17 juin 2014

Guillaumin peint Issy, encore une fois !


Issy. 1872. © RMN/Grand Palais/Bulloz
Nous avons déjà évoqué l'œuvre d'Armand Guillaumin et son passage dans notre commune :
http://www.historim.fr/2013/07/armand-guillaumin-peint-issy-les.html
Mais impossible de résister à ce dessin magnifique, sur papier bleu, conservé au Petit Palais. Il fallait absolument qu'on vous le montre… PCB.

14 juin 2014

La Pastorale d'Issy en vidéo - clip n°4





Une Pastorale, ce sont des musiciens mais aussi des chanteurs et des chanteuses choisis pour la tessiture de leur voix. Explications de Satoshi.

11 juin 2014

Juin 1940 : l'armée française en déroute. Une Isséenne témoigne

Alors que l'on vient de célébrer le 70e anniversaire du Débarquement des Alliés en Normandie, revenons quatre ans en arrière, à Issy-les-Moulineaux.

Fanny-Blanche Rimette, femme à la personnalité attachante, se révèle dans ses lettres à l’écriture irréprochable. Son jugement est fort intéressant dans la description des heures douloureuses de 1940.
Bien qu’ayant réussi le brevet de capacité de l’Enseignement primaire, elle n’exerce pas et vient, avec son mari médecin, à Issy-les-Moulineux en 1919. Elle habite rue Renan tout près de l’hôpital des Petits-Ménages [Corentin Celton] et de l’hospice Devillas [avant le nouveau bâtiment de l’hôpital sur la rue].


Route suivie par la 6e armée allemande, du 10 mai au 26 juin 1940. © XDR

Trois de ses lettres en date de juin 1940 permettent de suivre l’accablement des esprits au fur et à mesure de la progression de l’armée allemande.

1° - Samedi 8 juin - Fanny-Blanche Rimette se trouve à Mortrée près d’Argentan, non loin des collines du Perche.
« Notre pauvre Capitale et sa banlieue ont assez souffert…J’ai reçu une lettre d’Antoinette [une amie] qui a été à Issy, lundi [le 3], après le bombardement. Chez ns [nous], rien de grave. Deux carreaux cassés seulement. Mais chez le pharmacien (au 44) et le café du coin devant le métro, assez de dégâts.Il est certain que le 38 bis est assez mal placé, étant très proche à vol d’oiseau du Ministère de l’Air. La lettre d’Antoinette a été ouverte et la censure a supprimé qq mots …».

La pharmacie et le café existent toujours. La station de métro qui date de 1934 s’appelle alors les Petits-Ménages et ce, jusqu’en 1945. Ce quartier n’est qu’à 600 mètres à vol d’oiseau du Ministère de l’Air et guère plus éloigné du futur Ministère de la Défense entre le Parc des Expositions, Porte de Versailles et la Seine.
Cela fait presque un mois que l’offensive allemande a commencé le 10 mai (voir carte) dans les Ardennes déjouant les plans français en ignorant souverainement la Ligne Maginot. C’est le Blietzkrieg, la guerre-éclair contre la guerre de position. Pays-Bas et Belgique sont envahis et ont capitulé ; la poche de Dunkerque est résorbée et les troupes allemandes entament leur descente vers Paris. En effet, depuis le 5 juin a commencé « la bataille de France ».

12 juin (verso, à gauche) : « La TSF [télégraphie sans fil = la radio] continue à nous donner régulièrement +- les communiqués. Ns savons donc que le gouvernement est qq [quelque] part en France, tout comme en 1914… Puissions-nous avoir bientôt une autre bataille de la Marne qui sauvera Paris !!… Voici encore notre pauvre Nord envahi. Le communiqué de 4h1/2 parle de Compiègne… Ces monstres comme ils sont forts ! Malgré tout, notre armée est si vaillante qu’il est impossible qu’elle ne prenne pas sa revanche à un moment donné !?… On garde confiance et courage…, tout en ayant les « nerfs en pelote » tant les jours que nous vivons sont angoissants et graves ».

Le gouvernement dirigé par Paul Reynaud a fui vers Bordeaux ; de nombreux réfugiés sont sur les routes, suivis et parfois même, dépassés par des troupes allemande motorisées. L’allusion à Compiègne annonce l’ouverture de négociations entre les belligérants.


15 juin - « Quelle semaine !!…C’est un calvaire que ns gravissons jour par jour… Les Boches passent maintenant Paris… Peut-on le croire ? ?… Depuis 8 jours, nous n’avons plus de courrier. Le télégraphe est supprimé aussi depuis 2 jours […]. Physiquem[ent] chacun se maintient moralem[ent] Dieu sait si on souffre ! Ne sachant pas où aller l’essence étant supprimée, le chemin de fer aussi , ns ne ns séparons pas et ns resterons ici ts [tous] ensemble . Partir, courir les routes à pieds avec seulem[ent] l’essentiel, c’est impossible ! ! Et où coucher ? Sur les routes, sur la paille sans espérer un lit pour se reposer sans même peut-être trouver de quoi manger puisqu’on nous dit et c’est compréhensiblehélas !!… que ts les départements sont surchargés de bouches à nourrir ».

Depuis la veille, donc le 14, Paris est déclaré « ville ouverte ». Cela permet aux Allemands, les « Boches », de parcourir la capitale sans livrer bataille et de défiler tranquillement sur les Champs-Elysées (photo ci-dessous). Le maréchal Pétain devient président du Conseil le 16 juin en remplacement de Paul Reynaud. Le général de Gaulle lance son appel de Londres le 18 juin mais le gouvernement français souhaite la paix et la fin de l’exode


Les Allemands défilent aux Champs-Élysées, tous les jours
à partir du 14 juin 1940. Ph. XDR

L’armistice est signé le 22 juin à Rethondes dans le wagon utilisé le 11 novembre 1918. Hitler, qui tient là sa revanche, transfère le fameux wagon à Berlin (où il fut détruit en 1945). La France est coupée par la ligne de démarcation et tout le littoral maritime de la mer du Nord au golfe de Gascogne est investi par les Allemands.
Le gouvernement français se réfugie à Vichy en zone non-occupée. Le 10 juillet, Pétain reçoit les pleins pouvoirs des parlementaires à l’exception de 80 d’entre eux. Il fonde un nouveau régime, « le régime de Vichy ».
En septembre 1940, Fanny-Blanche Rimette s’éteint à Issy-les-Moulineaux alors en zone occupée.
P. Maestracci

Vous pourrez découvrir tout au long de l'été les chroniques de Pascale sur la Libération. A suivre donc !

8 juin 2014

Si près-si loin - n°3 - Jeu

Profitez donc du lundi de Pentecôte pour continuer votre visite d'Issy et partir à la découverte d'endroits insoupçonnables. 


Ph. P. Maestracci

D'où cette vue a-t-elle été prise ? 

5 juin 2014

Macerata, une merveille italienne


A l'occasion de la venue du président de la République italienne, M. Giorgio Napolitano (à droite), aux cérémonies du 6 juin célébrant le 70e anniversaire du Débarquement en Normandie, découvrons notre ville jumelle italienne : Macerata, située dans la région des Marches à une trentaine de kilomètres de la mer Adriatique.

Cette ravissante cité a un passé prestigieux. Quelques dates en témoignent.
1290 : fondation de l'université. Aujourd'hui, ce sont pas moins de 13 000 étudiants (sur une population de 40 000 habitants) qui fréquentent les somptueux locaux : on y suit les cours de sciences politiques dans un couvent du XVIe siècle ; dans la bibliothèque, on y découvre des incunables uniques au monde. 
XVe siècle : édification de la cathédrale

Vue générale de Macerata. Ph. XDR

1581 : construction de la place principale de la ville, la Place de la Liberté, qui présente des façades Renaissance et baroque (ci-dessous). 

La Place de la Liberté. Ph. XDR
C'est l'année où Michel de Montaigne, au cours de son voyage en Italie (1580-1581), visite la cité qu'il décrit dans son Journal :  « Belle ville de la grandeur de Libourne, assise sur un haut en forme approchant du rond, et se haussant de toutes parts également vers son ventre. Il n’y a pas beaucoup de bâtiments beaux. J’y remercai un palais de pierre de taille, tout taillé par le dehors en pointe de diamants carrée ; comme le palais du Cardinal d’Este à Ferrare cette forme de constructure est plaisante à la vue. L’entrée de cette ville, c’est une porte neuve, où il y a écrit : Porta Boncompaigno, en lettres d’or ; c’est de la suite des chemins que ce Pape a redressés. C’est ici le siège du Legat pour le pays de la Marche. »

1829 : édification de l'opéra. De nos jours, ce bâtiment unique en son genre, le Sphéristère, accueille, dès les beaux jours, une série de concerts et de spectacles lyriques. Avec son arène de 90 mètres de long et son mur rectiligne de 18 mètres de haut, il bénéficie d'une acoustique exceptionnelle (ci-dessous).


L'opéra ou Sphérisphère - unique. Ph. XDR

1982 :  jumelage avec Issy-les-Moulinaux. Si notre commune abrite le Musée français de la carte à jouer, unique en son genre, Macerata possède elle aussi une collection insolite : installé dans les anciennes écuries du palais Buonaccorsi du XVIIIe siècle, l'incroyable musée du Carrosse rassemble plusieurs exemplaires de berlines, coupés et autres fiacres, dont certains rarissimes. PCB.

29 mai 2014

Ile Saint-Germain : les jardins familiaux

Une petite porte en fer, au bout de la rue qui traverse l'île Saint-Germain, à partir du pont Billancourt… Nous avons rendez-vous ce samedi 24 mai après-midi quelque peu pluvieux avec le président de l'association des jardins de la Pointe de l'île : M. Batalla. Il nous attend, impatient de nous montrer son antre.
Le porte s'ouvre et, là, c'est une enchantement - une succession de petits lopins de terres fleuris, de grands arbres fruitiers - des cerisiers, des néphliers - des potagers où poussent quelques salades… Les oiseaux chantent ; sur la Seine, les canoéistes s'entraînent. Nous sommes loin, très loin de la ville.
Avant de partir nous promener,  M. Batalla nous raconte l'histoire de ces jardins ouvriers.

Vue d'ensemble des jardins. Ph. P. Maestracci


En 1922-23, les patrons des usines Renault, situées juste en face, sur l'île Seguin, créent pour leurs ouvriers des jardins potagers associatifs sur le modèle de ceux du Moyen Age, installés dans les fortifications, et de ceux de saint Vincent de Paul. Une idée reprise par l’abbé Auguste Lemire, député prêtre, qui, en 1896, fonde la « Ligue du Coin de Terre et du Foyer ». Et, bien sûr, par la SNCF avec ses jardinots (pour jardins et cheminots), situés le long des voies ferrées.

M. Batalla montrant une vue aérienne du bout de
l'île. Ph. P. Maestracci
Ceux de l’île Saint-Germain se situent à l’extrême pointe, sur une portion d’île artificielle créée par les gravats et les déchets des usines des bords de Seine. Une photo aérienne que nous montre M. Batalla montre ce petit paradis caché (à droite). Le but de ces jardins est à l'époque quadruple :  la nourriture produite constitue un supplément de salaires ; la plupart des ouvriers venant de la campagne, c’est pour eux un retour à leurs origines ; c’est aussi un bon moyen de lutter contre l’alcoolisme – si ils cultivent leurs lopins de terre, ils ne sont pas au café ; enfin, c’est un bon moyen de contrer le syndicalisme.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les jardins familiaux tombent en désuétude. Retour au jardin dans les années 1970, avec les mouvements écologistes et l'attrait de la nature. En 1991, l’association des Jardins de la Pointe de l’Ile est créée. La terre appartient à l’Etat. On compte 15 parcelles de 200 mètres carrés. Il s’agit de baux de 3 ans renouvelables. Le choix des nouveaux jardiniers est fait par cooptation.


Ph. P. Maestracci


Tout cela M. Batalla nous le raconte avec enthousiasme. Le temps n’était pas au grand beau, mais entre les gouttes nous avons pu découvrir les petits cabanons décorés, les carrés de légumes et les fleurs et… ces arbres à bouteilles colorées (à gauche) destinées à faire peur aux oiseaux et sauver ainsi les cerises. Délicieuses !


Un grand merci à M. Batalla, qui ouvre régulièrement les portes de ces jardins aux scolaires et aussi aux habitants lors des Journées du Patrimoine. PCB

26 mai 2014

23 mai 1910 : accident de train aux Moulineaux


Le Petit Journal du 24 mai 1910 relate un accident de train qui s'est produit sur notre commune à la gare de Moulineaux-Billancourt, la veille au soir. Avec tous les détails.

Photo de l'accident. © Le Petit Journal

"Un grave accident de chemin de fer s'est produit hier soir, à sept heures et demie, sur le chemin de fer de l'Ouest-État, près de la gare de Moulineaux-Billancourt. Un train de voyageurs venant des Invalides et se dirigeant sur Suresnes-Longchamp a déraillé. La locomotive et le fourgon de tête ont culbuté. Le mécanicien et le chauffeur ont été tués. Le conducteur du train a été blessé, mais peu grièvement. Quant aux voyageurs, ils en ont été quittes pour la peur, sauf deux d'entre eux, qui ont reçu des contusions diverses.

"Voici les renseignements que nous avons pu recueillir sur place, l'enquête officielle, à peine ouverte, n'ayant encore rien appris quant aux causes techniques de cet accident. Le train 282, qui est, pour la presque totalité, un train d'employés ou d'ouvriers de l'administration habitant en banlieue, quitte la gare des Invalides vers sept heures. Direct entre la station du Champ-de-Mars et celle de Bellevue, ce train brûle la station de Moulineaux-Billancourt, devant laquelle il passe à 7 heures 14.

La gare des Moulineaux au début du XXe siècle. © XDR

"Le train marchait par conséquent à bonne vitesse, environ 60 kilomètres à l'heure, lorsqu'en arrivant à la hauteur des signaux 20 et 20 bis, à 400 mètres de la station de Moulineaux-Billancourt et, devant la gare des marchandises, le train dérailla. L'attelage s'étant rompu entre la locomotive et le fourgon d'une part, et les wagons d'autre part, la machine et le fourgon, emportés par la vitesse acquise, continuèrent leur route pendant une soixantaine de mètres, au bout desquels ils culbutèrent. La locomotive, en effet, rencontra un cœur c'est-à-dire un embranchement, qui forma aux roues restées sur le-rail un obstacle qui lui fit faire un véritable panache.

"La locomotive rebondit sur une voie de garage voisine de celle qu'elle suivait, où elle vint s'abattre. D'après l'état dans lequel elle a été retrouvée (photo ci-dessus), la locomotive a dû faire un demi-tour sur elle-même, se dresser sur son avant et venir tomber sur l'autre coté. Le fourgon, qui s'était détaché à son tour et était resté sur la voie normale, s'est couché sur le côté gauche. Le personnel de la gare qui se trouvait sur le quai entendit, s'il ne le vit pas, l'accident. Un bruit formidable retentit au moment de la chute et donna l'alarme à tout le monde. La vapeur s'étant renversée, on vit de furieux jets de vapeur s'élancer en l'air en même temps que des gerbes de flammes fusaient du foyer répandu à terre.

"Les employés de la gare, bientôt aidés des soldats de la 22e section des commis-ouvriers et d'un détachement du génie appartenant au secteur électrique des Moulineaux, organisèrent les secours. On se précipita vers la locomotive. Le choc avait projeté le mécanicien de sa machine à terre. Le front était balafré d'une large blessure que le malheureux s'était faite en tombant contre on ne sait quel obstacle. Il agonisait et le corps encore secoué de spasmes ne bougea bientôt plus. Quant au chauffeur, resté sur la machine, enfermé par le garde-fou du cendrier, il était mort quand on arriva, échaudé par la vapeur. En outre, le malheureux avait le côté droit du cou sectionnné par une horrible et profonde entaille et il fallut, en le dégageant, prendre des précautions pour protéger la tête.

La Gare des Moulineaux et la correspondance avec les tramways. 
"Le mécanicien Morlot appartenait au dépôt des Batignolles. Le chauffeur Georges Lemonnier, âgé de 28 ans, demeurant 173, avenue de Clichy, laisse une veuve et un enfant. Il y a eu, nous l'avons dit, plusieurs blessés. Ce sont : M. Charrier, chef de train, blessures à la figure. MM. Brasset, voyageur, demeurant 161, Grande-Rue, à Sèvres, et Gihiel, demeurant rue Royale, à Saint-Cloud, atteints légèrement. Ils ont pu regagner leur domicile. Les cadavres du chauffeur et du mécanicien ont été déposés momentanément à la gare de Moulineaux-Billancourt. Ils seront transportés aujourd'hui à leur domicile.

"Vers onze heures et demie du soir seulement, Mme Lemonnier, femme du chauffeur, est venue reconnaître le corps de son mari, sur lequel la malheureuse veuve s'est jetée en pleurant. Dans la soirée se sont transportés sur les lieux MM. Rousseau, directeur des chemins de fer au ministère des Travaux publics ; Cloutet, directeur de l'exploitation aux chemins de fer de l'État ; Boudet, ingénieur en chef de la traction, qui ont, avec M. Souliard, commissaire de police de Vanves, ouvert une enquête sut les causes de l'accident. Ces causes n'ont, jusqu'à présent, pas pu être établies."