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28 février 2025

La Solitude, chapelle néogothique - "2"

Suite texte du 12 février (La Solitude, chapelle néogothique) "1".

Quand un siècle plus tard, le Séminaire de Saint-Sulpice est protégé au titre des Monuments Historiques que ce soit par simple inscription (pour l’ensemble, par arrêté du 16 février), ou par classement (arrêté du 12 avril 1996, pour un nombre choisi d’ouvrages de qualité et d’intérêt supérieurs), cette chapelle figure dans le second arrêté qui institue une protection maximale. C’est le seul parmi les monuments de « La Solitude » à y être inclus, aux côtés d’autres très prestigieux situés dans la parcelle principale (la Grande Chapelle, le nymphée notamment).

Pourquoi cet intérêt 
et cette distinction ?

Dès le premier regard, la façade séduit par une composition particulièrement heureuse, qui ne souffre pas du positionnement décalé du portail principal sur la droite. Au contraire, par l’asymétrie qu’il génère, il participe, voire ajoute, au pittoresque du parti général, où se distinguent notamment la silhouette découpée des gables et des pinacles, ainsi que les motifs décoratifs et les modénatures d’inspiration médiévale. Manifestement la référence ultime de l’élévation est la Sainte Chapelle (dans des dimensions plus réduites évidemment) : sous la toiture de grande hauteur, les fenêtres aux remplages typiquement gothiques alternent avec des contreforts étroits et ouvragés qui donnent à l’ensemble un mouvement ascendant. Quelques figures sculptées sont distribuées sur le pourtour, notamment sur le mur-pignon de l’entrée. Ce sont celles de moines appartenant à d’importants ordres religieux créés au Moyen Age, dont les Bénédictins et, reconnaissables à leur chapelet, les Dominicains.

 

A l’intérieur, l’espace, à la hauteur caractéristique du gothique, frappe par l’impression de vie qui s’en dégage et dont le charme opère sur le visiteur autant que sur le fidèle. Le décor et la statuaire – plus abondants qu’à l’extérieur – créent un univers animé où l’œil est sollicité de toutes parts. On remarque tout juste au sommet du mur d’entrée un dispositif curieux : une fenêtre de second jour qui ouvre sur un petit oratoire situé à l’étage du bâtiment d’habitation (et classé M H en raison de son lien avec la chapelle).

Les murs de la nef sont largement percés de hautes baies jumelées, dont les vitraux tamisent la lumière. Dans des lobes se détachant sur fond de rinceaux, sont représentés des sujets choisis à l’image des vitraux de la cathédrale de Bourges (XIIIe siècle) : épisodes de la Bible, scènes de la vie du Christ ou figures de saints et de martyrs.

 


Tout le reste des élévations est paré de statues en pied qui se déploient en deux registres principaux. Le registre supérieur, réservé aux apôtres, met chacun d’entre eux en valeur en adoptant un parti architectural assez élaboré, comprenant un dais et un socle porté par un ange en surplomb. Le registre inférieur attire et retient davantage l’attention : il aligne, en une seule rangée de petites niches régnant sur tout le pourtour, les statuettes des 72 disciples de Jésus. Ce sont en quasi-totalité des ecclésiastiques : des moines, des évêques (beaucoup), revêtus d’amples robes et priant, lisant d’épais livres, prêchant, portant un crucifix… Leurs postures et leurs gestes variés, les attributs qui les différencient animent sans conteste leur procession immobile. Mais c’est surtout par leur multitude qu’ils impressionnent. 

Dans le chœur, les statues imposantes des quatre grands Docteurs de l’Eglise latine (Saint Amboise, Saint Augustin, Saint Grégoire et Saint Jérôme) entourent une Vierge à l’Enfant majestueuse et pleine de vie qui, derrière l’autel, ressort avec force sur le fond très coloré d’une chapelle à la voûte octopartite de dessin plutôt sophistiqué.
 
Par sa volumétrie, sa composition et son programme sculpté, cette chapelle se présente comme une œuvre néogothique parfaitement homogène. Par sa date de construction, elle compte d’ailleurs parmi les premiers édifices cultuels de ce style réalisés en France. Elle est exactement contemporaine des grandes restaurations entreprises dans les églises médiévales de Paris (Saint-Germain-l'Auxerrois, Notre-Dame de Paris débutée en 1844) dans un contexte plus général de redécouverte de l’architecture du Moyen Age. 
C’est son décor surtout qui en fait un parfait exemple de l’art néogothique : opulent, fouillé, presque pompeux, bref « flamboyant ». Il confine au genre dit « troubadour », non exempt d’un certain romanesque, comme en témoigne la façon finalement distrayante, sinon plaisante, dont la galerie des disciples renoue avec une certaine tradition médiévale. 


Une question se pose alors : comment s’explique ce recours au néogothique, jusque dans ses manifestations les plus extrêmes ? Et plus particulièrement, que représente ce style à cette époque ? Répond-il uniquement à des considérations esthétiques, ou fait-il aussi écho à des valeurs et à des partis symboliques plus puissants ? Pour le courant « troubadour », la réponse est simple. Il rencontrait depuis les premières années du XIXe siècle un engouement extraordinaire dans la peinture historique et, plus encore peut-être, en littérature avec la parution d’œuvres auxquelles peut se rattacher le célèbre « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo (1831). La résurrection des formes médiévales dont il participe connaît parallèlement une vogue semblable dans tous les domaines de l’art. Sur le plan architectural, qui nous intéresse plus spécifiquement, on parle de « Gothic Revival ». En complète réaction au rationalisme des Lumières, celui-ci s’attache à mettre l’accent sur les effets visuels et les valeurs émotives de l’art. Il exalte par-dessus tout le pittoresque et le sublime. Les atmosphères de mystère qui en découlent s’accordent parfaitement avec le sentiment religieux prévalent à l’époque. Le néogothique apparaît dès lors tout spécifiquement approprié à l’architecture sacrée, celle des églises et des chapelles.
Comme de surcroit il s’inscrit dans une réaction contre un art classique issu de l’Antiquité païenne, il peut s’interpréter comme une démarche d’enracinement dans les valeurs chrétiennes. Dans cette optique, il finira d’ailleurs par se poser en symbole d’un renouveau de la foi religieuse. Dans le même temps et suivant le même processus, il fait volontiers figure de nouveau « style national » : par-delà le classicisme d’origine italienne et plus anciennement romaine et grecque, il fait référence aux traditions et au passé nationaux et ouvre ainsi une voie privilégiée vers le « génie » de la France éternelle. (A l’époque, l’architecture du XIIIe siècle, particulièrement florissante en France, se voit reconnaitre une sorte de supériorité dans l’art du Moyen Age dont le modèle se trouve dans les grandes cathédrales et chapelles palatines, et notamment Notre-Dame de Paris et la Sainte-Chapelle). Comme tel, chez les membres du clergé et des congrégations qui en ce début du XIXe siècle postrévolutionnaire reviennent se fixer sur la terre de leurs aînés, le choix du néogothique vient donc incontestablement conforter une affirmation de leur sentiment de légitimité historique. 

Lithographie de la Solitude en 1826
Or c’est bien précisément ce qui est en jeu dans la chapelle de « La Solitude », qui réussit si heureusement à restituer une atmosphère médiévale. Pour la Compagnie de Saint-Sulpice, le néogothique, considéré comme le style par essence des nouveaux édifices cultuels, 
traduit un retour aux sources, après un temps d’épreuve où la propriété, dernière parcelle de l’ancien domaine du Séminaire à être rachetée après la Révolution, lui a échappé pendant ¼ de siècle. Ce sentiment devait perdurer longtemps. Au milieu du XXe siècle encore, le Vice-Supérieur de Saint-Sulpice continuait à affirmer dans la brochure qu’il rédigeait : « Dans cette chapelle, c’est toute l’histoire mystique de la Compagnie qui s’y trouve résumée et qui rappelle nos grands souvenirs et garde son mystère ». (P. Boisard, Issy, le Séminaire et la Compagnie de Saint-Sulpice, 1942).
Florian Goutagneux

 

12 février 2025

La Solitude, chapelle néogothique - "1"

Le parcours organisé « Sur les pas de la Reine Margot » pour les membres d’Historim le samedi 16 novembre dernier comprenait évidemment une étape au fameux « Domaine Reine Margot ». A cette occasion, nous sommes passés devant la belle chapelle de La Solitude, sans nous y arrêter, d’une part parce qu’elle est postérieure à Marguerite de Valois au centre de nos intérêts ce jour-là et aussi parce que beaucoup d’Historimiens avaient déjà eu l’occasion de la découvrir au cours de deux visites précédentes. 

Pour autant, son intérêt est bien réel et mérite quelques nouveaux développements, enrichis par les observations nombreuses et détaillées qu’ont permises une restauration très réussie. Effectuée sous le contrôle des services des Monuments Historiques, celle-ci a soigneusement restitué et remis en valeur volumes, formes et pièces d’ornement, indépendamment d’une affectation un peu inattendue des lieux au préalable désacralisés.


La tâche des restaurateurs ne fut pas facilitée par les matériaux utilisés pour la construction, qui n’offrent en particulier pas toujours les mêmes qualités que le reste du bâtiment pourtant construit en même temps et (en partie) dans le même alignement. Celui-ci, élevé sur plusieurs niveaux, arbore une robustesse et une solidité des plus fonctionnelles. Il présente dans le même esprit un aspect sobre, presque sévère, bien en accord avec le lieu de retraite et de recueillement qu’a longtemps été le site.

Pendant près de deux siècles en effet, l’actuelle demeure et son jardin clos, propriété du Séminaire de Saint-Sulpice, ont abrité l’établissement de « La Solitude ». Comme l’indique cette dénomination singulière, il était réservé aux « Solitaires » (c’est-à-dire aux séminaristes en dernière année d’études). Il leur avait été affecté en 1818/1819 quand la propriété, vendue comme bien national en 1793, avait enfin pu être rachetée par la Compagnie. Notons qu’à cette époque, les bâtiments ne possédaient ni l’aspect ni la configuration qu’ils ont de nos jours et qu’ils ont acquis en 1842 quand ils ont été reconstruits à l’initiative du directeur de l’époque, Michel-Etienne Faillon.



Pour la chapelle, corps le plus emblématique de l’ensemble, celui-ci n’avait pas voulu laisser des mains profanes conduire les opérations. Il s’en était donc chargé et, après avoir tel un architecte conçu l’édifice, il en avait dirigé la construction jusqu’à la bénédiction officielle intervenue le 24 juin 1846. L’édifice y a acquis une grande originalité tant dans ses lignes que dans son décor par rapport au reste des bâtiments. Par la suite il ne devait subir que peu de dégradations, sinon pendant l’Année terrible 1870/1871 quand un obus vint percer sa voûte et souffler les vitraux. Heureusement, comme le rapportent les chroniqueurs de ce temps, « M. Faillon avait eu la précaution de conserver les calibres [ou modèles] » et les restaurations purent dès lors être effectuées de la façon la plus satisfaisante.


Aussi, quand un siècle plus tard, le Séminaire de Saint-Sulpice est protégé au titre des Monuments Historiques que ce soit par simple inscription (pour l’ensemble, par arrêté du 16 février), ou par classement (arrêté du 12 avril 1996, pour un nombre choisi d’ouvrages de qualité et d’intérêt supérieurs), cette chapelle figure dans le second arrêté qui institue une protection maximale. C’est le seul parmi les monuments de « La Solitude » à y être inclus, aux côtés d’autres très prestigieux situés dans la parcelle principale (la Grande Chapelle, le nymphée notamment).
Le texte se poursuit fin février début mars prochain
Florian Goutagneux

17 décembre 2023

Le Domaine de la Reine Margot - une visite royale, 15 décembre 2023

Richard Fontana. © PCB 
Une quinzaine d'Historimiens ont rendez-vous en cette fin de matinée dans cet hôtel 5 étoiles, situé dans les Hauts d'Issy. Ils vont visiter cet endroit historique en compagnie de Richard Fontana (ci-contre), attaché commercial et événementiel du Domaine de la Reine Margot. 

La reine Margot n'est autre que Marguerite de Valois (1553-1615), la première épouse du roi Henri IV, installée à Issy en 1606. D'ailleurs, on peut admirer son portrait tout au fond de la salle de réception (ci-contre). Marguerite habitait dans une très grande propriété, composée de deux domaines ; le premier qui s'étendait de l'actuel Séminaire Saint-Sulpice à l'église Saint-Étienne, englobant l'actuel parc Saint-Jean-Paul II…où nous sommes ! et le deuxième, surnommé le Petit-Olympe, le futur château des Conti.

L'hôtel est composé de deux édifices : l'ancienne Solitude, la maison de retraite des séminaristes Saint-Sulpice, classée monument historique, entièrement restaurée et aménagée ; et le nouveau bâtiment, œuvre de l'agence d'architecture, Wilmotte et Associés (ci-dessous).

L'ancienne Solitude. © PCB

Le nouveau bâtiment. © PCB

Chambre avec terrasse. © PCB
Nous sommes reçus dans la salle de réception, au rez-de-chaussée du nouvel édifice. Direction au sous-sol vers le spa, la salle de massage et la piscine… Tout est en bois, calme, appelle à la déconnexion. Tout comme les chambres, au nombre de 83. Nous avons la chance d'en découvrir une, au 3e étage avec terrasse donnant sur Paris et la tour Eiffel (ci-contre) !

La chapelle-bar à rhums. © PCB

Puis, nous traversons le jardin vers les bâtiments historiques, notamment la chapelle, désacralisée bien sûr, transformée en bar à rhums (ci-contre), meublé de confortables canapés. Statues et vitraux ont été conservés… mais certains Historimiens sont un peu choqués de cette nouvelle attribution !

Après avoir descendu quelques marches, nous voici dans la salle à manger (ci-dessous) de ce restaurant gastronomique tenu par le chef Jean-Philippe Pérol. Là encore, la reine Margot est présente, puisque le restaurant s'appelle "le Marguerite 1606"… 1606 étant la date à laquelle elle arrive à Issy ! 

La salle à manger. © PCB



Certains regardent les menus, font même des réservations, discutent avec le personnel, tout à notre écoute. Richard nous explique que le verger et le potager, dans le jardin en contre-bas dans lequel on peut se promener, fourniront les cuisines ! Ainsi se termine cette visite tout à fait exceptionnelle.

Un grand merci à notre guide Richard et à tout le personnel du Domaine. Une seconde visite privée aura lieu en janvier… PCB

Et toujours cette impression de plénitude ! © PCB

13 octobre 2023

Domaine de la Reine Margot - de la Solitude à un hôtel 5 étoiles

Le 21 septembre 2023, par une belle fin d'après-midi, était inaugurée en grande pompe le Domaine de la Reine Margot, un hôtel 5 étoiles exploité par la marque MGallery du groupe Accor. Chambres luxueuses, spa, hammam et salle de fitness, restaurant gastronomique, jardins… un complexe hôtelier qui a su conserver le patrimoine de ce lieu historique, la Solitude, qui fut pendant des années la maison de retraite des prêtres du Séminaire Saint-Sulpice.

Le maire André Santini coupe le ruban donnant accès au Domaine,
en compagnie de Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor. © PCB

Après des mois de travaux, sous la direction de l'architecte Jean-Michel Wilmotte, le Domaine ouvre enfin ses portes, une belle occasion pour Historim de constater que les bâtiments historiques que nous avions eu la chance de visiter en compagnie du Supérieur du foyer de la Solitude, le Père Bonnet, décédé en début de cette année, ont été conservés. En bien !

La Reine Margot. ©XDR

Rappelons que dans ce Domaine de  la Reine Margot, la reine Marguerite de Valois,  l'épouse du futur Henri IV (ci-contre), plus connue sous le nom de "reine Margot", n'y vécut pas. Elle demeura, certes, à Issy de 1606 à 1615, date de son décès, mais dans une superbe propriété située à l'emplacement du Séminaire Saint-Sulpice, juste à côté de la Solitude. 

On va vous donner quelques exemples de transformation des bâtiments, à commencer par l'extérieur avec l'entrée de la chapelle (ci-dessous).

La chapelle de la Solitude, avant. © A. Bétry
La chapelle du Domaine de la Reine Margot, après. © PCB

Puis le bâtiment principal (ci-dessous).

Avant. © A. Bétry

Après. © PCB
Quant à l'intérieur de la chapelle, avec ses nombreuses sculptures et ses vitraux, tout a été conservé… devenant un confortable lounge bar (ci-dessous).

Avant. © A. Bétry

Après. © PCB

Les jardins (ci-dessous) ont été aménagés en verger et en potager pour que le chef gastronomique Jean-Philippe Perol puisse y trouver de bons produits pour satisfaire ses clients.

Le verger. © PCB
Le jardin potager. © PCB


Enfin, tout proche de l'entrée, on retrouve le souvenir des terribles combats de la Commune  qui, en 1871, détruisirent la plus grande partie des bâtiments du XVIIe siècle : la célèbre Notre-Dame des Bombes (ci-dessous).

Avant. © PCB

Après.© PCB
L'ouverture est prévue le 24 octobre… et vous pourrez alors profiter des bons petits plats du restaurant prénommé "le Marguerite 1606" ! PCB.

23 septembre 2023

Retour d'un pape en terre de France

Pendant deux jours, - les 22 et 23 septembre - le pape François (ci-dessous) était à Marseille, saluant Notre-Dame-de-la-Garde, et officiant, au stade Vélodrome, une messe réunissant près de 60 000 fidèles. 


Le pape François dans les rues de Marseille,
23 septembre 2023. © PCB
 
On nous a dit et répété que cela faisait 500 ans qu'un pape n'était pas venu à Marseille, que c'était donc exceptionnel pour la ville… mais pas un nom, pas une explication sur cette présence il y a si longtemps. Alors nous avons enquêté. Et voilà le résultat de nos recherches.

Le pape Clément VII (1478-1534),
à Marseille en 1533. © XDR

Le nom : il s'agit du pape Clément VII (ci-contre

L'explication de sa présence : il est venu à Marseille le 28 octobre 1533 assister au mariage de sa jeune nièce Catherine de Médicis avec l'un des fils de François Ier, Henri II.


Et pourquoi cela nous intéresse-t-il ? Quel rapport avec l'histoire et le patrimoine d'Issy-les-Moulineaux… 
 
Eh bien voilà. Catherine de Médicis et son époux Henri II eurent plusieurs enfants, dont Marguerite de France (1553-1615), surnommée, la Reine Margot (ci-dessous). 

Marguerite de France, la Reine Margot, par Clouet.

Elle épouse le futur Henri IV, s'installe à Issy en 1606 dans une magnifique propriété qui deviendra le Séminaire Saint-Sulpice… et dont l'un des bâtiments la Solitude vient de se transformer en hôtel cinq étoiles, le Domaine de la Reine Margot ! Mais cela est une autre histoire, on vous en reparlera bientôt ! PCB

5 mars 2023

Le Père Charles Bonnet - que de bons souvenirs !

Le Père Charles Bonnet, né le 17 juillet 1936, à Nantes, est décédé le 18 janvier 2023. Il avait 86 ans.
Historim avait fait sa connaissance il y a quelques années, le 16 mars 2011 pour une conférence, suivie le 10 décembre 2011 par une visite 
privée du Séminaire Saint-Sulpice et de la Solitude, le foyer de retraite des sulpiciens aujourd'hui transformé en une partie de l'hôtel grand luxe avec spa, jardin potager et verger : le Domaine de la Reine Margot.

Le Père Bonnet, Issy, 10 décembre 2011. © A. Bétry
Avant d'être le Supérieur du séminaire Saint-Sulpice, le Père Bonnet, ordonné prêtre en 1962, a été professeur au petit séminaire de Couëts (Loire-Atlantique), puis au Bénin, avant de rejoindre le séminaire Saint-Sulpice. Pour peu de temps puisqu'il repart en Afrique de 1973 à 1983.
De retour en France, il devient, en 1983, le supérieur du Séminaire Saint-Sulpice, puis du séminaire Saint-Irénée de Lyon.

Enfin, en 2005, il s'installe à la Solitude à Issy. Il y restera jusqu'en 2016, date à laquelle il entre à la Maison Marie-Thérèse, boulevard Raspail, à Paris, où il décèdera.

Une belle pensée pour cet homme gai et chaleureux qui inaugura les visites et les conférences organisées par notre association Historim tout juste créée, en décembre 2010 ! PCB

24 avril 2022

Statuaires religieuses d'Issy-les-Moulineaux (suite et fin)

Voici la deuxième et dernière partie de notre découverte de la statuaire religieuse isséenne avec, cette fois-ci, les représentations de personnages religieux qui, vous le verrez, sont des plus diverses. Profitez des vacances pour parcourir les rues d'Issy-les-Moulineaux.
 
2 rue Jules-Guesde.

Commençons par cette « tête d'homme barbu » (ci-contre) que l'on peut voir sur la façade du 2, rue Jules-Guesde. Il porte autour du cou une croix latine suspendue à un chapelet. Il s’agit là d’une allégorie de la religion catholique.


4, rue du Sergent-Blandan.






« La Sainte Famille » (ci-contreau-dessus de la porte d‘entrée d’une maison en meulière du début du XXe siècle au 4, rue du Sergent-Blandan.
Il s’agit d’une groupe sculpté d’une quarantaine de centimètres, en terre cuite, représentant Jésus dans les bras de Marie, sous la protection de Joseph, porteur d’une lanterne

« Une scène de lamentations », au pied de la croix du monument aux morts du Parc Saint-Jean-Paul II (ci-dessous), réunit Marie auréolée, priant, le regard tourné vers le Christ ; Marie-Madeleine éplorée, agenouillée au côté gauche de Marie, sa tête reposant sur son genou ; à ses côtés, Jean l’évangéliste, en tenue de séminariste, a la tête et le bras tournés vers le Christ en signe d’espérance pour le futur. 

Parc Saint-Jean-Paul II.

Sur le socle de cet ensemble sculptural (ci-dessus), est inscrite en latin la mention : « Vous tous qui passez par ce chemin, arrêtez-vous et voyez si votre douleur est comme la mienne » !
 
2, allée des Carrières. © PCB

« Notre-Dame-de-Pellevoisin » sur la façade de la maison du 2, Allée des Carrières (ci-contre). 

À Pellevoisin, une petite commune de l’Indre, des apparitions mariales seraient survenues, entre le 14 février 1876 et le 8 décembre 1878, à Estelle Faguette, une jeune femme de 33 ans, alors atteinte d’une maladie incurable. Après sa guérison à la suite de cinq premières apparitions, elle dira continuer à voir la Vierge Marie à dix reprises.
 

Jardin Résidence du Parc.





« Jerzy Alexander Popieluszko », dans le jardin jouxtant la Résidence du Parc 20, rue de l'Abbé-Derry (ci-contre). 
Ce prêtre catholique polonais, né en 1947, ordonné en 1972 à Varsovie, aumônier du Syndicat Solidarnosc, est l’une des figures emblématiques de la lutte contre le régime communiste en Pologne. 
En 1984, il est enlevé et meurt en martyre sous la torture. Il est béatifié le 6 juin 2010 par le pape Benoit XVI.


« Saint Jean-Baptiste de La Salle », auprès d’un enfant lui tendant un livre ouvert, devant l’école Saint-Nicolas, rue Victor-Hugo (ci-dessous). Né en 1651 à Reims dans une famille noble de juristes, chanoine en 1667, Jean-Baptiste de La Salle est ordonné prêtre à 27 ans, en 1678. Il ouvre des écoles gratuites pour les enfants déshérités et fonde l’institut des Frères des écoles chrétiennes le 25 mai 1684. Il meurt le 7 avril 1719 près de Rouen. Il est canonisé en 1900 par le pape Léon XIII.

L'école Saint-Nicolas.
Considéré comme un novateur en pédagogie et maître spirituel, il est en 1950 déclaré par le pape Pie XII « patron de tous les éducateurs chrétiens ». Les frères des Écoles chrétiennes dirigent aujourd’hui l’école Saint-Nicolas où se trouve donc sa statue.

Repotel-Hôpital Suisse.
« Saint-Thomas de Villeneuve », à Repotel-Hôpital Suisse, 23, avenue Jean-Jaurès (ci-contre). 
Tomas de Villanueva, né en Castille en 1486 et mort à Valence en 1555, est un religieux de l’ordre de saint Augustin, qui devient archevêque de Valence. 
Après une formation d’humaniste, de grammairien, de philosophe et de théologien, en tant que boursier, il enseigna dans le même collège de 1472 à 1576, afin de s’acquitter ainsi de sa bourse. Il entre chez les ermites de Saint-Augustin en 1516. Ordonné prêtre le 18 décembre 1518, il sera nommé archevêque de Valence par Charles Quint le 6 juillet 1544. Il s’est surtout tourné vers les indigents à qui il fait distribuer l’argent du diocèse… d’où sa représentation avec une bourse à la main destinée à un enfant ! Béatifié en 1618 par Paul IV, il est canonisé en 1658 par le pape Alexandre VII. 
Jardin du Centre Saint-Paul.
En 1661, est fondée la 
congrégation des Sœurs hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve. Les religieuses s’installent en 1887 à Issy-les-Moulineaux, et jusqu’en 1960, sur le site actuellement occupé par l’hôpital Suisse et par Repotel, où elles dirigèrent une maison de convalescence.

 
« Le père Jean Émile Amizan », une sculpture placée dans le jardin du Centre Saint-Paul, 22, rue de l’Abbé-Derry, la maison-mère de la congrégation (ci-contre).
Prêtre catholique née en 1853 et mort en 1928, ordonné prêtre en 1877 en l’église Saint-Sulpice, il est le fondateur en 1918 de la congrégation religieuse catholique des Fils de la Charité dont la mission est l’évangélisation des milieux populaires et dont il fut reconnu supérieur général par Benoit XV.
Il exerça son apostolat dans deux paroisses parisiennes du quartier de Charonne : le Bon Pasteur et Notre-Dame de l’Espérance, où fut érigée sa statue après sa mort. Vers 1970, la Ville de Paris, propriétaire des lieux, fait démolir Notre-Dame de l’Espérance. La statue du père Amizan est alors récupérée et transférée à Issy, rue de l’Abbé-Derry.
 
Jardin de la Solitude.


« Notre-Dame-des-Bombes », dans le jardin de la Solitude (ci-contre), appartenant aujourd'hui à l’ensemble hôtelier de la Résidence de la Reine Margot. 
Elle est toujours là sur un socle composé d’anciens obus, lancés en mai 1871, pendant les combats de la Commune, par les Versaillais contre les Fédérés réfugiés dans les bâtiments du Séminaire Saint-Sulpice… des combats qu'Historim a longuement évoqués l'an passé à l'occasion des 150 ans de la Commune.





Ainsi se termine cette escapade dans les rues, les jardins et les parcs de notre ville. Si vous trouviez d'autres sculptures religieuses qui nous ont échappé, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur le site ! Bonnes vacances. Texte et photos Denis Hussenot.
 

15 avril 2022

Statuaires religieuses d'Issy-les-Moulineaux

En ce week-end de Pâques, pourquoi ne pas déambuler dans les rues et les parcs d'Issy-les-Moulineaux, à la découverte de ces nombreuses sculptures se rapportant à des personnages ou des faits religieux. Commençons par les représentations de la Vierge Marie, le plus souvent portant l'enfant Jésus, puis par celles du Christ. 

1. Des représentations de la Vierge Marie


Séminaire Saint-Sulpice d'Issy.

 
« La Vierge et l’enfant » sur la façade du Séminaire Saint-Sulpice d’Issy, 33, rue du Général-Leclerc 
(ci-contre).  

Marie est assise et tient l’enfant Jésus debout sur son genou droit, accueillant, par un salut du bras droit le visiteur, tandis que Marie porte son regard vers le bas pour accompagner cet accueil.



Autre « Vierge et l'enfant », autre Séminaire…


Séminaire polonais.




« La Vierge et l’enfant » au-dessus de la porte d’entrée du Séminaire polonais de Paris, 11, rue Jules-Guesde, (ci-contre).












Marie, en souveraine couronnée, porte l’enfant dont les bras d’accueil sont grands ouverts… les deux bras cette fois-ci (ci-dessus) !

Encore une « Vierge et l’enfant » (ci-dessous), dans le jardin de la maison de Sœurs du Christ, une congrégation installée au 37, rue du Général-Leclerc, depuis 1971.

La maison des Sœurs du Christ




Cachée sous les arbres, la Vierge est debout, tenant l’enfant Jésus, habillé, sur son bras gauche. Marie détourne son regard de Jésus, comme pour refuser déjà le destin qui l’attend (ci-dessous). 











Dans le jardin de la maison des Fils de la Charité, au 22, rue de l’Abbé-Derry, « la Vierge et l’enfant » (ci-dessous) est tout à fait originale.

La maison des Fils de la Charité.

D’une dimension relativement petite, environ 80 cm, la statue est sculptée dans un bloc de granit de provenance bretonne. 
Marie est assise, porte l’enfant sur son bras droit et soutient son pied de la main gauche. L’ensemble sculptural est d’une très grande sobriété, aux lignes rigides, taillées dan la pierre.




Toujours dans le jardin de la maison des Fils de la Charité, une « Vierge et l’enfant » d’une quarantaine de centimètres, appliquée sur une écorce, est accrochée au tronc d’un cèdre (ci-dessous). Marie, au visage très juvénile, est couronnée et l’enfant Jésus est aussi porteur d’une couronne de lauriers, d’allure victorienne.

La maison des Fils de la Charité.

Le choix du cèdre pour l’accrochage de cette sculpture n’est pas hasardeux : vers 976 av. J.-C., le bois du cèdre fut utilisé par le roi Salomon pour la construction du premier temple de Jérusalem. Le cèdre est l’arbre le plus souvent cité dans la Bible (70 fois !). Par ailleurs, le cèdre ne pourrit pas. C’est pourquoi un patriarche d’Alexandrie au IVe siècle comparait le bois du cèdre à la chair du Christ qui reste imputrescible. Enfin, cet arbre est un emblème de grandeur, de noblesse et  pérennité. Il est l’arbre symbole du Liban.
 



Parc Saint-Jean-Paul II.
Dans le parc Saint-Jean-Paul II, à l‘ombre d’un bosquet (ci-contre), est érigée une statue de « la Vierge et l’enfant ». Jésus, couronné, se tient débout sur un globe terrestre représentant l’univers, dans le ciel au-dessus des nuages. 

Il s’agit, en fait, comme il en existe de nombreuses en France et à travers le monde d’une réplique de la statue de Notre-Dame-des-Victoires, située dans la basilique du même nom, dans le IIe arrondissement de Paris. Elle en diffère seulement par l’absence de couronne en or et pierres précieuses sur la tête de Marie. 
L’église Notre-Dame-des-Victoires fut construite au début du XVIIe siècle à la demande de la communauté des religieux « les petits Pères », avec l’aide des subsides accordés par le roi Louis XIII, en reconnaissance à Marie, après sa victoire sur les protestants, au siège de La Rochelle en 1627. Mais à une condition : qu'elle soit dénommée Notre-Dame-des-Victoires. Après la Révolution, l’église fut à nouveau affectée au culte en 1809 par Napoléon Ier. On y installa alors l’actuelle statue de la Vierge… mais non couronnée ! Ce n’est qu’en 1853, à la demande du pape Pie IX, qu’une couronne précieuse fut rajoutée. 
Le jardin de la Solitude.

Dans le jardin de la Solitude, une statue de la « Vierge et l’enfant » est placée sous un dais de pierre évoquant un pinacle, soutenu par quatre colonnes aux chapiteaux corinthiens à feuilles d’acanthe, et surmonté d’une flèche (ci-contre). 

La Solitude, 27, rue Minard, était la maison de retraite des prêtres. Après une longue période de travaux, elle va abriter un ensemble hôtelier de haut de gamme, le Domaine de la Reine Margot, Mais la statue sera toujours là. 



                              
  2. Des représentations du Christ

 

Dans le jardin du Séminaire polonais, 11, rue Jules-Guesde, un Christ, presque grandeur nature (ci-dessous), un cœur frappé sur la poitrine, objet de dévotion, se tient les bras grands ouverts pour accueillir les fidèles.  Reposant sur les nuages, il présente à ses pieds les instruments de la Passion : trois clous, des fouets, un ciboire et une couronne tressée, évoquant la couronne d’épines.


Le séminaire polonais.

Dans le parc Saint-Jean-Paul-II, un Christ en croix, accompagné de deux larrons (ci-dessous), surmonte le monument, bien visible dans le haut du parc, dédié aux séminaristes ou religieux morts durant la Grande Guerre. Au pied de la croix, est inscrite la phrase suivante, traduite du latin : « Leurs noms sont inscrits dans le ciel ; courageux, ils tombèrent au combat ».



Parc Saint-Jean-Paul II.

En espérant que cette première escapade isséeenne vous a plu. La suite le dimanche 24 avril, toujours à 18 h, pour débuter ainsi les vacances de Pâques. Texte et photos Denis Hussenot.