17 juin 2012

Odile Gentil-Guéry, une tradition isséenne bien ancrée


Odile aujourd'hui, devant sa bibliothèque.
coll. familiale.
SON ENFANCE

Les parents d'Odile, originaires de Normandie, étaient venus s’installer près des oncle et tante d’Odile qui étaient marchands de couleurs à l’angle des rues Danton et Chérioux. Odile est née dans la clinique du docteur Guyon avenue Pasteur (comme d’ailleurs, deux de ses enfants plusieurs années après).
Ils habitaient dans les immeubles « russes » des 3 et 3bis (maintenant 3bis &5) de la rue Chérioux, dans le quartier Centre-Ville. Des Russes blancs qui avaient fui la Révolution d’Octobre avaient fait construire cet ensemble d’immeubles. Il y régnait une ambiance cosmopolite : noblesse russe dont les femmes très pomponnées arboraient leur renard en fourrure, des Arméniens qui travaillaient sur des machines à coudre et des surjeteuses dans leurs appartements, des Polonais et même une famille chinoise.
Quatre cages d’escaliers desservaient les immeubles et une chapelle orthodoxe se trouvait dans l’une d’elles. Le pope vêtu de noir conduisait la procession de Pâques (russe selon le calendrier julien) dans tous les escaliers. Lors du décès d’un résident, le catafalque était dressé un jour ou deux dans le hall tendu de noir, ce qui impressionnait les enfants.
Sur la rue était ouverte une épicerie russe tenue par Mme Hélène et M. Alexandre, où l’on trouvait des malossols et du chou fermenté. Au milieu de la rue, la Laiterie Parisienne recevait du lait en vrac dans une cuve. Les familles venaient s’y ravitailler avec leur pot au lait. Á l’extrémité de la rue Chérioux dont les trottoirs étaient en terre battue, il y avait des jardins ouvriers.

SES PARENTS

Sa mère Geneviève travailla comme secrétaire dans les bureaux parisiens de Singer, rue Trudaine. Après son mariage, elle s’occupa avec dévouement de ses trois filles qu’elle emmenait au square Henri Barbusse, à la bibliothèque « tous les jeudis », jours de fermeture des écoles. Odile se remémore le carnet de lecture rose où étaient notés les emprunts. Membre actif de la paroisse Notre-Dame des Pauvres, elle fit partie des parents d’élèves de l’école Jules Ferry dont elle tint la coopérative.
Son père Marcel est resté marqué par son service militaire de deux ans avant-guerre suivi de chômage ; il est mobilisé puis est fait prisonnier sur la ligne Maginot. Il passe cinq années de captivité au Stalag XIII B (camp allemand de soldats prisonniers) à Weiden en Bavière. Eprouvé par le travail inhumain imposé, il est reconnu Pensionné de Guerre. Après sa libération, il revient et travaille comme employé de bureau à la SNCF au Magasin Général à Nanterre (emplacement de la faculté Paris-X). Ses journées sont longues avec les trajets (12 heures par jour), samedis compris pendant plusieurs années.
Engagé comme son épouse dans la paroisse Notre-Dame des Pauvres, il est élu conseiller municipal de 1965 à 1995 sous trois maires : MM. Leca, Menand et Santini. Il est membre des commissions de sécurité et des appels d’offres mais, ce qui lui plaît particulièrement, ce sont les relations directes avec ses concitoyens.

SA SCOLARITÉ et SES LOISIRS 

Odile, comme plus tard ses trois enfants, alla à l’école Jules Ferry qui était mixte en maternelle puis séparée en filles/garçons en primaire. Le quartier était alors très pauvre. À la suite de l’appel de l’abbé Pierre pendant l’hiver 1954, fut construite l’église Notre-Dame des Pauvres décorée des vitraux de Léon Zack. Elle se souvient de sa fille, Irène Zack, qui sculptait une Vierge sans face dessinée et car elle désirait « que chacun puisse Lui mettre un visage ». 

Première année d'école à Jules Ferry. Photographie dédicacée à ses grands-parents.
Collection familiale.
Après l’école, Odile fréquenta boulevard Gambetta le collège Voltaire (bâtiment devenu école Voltaire B puis démoli) ; en classe de 3e, elle participe à l’un des tout premiers voyages à Weiden où son père avait été prisonnier. C’est dans le cadre du jumelage d’Issy avec une ville de RFA car la commune est l’une des premières en France à le faire avec une ville allemande. Elle poursuit ses études à Paris car le proche lycée Michelet proche n’était pas mixte. En parallèle, elle passe son BAFA et devient monitrice à la colonie de vacances à Montroc près de Chamonix qui a laissé tant de souvenirs à de nombreux Isséen.
Le Mois Paroissial de Saint-Etienne
(nov.déc. 1933). Dessin de l'église.
Coll. familiale.
En famille, ses parents encouragent leurs filles à discuter de tout dans « un débat permanent » mais aussi à profiter de loisirs culturels. La famille apprécie les billets « à prix décents » du Théâtre Municipal (futur PACI) avenue Victor Cresson dont le directeur, ancien chanteur de l’Opéra de Paris, proposait de la danse et des opéras.  Un ciné-club est créé à Notre-Dame des Pauvres à l’initiative de MM. Colle et Froidevaux. Chaque mois, le film projeté était suivi d’une discussion. Cela favorisa par la suite le ciné-club de la Maison des Jeunes rue Renan ( Centre administratif ) où Odile s’occupait du secrétariat et de l’accueil le soir. Un journal Issy Ciné-Club paraissait chaque mois. Le ciné-club cessa ses activités en 1969.
Trois cinémas étaient ouverts. Le Casino, 9 avenue Victor Cresson, avait des billets à 1 franc pour les grands classiques que ce soit des westerns ou les films de Fernandel et de Bourvil. Il devenait Art & Essai une fois par semaine. L’Alhambra, 6 avenue Jean Jaurès, avait une splendide salle à l’ancienne avec des baignoires (et leurs chaises) au pourtour, un spectacle à l’entracte ; ses coulisses donnaient sur la rue Auguste Gervais. Faute d’avoir pu être aménagé, il a malheureusement disparu. Enfin, un petit cinéma était proche du collège Voltaire, 10-12 boulevard Gambetta. 
Dans sa vie active, Odile travailla à la Compagnie Générale Transatlantique (CGT) rue Auber, dans le quartier de l’Opéra. Après une interruption de plusieurs années, elle reprend un travail de secrétariat et d’accueil à la Paroisse Saint-Étienne, de 1988 à 2008, année de sa retraite. 
Odile se marie avec Christophe Guéry, lui aussi Isséen. Le couple a trois enfants dont deux nés à Issy ; l’une d’entre eux vit toujours dans la commune. Ils vont à l’école Jules Ferry, puis au collège Matisse rue Renan et au lycée Michelet à Vanves. Odile fait partie de l’association des parents selon la tradition maternelle. Elle anime des ateliers de travaux manuels et accompagne les sorties scolaires. Elle est impliquée dans la paroisse Notre-Dame des Pauvres et à l’aumônerie de l’enseignement public.
 Grand-mère dévouée et ravie, elle fréquente l’Espace Icare, boulevard Gambetta pour des cours de peinture et de dessin ; elle est membre du CA. Elle pratique le Tai Chi dans l’association Taichido. Par ailleurs, elle fait partie du conseil de Vie sociale du Foyer Sainte-Lucie où vit désormais son père. P. Maestracci.

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