans oublier Odette qui m’a fait connaître son amie. P. Maestracci

Pour en savoir plus :






un livre extrêmement minutieux vient de paraître pour le centenaire de la naissance de Henri Dutilleux Pierre Gervasoni,  Henri Dutilleux (co-édition Actes/Sud, Philharmonie de Paris, 2016).

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