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6 février 2011

Le Père Bonnet et la Solitude

Père Bonnet © P. Maestracci
 Nantais d'origine, le Père Bonnet est ordonné prêtre en 1962 et rejoint la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice en 1966. Il a une longue carrière d'enseignant et de supérieur de séminaires. Professeur six ans au Dahomey (actuel Bénin) et sept ans en Côte d'Ivoire, il y noue de chaleureux contacts. En 1989, il est élu Provincial de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice pour la France, l'Afrique et le Vietnam et demeure à ce poste jusqu'en 2001. Il séjourne plusieurs fois à Issy-les-Moulineaux : de 1966 à 1973, comme étudiant au foyer de la Solitude, puis enseignant au Séminaire ; de 1983 à 1989 et de 1993 à 2001 en tant que Supérieur. Envoyé à Lyon comme Supérieur du Séminaire à la fin de son mandat de Provincial, il devient en 2006 Supérieur du foyer de la Solitude. Toujours très actif, on le voit souvent dans les médias. J. Brouillou, D. Hussenot, P. Maestracci

Les bâtiments d'habitation de la Solitude. © Photos A. Bétry
La Solitude - ce n'est pas le titre d'un essai philosophique, mais un lieu plein de charme, serein, derrière l'église Saint-Etienne (dans les Hauts d'Issy). Une porte en bois, discrète, ouvre sur la rue Minard. Un parc, des parterres de buis sur la gauche et un long bâtiment du XIXe siècle, en pierre banche : la maison de retraite des prêtres sulpiciens. Nous sommes accueillis chaleureusement par le Père Bonnet, Supérieur de ce lieu depuis 2006. Il nous entraîne par de longs couloirs jusqu'à la bibliothèque où trône le buste de Jean-Jacques Olier (1608-1657), le fondateur de la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Il va nous raconter l'histoire de la Solitude.


La chapelle de la Solitude.
Il faut remonter au XVIIe siècle, nous dit-il. Peu de prêtres à l'époque sont bien formés. Jean-Jacques Olier décide donc de fonder un séminaire à Paris sur la place de l'église Saint-Sulpice, dont il est curé, pour que les futurs prêtres puissent y acquérir une formation sérieuse. Mais il lui faut aussi de bons formateurs. C'est pour se préparer à leur futur ministère que ces hommes se retireront dans la solitude, pendant quelques mois, et seront les premiers membres de ce qui deviendra la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. En 1676, l'ancienne maison de la reine Margot (voir personnage-clé) à Issy que possédait un Sulpicien, est mise à la disposition de la Compagnie. Un lieu idéal pour accueillir ces jeunes solitaires. Le domaine sert aussi de lieu de vacances pour les séminaristes de Paris. Au XVIIIe, les Sulpiciens acquièrent un nouveau terrain derrière l'église Saint-Etienne le long de la rue Minard, ancienne rue de la Glaisière. Ce domaine est alors utilisé comme maison de campagne pour les philosophes du Séminaire de Paris. Pendant les heures sombres de la Révolution, des prêtres s'y réfugient mais sont arrêtés, emprisonnés au Carme et massacrés en septembre 1792. Puis la Maison est confisquée comme Bien national.

L'intérieur de la chapelle.
En 1819, la Maison est rachetée et affectée aux Solitaires (d'où son nom de Solitude), tandis que, plus bas, la maison de la reine Margot est dévolue au Grand Séminaire. Jusqu'en 1966, des générations de futurs sulpiciens se sont succédé, originaires de France mais aussi du Canada et des Etats-Unis pour y faire leur solitude et se former à leur tâche de directeur de séminaire. Il ne reste pratiquement rien des bâtiments d'origine : les édifices actuels et la chapelle ont été construits à partir de 1842. Dès 1966, la Solitude est utilisée comme foyer-logement pour les étudiants Sulpiciens et pour quelques retraités. En 1969,  les derniers étudiants laissent la place aux retraités de plus en nombreux. En 1985, la Maison est entièrement restaurée. Chaque pensionnaire dispose d'un deux-pièces (bureau et chambre), avec douche et toilette privées. Cinq Supérieurs se sont succédé à la tête de la maison de retraite de 1969 à 2006, date de l'arrivée du Père Bonnet.
Le soir tombe. Le Père Bonnet nous raccompagne par le parc Jean-Paul II, en empruntant le souterrain qui débouche dans les jardins du Grand Séminaire. Il est temps de se quitter. Rendez-vous est pris pour le mercredi 16 mars, à 18 heures, à la Résidence du Parc pour une conférence sur les Cinquante dernières années du Séminaire. Mais on en reparlera.
Jacqueline Brouillou




27 mars 2020

Cours de la Reine Margot à Issy-les-Moulineaux

Lors de la séance du Conseil municipal du jeudi 12 octobre 2017 deux choses importantes avaient été décidées :  la ville rendait hommage à la plus célèbre des Isséennes, Marguerite de Valois, la célèbre reine Margot, première épouse d'Henri IV, qui vécut à Issy de 1606 à 1615, en rebaptisant l'impasse Cloquet et en soutenant un grand projet hôtelier. Les choses avancent.

Cours de la Reine Margot
© PCB
L’impasse Cloquet change  de nom et devient, en 2019, Cours de la Reine Margot. Cette impasse Cloquet a eu longtemps mauvaise réputation malgré le voisinage de l’église Saint-Étienne. C’était un cul-de-sac peu attirant selon le témoignage d’habitants qui vivaient dans le quartier avant la dernière guerre, en particulier celui de Mme Éliane Tonnel-Marchand (à relire sur le site http://www.historim.fr/2017/10/eliane-tonnel-marchand-des-souvenirs.html ).

Cours de la Reine Margot. A gauche, l'église Saint-Étienne.
© P. Maestracci
Le mot de cours a été choisi pour remplacer celui d’impasse. Il fait sans doute référence au Cours-la-Reine, allée parisienne créée par la reine Marie de Médicis (la deuxième épouse de Henri IV) en 1616 entre les actuelles places de la Concorde et de l’Alma. Ce fut le lieu de promenade le plus couru de l’aristocratie. Le cours de la Reine Margot (ci-contre), lui, ne mesure même pas 100 mètres de long. Il longe le flanc sud de l’église Saint-Étienne qui fut jusqu’au XXe siècle la seule église paroissiale d’Issy. L’édifice actuel date du XVIIe siècle. Sur le trottoir opposé, il y a des logements sociaux dont l’entrée se trouve rue Jules Guesde. Une élégante maison à un étage ferme la perspective tout au fond, à côté d’une des entrées du chantier.

Domaine de la Reine Margot
Le futur Domaine de la Reine Margot - à la fois hôtel et restaurant de prestige -  se situe sur la propriété de la Solitude qui appartient à la Communauté des prêtres de Saint-Sulpice ; ceux-ci possèdent également le Séminaire, ancienne propriété de la reine Margot de 1606 à sa mort. La Solitude est louée à un groupe hôtelier par bail emphytéotique. Le Domaine de la Reine Margot se trouve paradoxalement sur un terrain qui ne fit jamais partie de la propriété de la reine mais qui la surplombe. Ce terrain fut acheté et bâti par les Sulpiciens au XVIIIe siècle. Cet ensemble, confisqué comme Bien national sous la Révolution, fut racheté en 1819 pour les Solitaires de la Congrégation, d’où le nom de La Solitude. Jusqu’à une époque très récente, ces bâtiments étaient utilisés comme maison de retraite pour les prêtres.

Entrée du chantier au fond du Cours de la Reine Margot. © P. Maestracci
Le projet en cours de réalisation a deux objectifs : la rénovation des bâtiments de la Solitude qui se dressent le long de la rue Minard (ci-dessous) et la construction de nouveaux édifices dans le jardin (ci-dessus). Le nom de La Solitude est occulté au profit de celui d’une reine toujours connue dans le monde entier, ce qui ne peut que plaire aux futurs touristes. P. Maestracci.

La rue Minard et, sur la gauche, la façade de La Solitude. © A. Bétry


13 octobre 2023

Domaine de la Reine Margot - de la Solitude à un hôtel 5 étoiles

Le 21 septembre 2023, par une belle fin d'après-midi, était inaugurée en grande pompe le Domaine de la Reine Margot, un hôtel 5 étoiles exploité par la marque MGallery du groupe Accor. Chambres luxueuses, spa, hammam et salle de fitness, restaurant gastronomique, jardins… un complexe hôtelier qui a su conserver le patrimoine de ce lieu historique, la Solitude, qui fut pendant des années la maison de retraite des prêtres du Séminaire Saint-Sulpice.

Le maire André Santini coupe le ruban donnant accès au Domaine,
en compagnie de Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor. © PCB

Après des mois de travaux, sous la direction de l'architecte Jean-Michel Wilmotte, le Domaine ouvre enfin ses portes, une belle occasion pour Historim de constater que les bâtiments historiques que nous avions eu la chance de visiter en compagnie du Supérieur du foyer de la Solitude, le Père Bonnet, décédé en début de cette année, ont été conservés. En bien !

La Reine Margot. ©XDR

Rappelons que dans ce Domaine de  la Reine Margot, la reine Marguerite de Valois,  l'épouse du futur Henri IV (ci-contre), plus connue sous le nom de "reine Margot", n'y vécut pas. Elle demeura, certes, à Issy de 1606 à 1615, date de son décès, mais dans une superbe propriété située à l'emplacement du Séminaire Saint-Sulpice, juste à côté de la Solitude. 

On va vous donner quelques exemples de transformation des bâtiments, à commencer par l'extérieur avec l'entrée de la chapelle (ci-dessous).

La chapelle de la Solitude, avant. © A. Bétry
La chapelle du Domaine de la Reine Margot, après. © PCB

Puis le bâtiment principal (ci-dessous).

Avant. © A. Bétry

Après. © PCB
Quant à l'intérieur de la chapelle, avec ses nombreuses sculptures et ses vitraux, tout a été conservé… devenant un confortable lounge bar (ci-dessous).

Avant. © A. Bétry

Après. © PCB

Les jardins (ci-dessous) ont été aménagés en verger et en potager pour que le chef gastronomique Jean-Philippe Perol puisse y trouver de bons produits pour satisfaire ses clients.

Le verger. © PCB
Le jardin potager. © PCB


Enfin, tout proche de l'entrée, on retrouve le souvenir des terribles combats de la Commune  qui, en 1871, détruisirent la plus grande partie des bâtiments du XVIIe siècle : la célèbre Notre-Dame des Bombes (ci-dessous).

Avant. © PCB

Après.© PCB
L'ouverture est prévue le 24 octobre… et vous pourrez alors profiter des bons petits plats du restaurant prénommé "le Marguerite 1606" ! PCB.

12 février 2025

La Solitude, chapelle néogothique - "1"

Le parcours organisé « Sur les pas de la Reine Margot » pour les membres d’Historim le samedi 16 novembre dernier comprenait évidemment une étape au fameux « Domaine Reine Margot ». A cette occasion, nous sommes passés devant la belle chapelle de La Solitude, sans nous y arrêter, d’une part parce qu’elle est postérieure à Marguerite de Valois au centre de nos intérêts ce jour-là et aussi parce que beaucoup d’Historimiens avaient déjà eu l’occasion de la découvrir au cours de deux visites précédentes. 

Pour autant, son intérêt est bien réel et mérite quelques nouveaux développements, enrichis par les observations nombreuses et détaillées qu’ont permises une restauration très réussie. Effectuée sous le contrôle des services des Monuments Historiques, celle-ci a soigneusement restitué et remis en valeur volumes, formes et pièces d’ornement, indépendamment d’une affectation un peu inattendue des lieux au préalable désacralisés.


La tâche des restaurateurs ne fut pas facilitée par les matériaux utilisés pour la construction, qui n’offrent en particulier pas toujours les mêmes qualités que le reste du bâtiment pourtant construit en même temps et (en partie) dans le même alignement. Celui-ci, élevé sur plusieurs niveaux, arbore une robustesse et une solidité des plus fonctionnelles. Il présente dans le même esprit un aspect sobre, presque sévère, bien en accord avec le lieu de retraite et de recueillement qu’a longtemps été le site.

Pendant près de deux siècles en effet, l’actuelle demeure et son jardin clos, propriété du Séminaire de Saint-Sulpice, ont abrité l’établissement de « La Solitude ». Comme l’indique cette dénomination singulière, il était réservé aux « Solitaires » (c’est-à-dire aux séminaristes en dernière année d’études). Il leur avait été affecté en 1818/1819 quand la propriété, vendue comme bien national en 1793, avait enfin pu être rachetée par la Compagnie. Notons qu’à cette époque, les bâtiments ne possédaient ni l’aspect ni la configuration qu’ils ont de nos jours et qu’ils ont acquis en 1842 quand ils ont été reconstruits à l’initiative du directeur de l’époque, Michel-Etienne Faillon.



Pour la chapelle, corps le plus emblématique de l’ensemble, celui-ci n’avait pas voulu laisser des mains profanes conduire les opérations. Il s’en était donc chargé et, après avoir tel un architecte conçu l’édifice, il en avait dirigé la construction jusqu’à la bénédiction officielle intervenue le 24 juin 1846. L’édifice y a acquis une grande originalité tant dans ses lignes que dans son décor par rapport au reste des bâtiments. Par la suite il ne devait subir que peu de dégradations, sinon pendant l’Année terrible 1870/1871 quand un obus vint percer sa voûte et souffler les vitraux. Heureusement, comme le rapportent les chroniqueurs de ce temps, « M. Faillon avait eu la précaution de conserver les calibres [ou modèles] » et les restaurations purent dès lors être effectuées de la façon la plus satisfaisante.


Aussi, quand un siècle plus tard, le Séminaire de Saint-Sulpice est protégé au titre des Monuments Historiques que ce soit par simple inscription (pour l’ensemble, par arrêté du 16 février), ou par classement (arrêté du 12 avril 1996, pour un nombre choisi d’ouvrages de qualité et d’intérêt supérieurs), cette chapelle figure dans le second arrêté qui institue une protection maximale. C’est le seul parmi les monuments de « La Solitude » à y être inclus, aux côtés d’autres très prestigieux situés dans la parcelle principale (la Grande Chapelle, le nymphée notamment).
Le texte se poursuit fin février début mars prochain
Florian Goutagneux

7 avril 2018

Issy - histoire de la rue Minard

Rue Minard, vue de la place de la Fontaine, zone piétonnière.
On aperçoit sur la droite, en arrière plan, une partie de l'abside
de la chapelle du Séminaire.
Antérieurement, la rue Minard s’appelait rue de la Glaisière en référence à l’argile pour les « briques de Vaugirard » exploitée à l’emplacement du Parc des Expositions (Paris XVe). Elle porte désormais le nom de Georges-Christ Minard qui fut maire d’Issy sous Louis-Philippe de 1846 à 1848 puis en 1870-1871, lors des débuts difficiles de la Troisième République. Le village originel se trouvait sur la hauteur. C’était le chemin obligatoire pour les paroissiens de Vaugirard qui fréquentaient l’église Saint-Étienne jusqu’à la création de leur propre paroisse en 1342.
Aux Temps Modernes, de grandes propriétés comme celles des de La Haye et de Marguerite de Valois furent créées en contrebas et sur la pente. Au XIXe siècle, le centre de la ville se situe entre les deux intersections de la rue Renan (Général Leclerc de nos jours) avec la rue de Vanves et les boulevards Voltaire et Gambetta. La première mairie en 1857 se trouvait place Vaillant-Couturier. La rue Minard reliait ainsi les deux quartiers.

A mi-pente. A droite, la nouvelle aile de l'Hôpital suisse,
inaugurée en 2017. A gauche, la grille du parc Saint Jean-Paul II.
Cette rue part de la place de La Fontaine et monte sur 450 mètres vers le parvis de l’église Saint-Étienne. Son parcours sinueux dessine un S très étiré afin d’avoir une pente pas trop abrupte. Elle croise en bas la rue Vaudétard (du nom des possesseurs d’un fief médiéval) et ensuite elle coupe en deux une belle propriété qui appartint au début du XVIIe siècle à la reine Marguerite de Valois, dite la reine Margot, puis revint définitivement à la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Un tunnel à mi-pente passe d’ailleurs encore sous la rue Minard pour relier les jardins du Grand Séminaire au parc de l’autre côté de la rue. La portion supérieure du parc est louée par bail emphytéotique à la commune qui y a aménagé le parc Saint Jean-Paul II.

Vue sur Paris. On distingue au loin la Tour Eiffel
et la tour arrondie du ministère des Armées.
Deux immeubles d’habitation se trouvent aux angles avec une façade sur la rue et l’autre place de la Fontaine. D’autres bâtiments leur font suite jusqu’à la rue Vaudétard. Ensuite, la montée se fait entre deux hauts murs de pierre protégeant les deux parties de la propriété sulpicienne. On longe à droite la chapelle du Séminaire reconstruite après les ravages datant de la Guerre de 1870/71 et de la Commune. 
Plus haut à droite, l’Hôpital Suisse de Paris s’est agrandi en 2017. 

Mur latéral de la Solitude.
En face à gauche, le parc Saint Jean-Paul II précède l’ensemble de la Solitude dont le mur latéral épouse la sinuosité de la rue (ci-contre). Cela correspond à l’achat au XVIIIe siècle de ce terrain par la Compagnie des prêtres de Saint- Sulpice. Jusqu’alors, les futurs professeurs de l’Ordre devaient, lors de leur formation, faire une retraite dans la propriété isséenne dont l’entrée est toujours rue du Général Leclerc. Celle-ci est occupée sans discontinuer depuis par le Séminaire de Paris. Le nouveau bâtiment en haut de la rue Minard permit aux futurs enseignants d’accomplir leur retraite dans un lieu judicieusement nommé : La Solitude. 
Le bâtiment (ci-dessous) fut construit au XVIIIe siècle pour les futurs professeurs de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.

Façade sur jardin du bâtiment de la Solitude.
Cet endroit servit ensuite jusqu’à une période très récente de maison de retraite pour les prêtres les plus âgés. En 2016, grâce à la signature d’un nouveau bail emphytéotique, l’ensemble doit être métamorphosé en hôtel de luxe et annexe de la prestigieuse École Ferrandi. L’opération est menée par le groupe Accor Hôtels et le grand architecte Jean-Michel Wilmotte. Le palace va s’appeler "Le domaine de la Reine Margot", en hommage à la reine Marguerite première épouse de Henri IV et propriétaire du domaine sis en contrebas.
statue d'ange.

Tout en haut de la rue, sur ce côté les bâtiments rénovés de la paroisse Saint-Étienne précèdent l’église du XVIIe siècle. De l’autre, ce sont différentes ailes de la Maison de Retraite Repotel dont l’entrée est avenue Jean Jaurès. Cette maison existait dès les années 1930. Elle était tenue par les Dames de la congrégation de Saint-Thomas de Villeneuve. Sur ce cliché des années 1950 (ci-dessous), on voit les jardins disposés en terrasse pour des convalescentes. Ensuite, la maison fut transformée en Maison Suisse de retraite puis, de nos jours, c'est la Maison de Retraite Repotel. Au n°16 de la rue, une petite statue d'ange (à droite) marque l'une des entrées de l'ancienne maison de Repos.

P. Maestracci (texte et photographies). Merci à Éliane Marchand dont le témoignage m’a permis de compléter l'explication sur la Maison de Retraite Repotel.

7 septembre 2021

Jean-Paul Belmondo à Issy

Ce 6 septembre 2021, le cinéma français est en deuil. Jean-Paul Belmondo (1933-2021), après une dernière pirouette, a tiré sa révérence. C’est  un grand comédien qui nous a quittés en laissant, dans le cinéma français, une empreinte durable. Les plus grands metteurs en scène l’ont dirigé. Ses prises de risque l’ont rendu populaire car il ne laissait personne d’autre que lui pour réaliser ses propres cascades. Avec A bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, c’est la consécration. Ensuite, s’enchaînent de nombreux films jusqu’aux années 1980. Puis le retour au théâtre mais des problèmes de santé, en 2001, l’ont éloigné du spectacle.

Pierrot le Fou. © Michel Julien
En 1964, Belmondo est venu tourner une petite séquence du film Pierrot le fou de Jean-Luc Godard dans un bistrot du 287, quai de la Bataille-de-Stalingrad (qui n'existe plus). Dans cette scène (ci-dessus), qui est censée se passer en province, il arrive au volant d’une 404 rouge, accompagné d’Anna Karina et s’arrête devant ce petit bistrot pour téléphoner et en repart en jouant à l’auto-tamponneuse.

L'Animal, dans les jardins de la Solitude, à Issy. © M. Julien

Puis, en 1976, il revient tourner une scène de l’Animal (ci-dessus) de Claude Zidi avec Charles Gérard dans les jardins de la Solitude (Voir http://www.historim.fr/search?q=l%27Animal). Depuis, les jardins de la Solitude ont bien changé (Voir http://www.historim.fr/search?q=Solitude).


C’était un acteur bien sûr, mais aussi un grand sportif et la boxe sa passion. Le 30 mars 2001, il était venu inaugurer la nouvelle salle de boxe de l’Agora qui porte son nom, avenue Aristide-Briand (ci-contre). Il revenait aux sources car il avait débuté à Issy à l’Avia-Club. A cette occasion, le maire, M. Santini lui remettait la médaille d’or de la ville d’Issy-les-Moulineaux.

Le Conseil municipal du 14 octobre prochain lui rendra hommage. Et c'est bien mérité… Michel Julien.

25 mai 2018

La Reine Margot à l'honneur à Issy-les-Moulineaux

Marguerite de Valois, la célèbre reine Margot, fait partie de l'histoire d'Issy-les-Moulineaux, comme vous pouvez  le découvrir : http://www.historim.fr/search?q=Margot

La Reine Margot. © XDR
Historim regrettait qu'aucune rue, qu'aucun lieu porte son nom, rappelant ainsi son parcours dans note commune. ce sera bientôt chose faite. Lors de la séance du Conseil municipal du jeudi 12 octobre 2017 il a été décidé deux choses importantes.


Cours de la Reine Margot
L'impasse Cloquet, qui se situe le long de l'église Saint-Étienne et date du XVIIe siècle, sera baptisée Cours de la Reine Margot.


Hôtel de la Reine Margot
Le Foyer de la Solitude, situé 27 rue Minard, est un bâtiment un peu délabré, faisant partie du domaine des prêtres de Saint-Sulpice, installé dans la propriété que possédait la reine Margot à Issy. Voir notre article http://www.historim.fr/2011/02/le-pere-bonnet-et-la-solitude.html

Un complexe hôtelier 4-5 étoiles et une école d'application sous l'enseigne Ferrandi, qui prendra le nom de Hôtel de la Reine Margot, verra le jour d'ici deux ou trois ans.

La Solitude, côté jardin, futur Hôtel de la Reine Margot. © A. Bétry
C'est l'architecte Jean-Michel Wilemotte qui est à la manœuvre. 40 chambres seront aménagées dans l'ancien bâtiment de la Solitude et 30 chambres supplémentaires seront installées dans un bâtiment qui sera construit dans les jardins. L'hôtel accueillera également un restaurant gastronomique. Avec l'arrivée de l'enseigne Ferrandi, Issy-les-Moulineaux se positionne comme un haut-lieu de la gastronomie et de l'hôtellerie. Car un autre grand nom est déjà là. À suivre. PCB

28 février 2025

La Solitude, chapelle néogothique - "2"

Suite texte du 12 février (La Solitude, chapelle néogothique) "1".

Quand un siècle plus tard, le Séminaire de Saint-Sulpice est protégé au titre des Monuments Historiques que ce soit par simple inscription (pour l’ensemble, par arrêté du 16 février), ou par classement (arrêté du 12 avril 1996, pour un nombre choisi d’ouvrages de qualité et d’intérêt supérieurs), cette chapelle figure dans le second arrêté qui institue une protection maximale. C’est le seul parmi les monuments de « La Solitude » à y être inclus, aux côtés d’autres très prestigieux situés dans la parcelle principale (la Grande Chapelle, le nymphée notamment).

Pourquoi cet intérêt 
et cette distinction ?

Dès le premier regard, la façade séduit par une composition particulièrement heureuse, qui ne souffre pas du positionnement décalé du portail principal sur la droite. Au contraire, par l’asymétrie qu’il génère, il participe, voire ajoute, au pittoresque du parti général, où se distinguent notamment la silhouette découpée des gables et des pinacles, ainsi que les motifs décoratifs et les modénatures d’inspiration médiévale. Manifestement la référence ultime de l’élévation est la Sainte Chapelle (dans des dimensions plus réduites évidemment) : sous la toiture de grande hauteur, les fenêtres aux remplages typiquement gothiques alternent avec des contreforts étroits et ouvragés qui donnent à l’ensemble un mouvement ascendant. Quelques figures sculptées sont distribuées sur le pourtour, notamment sur le mur-pignon de l’entrée. Ce sont celles de moines appartenant à d’importants ordres religieux créés au Moyen Age, dont les Bénédictins et, reconnaissables à leur chapelet, les Dominicains.

 

A l’intérieur, l’espace, à la hauteur caractéristique du gothique, frappe par l’impression de vie qui s’en dégage et dont le charme opère sur le visiteur autant que sur le fidèle. Le décor et la statuaire – plus abondants qu’à l’extérieur – créent un univers animé où l’œil est sollicité de toutes parts. On remarque tout juste au sommet du mur d’entrée un dispositif curieux : une fenêtre de second jour qui ouvre sur un petit oratoire situé à l’étage du bâtiment d’habitation (et classé M H en raison de son lien avec la chapelle).

Les murs de la nef sont largement percés de hautes baies jumelées, dont les vitraux tamisent la lumière. Dans des lobes se détachant sur fond de rinceaux, sont représentés des sujets choisis à l’image des vitraux de la cathédrale de Bourges (XIIIe siècle) : épisodes de la Bible, scènes de la vie du Christ ou figures de saints et de martyrs.

 


Tout le reste des élévations est paré de statues en pied qui se déploient en deux registres principaux. Le registre supérieur, réservé aux apôtres, met chacun d’entre eux en valeur en adoptant un parti architectural assez élaboré, comprenant un dais et un socle porté par un ange en surplomb. Le registre inférieur attire et retient davantage l’attention : il aligne, en une seule rangée de petites niches régnant sur tout le pourtour, les statuettes des 72 disciples de Jésus. Ce sont en quasi-totalité des ecclésiastiques : des moines, des évêques (beaucoup), revêtus d’amples robes et priant, lisant d’épais livres, prêchant, portant un crucifix… Leurs postures et leurs gestes variés, les attributs qui les différencient animent sans conteste leur procession immobile. Mais c’est surtout par leur multitude qu’ils impressionnent. 

Dans le chœur, les statues imposantes des quatre grands Docteurs de l’Eglise latine (Saint Amboise, Saint Augustin, Saint Grégoire et Saint Jérôme) entourent une Vierge à l’Enfant majestueuse et pleine de vie qui, derrière l’autel, ressort avec force sur le fond très coloré d’une chapelle à la voûte octopartite de dessin plutôt sophistiqué.
 
Par sa volumétrie, sa composition et son programme sculpté, cette chapelle se présente comme une œuvre néogothique parfaitement homogène. Par sa date de construction, elle compte d’ailleurs parmi les premiers édifices cultuels de ce style réalisés en France. Elle est exactement contemporaine des grandes restaurations entreprises dans les églises médiévales de Paris (Saint-Germain-l'Auxerrois, Notre-Dame de Paris débutée en 1844) dans un contexte plus général de redécouverte de l’architecture du Moyen Age. 
C’est son décor surtout qui en fait un parfait exemple de l’art néogothique : opulent, fouillé, presque pompeux, bref « flamboyant ». Il confine au genre dit « troubadour », non exempt d’un certain romanesque, comme en témoigne la façon finalement distrayante, sinon plaisante, dont la galerie des disciples renoue avec une certaine tradition médiévale. 


Une question se pose alors : comment s’explique ce recours au néogothique, jusque dans ses manifestations les plus extrêmes ? Et plus particulièrement, que représente ce style à cette époque ? Répond-il uniquement à des considérations esthétiques, ou fait-il aussi écho à des valeurs et à des partis symboliques plus puissants ? Pour le courant « troubadour », la réponse est simple. Il rencontrait depuis les premières années du XIXe siècle un engouement extraordinaire dans la peinture historique et, plus encore peut-être, en littérature avec la parution d’œuvres auxquelles peut se rattacher le célèbre « Notre-Dame de Paris » de Victor Hugo (1831). La résurrection des formes médiévales dont il participe connaît parallèlement une vogue semblable dans tous les domaines de l’art. Sur le plan architectural, qui nous intéresse plus spécifiquement, on parle de « Gothic Revival ». En complète réaction au rationalisme des Lumières, celui-ci s’attache à mettre l’accent sur les effets visuels et les valeurs émotives de l’art. Il exalte par-dessus tout le pittoresque et le sublime. Les atmosphères de mystère qui en découlent s’accordent parfaitement avec le sentiment religieux prévalent à l’époque. Le néogothique apparaît dès lors tout spécifiquement approprié à l’architecture sacrée, celle des églises et des chapelles.
Comme de surcroit il s’inscrit dans une réaction contre un art classique issu de l’Antiquité païenne, il peut s’interpréter comme une démarche d’enracinement dans les valeurs chrétiennes. Dans cette optique, il finira d’ailleurs par se poser en symbole d’un renouveau de la foi religieuse. Dans le même temps et suivant le même processus, il fait volontiers figure de nouveau « style national » : par-delà le classicisme d’origine italienne et plus anciennement romaine et grecque, il fait référence aux traditions et au passé nationaux et ouvre ainsi une voie privilégiée vers le « génie » de la France éternelle. (A l’époque, l’architecture du XIIIe siècle, particulièrement florissante en France, se voit reconnaitre une sorte de supériorité dans l’art du Moyen Age dont le modèle se trouve dans les grandes cathédrales et chapelles palatines, et notamment Notre-Dame de Paris et la Sainte-Chapelle). Comme tel, chez les membres du clergé et des congrégations qui en ce début du XIXe siècle postrévolutionnaire reviennent se fixer sur la terre de leurs aînés, le choix du néogothique vient donc incontestablement conforter une affirmation de leur sentiment de légitimité historique. 

Lithographie de la Solitude en 1826
Or c’est bien précisément ce qui est en jeu dans la chapelle de « La Solitude », qui réussit si heureusement à restituer une atmosphère médiévale. Pour la Compagnie de Saint-Sulpice, le néogothique, considéré comme le style par essence des nouveaux édifices cultuels, 
traduit un retour aux sources, après un temps d’épreuve où la propriété, dernière parcelle de l’ancien domaine du Séminaire à être rachetée après la Révolution, lui a échappé pendant ¼ de siècle. Ce sentiment devait perdurer longtemps. Au milieu du XXe siècle encore, le Vice-Supérieur de Saint-Sulpice continuait à affirmer dans la brochure qu’il rédigeait : « Dans cette chapelle, c’est toute l’histoire mystique de la Compagnie qui s’y trouve résumée et qui rappelle nos grands souvenirs et garde son mystère ». (P. Boisard, Issy, le Séminaire et la Compagnie de Saint-Sulpice, 1942).
Florian Goutagneux

 

1 mai 2021

La bataille d'Issy, 1er mai 1871

Plusieurs témoins vont raconter cette semaine cruciale de début mai 1871, date à laquelle fédérés et communards quittent le Fort. Laissons-leur la plume.

Victorine Brocher (1839-1921)

Parisienne, communarde puis anarchiste, ambulancière, très proche de Louise Michel, elle publie, en 1909, ses Souvenirs de la Commune dont sont extraites ces quelques lignes.
V. Brocher. © XDR

 Nuit du 29 au 30 avril.
La garnison fédérée évacue le fort d’Issy… Victorine Brocher (ci-contre), se réfugie au petit séminaire [la Solitude de Saint Sulpice (ci-dessous)tout proche : 
« Les pères nous avaient prêté la vaisselle nécessaire pour notre dîner, ils nous avaient même préparé des lits pour nous reposer si nous le désirions. A moi, ils m’offrirent pour dormir une petite chambre au rez-de-chaussée, très propre que j’ai acceptée avec plaisir […] 
Malheureusement, nous n’avons pas pu profiter de leur offre. Lorsque nous étions en train de manger, nous reçumes une décharge bien nourrie, toutes les vitres se brisèrent avec un fracas terrible. Nous étions bombardés presque à bout portant. Le séminaire tremblait sur sa base, c’était effrayant.

Le séminaire Saint Sulpice et la Solitude. © XDR

« Le 4 mai, nous quittâmes Issy pour retourner à Paris. Lorsque nous défilâmes, notre drapeau en tête, percé par plusieurs balles et entouré d’un crêpe noir en signe de deuil, notre tristesse enthousiasma la foule, dans les rues, sur les boulevards […] on nous jeta des fleurs et des branches de feuillages ».



Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901)

Lissagaray. © XDR
Fédéré et journaliste, créateur du journal l’Action, puis du Tribun du peuple, auteur de l’Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier Lissagaray (ci-contre) raconte :

« 1er mai : au Fort

L’orgueilleuse redoute n’était plus un fort, à peine une position forte, un fouillis de terre et de moellons fouettés par le obus. Les casemates défoncées laissaient voir la campagne ; les poudrières se découvraient ; la moitié du bastion 3 était dans le fossé ; on pouvait monter à la brèche en voiture. Une dizaine de pièces au plus répondait à l’averse des soixante bouches à feu versaillaises ; la fusillade des tranchées ennemies visant les embrasures, tuait presque tous les artilleurs.

« Le 3 mai, les Versaillais renouvelèrent leur sommation ; ils reçurent le mot de Cambronne. Le chef d’état-major laissé par Eudes avait filé. Le fort resta aux mains vaillantes de deux hommes, l’ingénieur Rist et Julien, commandant du 141e bataillon-XIe arrondissement. A eux et aux fédérés qu’ils surent retenir, revient l’honneur de cette défense extraordinaire ».

Georges Rist (1842-1889) 

Georges Rist, évoqué par Lissagaray précédemment, est un ingénieur civil. Chef de bataillon du Génie durant la Commune de Paris, il défend jusqu'au bout - 8 mai 1871 - le fort d'Issy, aux côtés du commandant Julien, chef du 141e bataillon de la garde nationale. Voici quelques extraits de leur Journal : 

4 mai : « … Les fourgons n’arrivent plus ; les vivres sont rares et les obus de 7, nos meilleures pièces, vont manquer. Les renforts promis tous les jours ne se montrent pas… Nos ambulances sont combles ; la prison et le corridor qui y conduit sont bourrés de cadavres ; il y en a plus de trois cents…  »


Le Fort en ruines. © Alphonse Liébert

5 mai : « Le feu de l'ennemi ne cesse pas une minute… Il y a maintenant, dans les cachots, des cadavres jusqu'à deux mètres de hauteur… »
6 mai : «… La batterie de Fleury nous envoie régulièrement ses six coups toutes les cinq minutes. On vient d’apporter à l’ambulance une cantinière qui a reçu une balle dans le côté gauche de l’aine. Depuis quatre jours, il y a trois femmes qui vont au plus fort du feu relever les blessés. Celle-ci se meurt et nous recommande ses deux petits enfants. Plus de vivres. Nous ne mangeons que du cheval. Le soir le rempart est intenable… »
7 mai : « … Nous recevons jusqu’à dix obus par minute. Les remparts sont totalement à découvert. Toutes les pièces, sauf deux ou trois, sont démontées… Il y a trente cadavres de plus… »

Le curé Joseph Perdrau 

Et notre curé de l'église Saint-Étienne ? Il a rejoint sa cure fin février, raconté ce qui se passait en avril et voilà la suite de son témoignage.

 « Le chaud de la bataille commença le 1er mai et dura jusqu’au milieu de la nuit du 8 au 9. Le lundi 1er mai, mon presbytère fut envahi par des gens de forte mauvaise mine. Ils me constituèrent prisonnier et me défendirent de sortir sous peine de mort. Les Communeux s’établirent dans mon rez-de-chaussée ; la salle à manger leur servait de corps de garde. Je m’étais réfugié dans la cuisine où je couchais avec Boëte mon sacristain, qui ne m’a pas quitté d’un instant. J’allais et je venais, sans être suivi, dans mon presbytère dans le jardin. Vers midi, j’escaladais le mur mitoyen de la Solitude, et je descendais au grand séminaire de Philosophie où je prenais mes repas. 

Eudes. © XDR
 « Le général Eudes (ci-contre) s’y était installé dans l’appartement du supérieur général ; la salle de communauté faisait écurie. Les directeurs seuls étaient restés. Rien de plus curieux que ce mélange de prêtres à qui on ne disait rien, qui vaquaient tranquillement à leurs exercices de piété, au milieu de tout ce brouhaha de gens armés, de cantinières, et de chevaux disséminés dans les parterres ; il faisait un temps splendide.

On se battait la nuit sur toutes les hauteurs ; la fusillade se rapprochait chaque soir. Je n’étais nullement inquiété dans mon presbytère. Les hommes de garde changeaient chaque jour. C’étaient pour la plupart de braves ouvriers fort étonnés et très ennuyés d’être si loin de leur ménage. Je leur servais de secrétaire (…)


 « Le bombardement, soir et matin, devint si violent, qu’à partir de mercredi [3 mai], je dus abandonner le séminaire et rester chez moi… Cependant les Versaillais étaient entrés dans le parc d’Issy ; ils y ouvrirent des tranchées qui aboutirent bientôt sur la place du château. Il fut pris à la volée (ci-dessous). Le lendemain matin [4 mai], j’étais sur la terrasse de mon jardin, me chauffant au soleil avec quelques Communeux.  

Le chateau en ruines. © XDR

 « Le 4 mai, je pus encore dire la messe ; j’avais mis une pierre sacrée sur une toute petite  table dans ma chambre du premier ; deux bougies sur des chaises, mon missel à la main. Pendant le dernier évangile, un obus tomba sur le presbytère. La messe achevée, Boëte et moi, montâmes dans le grenier ; l’obus n’avait pas éclaté. Boëte alla le chercher et le porta avec révérence dans un seau d’eau. Nous-même résolûmes d’aller habiter la cave, et nous y portâmes des matelas et le nécessaire. Cette cave ouverte sur le jardin faisait casemate sur la cour d’entrée.

 
Issy bombardé devant l'église
« Pendant trois jours, le bombardement fut terrible ; à 9 heures et à 16 heures, nous étions sous une pluie de fer. Presbytère, église, chapelle de la Solitude (ci-contre), tout s’écroulait sous nos yeux. Entre les heures du bombardement, des fusillades reprenaient sans cesse : plusieurs balles vinrent mourir à mes pieds ; il y en eut une qui entra si droit dans un des carreaux de la fenêtre du presbytère qu’elle fit son trou sans casser la vitre.Le gros de l’action se passait autour du fortDu clocher, nous voyions des nuages de poussière s’élever en tourbillon vers le ciel. Les Communeux couraient  en tous sens et tombaient morts sur les routes. Pauvres gens ! je leur envoyais l’absolution et je priais.  

Intérieur de l'église. ©XDR

«  Le samedi [6 mai] Ce fut le tour de l’église (ci-dessous), il n’en resta plus que le gros œuvre.   Quand j’y entrai le dimanche [7 mai] de grand matin, je trouvai l’orgue couché au milieu de la nef ; les toits de la voûte effondrés ; les poutres gisant par terre, mêlées aux chaises et à la chaire : tout était saccagé, le jardin était ravagé : des trous à enterrer des chevaux ; les meubles du presbytère passés par les fenêtres et pulvérisés ; mon linge éparpillé : mes longs bas de laine pendants aux branches des tilleuls, comme des grappes noires. Qu’il me suffise de dire qu’après le siège que nous avons subi, l’artillerie ramassa de quoi charger trois camions d’éclats d’obus et de mitraille ramassés dans ma cour, mon presbytère, l’église et le jardin.
 « Le 7 mai, dimanche, fut tranquille. »


La presse se mobilise comme on vient de le voir avec Lissagaray. Mais il n'est pas tout seul. Vous allez voir.  PCB
Prochain rendez-vous, le 4 mai, 8 h.