Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Rodin. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête Rodin. Trier par date Afficher tous les articles

2 mars 2013

Auguste Rodin : conférence à Issy-les-Moulineaux

© Alain Bétry
Conférence Auguste Rodin. Pascale au micro. © A. Bétry

Un public toujours aussi nombreux - dans lequel on reconnaît le maire et député, André Santini (au premier rang, à gauche de l'écran) - s'est donc donné rendez-vous ce jeudi soir 28 février dans la grande salle de la Résidence du Parc, rue de l'Abbé Derry, dans les Hauts d'Issy. Et pour ceux qui croyaient bien connaître Rodin ce fut une vraie révélation.


© Alain Bétry
Pascale. © A. Bétry
Notre historimienne de choc Pascale Maestracci est particulièrement en verve. Et c'est ainsi que l'on apprend qu'avant de devenir l'artiste de renommée mondiale connu et reconnu, Auguste Rodin était un simple artisan, travaillant notamment dans les ateliers belges de Carrier-Belleuse et à la Manufacture de Sèvres. Qu'il vécut plus de cinquante-trois ans avec la même femme, Rose Beuret, qu'il traitait avec beaucoup de désinvolture et qu'il finit pourtant par épouser l'année de sa mort, en 1917.  Qu'il ne mania jamais les ciseaux de sculpteur (comme Michel Ange) mais la terre glaise, laissant à ses mouleurs le soin de faire les plâtres, les seules œuvres originales reconnues aujourd'hui. Parmi eux, Paul Cruet qui habitait dans les communs du château des Conti, à Issy-les-Moulineaux. Un lieu qu’appréciait tant Rodin qu’il en racheta le fronton et une partie de la façade qu’il fit remonter dans sa propriété de Meudon (voir rubrique Patrimoine) !
 
La Porte de l'Enfer, Kunstmuseum, Zürich.
Pascale nous montre les reproductions de l'Age d'airain, l'Homme qui marche, le Baiser, les Bourgeois de Calais, Monument pour Balzac, insistant notamment sur la technique toute révolutionnaire de l'artiste : assemblage, démultiplication ou fragmentation de la sculpture. Une véritable initiation pour appréhender une œuvre majeure : la Porte de l'Enfer (à droite), un vantail comportant plus de deux cents figures dont certaines sculptures très connues. Comme le Penseur (au centre), les Trois ombres (tout en haut), Ugolin.
Première commande officielle de l'État, Rodin s'inspira de la Divine Comédie de Dante pour en réaliser les personnages. Mais il ne verra jamais son œuvre terminée… un travail effectué par Paul Cruet, toujours lui, en 1934. Une figure mérite que l'on s'y attarde : Celle qui fut la Belle Heaulmière, représentant une femme à la fin de sa vie. Le plâtre original, (ci-dessous), légué par la veuve de Paul Cruet à Issy-les-Moulineaux, se trouve dans la Galerie d'histoire de la Ville (Musée français de la carte à jouer).

Celle qui fut la Belle Heaulmière, plâtre.
Musée de la carte à jouer.

Bref, ce fut comme toujours  une bien intéressante conférence. Et comme disait Auguste Rodin : "J'ai fait de mon mieux". Pascale l'a fait aussi et… c'était mieux que mieux ! PCB



13 juin 2017

Suzanne, une petite Isséenne des années 1950

La « rue » de Suzanne correspond en réalité au tout début du boulevard Rodin compris entre la place Kennedy ( ex-place de la Source ) et son intersection avec la rue de la Défense. Ses souvenirs évoquent une vie de « village » dont elle a gardé des souvenirs aussi précis qu’émouvants.

Le père Haïg, la mère Zepur,
 les frèresBernard et André.
Origines familiales

Les parents de Suzanne des deux côtés sont arméniens. La famille paternelle vient de la province de Sebastia [Sivas en Turquie] . C’est une dynastie de commerçants. Le grand-père a été décapité par les Turcs et la famille fuit et se réfugie en France. Haïg, le père de Suzanne, est bottier et travaille d’abord dans une boutique rue Blomet dans le 15e arrondissement à Paris. Il occupe un petit appartement au-dessus de la boutique « avec son épouse, ses deux fils et sa belle-mère ». Mais pendant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier de guerre et torturé. En raison de graves problèmes cardiaques au stalag IV B en Allemagne, il est rapatrié mais sa santé est définitivement ruinée. Il s’installe en 1948 avec sa famille au 6 bis boulevard Rodin.

La famille maternelle de la petite Suzanne est aussi arménienne mais de la province de Bardizag. C’est une famille d’intellectuels. Le grand-père était l’instituteur du village mais aussi le secrétaire du gouverneur turc. C’est lui qui reçut le télégramme en 1915 ordonnant la déportation des Arméniens. Avant d’informer le gouverneur analphabète, il prévint ceux qui pouvaient s’enfuir tandis que lui-même et les siens furent déplacés à Konya, au sud d’Ankara.
Zepur, la mère de Suzanne arriva ainsi en France à l’âge de quatre ans avec ses parents et ses sœurs pour rejoindre le frère aîné qui était venu grâce à un contrat de travail. Elle fut la seule de sa fratrie à être vraiment scolarisée à l’école Jules Ferry et entra ensuite dans un centre d’apprentissage pour y apprendre la couture.


Vie isséenne

Les parents de Suzanne se rencontrent à l’association de la Croix-Bleue et se marient.

L'ancienne maison familiale du 6bis Bld Rodin. Elle a été transformée
avec l'ajout d'un étage mansardé et la transformation de la boutique
du rez-de-chaussée en appartement.
La famille s’installe dans la maison du 6 bis boulevard Rodin (ci-dessus) où un café occupait le rez-de-chaussée. Haïg « transforme le café en cordonnerie où il travaille jusqu’au début des années cinquante puis cesse ses activités professionnelles ». Zepur, sa femme, est couturière à domicile. Elle fait ses patrons en toile dans de vieux draps ; ses clientes aisées se font faire des vêtements inspirés de la haute couture. Ensuite lorsque la santé de son mari se détériore, elle travaille toujours à domicile mais pour un atelier du Sentier à Paris. Suzanne se remémore les nombreux chemisiers en nylon à fleurs payés à l’unité. 

Suzanne, son oncle et sa tante, dans leur maison,
 27 Bld GaribaldI. Elle venait y regarder la télévision.
Le père de Suzanne cuisinait le lundi pour la famille y compris « la tata et le tonton cordonnier » (ci-dessus) qui ne travaillait pas ce jour-là. Ses recettes fétiches sont au nombre de deux. La bomba (ichli keufté), boule de boulgour mouillée creusée pour y déposer une farce de viande (bœuf ou mouton haché ) et d’oignons. La boule était ébouillantée. Le beureg est un chausson de pâte à pain acheté chez le boulanger, fourré à la viande avant d’être frit.


Le « village » du boulevard Rodin

Le boulevard Rodin dans les années 1950 était pavé et bordé de platanes. De nombreuses familles qui y habitaient avaient une vie de « village » dans cette « rue » ! L’entraide était normale : les voisins profitaient d’un plat quand la famille en avait trop préparé, le boulanger mettait son four à disposition le dimanche pour le poulet rôti familial. 

Certains dimanches d’été, l’épicier Baptiste emmenait les familles dans son camion à Gif-sur-Yvette (Essonne) pour un pique-nique en plein air (photo ci-contre). Les personnes âgées s’installaient dans la rue et grignotaient des pépins de courge ou de tournesol tout en se racontant des histoires. Certaines grands-mères ne parlaient que le turc car parler arménien leur avait été interdit autrefois par les autorités ottomanes. La source qui donnait son nom à la place se situait au débouché de la rue Tariel. Les habitants du quartier venaient y faire rafraîchir les pastèques et les bouteilles de vin s’ils n’avaient pas de glacière. De nos jours, la source est canalisée sous des immeubles résidentiels. 

De part et d’autre du boulevard, des boutiques permettaient un ravitaillement quotidien. À l’angle du boulevard et de la place de la Source (J. F. Kennedy de nos jours), une épicerie faisait également office de bistrot et vendait des romans-photos achetés par les filles du coin. Dans le prolongement de ce trottoir aux numéros pairs, on trouvait un tailleur arménien, des maisons dont celle de Suzanne avec un jardin derrière, une épicerie arménienne, un garagiste une boucherie, un café puis un marchand de couleurs avant l’intersection de l’allée des Carrières. Le boucher, M. Malépart offrait une tranche de saucisson à l’ail à chaque enfant venant faire des achats. 

La petite Suzanne dans "le bois", remplacé aujourd'hui
par l'École Anatole France.
En face, où se trouve de nos jours l’école Anatole France, il y avait un terrain boisé surnommé « la colline » ou « le bois » (ci-dessus), une sorte de « terrain de jeu privé » où les mères et les tantes y faisaient les finitions de leurs ouvrages de couture tout en surveillant les enfants. Les garçons jouaient au ballon sur la plate-forme supérieure de cet espace laissé à l’état sauvage. Il y avait un accès discret à travers la grille pour accéder au parc Henri Barbusse.

Au-delà de cet espace en friche, du côté des numéros impairs, on trouvait un charbonnier puis une boulangerie, une mercerie où les enfants achetaient des tabliers lors de la Fête des mères. Les maisons étaient « suspendues »en raison de la déclivité du lieu (photo ci-dessous). La boucherie arménienne Manissian se situait à l’angle du boulevard et de la rue de la Défense.

Aux n°25 et 27, les maisons sont suspendues : les garages à l'étage inférieur,
les habitations au niveau supérieur, lui-même en contrebas de la rue de la Défense.

À l'école

Les filles allaient à l’école primaire Anatole France rue Tariel. L’école a été déplacée à l’emplacement de « la colline ». Les filles allaient ensuite au collège Voltaire (immeuble Savary actuel, 4 rue du Général Leclerc).

Suzanne raconte une attaque que « les filles allaient voir ». En effet, les bus à plate-forme arrière de la ligne 190 furent déviés par la rue de la Défense lorsque la partie supérieure du boulevard Rodin fut goudronnée. Des garçons munis de sarbacanes lançaient des fléchettes à l’arrière des bus pour « attaquer comme si c’était une diligence ».
Un personnage pittoresque était surnommé « la sorcière » par les enfants. C’était une dame âgée au nez crochu, aux joues creuses. Elle portait un foulard et plusieurs jupes les unes sur les autres. C’était la vendeuse de cacahouètes ou de graines de courge qu’elle faisait sécher au soleil sur une couverture sur le trottoir ».

La fête de l’Été était célébrée au parc Barbusse avec une fête foraine. On aménageait une salle de spectacle en plein air où Claude Nougaro se produisit à ses débuts.


Le cinéma

Haïg aimait aller avec sa femme et sa fille au cinéma, soit au Casino, 3 avenue Cresson, soit à l’Alambra, 4 avenue Jean Jaurès. Deux films par semaine étaient programmés dans chaque salle. Suzanne y allait le jeudi car le billet ne coûtait qu’1 franc ; en effet, la séance était réservée aux jeunes (enfants et adolescents). Quelques parents les accompagnaient dont le père de Suzanne.

Les garçons se plaçaient d’un côté de la salle et les filles de l’autre. Les jours suivants, Suzanne racontait avec force détails le film, péplum ou western, à ses deux amies Alice et Rosette. Le trio, bras dessus, bras dessous se promenait « en montant et en descendant la rue ».


Angle du Bld Rodin et de la rue de la Défense. A gauche du restaurant-traiteur,
se trouvait la boucherie Manissian, dans les années 1950

Je tiens à remercier très chaleureusement Suzanne qui a raconté avec sa verve habituelle ses souvenirs d’enfance ainsi que Monique, à l’initiative de ce précieux témoignage. Un grand merci à Bernard, frère aîné de Suzanne pour nous avoir confié les photos familiales.
Merci aussi à Sophie, rencontrée par hasard boulevard Rodin, et qui a confirmé que l’esprit de village perdure en 2017 ! T
exte et photos P. Maestracci ; et photographies familiales. 


23 mars 2017

Auguste Rodin et Issy-les-Moulineaux

A l'occasion du centenaire de la mort d'Auguste Rodin (12 novembre 1840-17 novembre 1917), père de la sculpture moderne, le Grand Palais, à Paris, organise une grande exposition. Parmi ses chefs-d'œuvre, seront exposés le Penseur, le Baiser, les Bourgeois de Calais… 


L'occasion de vous rappeler que le fondeur d'Auguste Rodin, Paul Cruet habitait Issy-les-Moulieaux. Son atelier se trouvait dans les communs de l'ancien château des Conti. Et Rodin appréciait tant cet édifice, détruit, rappelons-le, pendant la Commune (mai 1871) qu'il racheta le fronton de l'entrée du château qu'il fit remonter dans sa villa des Brillants, à Meudon. La Galerie d'histoire de la ville, au Musée français de la carte à jouer, conserve le plâtre de Celle qui fut la Belle Heaulmière (ci-dessous), légué par la veuve de Paul Cruet. PCB

Celle qui fut la Belle Heaulmière. plâtre,
Galerie d'histoire de la ville,
Musée français de la carte à jouer. Issy.
Pour en savoir plus sur Rodin à Issy-les-Moulineaux :

L'exposition se tient du 22 mars au 31 juillet 2017



27 février 2018

Auguste Rodin et Paul Cruet à Issy-les-Moulineaux

Quel bonheur de pouvoir admirer les œuvres d'Auguste Rodin; pour la plupart des plâtres dus à son mouleur Paul  Cruet, en petit comité, avec les membres de notre association Historim. En ce mercredi 21 février, Florian Goutagneux, conservateur du Musée français de la carte à jouer où se tient l'exposition, nous servait de guide. Et l'on en a appris des choses.

Florian entre l'Âge d'Airain et Saint-Jean Baptiste. Au fond, une photo
de la célèbre Porte de l'Enfer. © A. Bétry

Petit rappel des faits et des lieux.
En 1893 Auguste Rodin s'installe à Meudon, dans la Villa les Brillants. Son atelier parisien se situe rue de Varenne. Au cours de ses déplacements, Rodin repère l'ancien château des Conti, en partie démoli pendant les combats de la Commune.  Il en rachète certains éléments comme le fronton, puis en 1908 décide d'installer dans l'ancienne orangerie, qui a été sauvegardée, un de ses assistants le mouleur Paul Cruet.

La grande salle.©PCB

Adam, l'Âge d'Airain et Saint-Jean-Baptiste (de gauche à droite ci-dessus)
Trois grandes statues nous accueillent dans la grande salle du Musée. Des plâtres de plus de 100 kilos, magnifiques de puissances.
Avec Adam (ci-dessous) on reconnaît l'influence de Michel Ange. Le modèle choisi pour L'Âge d'Airain est un soldat belge. Quant au Saint Jean-Baptiste, il s'agit d'un Italien, avec un visage de bête sauvage et un mouvement dans les jambes tout à fait particulier.


Détail d'Adam. ©PCB

Le rôle d'un mouleur 
Florian nous fait découvrir le travail spécifique d'un mouleur. Dans une vitrine, il nous montre un moule et une statue en plâtre en cours de montage… une vraie découverte pour certains.
Voilà comment cela se passait. Surtout, lisez-bien les panneaux qui fort intelligemment sont accrochés tout au long de l'exposition.
Rodin modelait de l'argile, toujours humide, son œuvre. Puis Paul Cruet, embauché en 1905, entre en scène. Il fait un moule à partir du modèle en argile, qui se détruit, puis coule le plâtre…


Florian devant la vitrine des portraits. ©PCB

Portraits
L'on découvre ensuite de magnifiques portraits (ci-dessus) : Clemenceau (en 2 exemplaires), Victor Hugo, Baudelaire (en plâtre, en bronze, en marbre), et, bien sûr, la bien jolie Camille Claudel, âgée alors de 18 ans.


Le Baiser. ©PCB



Et puis le Baiser
Le Baiser représentait à l’origine Paolo et Francesca, personnages issus de La Divine Comédie, poème de Dante Alighieri (1265-1321). L'œuvre devient, à la fin du XIXe siècle, l'emblème de l'érotisme ; et dans les années 1960 fait la couverture des manuels d'éducation sexuelle !






C'est sur ce magnifique couple que l'on se quitte. Un grand merci encore à Florian pour cette visite dont on se souviendra longtemps. Petit rappel : l'exposition, organisée avec le soutien du Musée Rodin de Paris, pour le centenaire de la mort du sculpteur (le 16 novembre 1917), se tient jusqu'au 20 mai ! PCB
















1 juillet 2017

Le Bouddha du parc Rodin d'Issy-les-Moulineaux

A ceux qui, cet été, restent à Issy-les-Moulineaux, Historim va tenter de vous faire voyager, de vous évader, de vous entraîner dans un vagabondage divertissant et enrichissant. Tous les samedis, 18 h, retrouvez-nous sur www.historim.fr

Première escale
Le Bouddha du parc Rodin

Samedi 1er juillet 2017. Il y a une petite foule dans le parc Rodin pour l'inauguration de ce Bouddha assis qui trône en haut des escaliers mécaniques… C'est sous une pluie battante que les maires d'Issy et de Leshan (ci-dessous) ont inauguré ce Bouddha assis, qui regarde la tour Eiffel. Il mesure 2 mètres de haut quand même !

Les maires d'Issy-les-Moulineaux et de Leshan devant le Bouddha du parc Rodin. ©A. Bétry
Il s'agit d'un cadeau de Leshan (province du Sichuan), notre ville chinoise jumelle. Leur Grand Bouddha assis (ci-dessous) , lui, mesure 71 mètres de hauteur. Il a été taillé dans le roc, à l'époque de la dynastie Tang (618-907). Les travaux ont duré quatre vingt-dix ans. Il est classé au Patrimoine mondial de l'Unesco.

Le Bouddha assis de Leshan. © XDR
Puis les spectateurs du parc Rodin assistent à la traditionnelle danse du lion, interprétée par deux danseurs acrobatiques, suggérant toute la férocité et l’agilité du puissant lion. Le lion arbore une combinaison de rouge, orange et jaune (les couleurs royales). 

La danse du lion devant messieurs les maires. © A. Bétry

Photo souvenir. © A. Bétry
La délégation chinoise n'est pas venue les mains vides : dix dessins racontant l'histoire extraordinaire de ce Grand Bouddha de Leshan (ci-dessous).
Pas de doute, cette première escale méritait bien le déplacement… PCB.

Dessin. ©XDR
Pour en savoir plus sur Leshan : http://www.historim.fr/2014/03/leshan-issy-un-partenariat-qui.html




26 juin 2019

Sentiers isséens

Par une belle après-midi de juin, nos Historimiens sont partis en balade à travers la ville, sous la direction de notre guide-conférencier Florian, en grande forme. De la place des Tilleuls au Chemin des Vignes, un parcours méconnu plein de charme enrichi de présentations historiques. 

Florian, Place des Tilleuls. © A. Bétry
Tout commence Place des Tilleuls, dans les Hauts d'Issy (ci-dessus). Florian, perché sur son escabeau, évoque le village médiéval d’Issy, cité dans un premier écrit datant de 907, même si l’origine remonte à Childebert en 558. Issy relève de l’abbaye de Saint-Germain des Prés qui possède alors la rive gauche de la Seine jusqu’à Meudon. Une maison forte de l’abbaye, le « château », se trouvait face à la première église Saint Étienne ; elle comprenait un auditoire, une geôle, des bâtiments agricoles. La population « misérable » ne compte que 50 foyers au XIVe siècle.

Sentier de la Montézy. © A. Bétry
Nous voici partis par le sentier de la Montézy, où l'on se croise difficilement (ci-contre). Ce "sentier de brouette" tire son nom d’un lieu-dit - mais est-ce une déformation du nom du château de Monthléry protégeant Paris ? Florian aborde le maraîchage dont Issy fut un gros fournisseur de fruits et légumes pour la capitale : choux, carottes, navets, épinards et salades d’abord cultivés en plaine, puis sur le coteau, quand l’armée au XIXe siècle réquisitionna le champ de manœuvres (actuel Héliport).

Nous empruntons maintenant la rue de la Galerie pour nous rendre au Fort. Cette rue reprend le tracé d’un aqueduc approvisionné par des sources dans la zone du Fort. La répartition de l’eau se faisait par des dalles trouées et facilement bouchées entre les propriétés ecclésiastiques et aristocratiques. On continue par la rue du Fort. Elle présente encore quelques maisons typiques du milieu du XXe siècle, surélevées avec un perron, construites en brique et avec un toit à double pente. Elles ont souvent remplacé des cabanes en bois occupées par des familles pauvres mais qui se regroupaient comme en témoigne le nom de la proche impasse des Trois beaux-frères. Des promoteurs vendirent aussi des terrains non viabilisés, ce qui explique que la zone du plateau n’ait pas été électrifiée totalement en 1939.

Voilà l'entrée du Fort et son éco-quartier qui méritera une visite toute particulière tant son histoire est intéressante. Sur notre droite, des marches conduisent à la promenade des Courtines devenue, en 2018,  Chemin du Colonel Arnaud Beltrame (1973-2018), héros qui a sacrifié sa vie pour libérer une femme otage d’un terroriste.

.
Jardins partagés du Fort; © PCB
 Le chemin longe l’arrière du Collège de la Paix promis à la démolition. Notre guide ménage une pause afin d’aborder le sujet des relations « pas toujours au beau fixe » entre Paris et Issy-les-Moulineaux car il y eut « plusieurs sujets de discorde » à commencer par la perte de Vaugirard en 1342, celle du champ de manœuvres au XIXe siècle mais, aussi, la zone-tampon créée par le Parc des Expositions de la Porte de Versailles. Une grande partie du XVe arrondissement est constituée d’anciennes possessions isséennes !
Avant d'aborder le sentier des Épinettes, on découvre le long du passage Paul Assenspasse des jardins partagés : 86 parcelles mises à la disposition des habitants, sans oublier un verger (ci-dessus).

Le sentier des Épinettes, long de 247 mètres, date probablement du Moyen Âge. Il rejoignait le chemin de Saint-Cloud avant d’être interrompu par le percement d’un boulevard en 1869 (futur boulevard Rodin). Le nom d’Épinettes provient du nom d’un cépage de pinot blanc pour lequel il fallut défricher des broussailles épineuses. Le sentier passait au-dessus des carrières de craie et de blanc de Meudon. « Tout le quartier a disparu » lors de l’effondrement de 1961 qui fit 21 victimes. Michel nous montre « le mur de la commune », mur en pierres sèches (refait avec du ciment) d’une propriété marquant la limite de celle des princes de Conti, qui s'étendait jusqu'à la place des Tilleuls. En face, l’église Saint-Bruno date de 1936 ; elle fait partie des églises destinées à l’époque à rechristianiser la banlieue. De plan centré, son style rappelle l’art gothique.

Dans le parc Rodin, des marches… ©PCB

… et des allées ombragées. © PCB
L’escalier entre les rues d’Erevan et de la Défense est vertigineux. Il se situe au cœur du quartier arménien et mène au splendide parc Rodin (ci-dessus). En marchant à l'ombre de ses arbres, on se sent à des kilomètres de la ville ! Florian en profite pour évoquer le sculpteur, auteur entre autres du Penseur, et son mouleur Paul Cruet installé dans les dépendances du château des Conti (actuel Musée Français de la Carte à Jouer) ; mais aussi de Matisse qui a vécu route de Clamart (avenue du Général de Gaulle).

Florian et les Historimiens. © A. Bétry
Nous traversons le boulevard Rodin, direction  l'Allée du Panorama, un chemin escarpé (ci-contre) qui domine le quartier de l’ancienne usine d’armement Gévelot, active pendant un siècle et demi (à partir de 1825). 

© J. Primault

Aujourd'hui de petites maisons, cachées derrière la végétation (ci-dessous), constituent un havre de paix. Au loin, derrière le RER et le quartier Haussmann, on aperçoit le Mont Valérien. Et voici des poules (ci-dessus)… l'une ressemble même à Roxane,  l'héroïne du film de Mélanie Auffret ! 


Maison particulière dans le sentier du Panorama. © PCB
En bas à gauche, nous rattrapons le Chemin des Vignes qui nous rappelle que 76% de la surface cultivée à Issy étaient recouverts de vignes. Mais au XIXe siècle, l’essor du chemin de fer favorisant le transport des vins de Bourgogne ou du Bordelais a ruiné cette activité, réintroduite en 1992, grâce à la famille Legrand. Certains d'entre vous se souviennent, certainement, de la visite privée que nous avons pu faire chez eux ! 

C'est là que nous nous quittons, rattrapés par la vie moderne, les bus, les voitures, le train. Un grand merci de la part du groupe à Florian pour cette promenade bucolique et historique.

P. Maestracci

11 juillet 2018

Abécédaire d'Issy - B, comme Bouddha

Le maire de Leshan devant le bouddha du parc
Rodin. © A. Bétry

B, comme Bouddha


Nom masculin, vient du sanskrit « éveillé »

Le bouddha est une personne qui, notamment par sa sagesse, a réalisé « l’éveil ». Le plus connu des bouddhas est Siddhartha Gautama (vers 506 av. J.-C.-vers 452 av. J.-C.), le fondateur du bouddhisme. Pour voir des bouddhas, pas besoin de prendre un avion pour l’Asie… Issy-les-Moulineaux a, depuis l’été 2017, son bouddha. Il se trouve dans le parc Rodin et domine la ville. Il garde même un œil sur la tour Eiffel. Cadeau du maire de Leshan (ci-dessus), venu en personne à Issy, (rappelons que Leshan, capitale du Sichuan, est notre ville chinoise jumelle), il représente en petit - 2 mètres de haut quand même - leur grand bouddha assis qui lui, classé Patrimoine mondial de l’Unesco, mesure 71 mètres de hauteur. Il est fait en plastique renforcé (le même matériau utilisé dans la construction des A380 - encore des avions !). Prenez les escalators, boulevard Rodin : une prouesse technologique : 80 mètres en zigzag sur 25 mètres de dénivelés, qui vous conduiront devant le bouddha. PCB



23 septembre 2019

Victor Hugo et Adèle Foucher

Quel bel après-midi ce fut, ce 22 septembre 2019,  pour fêter les jeunes amoureux Victor et Adèle à Issy. Plus de 100 personnes se pressaient dans le Forum du Musée français de la carte à jouer, la pluie s'étant invitée à l'improviste. Mais l'ambiance était là.
Il y avait M. le Maire André Santini qui dévoilait au public la plaque qui sera apposée au pied de la maison du 15bis rue Auguste Gervais, celle que loua la famille Foucher pendant l'été 1819… il y a deux cents ans tout juste.

Discours de M. le Maire. A gauche, Denis Butaye, directeur du Musée.
© Michel Julien
La plaque commémorative © XDR

Il y avait le professeur de littérature française à la Sorbonne, Jean-Marc Hovasse, qui dans une passionnante conférence, nous a fait revivre la jeunesse de Victor et d'Adèle. Il nous expliqua le pourquoi du comment de cette plaque (ci-dessus). Le vers est extrait des Odes, publié en 1821 ; il s'agit de "A toi", écrit le jour de la Sainte Adèle… Attention, il n'y a pas de faute d'orthographe à encor (sans e)… une liberté poétique.

Jean-Baptiste Hugo. © Michel Julien


Il y avait aussi Victor Hugo lui-même (alias Jean-Pierre), sorti du Panthéon l'espace d'un après-midi pour rencontrer son arrière-arrière petit-fils, le photographe Jean-Baptiste Hugo (ci-contre).




Et puis Denis et Pascale d'Historim, Claire du Clavim étaient là aussi pour remettre les prix aux lauréats du concours de poésie organisé à cette occasion. Enfin, tout au long de cet après-midi, Gautier d'Issy TV sa caméra sous le bras, Aurélien Noël, champion du monde d'accordéon en 1999, et le ténor Mathieu Sempéré (ci-dessous) du groupe Les Stentors, nous enchantèrent avec des poèmes de Victor Hugo mis en musique et des extraits de la comédie musicale Notre Dame de Paris. 

Mathieu Sempéré au micro. © Michel Julien.
Il était bien difficile, en effet, de ne pas évoquer ce chef-d'œuvre après la tragique nuit d'avril 2019 : "Deux jets de plomb fondu tombaient du haut de l'édifice… Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée… " - c'est Victor Hugo qui écrit cela en 1831 !

Mais comment sait-on que cette maison du 15 bis rue Auguste Gervais est bien celle qu'habita la famille Foucher pendant l'été 1819 ? Une question que beaucoup de monde se pose, et depuis longtemps, à laquelle le professeur Jean-Marc Hovasse apporta une réponse. Il mit en parallèle un extrait de Victor Hugo écrit par un témoin de sa vie, un ouvrage rédigé par Adèle et publié en 1863, et une lithographie signée du général Louis Albert  Bacler d'Albe : Bal champêtre à Issy, 1822. A vous de juger !
Voici la lithographie (ci-dessous) et le texte d'Adèle (en bas).

Bal champêtre à Issy. Musée de Sceaux
"Mme Foucher louait, pour la saison d'été, un pied-à-terre dans la banlieue. L'été de 1819, elle s'en alla camper à Issy… Quand  le temps était beau, Mme Hugo prenait ses deux fils [dont Victor], achetait en route des corbeilles de fruits qu'ils étaient heureux de porter à Issy… Les fruits mangés, on allait dans le jardin respirer un peu de fraîcheur, mais quelquefois beaucoup de poussière parce que le mur du fond, échancré à dessein, était sur la place du bal du village".

"A l'illustre maître", Rodin. © A. Bétry
Remercions tous ceux qui ont participé à ce bel hommage à Victor Hugo, représenté (ci-dessus) par Auguste Rodin et que l'on a pu admirer en février 2018 lors d'une exposition au Musée consacré à ce sculpteur. Faut-il rappeler que Rodin racheta en 1908 l'ancienne orangerie du château des Conti, actuel Musée français de la carte à jouer, et y installa son mouleur Paul Cruet…
Comme quoi Issy attire les grands hommes… et les femmes aussi !
PCB