1 juin 2013

Issy : un bureau typographique au Musée français de la carte à jouer

Les chanceux qui ont visité il y a quelques mois le Musée en compagnie de son conservateur, Agnès Barbier (voir rubrique Conférences/visites), ont pu admirer ce meuble tout à fait étonnant.


© Alain Bétry
Gros plan sur le bureau typographique du Musée. © A. Bétry
Il s'agit de l'invention de Louis Dumas (1676-1744), un pédagogue d'origine protestante qui trouva le moyen de rendre agréable et ludique l'apprentissage de la lecture. Il eut donc l'idée de fabriquer une "machine à enseigner", composée d'un bureau en bois, rappelant les casses des typographes, et de cartes à jouer au dos desquelles étaient inscrits, au pochoir, lettres (majuscules et minuscules), chiffres, signes de ponctuation. Ces bureaux typographiques pouvaient contenir quelque 10 000 cartes différentes, dont le Musée conserve quelques exemplaires. Une fois que l'enfant connaissait l'alphabet, il piochait dans les cases pour faire des mots, conjuguer des verbes, calculer. Cette méthode Dumas, révolutionnaire à l'époque, permet l'apprentissage de la lecture selon un cursus de quatre "classes".

Première classe pour les enfants de 2-3 ans : ils apprennent à reconnaître les lettres. Deuxième classe, dite "bureau latin", ils manipulent les lettres pour en faire des combinaisons. Troisième classe, dite "bureau latin/français" : ils font connaissance des sons. Après les yeux, ce sont les oreilles qui sont mises en activité - et l'orthographe s'acquiert. Enfin, quatrième classe, celle du "rudiment pratique" : les enfants apprennent la grammaire par l'usage.

Gravure, le bureau typographique à l'usage du Dauphin (1773).

Louis Dumas, fils naturel du marquis de Montcalm, met en pratique sa méthode dans sa famille, auprès de l'un de ses neveux qui, assure le pédagogue, était capable à 3 ans et demi de "distinguer et dicter tous les sons des mots qu'on lui prononçait en français et en latin".
Cette méthode, qui coûtait cher, fut surtout utilisée dans les maisons particulières aisées. Seules les pensions parisiennes l'adoptèrent, les écoles publiques, plus pauvres, ne tentèrent pas l'expérience : manque d'argent, manque de place, une dizaine d'enfants maximum pouvait travailler en même temps sur un bureau.

Alors que l'année scolaire se termine, saluons les tentatives des uns et des autres, hier comme aujourd'hui, pour trouver la bonne méthode d'apprentissage de la lecture… Et n'oublions pas, comme le disait Montesquieu si justement : "Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie". PCB


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