15 mai 2011

Robert Jacques fait de la Résistance à Issy-les-Moulineaux

Robert Jacques, membre éminent
de l'Association Cyber Senior. Ph. Maestracci.

Fringant jeune homme de 90 ans et Isséen depuis sa naissance ; passionné d’aviation, de sport, de bricolage,
de photographie (dont il présida le club de 1984 à 1991),
Robert Jacques est maintenant un cybersénior résolu.

Il est né le 1er janvier 1921 (comme Alain Mimoun qu’il a rencontré) dans la demeure de ses grands-parents maternels, 7 rue J-J Rousseau (actuelle rue du Gouverneur-Général Ėboué). En 1938, il entre sur concours au ministère de la Guerre et travaille au fort d’Issy avant de se retrouver, pendant la guerre, au ministère de la Production Industrielle, rue de Grenelle. Il est agent de liaison de la Défense passive lors de la « drôle de guerre » en 1939/40. Avec quelques amis, il participe aux activités de la Résistance en envoyant par exemple des messages codés à Londres ou à des résistants en France.
Cette période est marquée par la faim, « la trouille des bombardements, des occupants », le froid intense de l’hiver 42. En 1940, deux bombes allemandes à sifflet (un sifflet sur chacune des trois ailettes de la bombe avait été installé pour terroriser les populations) tombent sur le fort d’Issy. Une autre fait éclater une canalisation d’eau rue du Fort où le mur du café de Lemarié (ancien champion cycliste) est aspergé de boue En 1943, des fusées alliées éclairantes orange pour les bombardements de nuit à basse altitude sont larguées par des avions anglais Wellington sur les usines Renault de Billancourt.
Souvenirs aussi des difficultés de ravitaillement. Robert Jacques évoque le maraîcher Cambusat dont les jardins près du Séminaire sentaient le fumier de cheval et qui insistait pour vendre ses rutabagas. Il se souvient encore avec émotion des trois sardines grillées, seul ingrédient du repas de « gala » organisé pour son vingtième anniversaire.


Robert, son épouse et deux amies devant
l'église Saint-Etienne. 1er mai 1945, il neige !
Coll. Jacques.
Événement heureux de cette période. Il connaît une jeune voisine Paulette, sœur d’un ami d’enfance dont les parents tiennent une épicerie devant l’église Saint-Ėtienne. Paulette a fait son apprentissage de couturière à Issy-les-Moulineaux avant de travailler comme première main dans un atelier de haute couture près des Champs-Elysées. Ils se marient le 28 novembre 1942 et habitent 2 rue Jules Guesde, dans l’appartement laissé par les parents. Paulette est un fin cordon-bleu pour son gourmand de mari ; pendant la guerre, elle prépare des pâtés sans viande (voir la recette à la fin de l'article) et des rutabagas. Après la guerre, elle prendra sa revanche grâce au triomphal gâteau au chocolat sans farine, mais plein de beurre, adoré par la famille.
En 1943, Robert Jacques, réfractaire au STO (Service du Travail Obligatoire) imposé par l’occupant dispose alors d’une fausse carte d’identité avec un lieu de naissance invérifiable et qu’il cachait derrière un trumeau de l’appartement. Il échappe de peu à une rafle à la sortie du métro Convention grâce à un fonctionnaire de police français qui lui dit : « Barre-toi de là ! C’est pas le moment de rester là ! », ce qui l’incite à reprendre le métro au plus vite avec sa femme. Ensuite, il échappe à la Gestapo venue enquêter sur son compte et celui de ses parents. En effet, ceux-ci hébergeaient un jeune homme, Claude Drouet qui travaillait chez Ragonot à Malakoff où il sabotait des gyroscopes fabriqués par l’entreprise et destinés aux V1 allemands. Claude Drouet est arrêté, emmené à la Kommandantur de Montrouge très vite relâché avant de rejoindre l’armée de De Lattre de Tassigny. La famille Jacques est consignée quinze jours à la suite de son arrestation. De retour pour voir ses amis isséens, il part peu après aux États-Unis.

Autre souvenir désagréable : Robert Jacques se trouve rue du Moulin de Pierre lorsqu’il entend déboucher dans le virage un véhicule Torpédo avec de jeunes nazis assis sur les ailes avant de la voiture ; l’un d’eux le met en joue mais sans tirer car il reste immobile. Heureusement, la voiture continue son chemin ; plus de peur que de mal. Il se souvient également d’un surveillant, M. Dillé, qui aurait fourni des voitures de son ministère à de faux miliciens mais vrais résistants, ce qui provoqua sa déportation vers l’Allemagne. Ces résistants ont abattu le 28 juin 1944 Philippe Henriot, ministre de l’Information et de la Propagande du gouvernement Laval.
Fin août 1944, Robert Jacques se rend au stand de tir au bout du terrain d’aviation, près de la Porte de Sèvres (à peu près à l’emplacement du Boulevard périphérique). Trois poteaux d’exécution sont encore là, plantés, déchiquetés à l’emplacement du cœur ; les parois recouvertes d’amiante de ce stand ont gardé l’empreinte en creux de mains brûlées des suppliciés. Deux cercueils assez hauts pouvaient contenir chacun deux corps. Il voit aussi les femmes tondues rue Prudent-Jassedé qui était dans l’axe de la rue Hoche (Centre administratif)

26 août 1944, Robert et son épouse sont venus à vélo assister au défilé du général de Gaulle, au Champs-Elysées, mais une fusillade a éclaté entre des miliciens et des chars de la 2eDB de Leclerc, place de la Concorde. Il est 15 heures, ce samedi. Au premier plan, des civils sont couchés derrière des barbelés. Au fond, l'Hôtel de la Marine. Coll. Jacques.

La paix revenue, malgré un travail fort prenant, Robert Jacques arrive à satisfaire quelques unes de ses passions : il fréquente l’Aéro-club Gaston Caudron à Chavenay près des Clayes-sous-Bois dans les Yvelines. Et surtout, il s'adonne à la photographie, 132 avenue de Verdun, chez le photographe professionnel Servas à l’origine du club isséen de photographie. Robert Jacques en devient adhérent puis président en 1984. A cette date, le club prend son nom actuel de ZOOM92130. Il préside le club jusqu’en 1991 et est depuis son président d’honneur. Toujours passionné et disposant de milliers de diapositives qu’il compte numériser lui-même, Robert Jacques a aussi exposé et expose encore ses superbes photographies. Les thèmes en sont variés : paysages, natures mortes , nus féminins et « tutti quanti ». Robert Jacques est très attaché aux siens : sa femme malheureusement décédée en octobre 2008, sa fille et son gendre , ses deux petits-enfants et leurs conjoints, ses trois arrière-petits-enfants qui l’enchantent et dont il parle avec enthousiasme et attendrissement.
Pascale Maestracci, avec l'aide de Nicole Rousset
 
Recette de guerre : le pâté Paulette ou le pâté sans viande :
Délayer 50 grammes de levure de boulanger dans un verre d’eau tiède.
Hacher un oignon et le faire blondir dans 40 grammes de beurre. Ajouter la levure délayée, 50 grammes de biscottes pilées, un œuf battu, du sel, du poivre, de l’ail haché fin, du persil. Laisser cuire ¼ heure à feu doux en tournant toujours. Mettre dans un moule et laisser refroidir.
Inutile de préciser que, pendant la guerre, il est difficile de se procurer des ingrédients tels que beurre, biscotte ou pain, voire un œuf.

1 commentaire:

  1. j'ai rencontré Monsieur Jacques un soir dans la rue, c'est une personne sympathique et, à 93 ans il a toujours une énergie formidable et un discours intéressant, plein d'anecdotes à raconter sur une vie riche ! je lui souhaite encore beaucoup de belles années. une habitante des environs.

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