2 avril 2017

Christiane Chin à l'Ile Saint-Germain - suite et fin





Christiane Chin nous avait découvrir "ses années bonheur à l'île Saint-Germain". D'autres souvenirs lui reviennent…

Les commerces
Pour aller faire les courses, nous n’allions pas loin. En remontant vers le pont, il y avait des épiceries : en premier, tout en bas de chez nous, l’épicerie Sandor, nom du propriétaire roumain, puis le Comptoir Français (aujourd’hui le restaurant « 0’30 ») , ensuite le grand Café-Tabac avec ces marches où tout le monde s’asseyait et où mon père allait chercher ses cigarettes. Il y avait des réunions de syndic, des réunions politiques, où M. Ducoloné, député, étant souvent là. Tout se passait bien.

Ensuite, il y avait une boucherie chevaline puis un coiffeur français (en face, un coiffeur algérien) puis une épicerie russe où çà sentait bon les épices et où, à chaque fois que l’on passait, le commerçant nous donnait des « gouttes salées à sucer croquer », sortes de graines de potiron séchées salées. En face, on trouvait une épicerie algérienne, puis enfin, sur la rue Timbaud, la belle demeure du magasin Barbier, marchand de bois en tout genre.

Entre les deux ponts, il y avait tous les commerces que Madame Pigout a cité dans son récit (à retrouver sur http://www.historim.fr/2012/06/ile-saint-germain-souvenirs-de.html). Entre autres, le beau marchand de légumes qui était devenu l’ami de tout le monde et que l’on appelait « Ouanesse » et, bien sûr, la boulangerie. Là, c’est ancré dans ma tête, la patronne, petite et un peu forte femme, rapide dans le comptage de l’argent avait un coeur en or. Elle nous donnait toujours un petit bonbon pour mon frère et moi, et nous étions heureux et pressés d’y retourner acheter du pain avec maman. Il y avait aussi la pharmacie, qui était très arrangeante avec les clients, au point de vue paiement.


La boucherie-épicerie.
En partant de notre immeuble, mais en allant cette fois vers le fond de l’ile, il y avait à côté de chez nous une boucherie-épicerie maghrébine avec de la très bonne viande et, ensuite, à côté du stade, il y avait un bougnat auvergnat, marchand de charbon, où se trouve l’école aujourd’hui. En face il y avait la boucherie française de M. Carré et, à côté, une épicerie arménienne.
Il y avait aussi les marchands de couleur M. et Mme Denole très sympathiques, avec leurs gros bergers allemands, ces chiens étaient en liberté mais on n’avait pas peur.

Dans l’autre rue parallèle, la rue Pierre Poli, il n’y avait pas trop de commerces, mais en haut au coin, il y avait l’auto-école de M. et Mme Charles, où mon père, mes cousins et cousines (et moi même en 1977) ont appris à conduire. Dans cette rue, il y avait la sécurité sociale.
Plus tard à la Ferme rue Jean-Pierre Timbaud est arrivée une supérette Leclerc et la fin des petits commerces a commencé sur l’île.


La Sécurité sociale
Le quartier évolue
Par la suite dans les années 1965-70, tous ces provinciaux ayant travaillé dur avaient le désir d’habiter dans plus grand et plus confortable. Mes parents sont partis sur Gonesse, moi je suis restée j’ai repris l’appartement à mes parents. J’y étais très bien, très en confiance.

Dans les années 1960 sont arrivés des travailleurs maghrébins. Ils pouvaient loger à plusieurs dans un appartement de 20 m2 car ils étaient en célibataire et travaillaient en 3 x 8 chez Renault. Ils ne faisaient jamais de bruit, étaient polis, souriants. Par la suite, je leur remplissais leurs papiers administratifs, et évidemment j’avais en compensation du bon, très bon, couscous à manger. Ensuite, ils ont fait venir leurs femmes, très sympathiques aussi qui m’ont appris leur cuisine traditionnelle. Je continuais à remplir leurs papiers, à aider les mamans avec leurs enfants. Aux beaux jours, nous étions tous dans la cour à boire le thé à la menthe et à parler de nos différentes cultures,

Et puis un jour de 1978 est arrivé dans l’escalier en face de ma fenêtre, un jeune homme un peu typé, je me suis dit, tiens on dirait un Chinois… et cela fait 38 ans que Patrick est mon mari ! Nous avons vécu dans nos appartements dans l’île, jusqu’en 1991 où nous avons décidé d’acheter aux Épinettes.

Patrick Chin précise que son grand-père paternel, d’origine chinoise, est arrivé en France en 1916 avant de s’installer sur l’île en 1920.

Un grand merci pour ce témoignage.







28 mars 2017

Christiane Chin - "Mes années-bonheur sur l'île Saint-Germain"


Christiane.
Nous avons déjà publié des articles sur l’île Saint-Germain. Voici une nouvelle contribution, le témoignage de Christiane Chin (née Clézardin), membre du bureau de la Confrérie Saint -Vincent et très investie dans le fonctionnement de l’ALIM. Elle nous raconte ses années-bonheur sur l’île.

L'enfance
Je suis née le 2 juillet 1953 à Issy. Mes parents arrivent juste de province et logent dans l’Ile Saint-Germain, au (anciennement) 22 avenue du Bas-Meudon à Issy (renuméroté plus tard le 34). Cette partie habitée de l’ile est organisée autour de deux axes parallèles, l’avenue du Bas-Meudon au nord et la rue Pierre Poli au sud.

Mon père ttravaillait à l’usine chez Renault au régime des 3 x 8. Toutes les personnes travaillant chez Renault cherchaient à habiter à côté de l’usine Renault. Ma mère faisait des ménages sur Boulogne. 

Notre immeuble.
Nous habitions au 22 avenue du Bas-Meudon, un bel immeuble en briques (photo ci-contre). Nous entrions d’abord dans un « hall » que nous appelions le Grand Escalier. Dans cette partie de l’immeuble, il y avait des personnes de classe sociale un peu plus élevée que ceux qui habitaient dans la cour, leurs appartements étaient plus grands et donnaient sur rue. Ils ne nous parlaient pas !Ces personnes immigrées, installées au fond de la cour, étaient très agréables avec nous tous, toujours une friandise pour les enfants. A cette époque, tout le monde prenait le temps de s’asseoir sur une chaise ou sur les marches pour parler de la pluie et du beau temps pendant que nous, les enfants, nous nous amusions à jouer aux billes, à la marelle, garçons et filles ensemble, c’était le bonheur.

Le dimanche matin après la messe, pendant que nous étions dans la cour, les mères préparaient la cuisine, et ça sentait bon le poulet au four avec des oignons et pommes de terre. C’était le repas du dimanche midi, avec une bonne tarte aux pommes en dessert.

Photo-souvenir.
Notre appartement (comme tous ceux de la cour) n’était pas neuf. Il faisait 20 m2, soit deux pièces de 10 m2, la première pièce qui servait de cuisine-salon-salle à manger-séjour-salle de bain, etc.. et l’autre servait de chambre pour mes parents, mon frère et moi. Les wc étaient sur le palier. Pour la toilette, c’était la bassine, mon père nous amenant mon frère et moi deux fois par mois « aux bains-douches », rue Jean Pierre Timbaud, dans le quartier de la Ferme.
Il y avait une cave pour chaque appartement. Nous avions peur d’aller à la cave, il faisait sombre, et bien sûr dans ces caves, à chaque grosse pluie, il y avait de l’eau de la Seine. C’est pour cela que nos appartements étaient un peu humides.

Les métiers disparus
Les seules fois où les enfants avaient peur c’était lors de l’entrée dans notre cour, quatre fois par an, d’un homme avec des couteaux et ciseaux dans sa roulotte. Avec sa cloche, il criait "Rémouleur Rémouleur". Il n’y avait plus un gosse dans la cour. Le père Fouettard à côté c’était rien.
Un autre personnage disparu, que nos mères aimaient quand il venait, c’était le préposé aux allocations familiales qui amenait "des sous" à la maison. Il nous impressionnait car il portait un revolver dans son étui à la taille. Il devait venir tous les trois mois. Ma mère lui faisait toujours un bon café.
[A voir sur notre site, les aquarelles de Jean-Baptiste Merlino, sur tous ces métiers disparus : http://www.historim.fr/search?q=rémouleur]

Les passages sur le continent
Nous remontions jusqu’à la rue Jean-Pierre Timbaud, devant les militaires de la caserne (ci-dessous), et nous passions l’un des deux ponts, soit vers Boulogne soit vers Issy. La rue entre les deux ponts s’appelait alors la rue Jean-Pierre Timbaud, prolongeant la rue du même nom dans le quartier de la Ferme (le tronçon sur l’île a été rebaptisé boulevard des îles).

La caserne de l'île Saint-Germain, rue Jean-Pierre Timbaud.

Notre seule promenade lointaine à pieds sur Issy était le parc Henri Barbusse. Il y avait bien sûr l’école Paul Bert. J’avais une copine fille de militaire et la maman venait me chercher pour que je puisse entrer et jouer dans la partie militaire de l’île. Autre occasion de passer la Seine, c’était pour aller à l’église Sainte-Lucie où toutes et tous avons fait notre baptême, la première communion, la communion solennelle, et… le mariage. A suivre le 2 avril 18 h…

23 mars 2017

Auguste Rodin et Issy-les-Moulineaux

A l'occasion du centenaire de la mort d'Auguste Rodin (12 novembre 1840-17 novembre 1917), père de la sculpture moderne, le Grand Palais, à Paris, organise une grande exposition. Parmi ses chefs-d'œuvre, seront exposés le Penseur, le Baiser, les Bourgeois de Calais… 


L'occasion de vous rappeler que le fondeur d'Auguste Rodin, Paul Cruet habitait Issy-les-Moulieaux. Son atelier se trouvait dans les communs de l'ancien château des Conti. Et Rodin appréciait tant cet édifice, détruit, rappelons-le, pendant la Commune (mai 1871) qu'il racheta le fronton de l'entrée du château qu'il fit remonter dans sa villa des Brillants, à Meudon. La Galerie d'histoire de la ville, au Musée français de la carte à jouer, conserve le plâtre de Celle qui fut la Belle Heaulmière (ci-dessous), légué par la veuve de Paul Cruet. PCB

Celle qui fut la Belle Heaulmière. plâtre,
Galerie d'histoire de la ville,
Musée français de la carte à jouer. Issy.
Pour en savoir plus sur Rodin à Issy-les-Moulineaux :

L'exposition se tient du 22 mars au 31 juillet 2017



19 mars 2017

Vaugirard, une rue d'Issy

Cette petite rue (moins de 100 mètres de long) sert de limite entre Issy-les-Moulineaux et Meudon. Hasard ou ironie de l’Histoire, elle se trouve à l’exact opposé de la rue parisienne. Celle-ci, nettement plus connue, est d’ailleurs aussi la plus longue de la capitale avec ses 4,360 km.

Ces deux rues du même nom rendent hommage à l’abbé Gérard ou Girard de Moret qui est à l’origine d’une paroisse à Valboitron ou Vauboitron sur un territoire, dépendant comme Issy, de l’abbaye de Saint-Germain des Prés au Moyen Âge. En 1256, Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain-des-Prés, décide d'y faire bâtir une maison de repos pour abriter ses moines malades et une chapelle. Bientôt, un hameau voit le jour. Il est appelé Vallis Gerardis par ses habitants en l'honneur de l'abbé fondateur.
En 1342, ce territoire est érigé en paroisse indépendante alors que ses habitants relevaient jusqu’alors d’Issy. Elle prend le nom de Vaugirard devenu le 15e arrondissement parisien en combinant le nom de Val et de Girard. 

Une fable de La Fontaine, Le singe et le dauphin, y fait référence :

De telles gens,il est beaucoup 
Qui prendraient Vaugirard pour Rome 
Et qui, caquetants au plus dru, 
Parlent de tout, et n’ont rien vu. 


La rue isséenne de Vaugirard, méconnue et sans une plaque avec son nom, est cependant fréquentée depuis longtemps. Elle est déjà tracée sur les cartes du XVIIIe siècle, car elle est à la limite entre la Ferme des Moulineaux et le Bas-Meudon. 
De nos jours, elle permet aux véhicules descendant la Route des gardes ou de l’avenue de Verdun de passer vers le quai de la Bataille de Stalingrad.  Sur cette photo (ci-dessus),  un parking « spontané » a remplacé un ancien immeuble d’habitation qui était dégradé faute d’entretien. Sa démolition a permis l’élargissement de cette artère très fréquentée dont le nom est le plus souvent ignoré.
Derrière les voitures, apparaît le mur latéral du dernier immeuble de l’avenue de Verdun. Le seul immeuble d’habitation du trottoir isséen est récent et se trouve au seul numéro de la rue : le n°4 !
On aperçoit le pont du tram T2 et au-delà de l’Île Saint Germain, des immeubles boulonnais sur la rive droite de la Seine.
Texte et photographie : P. Maestracci

12 mars 2017

La Halle Eiffel d'Issy… en pleine transformation

Issy-les-Moulineaux, la Halle Eiffel. © A. Bétry
Il y a trois ans, nous vous avions présenté la Halle Eiffel d'Issy-les-Moulineaux (ci-dessus), située dans le Quartier Val-de-Seine, en insistant sur le fait qu'elle n'était pas mise en valeur, qu'elle méritait d'être aménagée… Et bien, désaffectée depuis plusieurs années, elle est entrain d'être démontée en ce début de 2017. Elle sera remontée et transformée en Halle des Saveurs dans ce quartier en pleine mutation.

Petit historique.

Cette halle fut érigée par l’entreprise Eiffel dont le siège se trouvait à Levallois-Perret.
Gustave Eiffel dont le nom originel est Bonickausen (1832-1923) sortit diplômé de l’École Centrale de Paris en 1855. Il visita cette année-là l’Exposition Universelle de Paris et fut sans aucun doute impressionné par la charpente métallique du Palais de l’Industrie entre Seine et Champs-Élysées. Celui-ci mesurait 254 m. sur 110 et la nef centrale était haute de 30 mètres. Depuis 1852, Baltard a entrepris la construction des Halles au centre de la capitale.

Façade. © A. Bétry
Gustave Eiffel, devenu ingénieur-constructeur, se spécialise dans l’architecture métallique réalise de nombreux ouvrages d’art à l’étranger comme en France. En 1884, l’année de la halle isséenne, il dépose un brevet pour la construction de piles et pylônes de plus de 300 mètres de haut. En 1885, il livre le viaduc de Garabit qui franchit la Truyère dans le Cantal. 

En 1886, il conçoit la structure métallique de la statue de la Liberté de Bartholdi offerte aux États-Unis par la France. Est-il besoin de préciser où se trouve celle-ci ? En revanche, on peut en admirer des répliques plus petites au magnifique Musée des Arts et Métiers à Paris (3ème).
Toujours en 1886, il remporte le concours ouvert pour l’érection d’une tour dépassant les 300 mètres de haut pour célébrer le centenaire de la Révolution française sur le Champ de Mars. Une réplique miniature se trouve toujours 42 rue Renan dont nous vous avons parlé : http://www.historim.fr/search?q=tour+eiffel

En 1909, Eiffel créa une soufflerie au pied de la tour éponyme où vinrent faire des essais Blériot, Farman et Voisin. L’une des conséquences pour la commune fut que l’Armée réquisitionna, en échange du Champ de Mars, le terrain isséen pour en faire un Champ de manœuvres. Ce terrain, actuel Héliport, est donc une excroissance du 15e arrondissement.

Quant à la Halle Eiffel d'Issy-les-Moulineaux, elle servit notamment d’usine à la Compagnie de Constructions électriques de la rive gauche fondée en 1900. Par la suite, il y eut divers occupants dans la halle transformée en immeuble de bureaux pour plusieurs sociétés parmi lesquels le groupe Yves Rocher.

Actualités

Depuis le début de l'année 2017, la Halle Eiffel est en train d'être démontée. La structure métallique sur 2 niveaux est mise en relief avec les piliers et la charpente à double pente (ci-dessous). Les éléments étaient livrés numérotés pour un assemblage rapide et efficace sur le chantier. Ce fut la même technique pour la tour Eiffel. Quelques murs en brique entre les piliers sont encore visibles. Trois fermes soutenant la toiture sont nettement dégagées. La première qui doit être déposée est soutenue par le câble tendu par une grue tandis qu’un engin de chantier est en train de la libérer de ses attaches. Au fond apparaissent des immeubles de bureaux situés à Boulogne-Billancourt sur la rive droite. 

Le chantier de démontage vu de la station de tram Val-de-Seine.
© P. Maestracci
Ce chantier permet de voir les rivets d’assemblage comme sur ce cliché (ci-dessous). Les briques servant au remplissage des murs étaient rouges sur les flancs et polychromes sur les pignons des façades.

Détail de la façade de la Halle Eiffel, le long de la ligne de tram. © P. Maestracci

Un grand merci à Lydia qui m’a mise sur la piste d’Eiffel. P. Maestracci

Pour en savoir plus :
http://www.historim.fr/2014/05/gros-plan-sur-la-halle-eiffel.html

7 mars 2017

Louis Cortot, compagnon de la Libération

Le 5 mars 2017, à 91 ans, Louis Cortot, compagnon de la Libération, disparaissait. Quel rapport avec Issy-les-Moulineaux ? lisez la suite…

Louis Cortot. Ph. XDR
Dès l’âge de 16 ans, Louis Cortot, né à Sombernon, en Côte d'Or, s’engage dans la Résistance. Sa biographie officielle nous raconte.

« Entré en contact avec l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste, il manifeste son désir de participer à l’action directe ; il commence par récupérer des armes, couper des lignes téléphoniques et distribuer des tracts. Parallèlement, il doit abandonner ses études au milieu de sa troisième année à l’Ecole supérieure de Suresnes et devient ajusteur. C’est dans l’usine dans laquelle il travaille qu’il confectionne les bombes qu’il va utiliser lors de ses missions. 

" Louis Cortot réussit avec brio de nombreuses opérations ; il provoque ainsi avec son groupe le déraillement d’un train de tanks provenant des usines Renault, rend inutilisable un transformateur disjoncteur à Issy-les-Moulineaux en mai 1942 et participe au grenadage d’un convoi de jeunesses hitlériennes à Trappes. En juillet 1942, son groupe fait sauter le bureau du Rassemblement national populaire (RNP) à Boulogne-Billancourt, puis détruit à l’explosif le bureau d’embauche des ouvriers français volontaires pour le travail en Allemagne de Courbevoie. 

"En janvier 1944, Louis Cortot rejoint les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) de Seine-et-Marne pour participer à l’implantation d’un maquis à Saint-Mammès. A partir de mai, il est chargé des liaisons entre l’Etat-major des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de Seine-et-Marne et celui de Paris. Le 26 août 1944, il est très grièvement blessé à la face à Lieusaint en Seine-et-Marne, par des éclats de balles explosives, au cours des combats de la libération, faisant, malgré cela, preuve d’un grand courage et de sang-froid en n’acceptant que sur ordre formel de rejoindre un poste sanitaire. »

Pour en savoir plus

Churchill reconnaît de Gaulle et les FFL le 27 juin 1940. L’appellation FFL (Forces françaises libres) est valable jusqu’au 1er août 1943.

1038 : c'est le nombre de Compagnons enregistrés comme Compagnons de la Libération par le général de Gaulle. L’ordre de la Libération a été créé par le général de Gaulle le 16 novembre 1940. Un compagnon est membre de l’ordre de la Libération. 

Croix des Compagnons de
la Libération.  PH. XDR
Plusieurs villes sont également Compagnons de la Libération : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors, l'Ile de Sein.
Lorsque le 23 janvier 1946 est signé le décret de forclusion de l'ordre de la Libération, le nombre des compagnons de la Libération s'élève à 1 036 personnes auxquelles il faut ajouter cinq communes françaises et dix-huit unités combattantes.
A deux reprises, l'Ordre sera exceptionnellement ouvert de nouveau par le général de Gaulle, qui attribuera la croix de la Libération à Winston Churchill (1958) et au roi d'Angleterre George VI  (1960), portant ainsi le nombre définitif des personnes titulaires de cette haute distinction à 1 038.

270 ont été nommés à titre posthume et 50, déjà Compagnons, sont morts au combat ou en service commandé avant la fin de la guerre. Un peu plus de 700 d'entre eux ont survécu à la guerre. A.B.


3 mars 2017

Rétrographie à Issy-les-Moulineaux

Nous avons déjà évoqué cette exposition itinérante…
http://www.historim.fr/2016/10/expositions-futur-dissy-ou-retrographie.html

Profitez du week-end pour aller la voir sur les grilles de l'Ecole La Fontaine, rue de l'abbé Derry dans les Hauts d'Issy (Tuvim direct Centre Ville).



25 février 2017

Ensemble Matrat-Voisembert : la cité idéale des années 1930

Cela fait longtemps qu'Historim ne vous a pas fait découvrir une rue, un ensemble d'habitations, un quartier. Alors, partons dans le quartier Centre-Ville/Corentin Celton/Les Varennes, voir l'ensemble Matrat-Voisembert…

Rue Matrat, On aperçoit au pied des lampadaires, les aérations circulaires
des parkings souterrains.
Les rues privées Matrat (ci-dessus) et Voisembert (ci-dessous), longues d’environ 150 mètres, sont parallèles et situées entre la rue Georges Marie et la rue du Quatre-Septembre (ancienne rue des Glaises) limitrophe du Parc des Expositions de Paris et donc du département de la Seine. Au XVIIIe siècle, une belle propriété en ce lieu s’étendait jusqu’aux actuelles rues Renan et Michelet sans compter une extension sur la commune de Vanves. La rue Voisembert est deux fois plus large que la rue Matrat mais une partie de la rue est rétrécie par des bâtiments donnant sur d’autres voies. Ces parcelles n’ont pu visiblement pas pu être intégrées, faute d’accord de leurs propriétaires lors du lotissement. 

Rue Voisembert. A l'arrière-plan, le Parc des Expositions.

Cité des années Trente

Cet ensemble qui date de 1931 offre une disposition très fonctionnelle des espaces communs et des appartements. Il est conçu comme une cité idéale permettant l’autonomie dans un cadre très confortable.

Huit étages, parfois neuf, voire exceptionnellement dix selon les cas. En effet, les deux rues ont un dénivelé de quelques mètres, ce qui impose de rétablir un équilibre visuel avec rattrapage des niveaux décalés. Les façades offrent des lignes géométriques horizontales et verticales. La répartition des parties saillantes et des cours en retrait rythme les rues bordées par ces immeubles accolés. Paradoxalement, des éléments tels que portes et fenêtres de ces immeubles bourgeois sont identiques à ceux d’immeubles HLM parisiens.
L’intérieur des immeubles reprend les codes raffinés des périodes précédentes : portes palières à double battant, volumes spacieux, chambres de bonnes etc. Chaque immeuble se trouve entre deux cours séparées de la rue par une grille et avec au milieu les bouches d’aération des parkings.

Les parties communes

Entrées La loge des gardiens est au centre entre deux couloirs menant aux ascenseurs et escaliers. Seules quelques copropriétés ont installé des boîtes aux lettres au rez-de-chaussée. Dans les autres cas, les gardiens continuent de monter le courrier sur chaque palier.

Desserte des étages. Il y a deux ascenseurs par immeuble de part et d’autre de l’axe central. En revanche, à l’arrière, un monte-charge desservait les passerelles (ci-dessous). La fermeture de chaque palier était assurée par une grille métallique.
Arrière d'un immeuble de la rue Voisembert,
avec les passerelles.

Sous-sols. Cet ensemble résidentiel offrait, plus rare encore dans les années Trente, deux étages de parking en sous-sol à une époque où les voitures étaient encore peu nombreuses. L’automobile était ainsi intégrée à l’architecture. Une petite station-service y fut longtemps à disposition des possesseurs d’automobiles. En raison du relief, le premier niveau du sous-sol Matrat correspond au deuxième des immeubles Voisembert !
Ces sous-sols favorisent une circulation discrète qui fut très utilisée en temps de guerre pendant un couvre-feu. Certains résidents les empruntent encore pour rendre visite à des amis.

Autonomie énergétique. Une centrale électrique alimentée par l’incinération des déchets organiques fut installée au sous-sol. Le système Garchey était alors rare et inspiré par les États-Unis. Il fallait remplir d’eau l’évier puis le vider grâce à une tige métallique pour faire descendre les déchets dans une énorme cuve en bas de chaque immeuble. Des tuyaux envoyaient l’ensemble vers la broyeuse installée dans l’immeuble du 5 Matrat. Un employé portant cuissardes gérait le tout et alimentait la chaudière. Moustiques en été, odeur puissante de la macération et de la décomposition des déchets : le système a été supprimé pour insalubrité à la fin du XXe siècle. L’électricité fut aussi produite tant qu’EDF ne fit pas valoir son monopole. 

Hygiène de vie. Les toits sont plats car ils auraient dû servir de solarium. De plus, la piscine prévue au sous-sol n’a pas été construite au grand regret de certains.


Vue de la rue du Quatre-Septembre.
Les appartements et leurs occupants

Chaque niveau comporte deux paliers distincts non communiquants ; chacun ne dessert que deux appartements à la fois. La communication en revanche est possible par la passerelle arrière. On compte donc seulement quatre appartements par niveau et trente-six en moyenne par immeuble.
Les appartements ont des portes à double battant, sont grands et disposaient d‘une lingerie qui pouvait servir de chambre. En effet, bon nombre de familles de militaires habitaient là car ceux-ci étaient proches du ministère de l’Air et du SCAN (Service des Constructions Navales avec le bassin des carènes aujourd’hui disparu) un peu plus loin vers la Seine. Les ordonnances des officiers occupaient ces chambres et disposaient d’une douche et de toilettes installées de part et d’autre des passerelles à l’arrière des immeubles. Un renfoncement sur les passerelles permettait d’installer un petit brasero à proximité des douches. Il est à noter que le ministère de la Défense inauguré en 2015 est toujours aussi proche de la résidence !
Il y eut également avant-guerre, une colonie de Russes « blancs » comme dans d’autres immeubles de la commune.

Pendant la guerre

Au cours d'un bombardement allemand en juin 1940, bombe  tomba dans la cage d’ascenseur de l’immeuble au 7 rue Matrat. Une bâche de protection resta en place jusqu’en 1951, date à laquelle il y eut des réparations lors de la mise en vente d’appartements. L’ensemble Matrat-Voisembert avait des logements disponibles dans cette « zone rouge », placée sous la menace des bombardements alliés en raison de la proximité des usines Renault à Billancourt, à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau.
Lors des alertes aériennes, les résidents descendaient se réfugier au 2e sous-sol où avaient été formées des alvéoles formées de pierres en guise de protection. Celles-ci existent toujours mais ont été regroupées dans un coin du sous-sol ! Il était possible d’aller d’un immeuble à l’autre lors du couvre-feu en passant par les parkings. 

Après 1945

Au rez-de-chaussée des rues Matrat et Voisembert, de nombreux commerces permettaient de vivre quasiment en autarcie.  Rue Matrat, on trouvait le cabinet médical d’un ORL, un coiffeur au n°1et une épicerie au n°5. Rue Voisembert, il y avait encore plus de commerces : au n°1 un marchand de journaux et une boucherie, au n°3 une grande épicerie et au n°5 une pharmacie. A l’angle des rues Matrat et Georges Marie, une crémerie Le Cercle Bleu et une boulangerie (qui existe encore).
Il ne faudrait pas oublier au sous-sol la pompe à essence et le garagiste qui réparait et lavait les voitures. Tout près, un serrurier de la rue Georges Marie travaillait pour les résidents.

Aujourd'hui

Au fil des années, les façades des immeubles avaient vieilli, noirci à telle enseigne qu’un téléfilm sur le voyage de Sartre et Simone de Beauvoir à Moscou fut tourné dans les deux rues Matrat et Voisembert. Une banderole ornée du portrait de Lénine avec marteau et faucille barrait la rue. Les immeubles noircis fournissaient un décor crédible mais depuis, un ravalement a permis de retrouver la pureté originelle des façades.
La plupart des commerces ont disparu et les boutiques des deux rues remplacées par des appartements lors du ravalement il y a quelques années. Il reste toutefois plusieurs cabinets de professions libérales.

Entrée 6 rue Voisembert, de style Art Déco. Deux plaques évoquent la mémoire de deux anciens résidents :
Andrée Girolami-Boulinier (à gauche), pionnière de l'orthophonie ; Honoré d'Estienne-d'Orves (à droite), officier de la France Libre, fusillé au Mont-Valérien en 1941, Compagnon de la Libération.
Je remercie très chaleureusement les sympathiques habitants de cette résidence qui ont accepté de témoigner avec enthousiasme et passion pour leur résidence. Ils m’ont permis de découvrir avec beaucoup d’intérêt cet ensemble résidentiel si particulier. Leurs témoignages ont été regroupés pour une présentation plus synthétique mais ils devraient y retrouver leur apport essentiel auquel je rends hommage. P. Maestracci  (Texte et photos).