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20 juillet 2013

La Révolution française à Issy - épisode 2


Le 14 juillet 1790 fut un événement mémorable. Mais comment en est-on arrivé-là. Il faut revenir deux ans auparavant.

Jacques Necker, directeur général des Finances en 1777,  rend public en 1781 le premier budget de la France dans lequel les dépenses sont supérieures aux recettes. Cela lui vaut un renvoi du gouvernement et la situation financière du royaume ne cesse d'empirer. Rappelé au pouvoir par Louis XVI en août 1788, il reçoit la tâche surhumaine de rétablir les finances. Il espère que le roi va convoquer les États-Généraux, jamais réunis depuis 1614 sous Louis XIII.
Le Conseil d’État du 8 août 1788 fixe la tenue des États-Généraux au 1er mai 1789 : le roi "seul, isolé dans sa famille et dans sa cour, peu confiant, peu communicatif par caractère"… a "le consolant espoir de voir des jours sereins et tranquilles succéder à des jours d’orage et d’inquiétude, l’ordre renaître dans toutes les parties, la dette publique être entièrement consolidée » (in F-E Toulongeon, Histoire de France depuis la Révolution de 1789, tome I, Didot Jeune, Paris Strasbourg, an IX/1801). Vœu pieux à en juger par la suite… Une lettre de convocation du 24 janvier 1789 précise la date et le lieu : le 27 avril à Versailles.


(in F-E Toulongeon, Histoire de France depuis la Révolution de 1789,
 tome I, Didot Jeune, Paris Strasbourg, an IX/1801). Coll. privée. 
Plan de la salle des Menus-Plaisirs à Versailles (ci-contre) où se tiennent les États-Généraux le 5 mai 1789. L’abside A est réservée à Louis XVI et à la famille royale ; en K, les Enfants de France ; en L, les dames de compagnie des princesses ; en B, à la droite du roi soit à la place d’honneur sont placés les députés du clergé, premier ordre du royaume ; en C, ceux de la noblesse ; en D, les plus éloignés du souverain, les députés du tiers-état parmi lesquels Mirabeau, Robespierre etc. 


Le nombre de députés du tiers-état est doublé mais aucune décision n’est prise sur la nature du vote car le roi ne peut se décider. Si la tradition du vote par ordre est maintenue, clergé et noblesse l’emporteraient par 2 voix contre une ; au contraire le vote par député (vote par tête) avantagerait les partisans des réformes, députés du tiers- état en tête. Le suspense dure jusqu’au bout. Les élections des députés du tiers-état se font à 3 ou 4 degrés dans le cadre du bailliage, la circonscription de l’époque. Elles ont lieu essentiellement en février et mars 1789 mais elles sont plus tardives à Issy,  en avril. Il faut noter que, si Paris est la seule ville de France à avoir des députés spécifiques, ceux-ci arrivèrent les derniers à Versailles ! Trois conditions sont à remplir pour pouvoir voter : être un homme, avoir au moins 25 ans et payer des impôts d’au moins 6 livres (à Paris), ce qui élimine une bonne moitié du corps électoral potentiel.





(in Henri Martin, Histoire de France populaire depuis les temps 
les plus reculés jusqu’à nos jours, tome 3, Furne, Jouvet et Cie, Paris, après 1871, 
imprimerie Crété, Corbeil). Coll. privée.
Costumes des députés des trois ordres
De face, les privilégiés : un représentant du (haut) clergé 
et un de la noblesse richement paré. De dos, un député du tiers-état, sobrement vêtu d’un costume noir et sans couvre-chef. 


Le cahier de doléances isséen.
Il est d’usage de rédiger des cahiers de doléances afin de préciser les demandes que les députés élus devront exposer au roi. Voici le préambule du cahier isséen. 
« Cahier des Plaintes, Demandes et Doléances des habitans de la Paroisse d’Issy, Banlieue de Paris fait et rédigé en l’assemblée par eux tenue en conséquence des ordres du Roi adressée à moi N as[Nicolas] Bargue, Syndic municipal de ladite Paroisse le 10 avril 1789. Et par moi convoquée au son de la cloche en la manière accoutumée en l’Église du dit lieu, le Mardi 14 avril 1789, heure de midi ».

Issy en 1702. L'église Saint-Etienne en arrière-plan.
Eau forte, A. Manesson-Mallet. Ph. Benoît Chain.
Coll. Musée Ile de France, Sceau.

La paroisse est l’unité la plus petite du bailliage ; l’église Saint-Étienne est au cœur du village sur la hauteur (ci-contre). Les Isséens sont toujours réunis par un son de cloche. La réunion des votants constitue l’assemblée primaire qui doit élire un représentant pour 300 « feux » (équivalent de la notion économique actuelle de ménage). Plusieurs élections aux degrés supérieurs sont prévues avec la fusion des doléances dans un cahier commun. De ce fait, aucun paysan ne fut élu député du tiers-état.
La majeure partie des articles concerne, sans surprise, la suppression ou le prélèvement direct de certains impôts et taxes
Les habitants demandent aussi la fin des contraintes favorisant la chasse seigneuriale aux dépens des récoltes. 
Ils veulent limiter le privilège des marchands-bouchers de Paris qui font paître leurs moutons dans la plaine d’Issy. 
Il y a une revendication d’égalité fiscale et judiciaire ainsi que des demandes politiques comme une assemblée convoquée par la nation et un gouvernement responsable devant celle-là. En effet, plusieurs libelles et avis aux électeurs, tel celui attribué au duc d’Orléans, (futur Philippe-Égalité, conventionnel et régicide) donnent des consignes que l’on retrouve dans de nombreux cahiers de doléances sous forme identique. Dans le cas isséen, c’est celui de l’avocat Darigrand qui inspirera de nombreuses paroisses de banlieue. Nicolas Bargue, syndic de la paroisse d’Issy en 1789, devient ensuite maire de la commune à 2 reprises, au début de la République en l’an I et l’an II (1792/1793) puis sous le Consulat et l’Empire de 1799 à 1807. On le retrouve signant l'acte de naissance de Napoléon Mortier, en 1804 (voir Histoire-Personnages).

Dès la réunion des États-Généraux le 5 mai 1789, la Révolution est en marche car les députés du tiers sont déçus par le bref discours du roi et celui trop long de Necker sur les finances publiques, sans aucune indication sur la forme espérée ou redoutée du vote décidé pour l’assemblée.
P. Maestracci.




5 décembre 2025

Noms Isséens et Révolution française

La Révolution française qui mit fin à la monarchie absolue en 1789 et créa la République en l’an I (1792) est à l’honneur dans le nom des rues isséennes.

Les noms des rues de la Liberté et de l’Égalité sont les deux premiers cités dans la devise de la France. Ils se réfèrent à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d’août 1789. La rue de la Fraternité évoque le serment de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. La devise « Liberté,  Égalité, Fraternité » devient officielle en 1848 et est citée dans l’article 2 de la constitution de la 5e République en 1958. A noter que des trois, c’est la rue de l’Égalité dans le quartier des  Épinettes qui est la plus importante.



Rue Camille Desmoulins dans une zone de bureaux avec au fond la tour Accor.

 


La rue Robespierre qui longe le parc Barbusse rend hommage à Maximilien de Robespierre qui dirigea le Comité de Salut Public pendant la Terreur ; il finit guillotiné le 10 thermidor an II (juillet 1794) . C’est le sort qu’il avait fait subir à ses opposants comme Danton, Desmoulins tous deux Cordeliers et André Chénier. Les rues Danton et André Chénier sont proches de l’Hôtel de Ville ; la rue Camille Desmoulins, nettement plus longue est dans le quartier Val-de-Seine. Une autre victime connue est guillotinée également sous la Terreur ; il s’agit d’Olympe de Gouges, féministe dont le nom est donné à une allée qui donne sur l’avenue de Verdun. 

L’abbé Grégoire dont la rue est proche de l’église Saint-Étienne, fut un prêtre acquis à la Révolution ; conventionnel, il fit adopter l’abolition de l’esclavage. Il poursuivit une carrière politique sous le Consulat et mourut en 1831 sous Louis-Philippe.

Outre les politiques, quatre noms de rues rendent hommage à l’Armée. Lazare Carnot, ingénieur militaire, membre du Comité de Salut Public, il fut surnommé « l’Organisateur de la Victoire » pour avoir réorganisé brillamment les armées confrontées à de nombreux ennemis européens. Comme il avait voté la mort de Louis XVI, il finit sa vie en exil.


Plaque de la rue Marceau.



La rue Hoche est proche de l’Hôtel de Ville. Lazare Hoche combattit les Autrichiens et mourut de maladie en Prusse en 1797. La rue Marceau qui débouche sur la rue Hoche, évoque François Marceau, commandant de l’Armée de l’Ouest contre les Vendéens. Il mourut de ses blessures lors de la retraite de Wiesbaden (Hesse, Allemagne) en 1796. Panthéonisé en 1889 pour le centenaire de la Révolution. Quant à Rouget de Lisle dont la rue est dans le quartier Val-de-Seine, il était officier mais est connu comme compositeur. Il chanta en 1792 chez le maire de Strasbourg Le chant de guerre de l’Armée du Rhin dont le nom changea pour La Marseillaise.

Texte et photographies : P.Maestracci

16 mai 2018

Issy-les-Moulineaux - Rue du Gouverneur Général Eboué

Cette rue du quartier Val-de-Seine/Les Arches, s’étire sur un kilomètre entre le rond-point Victor-Hugo et le boulevard Gallieni. Elle constitue le segment central d’un axe parallèle à la rue du Général Leclerc et à l’avenue Victor Cresson dont les noms sont glorieusement associés à la France Libre et à la Résistance. Félix Éboué méritait lui aussi qu’une rue évoquât sa mémoire.

Félix Éboué (1884-1944)
Né en 1884 en Guyane, Félix Éboué (ci-dessus) fut gouverneur de colonies, d’abord de la Guadeloupe dès 1936 puis du Tchad en 1938. Le 26 août 1940, il se rallia au général de Gaulle. Le Tchad fut ainsi la première colonie française de la France libre. Félix Éboué fit partie des premiers membres du Conseil de l’Ordre de la Libération et sa dépouille entra au Panthéon en 1949.

Arbres méditerranéens du Square Macerata.
La rue du Gouverneur Général Eboué fut d’abord un simple passage appelé Chemin des Vaches. Les marchands-bouchers de Paris faisaient paître les troupeaux dans la plaine de Grenelle et la plaine très humide d’Issy ; une plainte à ce sujet se trouve d’ailleurs dans le cahier de doléances de 1789 ! http://www.historim.fr/search?q=révolution+1789
Le chemin longeait le fond de belles propriétés donnant sur la grande route. Il était dans l’axe de la rue Guynemer menant à Paris. Il s’appela rue du Vivier en 1862 puis en 1894, rue Jean-Jacques Rousseau dont il n’en reste que la partie la plus occidentale dans le quartier de la Ferme. Enfin, la rue prit le nom du Gouverneur Général Éboué, l’année de la cérémonie au Panthéon en 1949. 
La rue est bordée de bâtiments extrêmement variés allant de maisons individuelles à des immeubles plus ou moins élevés, des locaux commerciaux mais aussi des équipements collectifs culturels ou sportifs.

Parmi les équipements collectifs, le square de Macerata (ci-dessus), du nom de la ville italienne jumelée, longe un bassin de stockage d’eaux pluviales en construction. Il est creusé sous le stade Gabriel Voisin. L’objectif est de retenir les eaux pluviales en cas de fortes intempéries avant de les reverser plus tard dans les égouts. Il évitera des inondations de caves ainsi que le rejet de polluants directement dans la Seine. Ce projet a été lancé en 2015 et le chantier est en cours d’achèvement. 


De l’autre côté de la rue au numéro 33, se trouve la très fréquentée Médiathèque du Centre-Ville, dont l'accès se fait par la place adjacente (ci-dessus)

À l’autre extrémité de la rue, le Parc Municipal des Sports (entrée au 5 avenue Jean Bouin) est en pleine restructuration. Conçu dans les années 1970, il est fermé depuis l’année dernière pour une transformation de grande ampleur. Il sera remplacé par une Cité des Sports dans quelques années. On y trouvait un restaurant-musée du sport,  repaire des médias sportifs du quartier. Sur cette photographie (ci-dessous), on voit surtout le gymnase au carrefour. Et, en bas, l'entrée officielle avec son mur d'enceinte revêtu de briques avec une incrustation d’anneaux concentriques en terre cuite.
   
Gymnase du Parc Municipal des Sports.

Entrée officielle du Parc Municipal des Sports
Entre les deux, au numéro 74 se dresse le Théâtre du Petit Miroir  qui date de 1978 (ci-dessous). Il propose des spectacles d’ombres et de marionnettes chinoises pour les enfants. La façade est composée de deux parois vitrées encadrant la porte, le tout sous un fronton triangulaire. (http://www.theatre-ombres-chinoises-marionnettes.fr).Une silhouette de personnage y est reproduite trois fois. Pour protéger l’accès du jeune public, une rambarde a été installée sur le trottoir. 


En face, une sculpture contemporaine en inox orne le mur latéral de l’école maternelle Claude Boujon. Malheureusement, aucune plaque n’en indique le titre pas plus que le nom de l’artiste… Dommage !
Texte et photographies P. Maestracci

15 septembre 2025

L'abbé Grégoire 1750-1831

Un article paru dans Historia de septembre 2025 titré L’antisémitisme en France évoque l’actualité compliquée de notre pays et aussi la personne de l’abbé Grégoire dont une rue d’Issy-les-Moulineaux porte le nom.




Une copieuse biographie s’ouvre à nous. De grandes signatures comme Robert Badinter, Françoise Hildesheimer, Mona Ozouf, Jean Dubray et bien d’autres nous montrent l’intérêt présenté par cet abbé Grégoire.

A l’occasion de la célébration du bicentenaire de la Révolution française, le 12 décembre 1989, l’abbé Grégoire est panthéonisé. Sous la présidence de François Mitterrand, en même temps que Monge et Condorcet, les cendres de Grégoire sont transférées au Panthéon. L’hommage est rendu par Jack Lang, ministre de la Culture.


Personnage influant sous la Révolution française, 

l’événement fut fortement contesté.

Les Juifs lui pardonnent d’avoir voulu les émanciper pour pouvoir mieux les convertir à la foi chrétienne.

A 80 ans l’abbé Grégoire meurt à Paris, une messe de funérailles est célébrée rue de Sèvres dans l’église de l’Abbaye-aux-Bois réquisitionnée par le roi Louis-Philippe, l’église catholique lui ayant refusé les obsèques catholiques. Un deal lui avait été proposé : renoncement prêté à la Constitution civile du clergé ; refus de l’intéressé, d’où rejet de l’assistance d’un prêtre de l’archevêché.



De son vivant Grégoire mène une vie politique très engagée : député, sénateur. Il s’oppose à la proclamation de l’Empire et même à la création de la nouvelle noblesse d’empire et au divorce de Napoléon Ier et de Joséphine.

Contre l’esclavage rétabli par Napoléon, il s’oppose. Mais d’autres libéraux partagent ses positions. Protéger les biens de la Nation est aussi son combat en pleine Révolution française, comme la basilique de Saint-Denis et bien d’autres qu’il considère comme monuments et objets nationaux.

Grégoire contribue à la création de l’Institut de France, du Conservatoire national des arts et métiers en 1794. L’Instruction publique est aussi l’une de ses nombreuses préoccupations et le 13 août 1790 il favorise l’usage du français, sa volonté consistant à vouloir défendre la langue française et lutter pour l’émancipation des minorités.

Il participe à la rédaction de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen en 1789.

« Si l'homme a des droits, il faut parler de celui dont il les tient et qui lui imprime des devoirs. Il faut montrer à l'homme le cercle qu'il peut parcourir et les barrières qui peuvent et doivent l'arrêter ». 


D’où son intérêt pour les Juifs de sa région, la Lorraine. En 1789, la France compte 27 millions d’habitants, mais seulement 35 000 à 40 000 Juifs dont   

7 000 en Lorraine, région d’origine de l’abbé Grégoire où les Juifs étaient tolérés.

Ceux-ci mettront du temps à faire valoir l’attribution à leur émancipation et à leurs droits. L’abbé Grégoire, comme Mirabeau et Malesherbes, contribua largement à protéger les Juifs.

L’inhumation au Panthéon, c’est la façon choisie par l’Etat français d’honorer l’abbé Grégoire. 

                                     « Aux Grands Hommes, la patrie reconnaissante »

A. Bétry


22 mars 2023

Issy - Histoire de la rue Camille Desmoulins

Cette rue longue d’environ un kilomètre et orientée Sud-Ouest/Nord-Est se trouve dans le quartier Val de Seine. Elle relie les quais de la Seine à la rue Farman. Au XIXe siècle, elle butait sur la Zone et les Fortifications de Thiers, démolies après 1920.

L'immeuble Safran au premier plan, puis les bureaux d'Imedia et la tour Sequana. 

Elle rend hommage à Camille Desmoulins (2 mars 1760-5 avril 1794), journaliste et homme politique sous la Révolution. Le 12 juillet 1789, celui-ci monte sur une table devant le Café de Foy (57 à 60 galerie Montpensier) dans les jardins du Palais-Royal. Il harangue les spectateurs en annonçant le renvoi du ministre Necker et « le tocsin d’une Saint-Barthélemy des patriotes ». Chacun orne son chapeau d’une cocarde verte, en fait une feuille d’un arbre du jardin. Ce vert symbolisant l’espérance aurait pu devenir la couleur de la Révolution mais c’est aussi la couleur du comte d’Artois, frère détesté de Louis XVI (et futur Charles X). Le drapeau français n’en garde aucune trace. 

Camille Desmoulins (portrait anonyme)
Musée Carnavalet
Deux jours après cette harangue véhémente, c’est la prise de la Bastille. Camille Desmoulins, avocat de formation, entame une carrière de journaliste et pamphlétaire redouté avant d’être élu député de Paris sous la Convention. Il fait partie du groupe des Indulgents animé par Danton. Il écrit : « La liberté, c’est le bonheur, c’est la raison ». Sur ordre de Robespierre, Danton, Desmoulins et leurs amis sont guillotinés le 16 germinal, an II (5 avril 1794). Lucile Desmoulins est guillotinée huit jours après son mari !

La rue Camille Desmoulins longe la place La Fayette à l’intersection avec la rue Rouget de Lisle (auteur de La Marseillaise) mais, surtout, donne accès à des rues évoquant l’aviation (Farman, Caudron, Nieuport, etc.) en raison de la proximité de l’Héliport de Paris, avant de finir au croisement de la rue Bara (jeune garçon dont la légende fit un martyr, tué par les Vendéens en 1793).
 
Carte postale (col. particulière). Avant, la rue en direction des quais.

La rue traverse ce qui fut au XIXe siècle et une grande partie du XXe siècle une zone industrielle. Les immeubles que l'on peut voir sur cette carte postale (
ci-dessus), à l'intersection avec la rue Rouget de Lisle, ont entre un et trois étages. Tous ont disparu. Mais une photographie de Robert Doisneau (Les premiers pas du petit Marcel, publiée dans le Le livre de la Banlieue) utilise ce décor inchangé plusieurs décennies après [merci à Michel qui l'a signalé].

Dans la rue elle-même, pavée comme ce fut longtemps l'usage, il y avait une usine produisant du goudron et une boyauderie ravitaillée par les abattoirs de Vaugirard et de la Villette. La banlieue avait alors pour « vocation d’accueillir » les activités dangereuses ou malodorantes, comme dans ce cas précis. 

Après, la rue avec des immeubles de bureaux et le Novotel.

La transformation depuis quelques décennies en quartier tertiaire n’en est que plus spectaculaire, comme on peut le voir sur cette photo (ci-dessus) prise sous le même angle ! Les vieux immeubles sont remplacés par des immeubles de bureaux à gauche de la rue, et à droite par un hôtel cuivré aux formes arrondies (Novotel). Celui-ci est encadré dans la perspective par une tour d’habitation et des bureaux. Au premier plan, les arbres ombragent la place La Fayette. Photos et texte P. Maestracci.




P.S.  
Camille Desmoulins fut guillotiné comme des milliers et des milliers de Français pendant la Révolution française. L'historien Hervé Luxardo évoque dans son tout dernier ouvrage "La Révolution française et la violence" (édition CPHF) cette logique infernale qui conduisit à "l'usage systématique de la guillotine". PCB

3 janvier 2012

4 janvier 1789, Talleyrand est consacré évêque à Issy

© XDR
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord naît à Paris en février 1754 dans une famille de haute noblesse rue Garancière (6e arr.). Il est baptisé dans l’église toute proche de Saint-Sulpice. Aîné de la famille, il ne peut pourtant bénéficier du droit d’aînesse en raison d’une malformation congénitale du pied droit. Un soulier orthopédique conservé au château de Valencay, dans le Berry, permet de mesurer l’ampleur du handicap. Comme la carrière militaire lui est également fermée, il ne reste à Charles-Maurice que l’entrée dans l’Eglise, sans aucune vocation. Après des études au collège d’Harcourt, proche de la Sorbonne, il intègre à 15 ans le séminaire sulpicien rémois chez son oncle et protecteur qui a lui-même étudié chez les Sulpiciens de Paris. Cet oncle, archevêque de Reims, est le premier pair ecclésiastique du royaume. Grâce à lui, Charles-Maurice entre au grand séminaire parisien de Saint-Sulpice et y étudie de 1770 à 1774. Ce bâtiment qui était situé près de l’église, détruit sous le Consulat, fut remplacé depuis par une place et la fontaine monumentale des Quatre évêques, surnommée fontaine des Point [sic] Cardinaux. Talleyrand est ordonné prêtre en 1779 dans l’archevêché de Reims.
En novembre 1788, il est nommé évêque d’Autun en Bourgogne ; une bulle pontificale le confirme peu après en décembre. Et, le 4 janvier 1789, il est consacré évêque par Louis-André de Grimaldi, évêque de Noyon, dans la chapelle du Saint-Sauveur  de la Solitude, lieu de retraite rattaché au Séminaire Saint-Sulpice d'Issy (voir Patrimoine). 

Le Séminaire aujourd'hui. La chapelle Saint-Sauveur se trouvait à l'extrême-gauche. © A. Bétry

Un manuscrit (non coté), conservé aux archives de Saint-Sulpice, relate l'événement. « En 1789, le 4 janvier, le sacre de Mgr l’évêque d’Autun dans la chapelle du Saint-Sauveur, à Issy. Cette chapelle est étroite […] Le froid était au 14e degré du thermaumettre [sic]. On ôta de la chapelle les prie-Dieu, les coffres, chaises et fauteuils. Les deux crédences furent placées dans les coins du mur, le petit autel dans le coin à main gauche : il tenait une partie de la fenêtre. On ne put enlever les portes, ce qui est un inconvénient considérable. Elles ne tenaient qu’avec des clous et il était à craindre qu’on ne cassa le bois. Le poêle avait été allumé la veille. On y avait mis du bois pour l’entretenir pendant la nuit. On mit encore du bois le matin. On avait laissé les portes de la chapelle ouvertes afin que la chaleur se communique partout. On mit une tapisserie dans le corridor sur la porte qui donne dans la chapelle. Le maître des cérémonies fit de son mieux pour éviter la confusion : en quoi il ne réussit pas toujours. A la fin de la cérémonie, il engagea toutes les personnes qui étaient dans la chapelle et à la porte de se ranger tout autour de la salle pour la procession, afin que le prélat eut quelqu’un à qui il put donner la bénédiction […] ».

Député du clergé aux Etats Généraux, Talleyrand se rallie à la Révolution. Il est l’un des rares évêques à reconnaître la Constitution civile du clergé. De plus, il célèbre, sans rire comme il le craignait, la messe de la Fête de la Fédération sur le Champ-de-Mars le 14 juillet 1790 (à l’origine de la Fête nationale !) en présence de la famille royale, de La Fayette et de Français enthousiastes, malgré le mauvais temps. Par prudence ensuite, sous la Terreur, il s’exile aux États-Unis puis revient sous le Directoire. Il est successivement ministre des Relations Extérieures de Barras (1797-1799) puis de Bonaparte/Napoléon 1er (1799 à 1807). Grand Chambellan de l’empereur, il est peint en spectateur ironique par David sur le tableau du Sacre du 2 décembre 1804. Il devient prince de Bénévent (Italie du sud) avant de subir disgrâce et insultes impériales pour cause de fidélité plus que relative.

Il se rallie à Louis XVIII en 1814 ; Chateaubriand le voyant alors passer au bras de Fouché, associe le « vice » au « crime » dans une formule célèbre. Talleyrand est un éblouissant ministre des Affaires Étrangères au Congrès de Vienne en 1814 et en 1815 après les Cent-Jours qui avaient rendu délicate la position de la France face à ses vainqueurs. Le roi Louis XVIII le nomme prince de Talleyrand et en fait comme Napoléon 1er, son Grand Chambellan. Maintenu à cette fonction par Charles X, il intrigue pourtant en 1830 en faveur du duc d’Orléans qui devient, en grande partie grâce à lui, le roi Louis-Philippe 1er. De 1830 à 1834, Talleyrand est ambassadeur à Londres. Il meurt dans son hôtel rue Saint-Florentin (actuel consulat des États-Unis) à Paris le 17 mai 1838, muni des sacrements de l’Église dispensés par l’abbé Dupanloup. Il est enterré à Valencay.

Article suggéré par une adhérente d’Historim que je remercie pour m’avoir remise sur la voie du « Diable boiteux » ainsi que le père Charles Bonnet pour ses précieuses précisions historiques. P. Maestracci

11 janvier 2019

Jean-Baptiste Louis, le procureur-fermier des Moulineaux

Un procureur parisien, Jean-Baptiste Louis, devenu fermier aux Moulineaux, sous les Thermidoriens… cette vie surprenante est racontée dans un livre de souvenirs. L’édition est réalisée et savamment commentée par M. Geoffroy Caillet dans le livre : Jean-Baptiste Louis. Mémoires d’un avocat au cœur des révolutions 1789-1830 (Éditions La Mémoire du Droit, Paris, 2016)

Du parlement à la ferme
Jean-Baptiste Louis est né en 1760 dans une famille de modestes laboureurs. Il commence à travailler à l’âge de 13 ans pour un avocat-procureur de Rethel (Ardennes). Il devient clerc puis maître clerc à Paris en 1780 chez maître Corvisart (dont le fils devint un célèbre médecin ). Il en reprend la charge et devient procureur au Parlement de Paris (à l’époque, cour de justice du roi Louis XVI ).

Jean-Baptiste Louis, catholique fervent et royaliste, est d’abord sensible aux idées révolutionnaires mais est révulsé par les épisodes violents dès juillet 1789 lors de la Grande Peur et jusqu’à la Terreur de l’an II. Ensuite, il travaille à la Trésorerie nationale lorsqu’en 1796 M. Timbergue, ancien avocat, lui fait obtenir le bail pour l’exploitation d’une moitié de la Ferme du domaine des Moulineaux. « De vastes bâtiments, une cour appropriée à tous les besoins ». Cette propriété de 150 arpents (51 hectares environ) qui avait appartenu à l’ordre des Chartreux de 1343 à 1790, fut confisquée comme bien national puis vendue au marquis de Soyecourt avant d’être louée par les enfants de celui-ci à deux exploitants. Les lots sont tirés au sort entre Louis et « un ancien « procureur au Châtelet, Cliquer de Fontenay » qui a loué l’autre moitié du domaine.

Carte des chasses du roi (1764-1773)

Sur le plan (ci-dessus), les 150 arpents sont nettement identifiables sur le plan. Cela correspond approximativement à l’espace compris entre l’avenue de Verdun, la Seine et les rues de Vaugirard et du docteur Lombard. Les bâtiments de la ferme sont disposés en U autour d’une cour et les 150 arpents se distinguent nettement sur le plan. Au nord, au-delà du petit bras de la Seine, l’île de Billancourt (Saint-Germain de nos jours), faisait partie du domaine des Chartreux et était louée à ceux qui l’exploitaient.


Carte des Moulineaux, avec les terres cultivables.
Jean-Baptiste Louis y pratique la polyculure, vend des fruits, du foin. « Au besoin, je conduisais la charrue. J’endossais le semoir » . Grâce à son troupeau de dix vaches, il envoie son commis vendre le lait à Paris. Malheureusement pour lui, la propriété est vendue aux enchères dix-huit mois après et est achetée pour moins de 100 000 francs par Huvelin, « un ancien maître de forges ». Il quitte les Moulineaux en juillet 1798 et négocie difficilement les indemnités de départ qui lui sont dues avec ledit Huvelin.

Le village d’Issy est encore un peu éloigné des Moulineaux qui forme alors un hameau indépendant. Ce n’est qu’en 1893 que les deux sont réunis. Quant à Huvelin, il revend en 1803 la Ferme des Moulineaux à Alexandre Berthier, futur maréchal d’Empire et prince de Wagram.

Retour au Droit parisien
Jean-Baptiste Louis revient au Droit à Paris après cette période aux champs. « Ami docteur Corvisart », fils de son ancien maître et médecin de Napoléon 1er, il en est l’exécuteur testamentaire en 1821. Il finit sa carrière en tant que bâtonnier de l’ordre des avocats de 1829 à la Révolution de 1830. Il se retire sous Louis-Philippe 1er et vit de ses rentes jusqu’à sa mort en 1834.
Clin d’œil de l’Histoire, l’École de Formation du Barreau est installée dans la commune depuis 2011, mais rue Berryer à l’opposé de la Ferme des Moulineaux.

Le long de la voie ferrée
© A. Bétry
La Ferme fut exploitée jusque dans les années 1960, selon les souvenirs des Isséens. Il ne reste rien des bâtiments et encore moins des terres. Seule subsiste l’évocation du passé dans le nom du quartier La Ferme/Les Îles/Les Chartreux. Et pourtant… il n'est pas si rare de voir déambuler à Issy-les-Moulineaux des moutons d'Ouessant et chèvres naines (boulevard Garibaldi ci-contre)… des oies (en bas), et découvrir au détour d'un chemin de l'île Saint-Germain, des ruches (ci-dessous) ! P. Maestracci.


Dans l'île Saint-Germain.© A. Bétry




Pour en savoir plus sur le quartier :
http://www.historim.fr/2011/01/la-ferme.html

Un grand merci à M. Claude Renault, descendant de Jean-Baptiste Louis, qui m’a confié cet ouvrage érudit de M. Geoffroy Caillet et a évoqué le souvenir de leur ancêtre commun, fermier isséen de 1796 à 1798.



Marché des producteurs de pays sur la grand place. © A. Bétry

8 mars 2015

La famille Menou à Issy

Le personnage

Portrait de J.F. Menou, baron sous Louis XVI,
membre du Tribunat en 1802. comte d'Empire en 1808
Jacque-François baron de Menou (1750-1810) mena une carrière militaire pas toujours couronnée de succès sous l’Ancien Régime et la Révolution. Député de la noblesse pour la Touraine aux états-généraux de 1789, il se rallie au tiers-État puis se bat de nouveau. Sous les ordres de Bonaparte, il fait la guerre d’Italie en 1796/97 avant d’être de l’expédition d’Égypte (ci-dessous) en 1798/99. En 1800, après l’assassinat de Kléber, il commande l’armée d’Orient avant de capituler en 1801 à Alexandrie devant les Britanniques. Converti à l’islam et marié à une Égyptienne, il adopte le prénom d’Abd Allah. De retour en France après sa captivité, il devient membre du Tribunat en 1802 puis gouverneur général de Toscane en 1808 puis de Venise (en bas) en 1809 où il meurt en 1810.

Entrée de Bonaparte au Caire, le 6 Thermidor an VI ( juillet 1798).
Parmi ses officiers, Menou, général de la Ive division.
Venise : place Saint-Marc, basilique (au fond), Palais des Doge (derrière
le campanile
). Menou, gouverneur général de la Vénitie y meurt en 1810.

La famille à Issy
Sa famille au début du XIXe siècle achète l’ancienne propriété de La Haye entre les rues Renan, Victor Hugo et Vaudétard. Rappelons que Jean de La Haye y avait accueilli en 1606 Marguerite de Valois ( la reine Margot) ; René de La Haye, quant à lui, a fait représenter en avril 1659 la Pastorale d’Issy, premier opéra en français qui sera recréé le 9 avril 2015 à Issy-les-Moulineaux. Cette propriété reste dans la famille Menou jusqu’en 1827. Elle est alors vendue à l’abbé Martin de Béranger qui la transforme en orphelinat de Saint-Nicolas. Après de gros travaux, cette ancienne demeure et ses jardins est remplacée par le groupe scolaire La Salle Saint-Nicolas, une résidence pour seniors et des immeubles d’habitation.
Voir : www.historim.fr/2012/03/jean-keymeulen-une-vie-au-college-saint.htm
P. Maestracci

7 février 2019

Val-de-Grâce : visite Historim - épisode 3

A la sortie du Musée… un peu déprimant diront certains, la découverte de l’église Notre-Dame du Val-de-Grâce, tout en splendeur, est un enchantement.

L'allée centrale, le baldaquin, l'autel et le pavement. © A. Bétry
Elle repose sur un socle surélevé et sa façade « à la romaine » est majestueuse, en pierre blanche francilienne. Les statues de Saint Benoît et de sa sœur Sainte Scholastique encadrent un portique décoré de colonnes corinthiennes soutenant un fronton triangulaire avec une inscription latine à la gloire de Jésus et de la Vierge. Au-dessus un autre fronton triangulaire est flanqué de deux volutes comme l’église du Gesù à Rome. Le tout est surmonté du troisième plus haut dôme de Paris à 40,28 mètres, œuvre de Le Duc.

Le plan de l’église est composé du carré de la croisée couvert par un dôme, augmenté d’une nef flanquée de bas-côtés. Quatre tableaux de Philippe de Champaigne sont exposés de part et d’autre de l’entrée ; deux furent offerts par Karl Lagerfeld au Ministère des Armées. Le décor de sculptures des frères Michel et François Anguier commence à partir de 3 mètres du sol pour ne pas détourner l’attention des religieuses.

Pavement de marbre, fleurs de lys et les chiffres A et L.
© A. Bétry
La voûte en berceau est entièrement sculptée comme les parois latérales avec les Vertus théologales et cardinales au-dessus des arcades. Le pavement (ci-dessus) est une mosaïque de marbre dessinant des formes géométriques mais aussi, dans le chœur, des fleurs de lys et les chiffres A et L entrelacés pour le roi et la reine.
Un baldaquin aux colonnes torses inspiré de celui du Bernin à Saint-Pierre de Rome protège l’autel (copie) consacré à la Nativité et sculpté par Anguier. L’original est dans l’église Saint-Roch.

La coupole culmine à plus de 40 mètres. © A. Bétry
Les peintures de Mignard sur la coupole. © A. Bétry
La coupole (ci-dessus) peinte par Mignard en 1663 est consacrée à La Gloire des Bienheureux. La reine Anne d’Autriche est représentée en bas à gauche au côté de Saint-Louis, tous deux avec le manteau royal bleu. L’inscription latine sur le tambour indique sa qualité de Régente qui a dompté les ennemis.

Autour du chœur, cinq chapelles rayonnantes avec à gauche, la chapelle Sainte-Anne où furent déposés les cœurs de membres de la famille royale jusqu’en 1789. Certains cœurs furent détruits par les Révolutionnaires et d’autres achetés par le peintre Drolling pour en faire de la « mummie », un glacis pour ses tableaux (au Louvre ou à Saint-Sulpice). Dans cette chapelle il y a l’orgue provenant de l’église Sainte-Geneviève (actuel Panthéon).
La chapelle du Saint-Sacrement, dans l’axe, était réservée aux religieuses qui communiaient grâce à un autel à double face en respectant la clôture.
Sur la droite, la chapelle de Sainte Scholastique présente le portrait d’une future abbesse et celui de la Régente qui tient un mouchoir à la main en signe de pouvoir. La chapelle a été restaurée grâce au mécénat du roi Hassan II en reconnaissance des liens qui unissaient les Services de santé marocains et français.
La dernière chapelle Saint-Louis fut le chœur des religieuses avant d’être transformée en salle de chirurgie au XIXe siècle. Elle est séparée du chœur actuel par une grille qui a perdu à la Révolution les ornements royaux : fleurs de lys et chiffres.

Ainsi se termine cette visite qui laissera des souvenirs inoubliables. Un grand merci à Denis et au docteur Olivier Farret. P. Maestracci

Le Val-de-Grâce. © A. Bétry
Pour en savoir plus :

- Val-de-Grâce, 1 place Alphonse Laveran, Paris 5ème
01 40 51 51 92, www.valdegrace.org
Concert gratuit à 17h30 dans l’église chaque premier dimanche du mois

-AAMSSA (Association des amis du musée du Service de santé des Armées), 01 40 51 47 71,même adresse et site : www.aamssa.fr

- Ouvrages  :
Médecin général Pierre Lefebvre, Notre-Dame du Val-de-Grâce, éd. Louis Pariente, 1991
Médecin général Maurice Bazot (dir.), Le Val-de-Grâce, Enseignement et Culture, Glyphe Éditions, 2004.

10 août 2013

La Révolution française à Issy - épisode 5

Continuons notre promenade dans le Répertoire de  M. Tuetey. Nous voici en pleine délibération du Comité de Salut public au sujet de la Société populaire d'Issy-l'Union. 


Ces clubs politiques, à l'image  du club des Jacobins de Paris, apparaissent en province comme à Paris dès avril 1789. On y discute des affaires locales. A partir de 1793, elles sont épurées de leurs membres les plus modérés et deviennent, avec la prise du pouvoir par les Montagnards en juin, obligatoires. Elles assurent avec les municipalités et les comités de surveillance la bonne application des lois et dénoncent les contre-révolutionnaires. Non sans discussion, comme on va le voir avec l'exemple suivant.

Le Comité de Salut public est créé par la Convention nationale le 6 avril 1793 pour contrôler
"et prendre dans les circonstances urgentes des mesures de défense générale extérieure et intérieure". À partir de juillet, il est aux mains des Montagnards et de Robespierre. © XDR


Le 8 frimaire an II (28 novembre 1793), le Comité de Salut public reçoit des plaintes "apportées par par le Comité de surveillance d'Issy-l'Union contre le sieur Kolberger, qui avait troublé la Société populaire, réunie le 3, et contre le citoyen Lamy, épicier qui s’était répandu en invectives contre le sieur Boulanger, secrétaire-greffier de la municipalité d’Issy-l’Union, lesquels citoyens sont réclamés par la société populaire d’Issy, venue en masse, qui proteste de leur patriotisme et demande leur élargissement, démarche prise en considération par le Comité du département. "
Après délibération, le Comité de Salut public envoie deux de ses membres pour "électriser les habitants". Le 13 frimaire an II (3 décembre 1793), donc quelques jours après la plainte, les deux émissaires, les citoyens Franchet et Chéry présentent au Comité les conclusions de leur enquête. 

"D’après ce rapport, les commissaires en question s’étant présentés à la société populaire et ayant pris connaissance de la liste des membres du Comité de surveillance, ont déclaré que tous devaient passer au scrutin épuratoire et que devaient en être exclus tous prêtres, nobles ou même agents de nobles ; au sujet de la composition de la société populaire, les commissaires ont déclaré qu'il fallait rejeter tous ceux qui, par leurs discours et actions, avaient favorisé les contre-révolutionnaires, les royalistes et les fédéralistes, et avaient encouragé les patriotes à terrasser l’aristocratie ; les commissaires se louent beaucoup de l’accueil qui leur a été fait et disent qu’ils ont été accompagnés jusqu’à Paris avec des flambeaux et embrassés fraternellement. A la suite de ce rapport, le citoyen Boulanger, secrétaire greffier de la municipalité d'Issy-l'Union, ayant délivré des certificats à des contre-révolutionnaires, est mandé au Comité…"


La devise républicaine en 1793. © XDR
Au fil des mois, Issy-l'Union continue à se manifester auprès du Comité de Salut public, alors que la France plonge dans la Terreur et qu'en mars 1794 tous les pouvoirs se trouvent concentrés entre les seules mains du Comité. Les habitants, imitant en cela les Parisiens, prennent l'habitude de peindre sur leurs maisons la devise ci-dessus. Les dernières paroles "ou la mort" seront effacées après la chute de Robespierre, car trop liées à la Terreur. PCB. À suivre.