retenu par le Loto du Patrimoine
| La voute du nymphée d’Issy |
Dans la mythologie grecque, les Nymphes (littéralement « jeunes filles ») étaient des divinités secondaires personnalisant fleuves, bois et montagnes. L'une d'elles, voulant échapper aux assiduités du Dieu Pan, se réfugia dans une grotte et s’y transforma en source. Le premier nymphée était né. Dès lors, le mot grec désigne des sanctuaires dédiés aux Nymphes sous la forme de grottes naturelles ou artificielles dont le décor intérieur se construit autour de la présence de l'eau : sources, fontaines et coquillages.
Le monde romain s’empare de l’idée et la généralise. Non seulement le culte s’étend à d’autres divinités, mais le nymphée, comme grotte aquatique, devient un lieu décoratif, récréatif ou de réunion. Il sert aussi parfois de réservoir. Public ou privé, presque toujours orné de coquillages, mais de plus en plus souvent aussi de peintures et statues, il prend toutes les tailles, de la niche au bâtiment complet. Il contribue à la diffusion de l’art de la mosaïque. Les premiers chrétiens s’en inspirent pour la conception des baptistères.
La Renaissance italienne redécouvre le goût de l’antique, et donc des nymphées comme édifices d’agrément. A Rome, en Toscane ou dans les jardins de Lombardie, les pseudo-grottes animées d'ingénieux jets d'eau et de décors aquatiques se multiplient. C’est l’époque où s’invente le mot de grotesco pour qualifier ces pastiches minéraux. La mode essaime en France et en Europe. Au XVIIIe siècle, elle s’apparente au style rocaille, le baroque justement à base de décors de coquilles.
Il ne reste en France qu’une dizaine de nymphées. C’est dire l’importance de sauvegarder celui d’Issy. Il n’est pas le plus grand mais assurément l’un des plus anciens. Commandé par la reine Margot pour ses jardins, il date du début du XVIIe siècle. Comme on sait, le terrain et son nymphée passent ensuite à l’ordre de Saint-Sulpice. Une tradition orale veut qu’il accueille alors les fameuses "Conférences d'Issy"- ou du moins certaines d’entre elles - où Bossuet et Fénelon (et leur hôte, le Supérieur Général du séminaire) s’écharpent sur la doctrine de l'Église. Selon d’autres sources, si les conférences prirent bien place sur le site du séminaire, il est douteux que l’état de santé du Supérieur Général lui eût permis de débattre longtemps dans cet endroit alors froid et humide (en outre exigu).
Aussi appelé “Pavillon de rocailles”, de plan carré, le nymphée d’Issy abrite une unique pièce partiellement enfoncée dans le sol. On y pénètre par une porte dont l’orientation a du reste été inversée au XIXe siècle lors de la construction de la première chapelle du séminaire, qui venait s’y adosser. On découvre à l’intérieur un vrai bijou architectural. D’innombrables pierres et coquillages forment des mosaïques où l’on reconnaît sirènes, oiseaux aquatiques et autres figures marines encadrées de compositions ornementales d’esprit italianisant. La mosaïque du sol comportait un jet d’eau aujourd’hui disparu. Le pavillon est classé aux Monuments historiques. Sa préciosité donne une idée de ce que pouvait être le domaine de la reine.
Une fois les travaux terminés, le nymphée devrait être accessible au public et intégré au parcours de visite du parc. Nous l’attendons avec impatience !
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