7 janvier 2024

Un Bréguet 941 à Issy-les-Moulineaux

Des avions, il y en a eu à Issy !
Louis Bréguet. © XDR
Aux dires des experts, et dès 1948, le pionnier de l’aviation et constructeur français Louis Bréguet (ci-contre) se spécialise dans la réalisation d’avions à décollage et atterrissages courts, appelés en langage avion ADAC, c'est-à-dire : développé sur le concept dit de « l’aile soufflée », cela consiste à utiliser le souffle des hélices de quatre mètres de diamètre, de quatre turbopropulseurs disposés sur le bord d’attaque le long des ailes, agissant sur des volets doubles le long de la totale envergure des ailes. Ces dernières, disposées également sur le bord d’attaque, et à la fois dirigées vers le bas, elles assurent la sustentation de l’aéronef.

Les essais débutés en souffleries en 1954 démontrent que les hélices fabriquées chez Ratier-Figeac doivent fonctionner simultanément. C’est ainsi que la collaboration d’Hispano-Suiza permet la mise au point d’un système de transmission had oc.

Vol d'un Bréguet 941 aux États-Unis. © XDR

21 mai 1958 est la date du vol inaugural ; les capacités ADAC sont bonnes : décollage en 190 mètres et atterrissage en 120 mètres.
Un accord de licence avec McDonnell Douglas est même signé.
En dépit de nombreux vols de démonstration, seulement quatre exemplaires seront construits pour l’armée de l’Air française. Manque de moyens ou de volonté politique ?

Posé du Bréguet 941 à Issy-les-Moulineaux. © XDR

Le 29 octobre 1963, le Bréguet 941 piloté par Bernard Witt, pilote d’essais Bréguet-Dassault (1926-2011), au terme d’une brillante tournée européenne de 6 500 km, se pose à Issy-les-Moulineaux (ci-dessus).                                        A. Bétry                                                                        

2 janvier 2024

Barbey d'Aurevilly à Issy ? À lire


Voici un livre plein de 
surprises, une enquête menée dans les rues d'Issy, sur les pas de Barbey d'Aurevilly (1808-1889), cet écrivain français, auteur de romans, de nouvelles et de poésies… l’un des protagonistes du roman d’Adrienne Weick, La septième diabolique, (Pocket 2023. Grand prix des enquêteurs).

Deux amis, Anatole Deck et Étienne, partent aujourd'hui à la recherche d’un manuscrit ignoré de Barbey d’Aurevilly qui se serait inspiré du drame vécu par une famille de Valognes (Manche). Il l’aurait écrit au printemps 1871 lorsque qu’il se trouvait caché dans un château après avoir fui la Commune de Paris. De quel château s'agit-il ?
Après de nombreuses péripéties, les deux enquêteurs identifient le château comme celui d’Issy, bombardé en 1871 (ci-dessous), puis démonté et reconstruit à la villa des Brillants à Meudon par Rodin au début du XXe siècle. Pour mémoire, Issy-les-Moulineaux ne prend son nom actuel qu’en 1893. 

Le château d'Issy incendié après les combats de la Commune de 1871.
Suivons les deux héros : ils « se retrouvèrent à la sortie du métro… Ils montent une petite rue qui grimpait vers les hauteurs de la ville. » Vous avez deviné… Ils sont arrivés à la station Mairie d’Issy de la ligne 12, proche de la rue Auguste Gervais (ci-dessous). 

La sortie du métro, station Mairie d'Issy. © PCB
Ils aperçoivent «  une étrange construction blanchie, arrondie, affublée d’un toit en pointe qui est accolée à un bâtiment moderne.. » C’est le Musée Français de la Carte à Jouer composé d’une partie de l’ancienne entrée du château et d’un musée contemporain (ci-dessous). 

Musée français de la carte à jouer.
L'ancien château, Galerie d'Histoire de la Ville.










Anatole et Étienne se glissent ensuite sous une fontaine dans la cour d’une propriété privée de la rue Berthelot  (ci-dessouset découvrent un bureau, aussi souterrain que poussiéreux, ainsi qu’un un long tunnel qu’ils parcourent en totalité. 

La fontaine. © PCB
Et… ils aboutissent dans « un abri rectangulaire, éclairé par quatre ouvertures grillagées. Au travers, ils distinguaient une large pièce d’eau » (ci-dessous).

Pièce d'eau du parc Henri Barbusse. © Alain Bétry










Ils sont dans un jardin public, le parc Henri Barbusse. Celui-ci est le vestige d’un grand parc long d’un kilomètre environ et large de 300 mètres appartenant aux princes de Conti au XVIIIe siècle. 
Et alors ? Pour connaître la fin de ce récit, il vous faudra lire ce livre palpitant ! Jusqu'à la dernière page !                              Texte et photos P. Maestracci 

29 décembre 2023

Belle et heureuse année 2024

2023 se termine… 2024, l'année des Jeux Olympiques, arrive à grands pas. Mais pas que… Historim vous prépare des visites privées et des conférences, mais aussi des articles sur le sport, pourquoi pas ?

En attendant, voici quelques haïkus à méditer, peut-être si il y a un rayon de soleil dans le jardin japonais Ichikawa du Fort (ci-dessous).

Jardin Ichikawa du Fort d'Issy. © PCB

Le printemps est-il venu ?
La vieille année est-elle partie ?
Avant-dernier jour (Matsuo Bashô, 1662)

D'une coupe de saké épicé du nouvel an
Jusqu'à une autre coupe
Premier plaisir de l'année (Chiyo Ni, 1703-1775)

Batifolent les grues
Jusque dans le ciel
Premier soleil de l'année (Chiyo Ni, 1703-1775)

Premier matin de l'année
Un vent de jadis
Souffle dans les pins (Onitsura Masaoka (1867-1902)

Et pour terminer, en vous souhaitant plein de bonnes choses pour cette nouvelle année, un haïku de Shou Ito (1859-1943).                                                             PCB

Premier rêve de l'an
Je le garde pour moi
Et j'en souris tout seul


23 décembre 2023

À lire - Des cartes à jouer isséennes mises à l'honneur

Historim se met en mode vacances… avec, en cette fin d'année, des livres à l'honneur plutôt que des nez en l'air ! À commencer par cet ouvrage : Les cartes à jouer du savoir. Détournements savants au XVIIIe siècle, Sous la direction de Jean-François Bert et Jérôme Lamy (Éditions Schwabe Verlag, 2023), qui met en valeur des cartes dites « à dos détournés ».

Le premier chapitre (Les cartes à jouer à l’époque moderne, un objet paradoxal) est rédigé par Gwenael Beuchet, que certains d'entre vous connaissent bien puisqu'il est attaché de conservation au Patrimoine du Musée Français de la Carte à Jouer. 
Les cartes de fabrication française avec leur format adapté ont un dos blanc rigide (avec 3 papiers superposés) qui peut servir à l’écriture ou au dessin..
Le musée conserve plus de 4 000 cartes « à dos détournés » dont l’usage est extrêmement varié, « fiche bibliographique,  étiquette de prix, carnet de croquis, carte de visite ou de réclame, billet, herbier, support pédagogique… »

L’auteur a choisi quelques exemples hors du commun. Le « bureau typographique » entré dans les collections en 1990 date de 1789. C’est un jeu pédagogique conçu pour apprendre aux enfants à « manipuler [des] lettres, chiffres et signes de ponctuation » grâce à 1 357 cartes.

Le musée s’enrichit ensuite d’un « sac de procès » dont l’étiquette cousue sur le sac est une carte à jouer, un « coffret de changeur » avec deux cartes à l’intérieur du couvercle, un fichier bibliographique et vingt-cinq dessins d’un artiste anonyme du début du XIXe siècle.

Ce livre présenté par les deux auteurs au Musée, en novembre 2023, outre le plaisir de le lire et d’admirer les photographies, suscite l’envie d’une future exposition sur ce thème au musée. Alors, affaire à suivre. 
P. Maestracci

20 décembre 2023

L'avion de chasse de Gustave Eiffel

Gustave Eiffel, dont on célèbre cette année le centième anniversaire de la mort (le 27 décembre), est un personnage bien connu d'Issy-les-Moulineaux. On y admire la petite tour Eiffel, classée Monument historique, au 42 rue Ernest-Renan ; on y découvre aussi la magnifique Halle Biltoki, dite Eiffel, qui abrite, au pied des bureaux d'Orange, un magasin gourmand. 

Gustave Eiffel à sa table de travail, en 1913. © XDR
Et puis, comment ne pas évoquer le célèbre champ de manœuvres, transféré du Champ de Mars à Issy, à l'occasion de la construction de la Tour Eiffel, à Paris. Devenu terrain d'aviation, il transforme Issy-les-Moulineaux en berceau de l'aviation… 

Dessins de l'avion L.E. d'Eiffel.
Gustave Eiffel, inventeur hors norme, s'intéresse très tôt à l'aviation, dès 1902 lorsqu'il adhère à l'Aéro-Club de France… un côté méconnu du personnage, révélé dans le numéro de novembre 2023 d'Historia, dont le dossier lui est consacré. Ainsi, en 1917, il dessine (ci-contre) le premier avion de chasse monoplan, dénommé l'Avion L.E. (Laboratoire Eiffel). C'est une invention révolutionnaire, un monoplan à ailes basses qui devrait pulvériser les records de vitesse et d'altitude. Le 16 mai 1917, il en dépose officiellement le brevet d'invention.
Le prototype (ci-dessous) est prêt en mars 1918 et fait son premier essai sur le terrain de Villacoublay. Le deuxième essai, le 27 mars, s'avère catastrophique : l'appareil se brise à l'atterrissage et le pilote est tué. 

L'avion de chasse L.E. © XDR

C'est ainsi que se termine l'histoire aéronautique de Gustave Eiffel… mais non ses inventions révolutionnaires qui seront dans les années à venir repris par de grands constructeurs d'avions. PCB

17 décembre 2023

Le Domaine de la Reine Margot - une visite royale, 15 décembre 2023

Richard Fontana. © PCB 
Une quinzaine d'Historimiens ont rendez-vous en cette fin de matinée dans cet hôtel 5 étoiles, situé dans les Hauts d'Issy. Ils vont visiter cet endroit historique en compagnie de Richard Fontana (ci-contre), attaché commercial et événementiel du Domaine de la Reine Margot. 

La reine Margot n'est autre que Marguerite de Valois (1553-1615), la première épouse du roi Henri IV, installée à Issy en 1606. D'ailleurs, on peut admirer son portrait tout au fond de la salle de réception (ci-contre). Marguerite habitait dans une très grande propriété, composée de deux domaines ; le premier qui s'étendait de l'actuel Séminaire Saint-Sulpice à l'église Saint-Étienne, englobant l'actuel parc Saint-Jean-Paul II…où nous sommes ! et le deuxième, surnommé le Petit-Olympe, le futur château des Conti.

L'hôtel est composé de deux édifices : l'ancienne Solitude, la maison de retraite des séminaristes Saint-Sulpice, classée monument historique, entièrement restaurée et aménagée ; et le nouveau bâtiment, œuvre de l'agence d'architecture, Wilmotte et Associés (ci-dessous).

L'ancienne Solitude. © PCB

Le nouveau bâtiment. © PCB

Chambre avec terrasse. © PCB
Nous sommes reçus dans la salle de réception, au rez-de-chaussée du nouvel édifice. Direction au sous-sol vers le spa, la salle de massage et la piscine… Tout est en bois, calme, appelle à la déconnexion. Tout comme les chambres, au nombre de 83. Nous avons la chance d'en découvrir une, au 3e étage avec terrasse donnant sur Paris et la tour Eiffel (ci-contre) !

La chapelle-bar à rhums. © PCB

Puis, nous traversons le jardin vers les bâtiments historiques, notamment la chapelle, désacralisée bien sûr, transformée en bar à rhums (ci-contre), meublé de confortables canapés. Statues et vitraux ont été conservés… mais certains Historimiens sont un peu choqués de cette nouvelle attribution !

Après avoir descendu quelques marches, nous voici dans la salle à manger (ci-dessous) de ce restaurant gastronomique tenu par le chef Jean-Philippe Pérol. Là encore, la reine Margot est présente, puisque le restaurant s'appelle "le Marguerite 1606"… 1606 étant la date à laquelle elle arrive à Issy ! 

La salle à manger. © PCB



Certains regardent les menus, font même des réservations, discutent avec le personnel, tout à notre écoute. Richard nous explique que le verger et le potager, dans le jardin en contre-bas dans lequel on peut se promener, fourniront les cuisines ! Ainsi se termine cette visite tout à fait exceptionnelle.

Un grand merci à notre guide Richard et à tout le personnel du Domaine. Une seconde visite privée aura lieu en janvier… PCB

Et toujours cette impression de plénitude ! © PCB

14 décembre 2023

Issy-les-Moulineaux fait la fête les 16 et 17 décembre 2023

C'est bientôt Noël… "Il est grand temps de rallumer les étoiles", écrivait Guillaume Apollinaire, dans le prologue des Mamelles de Tirésias. En pleine guerre de 1914, alors qu'il est là dans les tranchées, il entend un capitaine crier ces paroles…Aujourd'hui, en 2023, Issy-les-Moulineaux rallume aussi ses étoiles.


Marché de Noël à Issy. © XDR
Le Marché de Noël (ci-contre) se tiendra comme tous les ans sur l'Esplanade de l'Hôtel de Ville, les 16 et 17 décembre… L'Association des créateurs d'Issy et d'ailleurs (ACIA), les producteurs du pays de Lot et l'association d'Issy Mairie commerces vous attendent dans une superbe ambiance. 
Un passage indispensable pour préparer le réveillon autour de savoureux produits régionaux. Mais aussi, découvrir des objets faits main (décoration, maroquinerie, jouets, etc) par la quarantaine de créateurs réunis ici. 
Les enfants seront à la fête : le Père Noël a prévu d'être là… il y aura même des promenades à dos de poneys pour les plus petits ! 

La traditionnelle Corrida de Noël, en compagnie des Pères Noël, des Lutins, des Bonhommes de neige, envahira les rues de la ville, le 17 décembre dès 8h45. Un rendez-vous ludique que les familles isséennes ne manqueraient pour rien au monde. Venez nombreux les applaudir.  

Une corrida qui revient chaque année… © A. Bétry

C'est le moment aussi de décorer vos intérieurs et vos jardins. Parfois, c'est la nature qui transforme d'une certaine façon les fruits - ici des kakis - en boules de Noël, à la grande joie du chat Tipex (ci-dessous). Bonnes fêtes à tous. PCB. 

Tipex au milieu des kakis. © A. Bétry

10 décembre 2023

Issy-les-Moulineaux Architecture - Épisode 5 : les maisons de caractère

Nous avons déjà consacré quelques articles à la diversité architecturale de notre ville. : épisode 1 (la brique), épisode 2 (la meulière), épisode 3 (les Courbes), épisode 4 (les maisons particulières)… et voici l'épisode 5 qui met en lumière des demeures, variées et souvent originales, édifiées depuis la fin du XIXe siècle.
Voici quelques exemples d’un choix forcément arbitraire.

Des maisons en meulière de la Belle Epoque offrent quelques points communs : façade directement sur la rue, un seul étage, un toit peu élevé, un encadrement des portes et fenêtres en pierre ou en briques.

Maison du 4, rue du Sergent-Blandan.
La maison située au 4, rue du Sergent-Blandan (ci-dessus) dispose d’ouvertures légèrement cintrées, un décor en céramique au premier étage et une petite sculpture en terre cuite de la Sainte Famille au-dessus de l’entrée, sur la droite de la photo.
La maison du 4, rue Michelet (ci-dessous) est l’ancienne crèche de la Manufacture des Tabacs (1904), comme le signalent les agrafes métalliques formant les lettres M et T, au-dessus de la porte d'entrée.

Maison du 4, rue Michelet.

D’autres demeures ont un style reconnaissable comme celle du 21, boulevard Voltaire (ci-dessous) de style Louis XIII : des murs en briques rouges et des encadrements en pierre de taille comme les hôtels particuliers de la place des Vosges à Paris. Un balcon protégé par un garde-corps en fer forgé surplombe la porte vitrée. Sur le toit, la fenêtre centrale au décor classique est encadré par deux angelots. Elle est surmontée d’un arc avec armoiries et initiale B du nom du propriétaire.

Maison du 21, boulevard Voltaire.

Les façades de certaines maisons sont en briques claires ou repeintes. Celle du 79, avenue Victor-Cresson date de la Belle Époque avec un décor en céramique turquoise. C’est un exemple de « façading » car seuls les murs latéraux et la façade ont été conservés (ci-dessous) afin de s’intégrer à un nouvel ensemble immobilier en cours de construction. 
Vue de côté.

La maison du 79, avenue Victor-Cresson.













Une autre maison en briques claires est originale par son fronton décoré d’un oculus mis en valeur par une structure en bois arrondi. Elle se situe au 24, rue Pierre-Brossolette (ci-dessous).

Maison du 24, rue Pierre-Brossolette.

Deux maisons sont étonnantes. La villa Louis (ci-dessous à gauche) 58, allée du Hameau Normand est flanquée d’une tourelle évoquant un colombier dont les fenêtres du premier étage offrent une vue à 360 degrés.
 
La Villa Louis.
Celles de la villa perchée à l’angle des rues Gabriel-Péri et d’Alembert (ci-dessous) permettaient de voir la vallée de la Seine. La villa est composée d’un avant-corps sur deux étages tandis que le balcon se trouve au troisème. La vue est maintenant masquée par des immeubles construits postérieurement…

Angle des rues Gabriel-Péri et d'Alembert. 








Plusieurs maisons, vues de la place du 8-Mai-1945, illustrent la diversité architecturale (ci-dessous). A gauche, une demeure est vue de côté avec un  mur latéral à colombage bien visible et un conduit de cheminée en briques rouges pour résister au feu. Au centre de l’image, c’est une maison de style composite avec un appareillage de pierres disposées en opus incertum au rez-de-chaussée et des briques au-dessus. Le conduit de cheminée est monumental et finit avec le monogramme P et F, initiales du propriétaire. Les murs de la demeure de droite sont aussi en opus incertum.

Maisons de la place du 8-Mai-1945. 

Terminons cette nouvelle promenade dans Issy-les-Moulineaux par ces quelques mots de l'architecte Le Corbusier : "l'architecture, c'est une tournure d'esprit, et non un métier".

Texte et photographies : P. Maestracci