26 juin 2012

Ile Saint-Germain : souvenirs de Françoise Mansier-Pigout

Les parents de Françoise, Jean (dit Maxime) et Thérèse Mansier, dont la maison, dans les Yvelines, a été bombardée pendant la Seconde guerre, s’installent vers 1948 dans l’Île Saint-Germain, au 4 rue J.-P. Timbaud (actuel Boulevard des Iles) près du Pont de Billancourt, dans la commune d'Issy-les-Moulineaux. Lui, menuisier-ébéniste, devient caviste, et elle, comptable, devient, épicière !
La famille Mansier dans leur épicerie. Coll. privée.

Dans cette cave-épicerie (ci-dessus),  le vin, d’abord contenu dans d’énormes cuves, est embouteillé sur place par les soins de Maxime puis dégusté, au comptoir improvisé, sur les casiers en bois des bouteilles,  alignés au fond de la boutique. Ancien rugbyman,  Maxime écrivait chaque jour sur un tableau les divers résultats sportifs, très regardé et commenté, surtout pendant le tour de France.
La clientèle était « de quartier » mais aussi et surtout fréquentée par les ouvriers des usines voisines (Renault et autres).
Maxime devait être présent aux horaires de changement d’équipe des ouvriers qui partaient ou revenaient de l’usine à 5 heures du matin. C’était un lieu de rencontres, apprécié des « clients-amis » avec de plus, en fin d’année, l’installation d’un banc de quelques bourriches d’huitres pour la dégustation. Un rideau en tissu confectionné par Thérèse séparait l’épicerie à l’entrée où étaient proposés à la vente bonbons , conserves et vins choisis par Maxime. Et la partie cave – buvette en arrière–boutique.

La rue Jean-Pierre Timbaud dans l'île Saint-Germain.
Aux numéros pairs de la rue (côté occidental donc) s’alignaient de nombreux commerces : un café, une boulangerie, une droguerie, un cours des halles, un restaurant, une charcuterie, un café, une mercerie ensuite transformée en logement et une pharmacie qui avait le téléphone, privilège rare à l’époque.
Au numéro 2, un magasin de cycles « Motobecane » était tenu par un passionné du vélo qui organisait des fêtes pour accueillir les champions du Tour de France , Françoise se rappelle particulièrement de l’événement « Jacques Anquetil ». Du côté impair de la rue, s’étendait un terrain militaire jusqu’au pont d’Issy. L’entrée en était évidemment strictement contrôlée. Juste en face de l’épicerie-cave familiale, derrière la maison de l’armurier, un hangar, particulièrement protégé, servait de banc d’épreuves des armes à feu ; il était courant d’y entendre des détonations.
Maxime ravitaillait les militaires en boissons qu’il livrait sur son triporteur en rentrant dans le périmètre militaire grâce à un laissez-passer. Françoise parle avec enthousiasme de son île dans les années Cinquante et s’insurge encore contre la mauvaise réputation, injustifiée selon elle, de ce qu’elle appelle un village à l’ambiance familiale. De nombreuses communautés y cohabitaient : familles chinoises, russes, arméniennes. Et l'on y trouvait des jardins ouvriers, beaucoup plus étendus alors, une mûrisserie de bananes, une fumerie d’opium !

D’autres souvenirs reviennent au fur et à mesure.
Une grosse fanfare parcourait les rues de la ville lors des fêtes nationales ou municipales avant de rallier la cave-épicerie ; les musiciens  se désaltéraient dans la cave de Maxime et jouaient quelques morceaux tout spécialement pour la jeune Françoise. En hiver, le bout de l’île avec les jardins-ouvriers était inondé et il était nécessaire d’y aller en barque …à défaut de gondole ! C’était la promenade du dimanche.
Françoise a habité chez ses parents jusqu’à son mariage en 1964 et tous les amis, commerçants ou pas, se sont réunis dans la salle du café voisin pour fêter cet évènement et apporter leurs cadeaux ! Mais l’aspect du quartier changea progressivement avec :  le départ du campement militaire, l’arrivée des grandes épiceries libre-service, le nombre croissant de voitures… Les commerces dépérissaient puis disparaissaient définitivement.
Thérèse et Maxime sont arrivés péniblement à l’âge de la retraite avec un commerce sans client, la menace de travaux gigantesques et d’expulsions se précisaient et les commerces étaient devenus invendables. Ils se sont retirés en 1974 en emportant simplement quelques « bonnes bouteilles » conservées précieusement et dégustées ensuite dans la petite maison de famille dans l’Oise.
Ils sont revenus à Issy-les-Moulineaux pour finir leurs jours dans la Résidence Etienne Dolet près de Françoise (toujours Isséenne), de son mari et de leurs 2 petits-enfants. Dont la passion du théâtre leur a permis de créer une troupe.
Un récit à suivre dans un prochain jour. P. Maestracci.



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