Une petite
porte en fer, au bout de la rue qui traverse l'île Saint-Germain, à partir du pont Billancourt… Nous avons rendez-vous ce
samedi 24 mai après-midi quelque peu pluvieux avec le président de l'association des jardins de la Pointe de l'île :
M. Batalla. Il nous attend, impatient de nous montrer son antre.
Le porte s'ouvre et, là, c'est une
enchantement
- une succession de petits lopins de terres fleuris, de grands arbres
fruitiers - des cerisiers, des néphliers - des potagers où poussent
quelques salades… Les oiseaux chantent ; sur la Seine, les canoéistes
s'entraînent. Nous sommes loin, très loin de la ville.
Avant de partir nous promener, M. Batalla nous raconte l'histoire de ces jardins ouvriers.
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| Vue d'ensemble des jardins. Ph. P. Maestracci |
En 1922-23, les patrons des usines Renault, situées juste en
face, sur l'île Seguin, créent pour leurs ouvriers des jardins potagers
associatifs sur le modèle de ceux du Moyen Age, installés dans les
fortifications, et de ceux de saint Vincent de Paul. Une idée reprise
par l’abbé Auguste Lemire, député prêtre, qui, en 1896, fonde la « Ligue
du Coin de Terre et du Foyer ». Et, bien sûr, par la SNCF avec ses
jardinots (pour jardins et cheminots), situés le long des voies ferrées.
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M. Batalla montrant une vue aérienne du bout de
l'île. Ph. P. Maestracci |
Ceux de l’île Saint-Germain se situent à l’extrême pointe, sur une portion d
’île artificielle
créée par les gravats et les déchets des usines des bords de Seine. Une
photo aérienne que nous montre M. Batalla montre ce petit paradis caché
(
à droite). Le but de ces jardins est à l'époque quadruple : la
nourriture produite constitue un supplément de salaires ; la plupart
des ouvriers venant de la campagne, c’est pour eux un retour à leurs
origines ; c’est aussi un bon moyen de lutter contre l’alcoolisme – si
ils cultivent leurs lopins de terre, ils ne sont pas au café ; enfin,
c’est un bon moyen de contrer le syndicalisme.
Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les jardins familiaux tombent en désuétude. Retour au jardin dans l
es années 1970, avec les mouvements écologistes et l'attrait de la nature. En
1991,
l’association des Jardins de la Pointe de l’Ile est créée. La terre
appartient à l’Etat. On compte 15 parcelles de 200 mètres carrés. Il
s’agit de baux de 3 ans renouvelables. Le choix des nouveaux jardiniers
est fait par cooptation.
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| Ph. P. Maestracci |
Tout cela M. Batalla nous le raconte avec enthousiasme. Le temps
n’était pas au grand beau, mais entre les gouttes nous avons pu
découvrir les petits cabanons décorés, les carrés de légumes et les
fleurs et… ces arbres à bouteilles colorées (
à gauche) destinées à faire peur aux oiseaux et sauver ainsi les cerises. Délicieuses !
Un grand merci à M. Batalla, qui ouvre régulièrement les portes de ces jardins aux scolaires et aussi aux habitants lors des Journées du Patrimoine.
PCB