12 janvier 2012

Janine, souvenirs de l'Occupation

Diplôme de la Croix du combattant
délivré à son père Louis.
Son père, Louis, originaire de la région de Denain dans le Nord, fuit la tradition familiale de la faïencerie ou de la mine pour devenir ajusteur de précision. Mobilisé dès 1914, il connaît le Chemin des Dames, Verdun, est blessé et gazé à l’ypérite (ou gaz moutarde). D'ailleurs, il en mourra en mai 1941. Sa mère, Marguerite, originaire de Bretagne, est ouvrière dans l’usine Citroën quai de Javel à Paris, dans le XVe arr. : elle sera notamment chargée de la fabrication de certaines pièces de la célèbre Deux Chevaux d’après-guerre.
Louis et Marguerite se marient en 1920 à Issy-les-Moulineaux et habitent rue Charlot. Louis travaille aux usines Gévelot et, en raison de son état de santé, bénéficie d’un logement à proximité. Janine va chercher le lait à la Ferme (voir Quartiers). Excellente élève, à l'école Paul-Bert, elle reçoit en CP le livre de Gustave Simon : Victor Hugo, années d‘enfance, (coll. Bibliothèque des écoles et des familles, Hachette). Les prix sont distribués lors d’une cérémonie à la Salle des Fêtes. Les parents de Janine immortalisent l'événement en emmenant leur fille au Studio Rossillon, 29 rue Renan, pour ce cliché-souvenir (ci-dessous).

Janine,  prix d'honneur. 
Pendant la "drôle de guerre" (3 septembre 1939 au 10 mai 1940), Janine part dans la vallée de Chevreuse chez sa grand-tante. Lorsque sa maman vient la rechercher dans le courant de l'année 1940, elle est couverte de suie car l’usine des huiles Renault quai de Stalingrad brûle et dégage une fumée grasse et tenace. Janine voit de son troisième étage des "saucisses", des dirigeables, au-dessus du Champ de manœuvres (l'actuel héliport). Elle dispose de temps libre car l’école de garçons Paul Bert étant réquisitionnée par l’occupant, elle n’a plus cours qu’à mi-temps en raison de l'enseignement alterné pour les filles et les garçons.
Dans la soirée du 3 au 4 mars 1942,  elle regarde par la fenêtre et s’écrie : "Les Allemands vont faire un feu d’artifice", ce qui lui vaut la réplique maternelle : "Prépare ta valise et descends à la cave". Il s’agit en réalité de fusées éclairantes britanniques préparant le bombardement des usines Renault à Billancourt. Une bombe tomba même rue Gévelot (actuelle rue J-P Timbaud). Janine et sa maman, réfugiées dans la cave, sentirent le sol en terre battue trembler sous leurs pieds. Il y eut plusieurs centaines de morts (349 victimes, exactement) et encore plus de blessés.
Souci récurrent : le ravitaillement. Janine mange souvent à la cantine des rutabagas à l’eau. Elle en prend parfois quelques restes pour nourrir son petit chien Mickey. La maman et la tante de Janine, toutes deux ouvrières, ont trouvé un petit jardin du côté de Vélizy. Elles y cultivent des pommes de terre, des petits pois, des carottes. Janine y va aussi le jeudi, en traversant les bois de Meudon, à vélo, avec Mickey dans une remorque. D’autres souvenirs émouvants lui reviennent. En 1942 ou 1943, Janine joue à la marelle sur le trottoir avec des copines lorsque deux soldats allemands s’arrêtent et les regardent ; l’un d’eux sort alors de sa poche la photographie de sa propre fille pour la leur montrer…
Un jour, Janine et sa maman attendent le bus 123 pour aller chez un oncle instituteur à Boulogne lorsque commence le bombardement américain d'avril 1943 sur les usines Renault. Elles retournent en hâte chez elles, où les portes s’ouvrent et se ferment toutes seules, sous le souffle des explosions. En courant vers l’abri « carrière », elles voient filer au-dessus de leurs têtes les bombes qui tombent sur Billancourt.
Boîte à couture, réalisée
par Janine, dans le cadre
de l'ALC.
En août 44, elle voit passer les chars de la 2e DB du général Leclerc, boulevard Rodin ; elle se souvient notamment des nombreux Canadiens. Les FFI (Résistance intérieure) avaient demandé d’empêcher le départ des Allemands en barrant les rues avec des sacs de sable qu’il fallut enlever pour laisser passer les chars des FFL (Forces Françaises Libres).

Après-guerre, Janine, diplômée de sténographie avec mention très bien, travaille dans la banque jusqu’à sa retraite. Ensuite, elle adhère à l’association ALC (Accueil, Loisirs, Culture) dont elle devient un membre actif. Comme elle possède un diplôme de Coupe et couture (mention très bien) elle peut aider les adhérentes d’ALC. En outre, elle reste plus de vingt ans trésorière de l’association, jusqu’en 2010. Toujours active, souriante, merci à elle de nous faire partager un peu de son passé. P. Maestracci

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