6 novembre 2022

Jean-Baptiste de Grécourt, la princesse, le curé et le mouchoir

J.-B. de Grécourt. © XDR 
L’auteur de ce conte se nomme Jean-Baptiste Joseph Willart de Grécourt (1683-1743). Il  est né et mort à Tours. Chanoine de Saint-Martin (ci-contre), il écrivit des fables, des épîtres, des chansons etc. sans  que sa notoriété perdure vraiment. 

Protégé du duc d’Estrées et du duc d’Aiguillon, c'est probablement dans cet entourage aristocratique qu’il apprit l’anecdote ou qu’il l’imagina… avec beaucoup d'humour ! Ce conte de 32 vers, en rimes alternées, évoque une anecdote entre une princesse qui a besoin de son mouchoir que le curé, venu la voir, a caché en s’asseyant.

 AVANTURE DU CURÉ  D’ISSI

Arrivée chez Madame la Princesse de Conty, Seconde douairière.

 

Près de Paris est un village

Issy nommé, gentil château

Une Dame de haut parage

En fait l’ornement le plus beau.

Un jour le bon curé s’avise

La Princesse de venir voir, 

Qui comme bonne et bien apprise

Ordonne au Curé de s’asseoir.

Notre hômme, sans y prendre garde,

En s’inclinant se trouve assis

Dans un fauteuil, où par mégarde,

Son mouchoir Madame avait mis.

Bientôt il voit que quelque chose,

Comme un linge lui pendoit.

Avec son chapeau tient très close 

La porte qui trop s’étendoit, 

Puis d’une main escamotée,

Vite il referma de son mieux

La toille mal empaquetée

Dont la vue eut choqué les yeux.

La sienne était mal avisée

Car il crut que c’était le bout

De sa chemise extravasée.

Ce n’étoit point cela du tout.

Voici la Princesse pressée

Par le besoin de se moucher

Et la compagnie empressée

Le mouchoir partout à chercher.

Un page avoit vû la méprise.

Le Curé confus de cela

Retira d’avec sa chemise

Le prisonnier et s’en alla.  

Louise-Élisabeth, par P. Gobert. 

La princesse de Conti dont il est question est Louise-Elisabeth (ci-contre) mariée à Louis-Armand, décédé en 1727. Elle réside au château d'Issy (ci-dessous), acheté par la famille en 1699. Elle le lègue à son fils en 1764.  Cette propriété n’a pas résisté aux combats de la Commune. Il n’en reste que la Galerie d’histoire du Musée Français de la Carte à Jouer et un abreuvoir dans une propriété privée de la rue Marcellin-Berthelot. 

Le château des Conti. Il ne reste du portail que la partie gauche. © XDR

Cette édition, publiée en 1748 (Nouveaux contes de M. de Grécourt, Nouvelle édition, première partie.A Londres, M DCC XLVIII), sans privilège royal n’a probablement pas été réalisée à Londres mais dans une imprimerie clandestine, comme ce fut le cas pour des ouvrages polémiques ou libertins. Elle est de cinq ans postérieure au décès de l’auteur. 


P.S. Un grand merci à Patrick L. qui a eu la gentillesse et le réflexe de faire connaître ce conte isséen.

P. Maestracci.


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