15 novembre 2016

Conférence : Michel Merckel et les sportifs de la Grande Guerre

Notez d'ores et déjà dans vos agendas la date du 25 novembre !

Michel Merckel © XDR

Michel Merckel, spécialiste de l’histoire du sport, va nous faire découvrir une facette très peu connue de l'histoire le Première Guerre mondiale :

Les sportifs dans la Grande Guerre

   

ou comment la guerre a permis l’évolution de la pratique sportive ; son influence sur le monde sportif actuel ;  et un hommage particulier aux poilus champions  morts sur le front, tel Roland Garros ou Jules Védrine, des habitués du terrain d'aviation d'Issy-les-Moulineaux.

De nombreux documents photographiques, dont voici quelques exemples, viendront appuyer son propos.






Notez bien : vendredi 25 novembre, 18h30.
Résidence du Parc, 20 rue de l’Abbé Derry,
Issy-les-Moulineaux. Entrée libre.

10 novembre 2016

Accident aérien à Issy- 5 novembre 1914 - le Voisin-Canon en cause

Capitaine Jean Faure. © XDR
La conférence de Jacques Primault, membre d’Historim, sur les avionneurs implantés sur le terrain d’Issy durant la Grande Guerre ainsi que les articles diffusés parallèlement sur notre site sont parvenus jusqu’à …La Rochelle (et sans doute au-delà) où une descendante d’un officier aviateur, Mme Marie-Noëlle Grémaud, nous a fait parvenir des informations sur son grand-père, le capitaine Jean Faure, décédé à Issy le 5 novembre 1914. Et où l’on retrouve, dans cette histoire tragique, le constructeur Gabriel Voisin.

Depuis 1913, le capitaine Jean Faure (ci-contre), né en 1881, polytechnicien et officier d’artillerie, est détaché au service de l’Aéronautique et affecté au Laboratoire d'Aviation Militaire. Il est chargé de la fabrication des projectiles d'aviation (bombes, fléchettes) et de la mise au point des dispositifs de lancement.
Avec l'appui de sa hiérarchie, il se met en relation avec le constructeur Voisin pour qu’il installe sur ses appareils un canon Hotchkiss de 37 mm, d’un poids de 100 kg.
Cette demande est en contradiction complète avec la position du Grand Quartier Général (GQG), interdisant à cette époque toute mission de "chasse" et cantonnant les avions Voisin aux vols d'observation et de guidage d'artillerie. Malgré tout, avec l’appui du général Galliéni gouverneur militaire de Paris, les essais du premier Voisin Canon (en bas) débutent en mai 1914 à Issy-les-Moulineaux, près des usines Voisin, avec le pilote Rugère. Les seules mesures de sécurité consistent en la présence de deux plantons à chaque extrémité du terrain pour "recommander aux passants de s'écarter des cibles ", et de simples panneaux en toile blanche placés sur le sol. Un compte rendu du capitaine Faure sur les premiers essais lui revient le 2 juillet 1914 avec la mention suivante : « Travail très intéressant qui dénote de la part de l’officier qui l’a conçu un esprit de recherche qui mérite d’être encouragé, mais qui tient beaucoup plus de Jules Verne que de la réalité ». Un incident de tir – un obus atterrissant à Auteuil - amène l'arrêt des expériences et le prototype est abandonné.

Le capitaine Faure (calot), et le général Galliéni (à droite). © XDR
Les 7, 8 et 9 septembre 1914, le capitaine Faure exécute des missions de guerre, toujours avec le pilote Rugère, en qualité d'observateur mitrailleur. L'appareil rentre un jour avec de nombreux impacts après avoir mitraillé un train allemand déraillé au nord de Soissons. Mi-septembre, le capitaine Faure est décoré de la Légion d'Honneur pour son action au laboratoire militaire et ses missions de guerre. Il poursuit ses essais en vol et de tir.

Le drame
Le 5 novembre 1914, un nouvel essai est programmé avec le capitaine du génie Rémy, pilote (ci-dessous). Ce dernier connaît bien le terrain, assez exiguë, et sait que le poids du canon sur l’avant de l’avion a un impact sur les caractéristiques de vol. Le drame se produit au décollage, à pleine charge, lorsque l’avion heurte un hangar (ou une maison, les témoignages divergent), coûtant la vie aux deux aviateurs.

 Faure (devant) et, peut-être, Rémy (derrière). ©XDR

La Petit Parisien se fait l’écho de l’accident et des obsèques dans son édition du lundi 9 novembre 1914 : « Les obsèques des capitaines aviateurs Rémy, du génie, et Faure, de l'artillerie, morts des suites de l'accident d'aéroplane qui se produisit au champ d'aviation d'Issy-les- Moulineaux ont été célébrées, hier matin, à l'hôpital Saint-Nicolas, à Issy-les-Moulineaux.

« Le général Galliéni, gouverneur militaire de Paris, était présent, ainsi que de nombreux officiers, camarades du défunt. Dans l'assistance, très nombreuse, on remarquait encore: M. Deutsch de la Meurthe, Mme Delaroche, aviatrice, Mayer, conseiller général ; Jassedé, conseiller d'arrondissement ; Clément, maire d'Issy-Ies-Moulineaux, la municipalité et le conseil municipal, les vétérans d’Issy- les -Moulineaux.».
L’inhumation a lieu au cimetière de Montparnasse. La mention « Mort pour la France » ne sera reconnue au capitaine Faure qu’en 2013, après de nombreuses interventions de la famille. Cette mention a pu être apposée par la mairie d’Issy-les-Moulineaux en marge de l’acte de décès.


La vie opérationnelle du Voisin-Canon
Hasard des choses, le capitaine Jean Faure a un frère, le capitaine André Faure, chef de l'escadrille V24 sur Voisin, qui demande et obtient l'accord du Grand Quartier Général pour reprendre les « travaux» de son frère décédé.
Le général Belin du GQG adresse au ministre de la Guerre, le 14 novembre 1914, un courrier dans lequel il décrit le capitaine comme étant « le plus apte à succéder aux travaux de son frère ayant trouvé la mort» (dans l'accident d'Issy- les-Moulineaux).

Le Voisin-Canon. Coll. Lecou

Dans un rapport daté du 17 mai 1915, le capitaine André Faure, commandant alors le 3e Groupe de Bombardement, signale que les deux premiers avions Voisin armés d'un canon de 37 mm, après un court séjour au Bourget où ils ont effectué des vols de jour et de nuit, sont sur le front de la Xe Armée depuis le 11 mai, et qu'ils ont effectué leur premiers vols avec des tirs sur des objectifs réels.
Le premier engagement d'un Voisin-Canon – baptisé « capitaine Jean Faure » - a lieu le 20 mai 1915 avec un avion allemand de type Aviatik. Par la suite, les Voisin-Canon vont remporter quelques victoires en 1915. Ils volent également en Orient, escortant les Voisin de bombardement lors des raids de 1916 vers la Bulgarie. Ils emploient au combat des obus à mitraille, et un Fokker en fait les frais le 24 mars 1916. JP

Tous nos remerciements à Mme Grémaud.


6 novembre 2016

Mon quartier avant guerre - souvenirs de Ginette

Ginette évoque ici ses souvenirs d'enfance, ceux de ses parents et de ses grands-parents qui vécurent la Première Guerre mondiale. Une approche intéressante  en ce mois de novembre 2016.

La rue Hoche (ci-dessous) s’étend de l’Avenue de la République au boulevard Gallieni. Mes grands-parents y habitaient. Ma mère et moi sommes nées à Issy-les-Moulineaux. J’y suis restée depuis ma naissance jusqu’en 1980, soit plusieurs décennies. Dans les années 1930, la rue Hoche n’était guère fréquentée. Deux ou trois voitures par jour, il est vrai que la chaussée était constituée de gros pavés. De temps en temps, une dame d’un certain âge, venait nettoyer les caniveaux des deux côtés, sans jamais se plaindre. Une ou deux fois, durant la belle saison, un chevrier passait avec son troupeau et il se faisait un plaisir de traire une de ses chèvres pour remplir un bol de lait à la demande.

La rue Hoche, la cheminée de son lavoir  et ses maisons. 
Au début de la rue existait un lavoir où les ménagères pouvaient venir déposer leur sac de linge sale (le mardi si je me souviens bien), lesdits sacs étaient entassés dans une grande cuve avec de la lessive pour faire bouillir. Les dames revenaient le lendemain pour frotter leur linge… Ce lavoir a existé jusqu’à l’apparition des machines à laver dans les foyers. 
Les deux maisons locatives à 2 étages – tout à côté du lavoir – étaient une ancienne gendarmerie jusqu’au début des années 1900 (dixit mon grand-père qui habitait avec ma grand-mère au numéro 50 de la rue un modeste pavillon qu’ils avaient fait construire en 1913). De plus, il louait un jardin autour du Fort d’Issy, ce qui était alors possible.

L’Allée Hoche s’intercalait approximativement entre les numéros 39 et 41 de ladite rue Hoche. Cette allée – au départ sans nom – a été réservée uniquement aux piétons et aux cycles jusqu’à la fin des années 1930. Une barrière la séparait de la grande avenue qui s’appelait à l’époque Avenue de Verdun, en souvenir de la bataille de la guerre de 14/18. À l’emplacement du bureau de Poste actuel, sur un grand terrain, se trouvait la maison de M. Seron, entrepreneur en maçonnerie. Il avait construit au début des années 1900 un immeuble de trois étages qui portait le numéro 26 de ladite avenue et a participé à la construction du séminaire d’Issy, son nom est gravé sur une des murs arrières de l’édifice religieux. L’immeuble du numéro 28 a été construit plus tard, à l’emplacement d’un grand dépôt de matériels de construction dont le siège se trouvait rue Hoche. Du fait de la construction de ce nouvel immeuble, l’Allée a été ouverte à la circulation des voitures. En face de la future Poste se trouvait la propriété de MM. Puijalon, architectes de Père en Fils.

Avenue de Verdun : le tabac de la Mairie existe toujours.
Nous habitions mon mari et moi dans un petit immeuble situé dans l’allée Hoche, juste en face de ce qui s’appelait alors « La maison du Peuple ». Nous avons eu la peur de notre vie lors de l’attentat d’Issy en 1962 ! Toutes les vitres brisées, le plafond crevassé, le lustre tombé sur la table, la poussière sortie de dessous les plinthes…Dans les années 1930, face à cette allée, s’alignèrent de hauts immeubles modernes qui couvrirent toute la rue Branly. Les appartements de ces immeubles avaient tous …une salle de bains ! Rares à ce moment-là. Ils étaient habités (on le disait alors) par des gens aisés.

L’Avenue de Verdun (ci-dessus), ainsi baptisée en souvenir de la bataille de 1916, a pris en 1945 le nom d’Avenue Victor Cresson, l’ancien Maire, communiste, décédé en déportation. Sur l’Avenue de Verdun, s’ouvrit en 1930 La Maison du Peuple qui offrait une salle de réunions, une salle de gymnastique et une salle de théâtre. La compagnie l’Intime y jouait des pièces très appréciées des Isséens. Au mois de juillet, les dix meilleures élèves des classes des écoles publiques venaient y recevoir leur prix des mains de Monsieur le maire, Victor Cresson. Après la guerre et jusqu’en 1945, le samedi soir , la salle des spectacles se métamorphosait en salle de bal et les couples dansaient, dansaient jusqu’à 2 heures du matin ! ! ! C’est en cette période que la Maison du Peuple changea de nom, elle devint La Salle des Fêtes (ci-dessous).

La Salle des fêtes, actuel PACI.

Les Moulineaux. Ce lieu-dit se trouvait au bout de l’avenue de Verdun en direction de Meudon. Il s’y trouvait des moulins ainsi qu’une ferme où il était possible de déguster un bol de lait (souvenir de mes parents en 1919).

L’usine Caudron s’est installée (ci-dessous) en 1915 au numéro 52 de la rue Jean-Jacques Rousseau (devenue rue Guynemer depuis). Les frères Caudron, Gaston (décédé en 1915) et René, étaient des pionniers de l’aviation. Sous la direction de René Caudron, les ouvriers ne s’occupaient pas uniquement de l’entoilage des ailes mais fabriquaient les avions dans leur entier. C’est à bord de l’un de ces avions que Maryse Bastié a battu, entre autres, le record de la traversée de l’Atlantique en 1936. Mon grand-père et mon père y travaillaient jusqu’en 1935. L’usine Caudron a été alors rachetée par Renault et les ateliers transférés à Boulogne-Billancourt où ils ont subi les bombardements de l’aviation américaine en 1944. Du fait de ces destructions, les ateliers ont été répartis dans certaines petites usines de la Région parisienne. P. Maestracci et Ginette.


Les Caudron, industriels et aviateurs. Photos de l'une des 8 bornes de l'itinéraire "Berceau de l'Aviation",
inauguré lors des  Journées du patrimoine de 2016.




3 novembre 2016

Septembre 1914- Rassurer la population d'Ile-de-France

Pour débuter cette saison 3 de la Grande Guerre, vue et vécue par Historim,  voici quelques illustrations  toutes tirées de l’hebdomadaire Le Miroir (collection de Mme Jeannine Poinot). Elles permettent de voir ce que pouvaient penser les Franciliens au cours de leurs lectures.

Petit rappel des faits.

La Première Guerre mondiale a commencé depuis un mois avec la déclaration belliqueuse de l’Autriche-Hongrie à la Serbie fin juillet. Cela déclenche le début des hostilités entre la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie) et la Triple Entente (France, Royaume-Uni et Russie) parmi les principaux belligérants.  L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août. Les deux pays comptent sur une guerre rapide. Le plan allemand Schlieffen prévoit un mois pour battre les Français grâce à sa puissance de feu et des troupes nombreuses avant de se retourner contre les Russes à l’est. Le président Poincaré fait confiance au plan Joffre d’offensive à outrance pour récupérer l’Alsace-Lorraine en quelques semaines.
Les soldats allemands entrent en Belgique pourtant neutre afin d’attaquer le flanc gauche français. Pendant que la guerre de mouvement fait rage en Belgique et au nord-est de la France, les journaux participent à la propagande nationale pour rassurer les populations et accabler l’ennemi. Les images montrent le départ joyeux des mobilisés « la fleur au fusil » et n’évoquent pas les lourdes pertes françaises. Les pantalons garance sont si visibles… la tenue bleu horizon s’imposera l’année suivante.


1° Carte du camp retranché de Paris avec sa ceinture de forts. 
(13 septembre 1914). 



Il s’agit de rassurer car la bataille de la Marne est très récente. La contre-offensive est menée par Joffre et Gallieni du 6 septembre au 9 septembre. Les combats se déroulent à une cinquantaine de kilomètres seulement de la capitale. Cette bataille est symbolisée par la réquisition des fameux Taxis de la Marne. Les soldats allemands se heurtent aux troupes françaises ; ils se replient du 10 au 12 septembre, un jour avant la parution du Miroir.
Les fortifications datent de 1840-44. A l’époque les fortifications et la ceinture de forts, dont celui d'Issy, autour de Paris correspondaient à la volonté de Thiers de contrôler des Parisiens prompts à la révolte. En 1914, on montre que la capitale peut être efficacement défendue. D’autant que les armées se lancent dans la « course à la mer », essayant alternativement mais vainement de déborder l’ennemi.

2° Quatre photographies, (13 septembre 1914). 

Longchamp reçoit des hôtes encore inaccoutumés (en haut à gauche) 
Le champ de courses devient un pré pour des bovins. Les bêtes sont mises à l’abri d’un éventuel pillage mais surtout c’est une façon de montrer la volonté gouvernementale d’assurer le ravitaillement en viande et lait. C’est pour conjurer le souvenir de la famine subie en 1870-71.


La plupart des portes de Paris ont été fermées (en haut à droite).
Il s’agit en l’occurrence de la porte de Villiers dans le 17e arrondissement. Les autres portes ont été également fermées comme celles jouxtant Issy-les-Moulineaux. De l’ouest vers l’est : celle de Bas-Meudon pour la ligne ferroviaire, les portes de Sèvres, d’Issy et la porte de Versailles.
Les tranchées sont établies à nos portes (en bas à gauche).
Elles sont creusées derrière les portes fermées ; pourtant si celles-ci sont bien closes, on suggère pourtant qu’elles soient forcées !
La porte Maillot est mise en état de défense (en bas à droite). 
Des arbres sont abattus afin de servir de camouflage à l’artillerie. 


3° Carte de la région où les troupes alliées viennent de remporter 
une grande victoire (20 septembre 1914) 



Voici l’illustration de la bataille de la Marne gagnée par Joffre et Gallieni. Les « troupes alliées » sont évidemment les soldats français mais aussi des renforts belges et britanniques. Il faut mettre en valeur que la France n’est pas seule dans l’effort. 
Les Allemands atteignent le Grand Morin à quelques dizaines de kilomètres de Paris mais la contre-offensive du 6 au 9 les obligent au repli du 10 au 12. La ligne de front du 14 souligne le recul ennemi tant à l’est qu’au nord-est. Pour autant, le nord de la France et la Belgique restent occupés jusqu’en 1918. A noter l’indication des forts autour de Paris. Le document met en évidence l’attaque et la défense !

4° Photographie de l’année terrible. Le château d’Issy après la guerre. 

Le château des Conti fut dévasté par les combats de 1870-71. La légende insiste sur la responsabilité allemande mais passe sous silence les combats entre Communards et Versaillais en 1871. Ce rappel montre que les Allemands sont dangereux et qu’il faut à tout prix éviter leur retour. Notons qu’Issy s’appelle en réalité Issy-les-Moulineaux depuis la fin du XIXe siècle et que le château n’a pas « été complètement rasé ». La partie centrale fut rachetée par Auguste Rodin et remontée dans sa villa des Brillants à Meudon. Il subsiste encore la partie gauche de l’entrée (actuel Musée Français de la Carte à Jouer) et la fontaine aux Dauphins rue Berthelot.

Tous mes remerciements à Jeannine Poinot qui a généreusement prêté sa belle collection du Miroir pour le plus grand plaisir des lecteurs du site d’Historim. 
P. Maestracci