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29 mai 2014

Ile Saint-Germain : les jardins familiaux

Une petite porte en fer, au bout de la rue qui traverse l'île Saint-Germain, à partir du pont Billancourt… Nous avons rendez-vous ce samedi 24 mai après-midi quelque peu pluvieux avec le président de l'association des jardins de la Pointe de l'île : M. Batalla. Il nous attend, impatient de nous montrer son antre.
Le porte s'ouvre et, là, c'est une enchantement - une succession de petits lopins de terres fleuris, de grands arbres fruitiers - des cerisiers, des néphliers - des potagers où poussent quelques salades… Les oiseaux chantent ; sur la Seine, les canoéistes s'entraînent. Nous sommes loin, très loin de la ville.
Avant de partir nous promener,  M. Batalla nous raconte l'histoire de ces jardins ouvriers.

Vue d'ensemble des jardins. Ph. P. Maestracci


En 1922-23, les patrons des usines Renault, situées juste en face, sur l'île Seguin, créent pour leurs ouvriers des jardins potagers associatifs sur le modèle de ceux du Moyen Age, installés dans les fortifications, et de ceux de saint Vincent de Paul. Une idée reprise par l’abbé Auguste Lemire, député prêtre, qui, en 1896, fonde la « Ligue du Coin de Terre et du Foyer ». Et, bien sûr, par la SNCF avec ses jardinots (pour jardins et cheminots), situés le long des voies ferrées.

M. Batalla montrant une vue aérienne du bout de
l'île. Ph. P. Maestracci
Ceux de l’île Saint-Germain se situent à l’extrême pointe, sur une portion d’île artificielle créée par les gravats et les déchets des usines des bords de Seine. Une photo aérienne que nous montre M. Batalla montre ce petit paradis caché (à droite). Le but de ces jardins est à l'époque quadruple :  la nourriture produite constitue un supplément de salaires ; la plupart des ouvriers venant de la campagne, c’est pour eux un retour à leurs origines ; c’est aussi un bon moyen de lutter contre l’alcoolisme – si ils cultivent leurs lopins de terre, ils ne sont pas au café ; enfin, c’est un bon moyen de contrer le syndicalisme.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les jardins familiaux tombent en désuétude. Retour au jardin dans les années 1970, avec les mouvements écologistes et l'attrait de la nature. En 1991, l’association des Jardins de la Pointe de l’Ile est créée. La terre appartient à l’Etat. On compte 15 parcelles de 200 mètres carrés. Il s’agit de baux de 3 ans renouvelables. Le choix des nouveaux jardiniers est fait par cooptation.


Ph. P. Maestracci


Tout cela M. Batalla nous le raconte avec enthousiasme. Le temps n’était pas au grand beau, mais entre les gouttes nous avons pu découvrir les petits cabanons décorés, les carrés de légumes et les fleurs et… ces arbres à bouteilles colorées (à gauche) destinées à faire peur aux oiseaux et sauver ainsi les cerises. Délicieuses !


Un grand merci à M. Batalla, qui ouvre régulièrement les portes de ces jardins aux scolaires et aussi aux habitants lors des Journées du Patrimoine. PCB

17 juin 2018

Historim en visite dans l'Île Saint-Germain - Issy

Deux guides enthousiastes Josette et Françoise ont accompagné une quinzaine de membres de l’association dans une promenade érudite dans l’île. Elles ont ainsi retracé les formidables transformations de ce quartier insulaire et un peu secret.

Historique de l'île Saint-Germain

Josette, plans à l’appui, commence par retracer l’histoire de l’île depuis le VIe siècle quand elle devint la propriété de l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Il y avait à l’origine, entre les deux bras de la Seine, plusieurs îlots dont certains noms sont connus : île Chabanne, île du Grand Dauphin… Jusqu’au XIXe siècle, l’accès ne se faisait qu’en bateau. L’occupation par les hommes évolua au cours des siècles : d’abord l'agriculture sur ces terres humides, puis l’industrialisation et l'apparition de maisons modestes dès la première partie du XIXe siècle
L’île Saint-Germain fut alors divisée en deux parties distinctes dont on retrouve encore aujourd’hui les traces. 

Partie nord de l'île Saint-Germain, transformé en parc. ©  A.Bétry

La partie nord, en amont, fut occupée par une verrerie puis des bâtiments de l’Exposition universelle de 1867 (que nous avons évoqué http://www.historim.fr/search?q=exposition+universelle) avant d’être longtemps occupée par un camp militaire. C’est de nos jours pour l’essentiel un parc (ci-dessus). Des projets de lotissement résidentiel sur toute l’île au XIXe siècle n’ont jamais abouti.

La partie sud, en aval, commence alors à se peupler. Des gens modestes venus d’horizons divers, y construisent des maisons sans grands moyens. C’est ainsi que se côtoient des Arméniens, des Espagnols, des Italiens, des Russes, des Chinois etc. Il y avait environ 5000 habitants mais pas d’école. Des villas résidentielles apparaissent aussi et, de nos jours, il y a encore une grande juxtaposition d’habitats variés et d’immeubles de bureaux, des maisons-ateliers dont les couloirs sont décorés (ci-dessous). Plusieurs architectes connus y ont œuvré tels Philippe Starck ou Jean Nouvel.

Mosaïque dans le couloir d'une
maison-atelier. © Liliane.
Souvenirs, souvenirs…

Françoise dont les parents possédaient une épicerie-buvette rue Jean-Pierre Timbaud (boulevard des Iles aujourd’hui) raconte son enfance dont elle garde de très beaux souvenirs (que vous avez pu découvrir  http://www.historim.fr/2012/06/ile-saint-germain-souvenirs-de.html). Il y avait plusieurs magasins d’un côté de la rue face au camp militaire dont l’accès était interdit. Les fêtes étaient nombreuses avec fanfares et parades. Lors des crues de la Seine, elle allait voir au bout de l’île face à l’île Seguin alors que, d’ordinaire, cet endroit n’était guère fréquenté.

Josette a reconstitué sur un plan l’emplacement des commerces, ferrailleurs inclus, et a présenté des photographies des années 1930 qui font partie des collections du Musée Français de la Carte à Jouer. En outre, elle a recueilli les témoignages d’anciens habitants.


Le circuit de la visite

La promenade commence avenue du Bas-Meudon. Celle-ci est en pleine transformation mais il reste encore les devantures d’anciennes boutiques comme la boucherie, le cours des halles et la blanchisserie. Le bar "chez Belkacem", lui, est toujours en activité. De plus, trois belles villas de la fin du XIXe siècle survivent ; elles se cachent au fond des allées perpendiculaires, comme la Villa Louis, cette villa bourgeoise située dans un parc de logements HLM (ci-dessous).


Villa Louis, 62 avenue du Bas-Meudon. © Michel  Julien
Au bout de l’avenue, se trouve l’accès discret vers les Jardins familiaux, proches de la Villa de la famille Trouvé, que les Historimiens ont eu la chance de visiter  (http://www.historim.fr/search?q=Jardins+familiaux) en petits comités.

Maison à la façade bleue, rue Pierre Poli. © Liliane
Le retour se fait par la rue Pierre Poli (du nom d’un résistant). Là encore, la diversité architecturale est grande avec de petites maisons agrandies au fur et à mesure des besoins des familles, des entrepôts, surmontés d'habitations, (ci-dessus), des maisons savamment restaurées, ou ultra-contemporaines, dont les cours cachées recèlent des trésors.

Du Street art au fond d'une cour.
© M. Julien
     

     Comme cette fresque Street art (ci-contre), 
     située au fond de la cour d'une maison près du 
     petit bras de la Seine. 










        Encore un grand merci à nos guides 
       émérites de la part  du groupe. 
         P. Maestracci








7 juin 2020

Issy - agriculture, alimentation et circuits courts

La notion de circuits courts entre agriculteurs et consommateurs se développe depuis plusieurs années. Elle est un soutien pour les petits producteurs et réduit les longs déplacements de camions et d’avions, sur des centaines, voire des milliers de kilomètres. Cela prend la forme de ventes à la ferme ou sur des marchés, mais aussi la livraison hebdomadaire de paniers. La logistique pour les denrées alimentaires est toujours essentielle et encore plus lors d’une période de pandémie comme celle de 2020. Alors, après les vignes d'Issy, découvrons ses terres agricoles.

L'agriculture en 1902
Au début du XXe siècle, Issy-les-Moulineaux est devenue une ville industrielle mais a gardé une activité agricole diversifiée comme le montrent des statistiques de 1902. La superficie de la commune est alors de 490 hectares dont 63 pour le Champ de Manœuvre (Héliport de Paris). On compte 66 hectares de terres cultivées soit 13,5 % du total avec, en outre, 5 hectares de « landes et terres incultes » et 2 hectares de bois. Seul un tiers du territoire est bâti, comme le montrent les plans de la commune à cette époque.
A commencer par celui du quartier Val de Seine (ci-dessous). Des parcelles cultivées sont nettement visibles de part et d’autre des deux lignes ferroviaires de l’époque (lignes actuelles du T2 et du RER). Le nom de « Champs Chardon » est sans doute celui d’un propriétaire. Le rond-point de l’Abreuvoir est l’actuel rond-point du Président Schuman.

Quartier Val de Seine, en 1902.
Puis celui duquel quartier des Arches (ci-dessous). Deux triangles agricoles sont proches l’un de l’autre. Au nord, celui des Ponceaux (coquelicots) entre les actuelles rues Aristide Briand, Jean-Jacques Rousseau et le boulevard Garibaldi. Au sud, les Prés Coutances entre la rue Aristide Briand, l’avenue de Verdun et le cours Saint-Vincent qui sépare les prés de la cartoucherie Gévelot à l’Ouest.

Quartier des Arches, en 1902.
Les 66 hectares de terres cultivées se répartissent en 52 hectares de cultures maraîchères, activité de loin la plus rémunératrice ( rapportant 1,8 million de francs-or par an ), 9 ha de « terres labourables », 4 ha d’herbages et un seulement de vigne. Pour les céréales, la récolte est de 18 quintaux de blé (sur 2 ha), 54 quintaux d’avoine (sur 6 ha) et 12 quintaux de seigle (sur 1 ha). Le fourrage pour nourrir les animaux est de 240 quintaux de luzerne sur 4 hectares et 2,40 quintaux de betteraves fourragères sur une surface identique. Les cultures maraîchères produisent 240 quintaux sur 40 hectares et l’horticulture la même quantité sur 2 hectares seulement.

 Trois légumes sont privilégiés : les pommes de terre - ci-dessous - avec 320 quintaux (sur 4 ha), les haricots - ci-contre - (20 quintaux sur un hectare) et les pois (10 quintaux sur un hectare). Le témoignage d’une famille de maraîchers, les Guitonnet, paru sur le site en octobre 2018 (http://www.historim.fr/2018/10/la-famille-guitonnet-des-maraichers.html), est particulièrement précieux pour connaître cette époque.

Outre les cultures, il y a l’élevage : 440 chevaux (pour les labours et les transports), 180 vaches laitières (produisant 4500 hectolitres de lait) et un taureau, 30 porcins et 14 chèvres et boucs.
Cultures et prés se trouvent essentiellement dans la plaine limitée par la Seine et l’axe de la rue Renan à l’avenue de Verdun mais aussi sur les hauteurs autour du Fort (zone inconstructible). On y trouve des lieux-dits au nom significatif comme celui des Longues-Raies (lignes cultivées entre deux sillons) entre l’avenue de la Paix et le Fort.

Depuis 1902.
Au cours du XXe siècle, la ville s’est de plus en plus urbanisée et industrialisée puis tertiarisée, faisant quasiment disparaître l’activité agricole. Il reste toutefois les ceps du Chemin des Vignes avec la vendange annuelle par des écoliers de la commune. D’autre part, des jardins familiaux existent au bout de l’Île Saint Germain ainsi que des jardins privés. De plus en plus, on aménage un peu partout dans la ville des jardins partagés ainsi que des composteurs collectifs pour enrichir le sol sans oublier des lopins réservés dans certaines écoles comme l’école primaire Voltaire.

Les noms du terroir qui ont subsisté.
La vie rurale est encore très présente dans la toponymie isséenne.
Deux quartiers ont un nom évocateur : celui de la Ferme en raison d’une ferme vendant du lait jusque dans les années 1960,  et celui des Épinettes. Ce mot en viticulture désigne une variété de raisin blanc.

Par ailleurs, les exemples sont nombreux dans la nomenclature des rues. Il y a les allées des Cerisiers, du Clos (terrain cultivé entouré de murs), des clos Girard et du Munier, des Coutures (terrains de grande culture), de la Ferme, de Grenelle (synonyme de garenne pour les lapins) et des Maraîchers. Le chemin des Vignes n’est pas loin du cours Saint-Vincent qui honore le patron des vignerons. Il y a le passage de la Plante-Marande, ancien lieu-dit près du Fort et la place des Tilleuls en contrebas.

La promenade des Jardiniers de l’Île n’est pas très proche de la promenade du Verger au Fort. Il y a la rue Parmentier (pour la pomme de terre largement produite autrefois) et la rue du Ponceau (nom commun du coquelicot, ci-dessus). Pour en finir avec cette liste, les sentiers comme celui des Épinettes et le sentier des Loges qui fait peut-être référence aux loges, petites cabanes de vignerons ou de jardiniers.
D’autres noms évoquent l’activité agro-alimentaire comme la rue du Moulin de pierre, le Chemin du Moulin, ou celle de la Biscuiterie sans oublier l’allée de la Brasserie. Les bâtiments de celle-ci sont utilisés d’ailleurs de nos jours par les serres municipales, avenue de Verdun.


Le Repos du Soir. © P. Maestracci
Quant au Repos du soir, une sculpture de Coutheilles de 1930, elle mérite un arrêt particulier    (http://www.historim.fr/2011/02/le-repos-du-soir.html). Un couple de paysans en sabot avec leur enfant rend hommage à la vie traditionnelle dans les campagnes. C’est une vision nostalgique car l’œuvre date de l’entre deux-guerres. Elle ornait la Résidence Lasserre avant son déménagement rue Séverine. La sculpture a été réinstallée à l’angle de cette rue et de l’allée Saint-Sauveur. Un repos bien mérité…  P. Maestracci

29 mai 2013

Michel Larzillière, l’aquarelliste d’Issy

Issy. Angle de la rue Vernet et de l'avenue du Général Leclerc, Michel Larzillière, 2012

Architecte d'intérieur et décorateur

© P. Marstracci
Michel Larzillière. Deux aquarelles originale sur
les bords de Seine et l'île Saint-Germain. © P. Maestracci
Michel Larzillière a d’abord vécu à Paris avant de s'installer à Issy-les-Moulineaux. Ses parents, originaires de Normandie, tiennent une épicerie rue Monge, dans le 5e arrondissement. Il fait des études à l’École Supérieure des Arts Modernes dans le 16e puis travaille comme architecte d’intérieur et décorateur. C’est ainsi qu’il conçoit au Parc des Expositions de la Porte de Versailles des stands pour salons professionnels ou grand public : Automobile, Agriculture, Prêt-à-porter féminin, Livre, Foire de Paris. Citadin dans l’âme, « J’aime la ville », aime-t-il à dire. Il apprécie Issy-les-Moulineaux pour sa proximité avec la capitale (ses musées, ses cinémas et ses concerts de jazz) et pour l’ensemble de son patrimoine ancien ou contemporain. Ses deux enfants, élèves au lycée Michelet (Vanves), travaillent dans un domaine artistique : architecture pour l’une et cinéma pour l’autre. 

Aquarelliste

Retraité depuis quelques années, Michel Larzillière peut se consacrer davantage à ses activités artistiques parmi lesquelles l’aquarelle. Il en explique les principes pour les néophytes. Il passe autant de temps sur le dessin que pour l’aquarelle. Il travaille à sec au crayon puis dilue les couleurs de la plus claire à la plus foncée. En extérieur, il travaille dans les « parcs et les endroits tranquilles » et, dans son atelier, à partir d’un croquis pris sur le vif ou une photographie.
Son premier livre L’Île de Groix. Mes carnets d’aquarelle sous le bras est édité en 2008 chez Hatoup. Un autre en format paysage paraît en décembre de la même année Balade à Vanves, carnet d’aquarelles (Édition du bout de la rue). En ce moment, l'artiste peaufine un livre sur les Ponts de Paris. 

Pour Historim, il accepte d’expliquer plus particulièrement la genèse de son ouvrage : Issy-les-Moulineaux. Carnet d’aquarelles, paru chez Équinoxe en 2012 (à gauche). Ce livre carré de 16,5 sur 16,5 propose une boucle de promenade aussi artistique que poétique dans la commune.
Les aquarelles sont enrichies d’un mini-commentaire fort pertinent. Il a nécessité quatre ans de travail, de 2008 à 2012. Il a d’abord réalisé un carnet d’aquarelles Mon Odyssée autour de l’Île Seguin/Démantèlement de l’usine Renault (non publié à l'heure actuelle) ; et, delà, s’est tout naturellement intéressé à l’Île Saint Germain toute proche. Commençant par une dizaine d’aquarelles, il se décide pour un livre et multiplie les promenades pour repérer les quartiers, sélectionner les saisons en fonction de la végétation. Au fur et à mesure, il doit « quémander des informations » à l’Hôpital Suisse, au Séminaire, aux archives du Musée de la Carte à Jouer, voire dans les jardins familiaux de l Île Saint-Germain. L’architecture verticale des Épinettes lui fut le plus grand défi à relever tout en y admirant le panorama sur la Seine. Il aime aussi « le gros glaçon » (tour Galeo de Christian de Portzamparc) ou la Tour aux Figures de Dubuffet. 


Cage rouge. Sculpture-assemblage. Michel Larzillière, 2004

Michel Larzillière ne se limite pas à l’aquarelle et pratique les collages (ci-dessus), la sculpture. Secrétaire de l’association des Amis des arts de Vanves, il en retrouve les membres le vendredi après-midi pour le dessin académique. L’association en outre expose en avril 2013 pour la troisième fois à l’Hôtel de Ville vanvéen sur le thème « Peintres du marché ». 
Mais il n'est pas le seul artiste de la famille. A suivre, donc… P. Maestracci 

Pour contacter l’artiste : larzilliere.m@gmail.com
Pour en savoir plus sur son œuvre :  http://michel-larzilliere.weebly.com

31 août 2017

La mémoire de l’impasse Wagner, à Issy-les-Moulineaux

Finies les vacances, vive la rentrée… et les 
témoignages d'Isséens, comme celui que nous évoquons ici à travers cet entretien


Deux habitantes de l’impasse Wagner (donnant rue Pierre Brossolette), Véronique L et Valérie S ayant emménagé l’une et l’autre au tournant du siècle (janvier 2000) dans deux maisons situées en vis-à-vis, ont rédigé en 2005 un livret de 30 pages sur l’impasse, son passé, ses habitants d’alors afin de préserver la mémoire de ce quartier populaire à la fois pour les nouveaux habitants et pour les générations futures. Cet article a été déposé au musée d’Issy où il peut être consulté. 
Historim applaudit une telle démarche de sauvegarde du patrimoine social et culturel Isséen et a souhaité approfondir les conditions dans lesquelles cette recherche a été effectuée, à titre de "bonne pratique" susceptible de donner des idées à nos lecteurs. 

Historim : Comment est née cette idée d’écrire sur le passé de votre rue et sur ses habitants ? Y avait-il une urgence ? 

Valérie et moi venions de Paris et avons été charmées par le mode de vie encore très villageois de cette petite impasse calme et presque familiale. L’impasse était encore habitée par nombre d’"anciens" qui en furent les fondateurs et constructeurs. 

Jardins des maisons  de l'impasse.
J’ai moi-même acheté ma maison à l’un des premiers habitants, considéré par tous comme l’âme du quartier et qui venait de décéder à l’âge de 90 ans. J’y ai fait nombre de travaux car la maison remontait aux années 1930 et avait été construite à la main et, quel qu’en soit le charme, elle méritait d’être sérieusement revue et corrigée… Mais j’ai senti que tous les voisins m’avaient à l’œil et surveillaient de très près les transformations que je faisais car j’habitais "la maison de Monsieur Franck" et me devais de respecter la mémoire des lieux. Valérie et moi avons réalisé que ce que nous faisions nous-mêmes dans nos maisons respectives allait être le lot de tout le quartier et nous avons décidé d’en faire un état des lieux et de fixer par écrit son histoire avant qu’il ne se transforme complètement.

L'impasse Wagner.
Historim : Devant un tel projet, par quel bout commencer : l’information des voisins, les interviews, la recherche d’archives, de cartes postales, etc.. ? Quel plan d’action avez-vous élaboré ? Quel délai vous donniez-vous ? 

Nous nous donnions de six mois à un an, le temps de faire le tour de toutes les maisons et d’en comprendre l’implantation et comment on y vivait. Ayant déjà tissé des liens amicaux avec le voisinage, nous avons donc été trouver chaque maisonnée pour présenter notre projet et leur demander s’ils pouvaient et aimeraient y participer. Leur accueil a été, à une exception près, extrêmement enthousiaste, car chacun semblait heureux de faire revivre une certaine époque dont il voyait bien qu’elle touchait à sa fin. Il n’y avait pas d’archives publiques, seulement quelques archives familiales conservées par l’un ou l’autre, donc nous avons procédé par rencontres et entretiens approfondis. 

Historim : Combien d’entretiens avez-vous réalisés ? Y a-t-il eu des difficultés, récurrentes ou ponctuelles ?


Nous avons réalisé une douzaine d’entretiens, certaines personnes étant revues plusieurs fois au fur et à mesure de l’avancement de nos travaux et de notre questionnement. Nous n’avons rencontré aucune difficulté particulière car les "anciens" se connaissaient tous assez bien et pour plusieurs d’entre eux avaient même des liens familiaux. Ils avaient plein de souvenirs et d’anecdotes à nous confier et cela leur permettait de faire revivre toute une époque très conviviale même si elle avait été rude et difficile matériellement. Et puis aussi de dire des choses qui partiraient en même temps qu’eux et qui étaient leur vie.

Geneviève, Huguette, Simone et Jeannette.

Historim : Avec votre voisine, comment s’est passée la co-écriture ?

Nous avons décidé du plan de l’article, du planning de notre enquête ensemble et nous avons effectué les entretiens le plus souvent à deux, en prenant des notes à la main. Étant habituée à écrire de par mon métier, je me suis chargée de la rédaction avec toujours le regard et l’intervention de Valérie, car nous avons tout fait en parfaite entente, accord et harmonie. Cela nous intéressait et amusait beaucoup et cela a resserré les liens entre nous et avec tout le voisinage. Repas de quartier chaque année en juin (avec même les premières années la présence d’André Santini), une gazette, bavardages dans la ruelle, petits coups de main à droite et à gauche, partage des produits des potagers, etc. La vie de village avait repris un peu comme "au bon vieux temps" et ce fut une période très chaleureuse et active.

La gazette.
Repas de quartier.

Historim : Avez-vous abordé le volet architectural de la rue, fait des photos ? 

Oui bien sûr. Parler des maisons et de leur construction était une partie centrale de notre projet car chacun avait soit construit la sienne, soit en connaissait l’histoire et parlait de ses propres aménagements. Tout était très précis et argumenté car l’histoire de l’impasse remonte aux années trente et les souvenirs des anciens étaient encore très présents.

Les maisons de l'impasse.
Nous avons pris des photos depuis certaines terrasses pour avoir une vue d’ensemble des maisons et de leurs jardins mais cela restait assez difficile car le terrain initial qui appartenait à Monsieur Wagner, un "glaiseux" [c'est-à-dire un exploitant de carrières de glaise], avait été partagé en lanières longitudinales avec les maisons sur le devant et, à l’arrière, les jardins potagers assortis de toutes sortes de dépendances, ateliers, et abris de jardin. Et les maisons en question sont de petites maisons avec un ou deux étages maximum, assorties d’ajouts au fil du temps, le tout à la bonne franquette et plutôt de guingois. Ce qui en fait, mais on peut dire aujourd’hui en "faisait" le charme. 

 
Vue panoramique.
Historim : Un an après le lancement, comment avez-vous procédé au "rendu" de l’étude à vos voisins ?

Nous avons fait plusieurs tirages de photos et photocopies du livret que nous avons distribué à celles et ceux que cela pouvait intéresser. Mais il faut préciser que parmi les personnes interrogées, nombre ne lisaient pas ou plus, leur seul mode de communication étant l’oralité et…le sourire.
En revanche, j’ai informé le Musée français de la Carte à Jouer de notre travail et l’un des conservateurs, Florian Goutagneux, a exprimé son intérêt. Un exemplaire s’y trouve donc. Le titre que nous lui avons donné est : Il était une fois…l’impasse Wagner.

Historim : Onze ans sont passés depuis ce travail et de nouveaux habitants se sont installés dans votre petite rue. Avez-vous continué à distribuer votre livret à ces nouveaux arrivants ?

Mon amie Valérie a quitté le quartier il y a plusieurs années, emportant avec elle notre tandem et notre dynamisme à deux. En effet, ce serait une très bonne idée de le faire connaître aux nouveaux arrivants et de le leur envoyer par mail puisque c’est maintenant le mode de communication de tous, même au fin fond de notre impasse. Ah, si nos anciens savaient cela, ils diraient, ils chanteraient…

Des photos comme témoignages.
Historim : Y aurait-il lieu d’actualiser ce travail, notamment sur le volet architectural avec les modifications effectuées par ces nouveaux arrivants ?

Ah oui certainement car, en dix ans, l’impasse s’est totalement modifiée. Les anciens sont tous décédés, leurs maisons revendues et pour la plupart complètement transformées. Y sont ajoutées des surélévations, des vérandas, des toitures arrondies, etc… Depuis plusieurs années, l’impasse est en chantier permanent, certaines maisons deviennent même de petits immeubles, et de la jeune arrivante que j’étais il a quinze ans, je suis devenue, au même titre que mon prédécesseur, la doyenne ou presque. A défaut d’en être l’âme….
Interview réalisé par JP- merci à véronique L