17 mai 2015

Michèle Peillon : doyenne du quartier du fort


Michèle reçoit la Médaille du Travail. 1994
A 91 ans, Michèle Peillon (à droite, en 1994) est une figure des Hauts d’Issy. Née à Paris, dans le 13e arrondissement, ses parents décident de s’installer à Issy-les-Moulineaux, sur les conseils d’un ami de son père, camarade de la guerre 14-18, lequel a repéré deux parcelles à vendre près du Fort d’Issy. Et pourquoi ne pas construire deux maisons jumelles, se disent-ils, avec un emprunt facilité par la loi Loucheur ? Sitôt dit, sitôt fait. En 1930, la famille Peillon s’installe dans la nouvelle maison, rue Pierre Curie.

A 6 ans et demi, la jeune Michèle quitte la grande ville pour la campagne. En effet, la maison est implantée au milieu de jardins, dans une zone restée longtemps non aedificandi tout autour du fort. Mais rapidement, les maisons vont fleurir. La rue Pierre Brossolette s’appelle encore la rue de l’Égalité et l’avenue de la Paix n’a d’avenue que le nom, bordée non par des arbres et des maisons mais par un « glacis », des buttes de terre protégeant le fort. Sur ces buttes, les enfants du quartier s’en donnent à cœur joie. Parmi les copines de Michèle, il y a bien sûr les enfants des familles récemment installées, mais aussi les enfants des familles italiennes et arméniennes arrivées après la guerre, rue de la Défense ou près du cimetière. Tout ce petit monde se côtoie sans problème


Le quartier (plan ci-dessus) est calme et charmant, sur des terres dénommées les Marcettes et le Trou de cœur (devenu au fil du temps le Trou du cœur, dans le bas de la rue Pierre Curie). Là se trouve, avant- guerre, une maison décorée d’une lanterne rouge au dessus de la porte, ce qui ne manque pas de créer une certaine confusion avec d’autres maisons très accueillantes ! Cette lanterne a disparu depuis.

En 1930l’école Justin Oudin n’existe pas encore et l’école communale est éloignée, place Voltaire près de l’hospice des Petits-Ménages (cette place n’est pas encore dénommée Corentin Celton). Les parents inscrivent donc leur fille dans une école privée plus proche, avenue Jean Jaurès, la « pension Chappe » du nom de la directrice Mlle Chappe. Michèle va jusqu’au certificat d’étude, qu’elle ne passe pas, puisque ses parents l’inscrivent au lycée Camille Sée, dans le 15ème arrondissement, Michelet étant alors un lycée de garçons. Mais, avec le métro, le lycée n’est pas trop loin. En 1936, commencent les importants travaux de l’école Justin Oudin (ci-dessus), qui est inaugurée en 1937 ou 38.

Robert Doisneau.

Durant son adolescence, Michèle côtoie ses voisins d’en face, la famille Clochon, avec ses 5 enfants. Le père travaille dans l’imprimerie et l’un des fils, Robert Clochon, suit des études de gravure et de lithographie, avec un certain… Robert Doisneau, (ci-contre) « jeune photographe, très sympathique » selon Michèle Peillon, qui aura ensuite la carrière que l’on connait. Robert Clochon trouvera la mort dans les combats de 1940.





En 1939, Michèle Peillon a 15 ans et la déclaration de guerre puis la « drôle de guerre » sont vécues par elle au travers des nouvelles des journaux et de la radio. Le 10 mai 1940, ses parents veulent l’envoyer à la campagne mais elle refuse, jusqu’à ces deux bombardements allemands des 3 et 11 juin 1940 sur Issy, dont le premier – qui visait sans doute l’usine Gévelot ou le fort – détruit un pavillon à 50 mètres de chez elle, tuant deux voisines, mesdames Maria Allin-Pelletier (plaque ci-dessus) et Latger. La guerre est là. 
L'abri au sous-sol de la maison devient bien précaire. Son père, cadre chez Citroën, doit quitter Paris pour le sud-ouest. Michèle et sa mère partent en voiture avec des voisins, dans le Loir-et-Cher puis en Charente. Contrairement aux Actualités qui montrent des routes embouteillées et les bombardements des Stukas allemands, leur équipée se déroule sans difficulté. Et c’est en Charente que Michèle voit les premiers soldats allemands

Après l’armistice, son père revient avec ses collègues. En juillet, la famille est à nouveau réunie à Issy. Et la vie continue. A Issy comme à Paris, les soldats allemands sont partout et en nombre. Michèle passe la 2e partie de son bac à 18 ans en 1942 et entame des études de pharmacie, avec un stage à la pharmacie Berger, aujourd’hui disparue, au début de l’avenue Victor Cresson, après le café du carrefour de Weiden. C’est alors que se produit un virage dans sa vie, avec la découverte de son goût pour le chant. Elle décide d’en faire son métier et de préparer le concours du Conservatoire, qu’elle réussit. Elle suit les cours à Paris (ci-dessous), et durant ses déplacements quotidiens elle a un sentiment très net de précarité : « En partant le matin, on ne savait pas ce qui allait arriver, notamment avec les rafles ».

A partir de 1942, s’ajoute la menace des bombardements, d’abord anglais, visant les usines Gévelot ou Renault (3 mars 1942), puis américains ensuite, ceux-là effectués de haute altitude (avril et septembre 1943 notamment). Mais aucune bombe n’atteint son quartier.


Août 1944, les libérateurs arrivent, venant de Clamart et poursuivant sur Paris. Michèle Peillon ne les voit pas directement mais entend les canonnades au loin (cf. nos articles de l’été 2014). Les autorités craignent que les Allemands retranchés dans le fort ne fassent tout sauter. Il est d’ailleurs recommandé de laisser les fenêtres ouvertes pour diminuer les conséquences d’un éventuel effet de souffle. Heureusement, les occupants évacuent le fort sans dommage et rejoignent la garnison de l’île de Billancourt.

Michèle, chanteuse lyrique.
Après le Conservatoire, elle commence une carrière individuelle de chant, notamment dans les églises d’Issy. En 1953, elle rejoint le chœur de la radiodiffusion télévision française (RTF), qui devient chœur de l’ORTF en 1964 puis de radio-France en 1975.


Le quartier est secoué par le drame de Clamart le 1er juin 1961, qu’elle n’a pas vécu directement (http://www.historim.fr/2011/05/1er-juin-1961-catastrophe-de-clamart-et.html). Le quartier commence à évoluer dans les années 80-90, avec l’arrivée de nouveaux habitants, succédant aux premiers arrivés d’avant-guerre.
Titulaire de la médaille du Travail, Michèle Peillon prend sa retraite en 1994 mais mène, depuis lors, une vie toujours très active. Propos recueillis par J.P.

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