6 février 2011

Le Père Bonnet et la Solitude

Père Bonnet © P. Maestracci
 Nantais d'origine, le Père Bonnet est ordonné prêtre en 1962 et rejoint la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice en 1966. Il a une longue carrière d'enseignant et de supérieur de séminaires. Professeur six ans au Dahomey (actuel Bénin) et sept ans en Côte d'Ivoire, il y noue de chaleureux contacts. En 1989, il est élu Provincial de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice pour la France, l'Afrique et le Vietnam et demeure à ce poste jusqu'en 2001. Il séjourne plusieurs fois à Issy-les-Moulineaux : de 1966 à 1973, comme étudiant au foyer de la Solitude, puis enseignant au Séminaire ; de 1983 à 1989 et de 1993 à 2001 en tant que Supérieur. Envoyé à Lyon comme Supérieur du Séminaire à la fin de son mandat de Provincial, il devient en 2006 Supérieur du foyer de la Solitude. Toujours très actif, on le voit souvent dans les médias. J. Brouillou, D. Hussenot, P. Maestracci

Les bâtiments d'habitation de la Solitude. © Photos A. Bétry
La Solitude - ce n'est pas le titre d'un essai philosophique, mais un lieu plein de charme, serein, derrière l'église Saint-Etienne (dans les Hauts d'Issy). Une porte en bois, discrète, ouvre sur la rue Minard. Un parc, des parterres de buis sur la gauche et un long bâtiment du XIXe siècle, en pierre banche : la maison de retraite des prêtres sulpiciens. Nous sommes accueillis chaleureusement par le Père Bonnet, Supérieur de ce lieu depuis 2006. Il nous entraîne par de longs couloirs jusqu'à la bibliothèque où trône le buste de Jean-Jacques Olier (1608-1657), le fondateur de la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Il va nous raconter l'histoire de la Solitude.


La chapelle de la Solitude.
Il faut remonter au XVIIe siècle, nous dit-il. Peu de prêtres à l'époque sont bien formés. Jean-Jacques Olier décide donc de fonder un séminaire à Paris sur la place de l'église Saint-Sulpice, dont il est curé, pour que les futurs prêtres puissent y acquérir une formation sérieuse. Mais il lui faut aussi de bons formateurs. C'est pour se préparer à leur futur ministère que ces hommes se retireront dans la solitude, pendant quelques mois, et seront les premiers membres de ce qui deviendra la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. En 1676, l'ancienne maison de la reine Margot (voir personnage-clé) à Issy que possédait un Sulpicien, est mise à la disposition de la Compagnie. Un lieu idéal pour accueillir ces jeunes solitaires. Le domaine sert aussi de lieu de vacances pour les séminaristes de Paris. Au XVIIIe, les Sulpiciens acquièrent un nouveau terrain derrière l'église Saint-Etienne le long de la rue Minard, ancienne rue de la Glaisière. Ce domaine est alors utilisé comme maison de campagne pour les philosophes du Séminaire de Paris. Pendant les heures sombres de la Révolution, des prêtres s'y réfugient mais sont arrêtés, emprisonnés au Carme et massacrés en septembre 1792. Puis la Maison est confisquée comme Bien national.

L'intérieur de la chapelle.
En 1819, la Maison est rachetée et affectée aux Solitaires (d'où son nom de Solitude), tandis que, plus bas, la maison de la reine Margot est dévolue au Grand Séminaire. Jusqu'en 1966, des générations de futurs sulpiciens se sont succédé, originaires de France mais aussi du Canada et des Etats-Unis pour y faire leur solitude et se former à leur tâche de directeur de séminaire. Il ne reste pratiquement rien des bâtiments d'origine : les édifices actuels et la chapelle ont été construits à partir de 1842. Dès 1966, la Solitude est utilisée comme foyer-logement pour les étudiants Sulpiciens et pour quelques retraités. En 1969,  les derniers étudiants laissent la place aux retraités de plus en nombreux. En 1985, la Maison est entièrement restaurée. Chaque pensionnaire dispose d'un deux-pièces (bureau et chambre), avec douche et toilette privées. Cinq Supérieurs se sont succédé à la tête de la maison de retraite de 1969 à 2006, date de l'arrivée du Père Bonnet.
Le soir tombe. Le Père Bonnet nous raccompagne par le parc Jean-Paul II, en empruntant le souterrain qui débouche dans les jardins du Grand Séminaire. Il est temps de se quitter. Rendez-vous est pris pour le mercredi 16 mars, à 18 heures, à la Résidence du Parc pour une conférence sur les Cinquante dernières années du Séminaire. Mais on en reparlera.
Jacqueline Brouillou




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