8 mai 2021

La bataille d'Issy, 8 mai-12 mai 1871

Les choses s'accélèrent les 8 et 9 mai. Le Fort tombe. Les Versaillais se dirigent maintenant vers le centre du village d'Issy. Le couvent des Oiseaux puis le Séminaire sont les cibles suivantes. L'officier Eugène Hennebert raconte. Et, face à lui, un communard : le boxeur Joseph-Pierre Charlemont. 

 Joseph-Pierre Charlemont (1839-1929) 

J.-P. Charlemont. ©XDR

Maître d’armes, entraîneur de boxe française, engagé aux côtés des communards, Joseph-Pierre Charlemont publie en 1899 un ouvrage : la Boxe française, dans lequel il rappelle son passage à Issy.


« Le 8 mai, le fort d’Issy n‘était plus tenable. Les obus, les bombes crevaient les casemates, pulvérisaient les revêtements ; les remparts étaient totalement découverts, les artilleurs étaient tués en pointant leurs pièces ; les morts jonchaient le sol, les travaux d’approche des Versaillais touchaient presque le fort ; enfin on l’évacua.

« Toute la journée du 8, il y eut des combats isolés dans Issy… Formant une ligne demi-circulaire des Moulineaux à l’église, occupant l’église, les Versaillais prenaient à revers le couvent des Oiseaux ainsi que le séminaire qu’ils attaquaient en même temps de front et de flanc. Tout à coup, les Versaillais font irruption dans le couvent… 

« Pendant l’attaque du couvent, des fédérés qui se reposaient dans les sous-sols, sous le perron, à l’intérieur du parc, n’entendirent pas les sonneries ; ils furent surpris par ls Versaillais et fusillés sur le champ ».


Charlemont s’était replié au carrefour de la Fontaine. Là, une forte barricade fermait la Grande-Rue pendant qu’une autre en travers de la rue de la Glaisière (actuelle rue Minard) concourait à la défense du carrefour.

« Enfin dans la nuit du 8 au 9, les Versaillais avaient tellement resserré leur ligne d’enveloppement, qu’il ne fut plus possible de résister sans courir le risque d’être cerné. Au petit jour, on évacua donc Issy, on rentra dans Paris, les tués et les blessés étaient portés sur des brancards… Le père Boutet, tué dans le couvent, fut oublié. »

Eugène Hennebert (1826-1896) 

Officier supérieur de l'armée de Versailles, Eugène Hennebert (dont on n'a pas de portrait) raconte l'entrée dans Issy et la prise du couvent des Oiseaux.

« Le 8 mai, à dix heures du matin, la grande batterie de Montretout ouvrait son feu et battait l’escarpe du corps de place… L’armement se composait de 70 pièces de gros calibre, approvisionnées chacune à 500 coups… Le fort d’Issy ne tirait presque plus car nous étions maîtres de l’église et d’une partie du village… 

Le couvent des Oiseaux. © Tony Rouge, Musée d'Orsay.

«  Dans la matinée du 9 mai, à l’heure où s’allumait un incendie au fort de Vanves, les insurgés du fort d’Issy, officiers en tête, s’esquivèrent par divers chemins pour se replier partie sur le couvent des Oiseaux, partie sur le lycée de Vanves.Vers 10 h du matin, le fort paraissait inerte ; rien ne remuait plus derrière ses plongées… On voulut connaître la cause de cet étrange silence. … Le fort était vide.

« Le vendredi 12, dans l’après-midi, le commandant de Pontécoulant à la tête d’un bataillon du 46e de marche s’emparait, à Issy, du couvent des Oiseaux [ci-dessus]. A la suite de cette affaire, dit le rapport officiel, les insurgés, comprenant qu’ils ne pouvaient plus tenir en dehors de l’enceinte, ont successivement abandonné toutes les parties du village qu’ils occupaient encore, laissant entre nos mains un grand nombre de prisonniers. »

Le couvent des Oiseaux, occupé par les Dames de Saint-Augustin en 1837, subira de lourds dommages dans les jours qui suivent. La propriété sera rachetée en 1892 par la ville d'Issy qui en fera son Hôtel de Ville. Les jours suivants, le village d'Issy est aux mains des Versaillais. PCB.

Prochain rendez-vous le 12 mai, 8 h pour les derniers témoignages. 



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