2 novembre 2014

Le scandale d'Auguste Gervais - août 1914 (Grande Guerre - saison 1)


©Alain Bétry
Tous les Isséens connaissent la rue Auguste Gervais et le fort pourcentage de sa pente, mais tous ne savent pas qui était cet homme (ci-dessous) et, encore moins, nombreux sont ceux qui sont au courant du scandale qu'il provoqua en août 1914.

Du journalisme à la politique.

© XDRNé en décembre 1857 à Paris, il a d'abord voulu faire une carrière militaire ; sorti sous-lieutenant de Saint-Cyr, il quitte l'armée (pour des raisons de santé), devient journaliste et collabore à plusieurs journaux en se spécialisant sur les questions militaires. L'Isséen qu'il est s'intéresse au développement industriel de la ville dont l'électorat vote progressivement en faveur de ce que l'on peut appeler la gauche et qui correspond à ses idées. Il se présente aux élections municipales de 1892 sur la liste de J.-B. Charlot qui l'emporte. Auguste Gervais devient maire-adjoint. Il est à l'initiative de l'appellation de 24 voies d'Issy qui porte-toujours-des noms issus de la Révolution et des valeurs de celle-ci : Égalité, Danton, Chénier, Desmoulins, Abbé Grégoire, d''Alembert, Diderot, Rousseau, Voltaire, etc. Il est élu député de la Seine en 1898 et le reste jusqu'en 1909, date à laquelle il devient sénateur et le restera jusqu'à sa mort, en 1917. Entre temps, il est devenu maire d'Issy lors des élections municipales de mai 1903.

Le scandale.
Pendant pratiquement toute sa vie, Auguste Gervais baigne dans une ambiance revancharde, patriotique et militariste. La France s'est progressivement préparée psychologiquement à la guerre contre l'Allemagne, pour reprendre l'Alsace-Lorraine. Le ministre de l'Instruction publique avait créé un service, la « Commission d'éducation militaire » destinée à promouvoir et enseigner un minimum de rudiments en ce domaine. La Ligue des Patriotes est fondée en 1882 ; des écoles forment des « bataillons scolaires », etc. L'Église catholique elle-même s'insère dans ce contexte : « la prière du soldat à N.D. des Victoires », donnée aux soldats en 1914, demande le retour de la province perdue.


©XDR
L'affiche de mobilisation (à droite) est apposée à Paris (angle de la place de la Concorde et de le Rue Royale) le 1er Août 1914 à 16h, alors que le décret de mobilisation, signé ce 1er Août, n' a été publié au Journal Officiel que le 2 Août. Or cette affiche avait été imprimée dès 1904 (soit dix ans auparavant) ; il ne manquait que la date du 1er août 1914 qui fut apposée par un tampon juste avant son placardage !).

Le 24 août, dans un article du journal le Matin (reproduction ci-dessous), Auguste Gervais critique de façon très violente la reculade d'une division du 15e corps d'armée, à Dieuze, en Moselle. Il jette l’opprobre sur les populations du Midi de la France en visant les soldats provençaux qui « se seraient souvenus des théories antimilitaristes d'autrefois et qui ont commis le crime de s 'en inspirer en Lorraine en présence de l'ennemi. On les a châtiés, décimés comme ils le méritaient : ils ont expié, n'en parlons plus ! ».
Or, en août 1914, toutes les armées françaises ont reculé et les Allemands ont presque Paris au bout du canon. L'article passe sous silence les réalités du combat, la puissance de feu de l'ennemi, la « stratégie » militaire du haut commandement français.

Une du Matin, 24 août 1914. © XDR
Ce 24 août, le gouvernement, par un communiqué, précise qu'il « serait injuste de faire peser la faute individuelle de quelques-uns sur tous les soldats d'une région ». La presse de droite (de Maurice Barrès, de Léon Daudet, etc), abonde dans le sens d’Auguste Gervais, tout comme Georges Clemenceau et le journal catholique la Croix. L'article devient, en quelques jours, un objet de scandale et la calomnie proférée touche toute la population française qui s'estime atteinte alors même que dans toutes les familles, le nombre de tués, blessés ou disparus progresse rapidement ; les lettres de protestation sont extrêmement nombreuses ainsi que les pétitions des élus locaux.

Auguste Gervais, pour sa défense, précise qu'il a écrit cela sur pression de son ami, le ministre de la Guerre (M. Adolphe Messimy) qui est « démissionné » le 26 août, en réfutant cet argument.
Après la fin du conflit, et la mort accidentelle d'Auguste Gervais (parti en mission parlementaire d'inspection sur le front), il ne fut guère possible de faire toute la lumière sur ce scandale dont le nom restera attaché à celui qui l'a provoqué : Auguste Gervais. Paul Drezet

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