21 novembre 2013

Gévelot 1973 : témoignage inédit d'un pompier blessé - acte 3



150 avenue Verdun. Les lances sont en action. L'usine est en flammes.


Présent sur cette intervention, je faisais partie du 1er dispositif d’attaque. Nous avons immédiatement établi une 3e grosse lance sur le Fourgon-Mixte d’Issy-les-Moulineaux. Cette manœuvre n’est pas réglementaire, mais elle s’imposait au sergent-chef Chapron devant l’ampleur du sinistre. Avec le sergent Fraioli nous recherchions un point d’attaque et, lors de cette reconnaissance, il me dit : “Regarde les mieux placés”, un mur de flammes rougeoyantes s’étalait face à nous.


Emplacement des lances au moment de l'explosion de de 03h46.

Avec mon double porte-lance nous avons attaqué les bâtiments E et F (voir le plan ci-dessus), au fur et à mesure de l’extinction, nous avons progressé dans les bâtiments B et C, lorsque soudain, le sol se mit à trembler sous nos pieds et ce fut l’explosion du bâtiment de stockage de détonateurs (G). 


La situation à 03h46. Une explosion vient d'avoir lieu.
Je fus projeté très violemment en arrière, ne me souvenant plus si j’ai touché terre. Un film défila dans ma tête, tandis qu’une volée de palettes et autres matériaux m’arrivaient dessus en me frappant également avec violence. Inconscient, étourdi, sonné, par cette projection, j’eus l’impression que ma jambe gauche était arrachée au niveau de la cuisse et qu’elle était restée à l’intérieur.
Ramassé par des collègues, plus ou moins divaguant, je fus placé sur un brancard (ci-dessous) et évacué par car Police-Secours vers l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt.

Notre témoin, blessé, est en cours d'évacuation.
A ce moment nous étions 4 pompiers arrivés aux urgences de cet hôpital. Il y avait le sergent Gérard Pinson, les sapeurs Savatier et Teinturier et moi-même. De l’hôpital, nous pouvions entendre les explosions qui se succédèrent durant cette épouvantable nuit.
Pouvant parler à ce moment, le personnel des urgences me passa au téléphone le colonel Coutou de la chefferie santé, afin de savoir si je connaissais les noms des personnels hospitalisés.

ll faut noter, que très gentiment un gardien de la paix s’est rendu à mon domicile Boulevard Rodin, à Issy-les-Moulineaux, afin de rassurer mon épouse (et mes enfants) en leur faisant part que j’étais blessé et hospitalisé, sans autre indication.
Pour info : en 1973, c’était le début des scanners et tous les hôpitaux n’en étaient pas dotés. J’ai passé des radiographies de contrôles, mais un doute subsistera toujours dans mon esprit. Cette jambe m’a toujours fait souffrir depuis cette intervention, elle est maintenant amputée depuis 2004. J-C.M.


Merci beaucoup à ce pompier qui veut, selon la tradition, rester anonyme. Revivez sur la chaîne Planète, mardi 26 novembre, à 20h45 cette nuit de folie. Et c'est ainsi que nous terminons notre saga Gévelot.

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